APPAREIL CIRCULATOIRE
11 contenait plus souvent de la sérosité que les cavités pleurales. Il y avait quelquefois absence complète de liquide : dans tous les cas , quantité minime ; on le rencontrait surtout à la partie postérieure (par conséquent la plus déclive) , laquelle contrastait par un certain degré d’humidité avec la sécheresse de la face antérieure de la membrane.
Les ecchymoses de la face externe du cœur constituent une des altérations pathologiques les plus intéressantes à étudier.
(1) M. le docteur Mokas, chirurgien de lrc classe de la marine , a consigné , dans une thèse remarquable , des faits analogues.
Nous les avons presque toujours rencontrées, surtout à la face postérieure de l’organe sur le bord droit , sur le sillon auriculo-ventriculaire, puis sur le sillon interventriculaire. Comme on l’a dit avant nous , elles ont une sorte de prédilection, qui s’explique fort bien d’ailleurs , pour les parties riches en vaisseaux. Dans les nécropsies de nos cholériques, cette lésion s'est présentée à nos yeux sous forme d’un véritable piqueté, constitué par des extravasations sanguines, d'une teinte rouge-brun, noirâtre ou violacée, plus ou moins régulièrement arrondies, ayant terme moyen de 2 à 4 millimètres de diamètre , et siégeant sous la séreuse du cœur. (1 )
Les deux cœurs, surtout le droit, renfermaient du sang. Les cavités de ce côté, spécialement l’oreillette , étaient ordinairement distendues par du sang qui semblait composé de deux parties non isolées sans doute, mais d’un aspect un peu différent ; l’une prédominante, comme poisseuse, comparable à de la gelée de groseille ou à du raisiné; l’autre plus liquide , comme sirupeuse. La couleur générale était très foncée , presque noire, brillante comme si elle avait été recouverte d’un vernis.
Le sang contenu dans les cavités gauches offrait moins de consistance , et comme nous l’avons indiqué déjà , sa quantité était moindre qu’à droite.
Dans quelques cas très rares ( et surtout lorsque la mort avait rapidement frappé sa victime ), le sang plus liquide, même à droite, présentait, à un degré beaucoup moins prononcé , cet aspect gelée de groseille , déjà signalé ; et on ne rencontrait pas, comme ordinairement , ces caillots fibrineux , polypiformes, plus ou moins jaunâtres , souvent d’une assez grande consistance, résistant à la pression du doigt , sur lesquels s’est fixée, à diverses reprises , l’attention des médecins de la marine , témoins des nécropsies de nos cholériques.
Ces caillots existaient surtout à droite, se prolongeaient dans l’orifice auriculo-ventriculaire, la veine cave-supérieure, et spécialement dans l’artère pulmonaire où l’on pouvait quelquefois
fl) V. Gaz. Médic. Juillet 1849. — Lévy et Tholozan.
Cœur droit ordinairement distendu par le sang.
Cavités gauches
Caillots fibrineux, polypiformes surtout à droite.
les suivre , sous la forme de cylindres d’une longueur variant de 5 à 10 centimètres , et d’un diamètre égal ou presqu’égal à celui du vaisseau.
A gauche , les caillots faisaient quelquefois défaut. Ceux qui s’y trouvaient , et qui occupaient surtout l’aorte, étaient moins volumineux , moins étendus, moins fermes ou consistants que ceux observés à droite.
Degré
de consistance du tissu musculaire du cœur.
Examen
de
l'état normal sur
des suppliciés.
Dans quelques circonstances, il nous a semblé avoir perdu de sa cohésion , mais fréquemment il était difficile de se prononcer à ce sujet. Nous avons d’ailleurs adopté , pour principe (et cela surtout, depuis que nous avons étudié quelques organes à l’éfat pour ainsi dire normal , chez des suppliciés (3) ou sur des personnes rapidement enlevées par des causes traumatiques), d’être fort réservé et de savoir douter, avant d’admettre ces ramollissements du tissu du cœur, de la muqueuse gastrointestinale, de la pulpe cérébrale, de la moelle, etc; Il ne s’agit nullement de nier leur existence, mais de combattre l’abus qui consiste à les voir partout.
Maintenant, il sera peut-être curieux d’établir un rapprochement entre nos observations et celles de MM. Lévy et Tholozan. Je me borne à transcrire les analogies; les différences surgiront d’elles-mêmes : « L’absence presque absolue de noijaux fibri- » neux ou de concrétions plastiques dans les cavités du cœur, » la facilité avec laquelle la fibre musculaire perd sa cohésion » et s’écrase, sont des faits à-peu-près constants, et qui ont été » rencontrés avec le même chiffre de fréquence dans l’état » algide et dans l’état torpide .
» On connaît les qualités physiques du sang chez les cholé- » riques. Celui qui , après la mort , distend les cavités du » cœur, et surtout les cavités droites , est ordinairement en » gros caillots rouge-brun et mous. Les cavités gauches ,
(!) Gaz. Méd ., n° 28. 12 Juillet 1851 . Exp. sur des suppliciés, par MM. Duval, Hochard et Petit.
» rarement, remplies , jamais distendues , contenaient toujours » plus de sang liquide que les cavités droites , etc.
» Le ramollissement (ou plutôt la friabilité du cœur) était » plus marqué au ventricule gauche qu’au ventricule droit , » etc . »
MM. Lévy et Tholozan parlent aussi d’ecchymoses ou suffusions sanguines de la face interne du ventricule gauche , ventricule qu’elles occupent presque exclusivement ; et , suivant eux , la raison anatomique de cette sorte de prédilection réside dans la grande vascularité de ses parois. Je n’ai pas eu occasion de voir très fréquemment, et d’une manière bien manifeste, la lésion anatomico-pathologique dont il est ici question : son existence ne saurait d’ailleurs être révoquée en doute , puisqu’elle a été constatée par des observateurs d’un aussi grand mérite.
Le système veineux était habituellement gorgé , distendu par un sang visqueux , noirâtre , poisseux , demi-coagulé , formant même quelquefois, dans les grosses veines, un caillot assez consistant. Le sang contenu dans les artères était en quantité moindre et un peu plus liquide : en faisant une ouverture à l’aorte abdominale , et en pressant sur l’aorte thoracique , il nous est arrivé fréquemment d’en voir sortir en abondance. On n’est donc pas en droit de dire , au moins dans certaines épidémies , « que le sang contenu dans le système artériel est en petite quantité , et surtout que les artères sont vides ou presque vides. »
J’ai examiné , sur un grand nombre de sujets r les artères tibiales postérieures; or > ces vaisseaux eux -mêmes renfermaient presque toujours un peu de sang: on peut juger par là de l’étendue dans laquelle s’opère la stase de ce liquide (lp
(1) Examen physique du sang. J’ai plusieurs fois exposé à l’air , après l’avoir étondu en couches aussi minces que possible, une certaine quantité de sang que je venais de retirer des cavités du cœur : la teinte est devenue, lentement il est vrai, un peu moins foncée, un peu rouge en un mot. Voir pour l’analyse du sang — Rayer ( Gazette Médicale, 1832. n0! 46,61), — ainsi que les travaux de Donné,
Suffusions sanguines de la
face interne du ventricule gauche.
Système
veineux.
Artériel.
Muqueuse du larynx, de la
tracliée-arlère et des bronches.
Plèvres.
Poumons.