‹ Mémoire sur le choléra-morbus asiatiqueChapitre 9 sur 40 · APPAREIL CIRCULATOIRE · texte numérisé non relu

APPAREIL CIRCULATOIRE

Plusieurs malades ont accusé une vive douleur dans les régions sternale et précordiale ; mais comme elle se confondait assez fréquemment avec une oppression , une anxiété respiratoire manifeste , il est difficile d’affirmer qu’elle avait réellement son siège dans l’organe central de la circulation ou dans son enveloppe.

Auscultation ♦lu cœur.

Mes observations sur l’auscultation du cœur s’accordent assez bien avec celles que nous devons à MM. JjéVy etTHOLOZAN,

et s’éloignent par conséquent, sous quelques rapports, des résultats annoncés par M. Bouchut. C’est ainsi que j’ai entendu plusieurs fois , et pour ainsi dire au dernier moment de l’existence, le tic-tac du cœur, et non le simple bruit dont parle ce médecin ; ce qui ne prouve nullement d’ailleurs qu’il se soit trompé. 11 est inutile d’ajouter que les battements du cœur sont presque toujours plus faibles qu’à l’état normal , et vont en s’affaiblissant déplus en plus jusqu’à la mort.

Pas plus que M. Michel Lévy, je n’ai entendu de frottement périphérique, ni trouvé, dans les nécropsies, d’altération inflammatoire du péricarde. Les lésions anatomiques principales siégeaient sous la séreuse. ( Voir V anatomie pathologique. Je ne parle en ce moment que des lésions de la face externe du cœur ).

Enfin , il me paraît difficile d’admettre l’explication donnée par M. Bouchut, à l’égard des souffles systoliques ou diastoliques du cœur, que nous avons observés quelquefois.

Les valvules ne m’ont offert , à l’autopsie , aucune trace de congestion ; elles n’étaient point épaissies et avaient conservé leur poli normal. Les causes probables de ces souffles seraient, d’après M. Lévy : «L’encombrement des cavités du cœur, sur- » tout des cavités droites , par le sang poisseux , la formation » de Coagula noirs, et avant tout, une modification dans la » force ou le mode de contraction du cœur, correspondant à » des altérations de consistance de ce viscère, que nous avons » rencontrées un très grand nombre de fois. »

N’ayant pu reconnaître ou constater positivement , sur un grand nombre de sujets, ces altérations de consistance du cœur, je ne puis adopter complètement l’opinion de MM. Lévy et Tholozan , et s'il me fallait assigner aux causes des bruits de souffle un ordre de priorité , je serais disposé à mettre en tête de liste, l’encombrement des cavités du cœur, par du sang poisseux , caillebotté, par la formation de Coagula noirs ( I), et de ces caillots polypif ormes résistants, jaunâtres, que nous avons

(1) Dans une observation faite par MM. Michel Lévy et Tholozan , et qui a trait a l’existence d’un bruit de souffle systolique , on ne trouva point à la nécropsie de caillots fibrineux. Des coagula noirs assez consistants distendaient les cavités droites. ( Gazette Médicale, 1849 p. 558.) Épid. du Val-de-Gràce.

si fréquemment rencontrés à la nécropsie. ( Voir l’anatomie pathologique. ) Mais, d’un autre côté , pourquoi ces bruits de souffle n'existaient- ils pas presque toujours , ou pourquoi étaient-ils trop faibles pour devenir nettement perceptibles à mon oreille? Il faut , d’ailleurs , avant tout , élucider la question suivante : Ces caillots se forment-ils pendant la vie ?g MM. Briquet et Mignot ont entrepris, dans ce but, quelques expériences. Partant de ce fait, que le siège de prédilection de ces dépôts fibrineux est le cœur droit (oreillette, artère pulmonaire), ils ont pensé que s’ils s'effectuaient réellement pendant la vie, ils persisteraient sur le cadavre , quelle que fût la position donnée à celui-ci aussitôt après la mort. Les malades qui succombèrent furent alors placés tantôt sur le côté droit , tantôt sur le côte gauche, ou bien sur le ventre. « Ces expérien- » ces leur ont démontré que, dans ces divers cas, la situation » des caillots fibrineux n'avait rien de constant , qu'ils man- » quaient le plus souvent, ou qu’ils tendaient à se former dans » la partie la plus élevée des cavités du cœur , comme dans la »> palette ; la couenne , en vertu de sa densité , se forme à la » surface du caillot. » (J) MM. Briquet et Mignot conservent cependant quelques doutes à l’égard de deux cas dans lesquels des caillots fibrineux, denses et volumineux remplissaient toutes les cavités du cœur ; d’ailleurs, chez ces malades la circulation centrale avait été notablement embarrassée. J’ai observé , pour ma part, unedixaine de cas identiques sur 72, et j’avoue que le doute me semble bien légitime.

Dans la grande majorité des cas, j’ai constaté un abaissement ou une diminution manifeste de la force du pouls et , plus tard, sa disparition plus ou moins complète suivant les cas. C’est du reste, aux yeux de tous les praticiens, un des symptômes les plus importants par sa constance dans le choléra confirmé.

Malgré la promptitude avec laquelle les malades étaient transportés à l'hôpital , la plupart offraient , à leur entrée, un pouls filiforme, s'effaçant sous le doigt à la plus légère pression, et devenant promptement insensible ou nul.

(1) Logo cit. p. 321.

J'ai va cette chute complète ou disparition du pouls radial s’eflectuer dans l'espace de quelques minutes. Il est inutile de décrire longuement ici la cessation graduelle du courant sanguin, cessation, qui prenant son point de départ aux extrémités ou aux parties périphériques , se propage jusqu'au centre.

Le pouls était parfois très fréquent , irrégulier : d'autres fois, il donnait, de 80 à 85 pulsations par minute, sans irrégularité notable; en somme, je l’ai rarement vu au-dessus de 120. D’après MM. Briquet et Mignot, la moyenne du pouls a été, à la Charité, de 100 à L10 : Je crois pouvoir la fixer , en ce qui concerne V épidémie du Bagne , aux chiffres de 95 à 105.

On lit dans le Compendium de Médecine , p. 251, tom. I., et dans la Nosographie de M. Bouillaud, tom. III, p. 246 : « En général, le pouls radial gauche disparaît un peu plus tôt que le pouls radial droit. »

J’ai observé dans quatre cas , que le pouls radial était plus faible , plus facile à déprimer , plus filiforme d’un côté que de l’autre, trois fois à gauche, une seule fois à droite (I). Un seul de ces quatre malades a succombé ; il appartenait à la première catégorie , et le pouls radial gauche disparut chez lui , plus d’une heure avant le droit. A la nécropsie , l’artère radiale gauche avait un diamètre deux fois moins considérable que celledu côté opposé. Nous trouvâmes, en outre, du sang coagulé et même des caillots bien formés dans la sous-clavière , l’axillaire, rhumérale, gauches, tandis qu’à droite, le sang était àpeu-près liquide dans les artères du même nom.

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