‹ Mémoire sur le classement des médailles qui peuvent appartenir aux treize premièr ArsacidesChapitre 3 sur 5 · XLIX · texte numérisé non relu

XLIX

oore lort jeune quand il y monta , puisque après sa mort, son frère Tiridate eut encore trente-sept, ou même, d'après notre calcul , quarante-trois ans de règne , et puisque luiméme il excita la passion de Phéréclès, gouverneur de la haute Asie pour les Séleucides. Si donc les deux drachmes portent également la tête d’Arsace I" , quoiqu'elles aient été frappées p>stérieureroent à ce prince, il n'est plus nécessaire qu on attribue au même roi les deux pièces , et celle qui porte la légende plus développée BA21AEI22 METAAOÏ AP2AK.OY, peut avoir été frappée sous un autre Arsace, que celle dont 1a légende plus simple est ÀP2AKOY BA2I- AEîiï. 11 convient donc , malgré le rapport qui existe dans le travail des deux pièces , de conserver quelque doute sur leur. attribution au seul Tiridate.

Maintenant que nous avons réglé ce qui se rapporte aux règues antérieurs à celui de Mithridate I*\ il convient de remplir l’espace qui s'étend entre ce règne et celui d’Orode , quatorzième Arsacide , pendant une période d'environ cent cinquante ans. Les monuments, que nous avons à placer dan» cet espace, sont nombreux et ne sont pas toujours d'une attribution facile. On comprend ces difficultés , si l'on réfléchit qu'aux obstacles ordinaires vient se joindre l'impossibilité de reconstituer d'une manière exacte et incontestable lu liste des rois parthes pendant l’époque de troubles et de révolutions qui suivit la mort du fils de Mithridate 1"; et en effet, les princes arsacides ayant a ppelé à leur secours, pour se soutenir contre les rois de Syrie, des Scythes nomades, tombèrent victimes de ces dangereux auxiliaires; Phraate II, et son oncle Artahan II, périrent en les combattant. L'honneur de repousser les Scythes était réservé à Mithridate 11 , fils et successeur d Artahan II. Sous son règne l'empire des Arsacides reprit quelque stabilité ; mais cet éclat passa bientôt devant la fortune de Tigrane , pendant la domination duquel le royaume des Parthes parut tomber en dissolution.

A ce moment, les témoignages deviennent rares et incomplets. On sait que plusieurs prétendants se portèrent à la

DBS PREMIERS ARSACIDK5.

succession de Mithridate II. On ne connaît ni les droits, ni l'origine du Sinatrocès dont Pellerin croyait avoir retrouvé les médailles. Phraale III son Éàls^ qui sut habilement tenir lu balance entre Tigrane , Mithradate Eupatnr et les Romains, ne régna pas sans quelque gloire ; mais le raffermissement de l'empire ne date en réalité que d'Orode, le second fils de Pliraate 111; et c'est aussi â dater du régne de ce prince, vainqueur de Crassus et l'effroi des Romains, que b série des médailles arsacides commence à se développer sans interruption et sans difficultés insurmontables. Quant à l'attribution à Orode des plus anciens tétradrachmes que l’on possède, à l'exception de celui que nous avons rendu à Mithridate I", I bonneiiren revient tout entier à Visconti, dont les motifs me semblent cette fois aussi ingénieux que concluants. La ressemblance de ces tétradrachmes avec ceux qui portent des dates de Phraate IV, fils et successeur d'Orode, est incontestable : la fixation du nombre et de l'ordre des titres royaux convient à une époque de réorganisation, telle que dut être celle d’Orode: ce prince qui replanta l'étendard des Part lies sur les bords de lEuplirate, et qui fut maître de la Syrie, dut voir recommencer sous son règne et s'étendre l'usage des tétradrachmes empruntés à la monarchie macédonienne; et, comme dès lors Ctésiphon fut la vraie capitale du royaume arsacide, on comprend que la monnaie de cette ville ait di\ progressivement remplacer celle qu'on frappait auparavant dans les provinces de la Parthie proprement dite. Les monuments sont d'accord avec ces inductions. Les drachmes, dans lesquelles nous reconnaissons un travail passable, ne vont guère au delà du règne de Pliraate IV, fils et successeur d'Orode; celles de Vononès I" et de Gotarzès sont des exceptions qui tranchent sur l’ensemble; et les pièces qu'on a données aux derniers Arsaces, uniquement parce que la fabrique en était barbare, ne nie paraissent être souvent que des imitations grossières du travail grec, exécutées à de bonnes époques, mais dans les villes où b culture des arts importés de la Grèce n'avait qu imparfaitement pénétré. Une telle opinion aurait pu pa-

raîlre autrefois téméraire; mais aujourd’hui que nous avons, des règnes brillants d'Euthydème , d’Eucratide et d'Héliocles dans la llactriane, des monuments d une complète barbarie, il nous semble naturel détendre cette observation à la monarchie des Partîtes, qui, relativement au progrès «le la culture grecque, se trouvait placée dans une situation encore plus défavorable que la Bactrianc, dont les princes étaient au moins «l’origine macédonienne.

11 résulte de tout ce qui précède, que 1a certitude et le nombre des monuments doit procéder en raison directe de la durée et de l'éclat «les règnes. Ainsi, nous devons nous attendre à trouver des médailles indubitables de Phraate II, de Milhridate H, et de Phraate 111; les régnes d'Artaban 11, de Sinatrocès, de Mitliridate 111, doivent donner des résultats moins féconds et plus douteux. Enfin, il pourra se trouver «les n»oniiments d'une attribution tout à fait incertaine pour remplir la lacune historique qui existe entre Mitliridate II et Sinatrocès.

Dans le classement de Visconti, Phraate H, dont le règne d un petit nombre d'années fut violemment interrompu par l’invasion «les Scythes, se trouve pourvu de monuments numisuiatiques dont le nombre et la variété surpassent ce qu'offrent tous les lègues voisins, même celui de Mithridate I", mort dans une glorieuse vieillesse. Quant à nous, nous ne reconnaissons que trois variétés dans les médailles de Phraate II, et, de ces variétés, une seule figure dan» la liste de Visconti. La première de ces pièces que nous devons citer est précisément la drachme que Pellerin attribua à Sinatrocès d une manière, selon nous , si inalemont reuse. Le travail encore très-remarquable de cette pièce, et l’aspect tout à fait grec qu’on ne peut lui refuser, la rangent, ainsi que je l’ai fait observer plus haut, clans la plus belle époque de la monarchie arsacide. Les titres et surnoms du roi conviennent tout à fait au fils de Mitliridate I"; l’âge est celui qu'on suppose au successeur d’un roi mort dans la vieillesse. La légende de cette médaille est ainsi conçue : BA2IAEA2 METAAOT

AP2AK0Î 0EOIIATOPO2 ETEPrETOï. (n" 10, Il et 12) Le litre de 9EOIIATOP,jî/j d'un dieu, convient parfaitement à l'héritier de Mithridate I", cognomitus deus , selon l’abreviateUi de Trogue Pompée. Visconti (pi, XL1X, 8) a donné, par ceniéme motif, à Phraate II une médaille qui porte les épithètes 0EO- ITAT0P02 N1K.AT0P02, et nous verrons bientôt que c'est la seule des attributions de Visconti qui doive être conservée à ce prince. Pour expliquer comment Sinatrocès aurait pu porter le surnom deTliéopator, on était obligé de recourir à une conjecture tout à fait gratuite de Longuerue,qui a fait de Sinatrocès un dernier fils de Mithridate I". En restituant la médaille à Phraate 11, on trouve la juslilteation formelle du surnom de T/iéopator Le prince représenté sur cette drachme a la tête nue et simplement décorée du bandeau royal. La médaille que nous venons de citer en dernier lieu , et dont la légende complète est

BA2IAE02 MErAAOT AP2AKOÏ 0EOHATOPO2 MK \- TOP02 (n° 13), offre l’effigie d’un prince coiffé d'une tiare de forme sphérique. L'addition de celte coiffure doit nécessairement modifier l'aspect du modèle; mais, en isolant le masque de la tiarè, on retrouve une ressemblance évidente entre le portrait de cette dernière drachme et le prétendu Sinatrocès. Visconti avait déjà reconnu cette similitude de Sinatrocès et de Phraate II, et il en tirait un argument à l'appui de la conjecture de Longuerue, qui fait de Sinatrocès le frère «le Phraate; mais, s’il existe une différence entre les deux portraits, clic consiste uniquement dans la proportion de la barbe, qui est plus longue à la tête initrée, ce qui indique un âge un peu plus avancé. Or, comme le prétendu Sinatrocès a la barbe

(I) Il »uit île U u.iUireÜi-mfiil que U pièce publiée par VUruBli I A »«• fit. Suppl pl. A.o'IDetqaipomU légende: BASIAEilS MEIAAOl* Al’lAKOI' HKOIIA- TOPOS, n 'appartient pa» à Wllwc il , **»*•* * Phraate II.

Cette pièce |M*r« au droit, derrière U tète, le* initiale* TA MB, leM|uelle* détignrnt I, ville de 7 «mi/ur . capitale de l'Hyrcame. IJn« autre médaille pre»<]ur *emhlaMr rante dan» la eolleetion de la Banque d'Augletrrre. An lieu «Ua initial»-» TAMII, Hle offre à la même place le puai .gramme PA, dan» lequel nuu» aven» déjà ( p. ÎJ. u I ) reconnu l'iodicatioa de Rhaçte . rdl* de la Mcdie

plus courte et les traits plus jeunes, il est impossible de reconnaître en lui un prince monté octogénaire sur le trône. Kn laissant les deux médailles à Phraate II, on reste dans le vraisemblable , et l'on touche au vrai.

Ces données étant une fois admises, Pellerin et Visconti lui-même nous fournissent les moyens de justifier la variété des surnoms de Phraate II. La pièce donnée précédemment à Sinatrocès, et qui joint au surnom de Tkéopator celui d ' F.verfiète, a dû être frappée pendant la lutte de Phraate avec le roi de Syrie qui portait le même surnom, Antioehus VII Evergète. Son père, Mithridale P r , avait emprunté à Antioehus VI le surnom d'Epiphane; Phraate, à son tour, s'attribua le surnom du prince son contemporain et son rival. La médaille avec l’épithète Nicator, substituée au surnom d'Évergète, est, comme l'ont pensé les précédents interprètes, un monument des victoires tardives de Phraate sur Antioehus VIL Le surnom de Nicator fait allusion à ces victoires; la corne de taureau, qui accompagne la tiare de Phraate, rappelle celle dont la tête du fondateur de la monarchie des Séleucides, Séleucus Nicator, est accompagnée sur ses médailles. Les figures de cerf dont cette tiare est ornée peuvent avoir trait au culte de la Diane Persique, dont Antioehus avait voulu piller le temple dans I Élymaïs, et qui par sa fureur vengeresse avait dû assurer le triomphe de Phraate sur son sacrilège ennemi. Toutes res conjectures appartiennent à Visconti, et l’on ne saurait en contester la vraisemblance.

Nous n'hésitons donc pas à donner à Phraate II non-seulement la médaille qui porte le surnom de Nicator, tuais encore celle qui le décore de celui d'Évergète. Si nous éprouvons à ce sujet quelque incertitude, elle serait fixée par une pièce que Visconti n’a pas connue, et que Sestini n’a pas hésité à attribuer à Phraate II ; c’est une drachme de la collection d’Hedervar. Elle ne présente, avec les pièces données précédemment à Sinatrocès, aucune différence sensible, ni pour les traits, ni pour la longueur de la barbe, ni pour Lige, ni pour le costume , ni pour la coiffure. Le travail en est soigné , et

DBS PB KM LT. BS AHSAClZlBS.

dénote la meilleure époque de l'art chez le» Purthes. Cette pièce se distingue des précédentes uniquement par la légende > qui est plus simple et rappelle tout à fait celle de Mithridatc I*' sur les drachmes que nous lui avons précédemment attribuées. Cette légende ainsi conçue, BA2IAE112 MEFA- AOÏ ÀP2AK0Ï 0EOIIATOPO2, n'ajoute à ces surnoms ni celui d' Evergete ni celui de Nicator. C'est évidemment un monument de la première époque du règne de Pbraate II, quand ce prince n'avait d'autre titre à la confiance de ses sujets que le nom de son glorieux père. Le surnom de Thtopntor se trouve ainsi naturellement substitue à celui d ' Epiphone que portait Mithridate I". S’il est vrai, ce que nous examinerons plus tard, que Mithridate I*', dont les anciens ont vanté la modération et la modestie, se soit laissé donner après se» conquêtes le titre de roi des rois, on conçoit que son fils naît point considéré ce titre comme héréditaire, et qu'il se soit contenté du titre moins pompeux de grand roi. En tous «‘as, la simplicité de la légende sur la pièce publiée par Sestini range le prince auquel elle se rapporte dan» le» premiers temps de la monarchie arsacide; et, comme la ressemblance de ce prince avec le prétendu Sinatrocès est incontestable, comme ses titres ne diffèrent de ceux de Sinatrocès que par l'absence du surnom d'Evergète, l'attribution de ces deux médailles, et de celle qui porte le surnom de A/ffltor, à un seul et meme prince qui est Phraate II, me semble désormais hors de toute contestation (I).

J’arrive à des pièces beaucoup plus embarrassantes, et sur lesquelles il me paraît difficile d'avancer rien de positif. Ces

(1) t'n< puce «lu uhuifl dr Fnuce, «emblalile a («lie que Sntiiu a décrite . d<iu< impur quelque» w rupulrt wjr la lecture dr ce numiunamu- et *ur le* riiuarquriH r« que non, m ««fin* tirée*. La légende «‘arrête hieo au mot «FOll AT()l*Ol ; mai*, eu nammaal la médaille a»ee plut d'atleutèoo. on aperçoit les trace* pretque complétéiiH'itl effacée* du mot KVKPI'ETOI Settioi aurait- il néglige- de faire cette dernière ol»erraiu>n tur l'rvetnplaire qu'il avait uwi le* jeu* ? on terail tenir de le eroirr Au rc*te, j’ai cèle 'p, î». a. I) une autre pi««f dont la légradc e»t timpleinent lîAll-

A EUS METAAOr APlAKOf ttP.OIl ATOPOS .

médailles, dune exécution très-soignée, se distinguent parle volume plus fort de la tète dont elles sont décorées: e étaient les seules que jusqu'ici on eût attribuées à Mithridate 1" : la légende en est ainsi conçue : BA^1A£A2 BA2IÆQN ME- PAAOÏ ,\ 1*2 A KOI* Eni4»ANOÏ2. Elles ne diffèrent, comme on voit , de celle des pièces que nous avons données précédemment à Milhridate I rr , que par l'addition du mot BA2I- AEflN. Quelques-unes de ces pièces ont la tète du roi nue et diadémée (n° 8); d’autres (u°* 7 et 9) le représentent avec une tiare sphérique décorée d une étoile. Sur tous ces monuments, la ligure est celle d'un homme parvenu à une assez grande vieillesse; la barbe est très-longue, les traits accusés, le nez aquilin fort marqué, et, malgré la beauté du travail, dégénérant quelquefois en caricature. Au premier abord, rien ne semble plus nature] que de donner ces médailles à Artaban II, frère de Mithridate I", et successeur de son neveu Phraate 11. La vieillesse marquée sur le portrait répond au grand âge du roi à son avènement, et si la légende offre une si frappante analogie avec celle de Mithridate I w , cela tient sain* doute au besoin qu’Artaban II aura ressenti de s'appuyer sur le souvenir d’un frère aussi glorieux.

Ces motifs sont spécieux sans doute, mais ils ne me paraissent pas sans réplique f et j’en trouve quelquef-uns qui favoriseraient l'ancienne attribution de ces pièces à Mithridate l rr . On ne conçoit pas d'abord par quel motif Artaban IL succédant, au milieu de circonstances difficiles, à Phraate II, mort dans une bataille contre les Scythes , se serait arrogé le premier le titre fastueux de roi fies rois. On passe une telle prétention à un vainqueur et à un conquérant : or» ne la comprend pas chez le souverain d’un empire ébranlé dans ses fondements par une invasion étrangère. Si I on compare ensuite les traits donnés à Mithridate I" sur les drachmes que nous lui avons précédemment attribuées, la ressemblance avec celles que nous examinons maintenant n’est point douteuse, et rien n empêche qu’on ne reconnaisse sur les secondes Mithridate I" devenu vieux, tandis que les premières représen-

. Digifizeiby

lent le meme roi dans la force de l’âge. Le titre de roi des rois répond naturellement à cette dernière époque du règne de Mithridate I", où ce prince mit le comble à sa gloire en s’emparant de la personne du roi de Syrie, Démétrius 1". On a, il est vrai, de la meme époque des pièces frappées à Séleucie (nous nous en sommes précédemment occupés), où les traits du roi parlhe paraissent infiniment plus nobles et moins déformés par la vieillesse; mais cette tendance à embellir et à idéaliser appartient aux Grecs qui formaient la population de Séleucie, tandis que les Parthes, pour lesquels les drachmes étaient spécialement frappées , ont dû se complaire de préférence à posséder de leur prince un portrait entièrement fidèle (|).

Une autre différence qu’on remarque entre les premières drachmes de Mithridate 1” et celles-ci, consiste dans la forme du siège sur lequel Àrsace \” est assis, d'abord imitation de l’omphalos, puis représentation d’un trône à dossier. Mais rien n ‘empêche que cette substitution n’ait eu lieu sous le règne de Mithridate, et que les Grecs , admis en plus grand nombre auprès de lui , aient fait remarquer ce que l'omphalos avait de peu applicable à l’usage qu’on en avait fait jusque-là sur les monnaies des Arsacides. Je fais remarquer, en outre, que le travail de ces pièces est fort supérieur par la recherche des détails , le sentiment de la vie, et la finesse du modelé, aux pièces que nous avons reconnu devoir appartenir à Phraate 11. On comprend que l’art, porté à un haut point de perfection sous Mithridate I**, ait déchu rapidement sous le règne troublé de son fils. Mais comment cet art se serait-il subitement relevé, quand Artaban, moins heureux encore que Phraate, fut monté sur le trône des Arsacides? Le problème que nous venons d'examiner est difficile ; nous n’osons pas en trancher la solution , mais nous penchons pour l'ancienne attribution de ces pièces à Mithridate I", et nous ne croyons pas que cette

(I) Cette oppowtion ditparalt même *i l'on lit tur U trtradraclime de l'a «or Kuight et »ur U drachme de M. Stewart # ta mention dn nu ut gorptttuj, an lien de la date 173. V. plna haut, note 1, p. 19.

CLASSEMENT «ES MEDAILLES

attribution soit incompatible avec celles que nous avons précédemment proposées pour le même règne.

S'il était, dans toute cette suite, une médaille qui convînt en particulier à Artahan U (dont le règne fut court, et dont par conséquent les monuments numismatiques doivent être rares) , ce serait celle dont la légende ainsi conçue, H A 21 AEil2 BA2IAEÜN AP2AKOÏ AIRAIOÏ ETEPrETOÏ KAI 4>I- AEAAHN02 (n* 13), diffère sensiblement de toutes celles que nous connaissons. Cette pièce nous offre les traits d'un vieillard à longue barbe, coiffé d une tiare sphérique fort simple : la ressemblance avec Mithridate 1 er est frappante. Le titre de roi des rois étonne moins die/. Artahan II , quand on admet que Mithridate la pris avant lui. Il est vrai que Phraate U s’en était abstenu sur toutes ses médailles , et que ce titre ne reparaît plus tard que sur quelques-unes des pièces que nous donnons à Phraate III. En tout cas, on aurait peine à admettre que Mithridate I" eût pris tant de surnoms à la fois. Visconti a attribué la médaille à Phraate 11; mais les traits n'offrent pas la moindre analogie avec ceux de ce prince , el l’àge avancé du portrait rend l'opinion de Visconti tout à fait invraisemblable.

Le caractère du travail, et la disposition graduellement plus compliquée de la légeude, nous obligent à placer immédiate meut après la pièce dont nous venons de parler des médailles qui portent cette inscription : BA2IAEH2 META AO Y AP- 2AK0Ï ETEPrETOÏ EIIWANOÏI <f>IAEAAHN02. On

connaît deux variétés de ces médailles, l’une avec la tête nue et diadémée (n° 1 4), l’autre avec le roi coiffé d’une tiare sphénque, ornée d’une crête de perles ou de globules. Visconti a donné la première à Artahan II, la seconde à Phraate H, quoique la légende soit parfaitement semblable des deux parts, et que les portraits ne different pas assez pour qu’on y reconnaisse deux princes différents. Ces pièces, d’ailleurs, ne me paraissent pas convenir à Artahan II; la tête n’est point celle d’un vieillard, tel qu’on suppose ce prince à son avènement; les traits en conviennent mieux à*Mithridate II, son fils, dont le

règne fut heureux el florissant : c'est pourquoi nous nous en tenons à cette dernière attribution.

Ost entre les règnes de Mithridate il et de Phraate III qu'on remarque, dans la suite des premiers Arsacides, la plus forte solution de continuité : la prépondérance de Tigrane dans les affaires de l’Asie en fut cause. Mithridate H ne laissa qu'un héritage troublé; la monarchie des Parthes tendit à se diviser, par suite des prétentions de différents princes ; ces débris, prêts à se séparer, ne se réunirent de nouveau que sous Sinatrocès , et surtout sous Phraate III, son fils. Nous ne connaissons aucune pièce qui convienne à l’octogénaire Sinatrocès, si ce n’est peut-être une drachme que Visconti donnait encore à Phraate II, et dont la légende est ainsi conçue:

BA21AE&2 MErAAOÏ AP2AKOÏ AÏT0KPAT0P02<1>I- AOÏ1ATOP02 FJ1I<*AN0Ï2 <WAEAAHN02. Le roi, sur cette médaille, est coiffé d’une tiare de forme sphérique, sans accessoires qui lu surmontent. Sa barbe est courte; mais les traits, et surtout la forme de la poitrine et des épaules, semblent indiquer un âge avancé. La forme du nez aplati sur le devant, quoique aquilin, est tout à fait particulière à ce portrait. C’était celte pièce que VUcomi croyait avoir été frappée pendant l’association imaginaire de Mithridate I" et de son fils. Le surnom de Pkilopator, dans son système, indiquait cette association ; celui d ' Aulocrator était une imitation du titre pris à la même époque par l’usurpateur Tryphon. Mais nous avons vu précédemment quelle- était la simplicité des titres de Phraate II, et nous ne pouvons donner au même prince des pièces où le nom d’Arsace est accompagné de quatre surnoms. Le rapprochement avec Tryphon est sans doute ingénieux; mais, pour devenir tout à fait concluant, il faudrait qu’on l’accompagnât de preuves d’un autre ordre. Ainsi, nous avons reconnu que Phraate II s’était nommé Evergète à l’imitation d’Antiochus VII, contre lequel il soutenait une lutte acharnée; mais le même Phraate, vainqueur d’Antiochus VII, se qualifiait de Nicator, non par allusion à Déroétrius il qui avait porté ce surnom, mais en souvenir de Sé-

leucus I* r , le fondateur du royaume de Syrie, puisqu'en même temps il ornait sa tète de 1a corne d’un taureau, qui est l’attribut de Séleucus Nicator; et, quant au surnom de Philopator, il serait étrange que Phraate II, qualifie de Théopator apres la mort de Mitbridate I", parût alors plus jeune sur les monnaies que quand il se nommait Philopator du vivant de son père. Dans l’hypothèse de l'attribution de la médaille à Sinatrocès, je ne me charge, quant à moi, d'expliquer ni le surnom d ' Autocrator, que, dès Tryphon,j’ai considéré comme une traduction de Yimperator des Romains, ni celui de Phifopator , à moins qu'on n’admette la conjecture de Longuerue qui faisait de Sinatrocès un fils de Mithridale I*'. J’avouerai, à ce sujet, que le calcul chronologique est assez favorable à l’opinion de Longuerue; et, en effet, si l’on place à l'an 140 avant 1ère chrétienne la mort de Mithridate I" et l'avénement de Sinatrocès en 77, on trouve qu’il se serait écoulé soixantetrois ans entre ces deux époques : or, comme Lucien nous apprend que Sinatrocès monta sur le trône à quatre-vingts ans, il résulterait de notre calcul que ce prince aurait eu dix-sept ans à la mort de Mithridate, son père. Aucune de ces données, comme on le voit, ne manque de vraisemblance; mais j'ai fait déjà voir que rien, d’ailleurs, n'appuyait la filiation proposée par Longuerue. La médaille que je viens d'examiner n’appartient pas assez évidemment à Sinatrocès, pour qu'on puisse tirer un argument solide et convaincant de sa légende.

J'éprouve moins d’hésitation à donner à Phraate III, fils et successeur de Sinatrocès , les médailles dont la légende est :

BA2IAE02 MFJAAOÏ AP2AKOY <MAOIlATOP02 EÏEPrtTOT Eni4»ANOY2 RAI 4IAEAAHN02. Ces pièces sont les premières où l'influence du goût oriental se fasse décidemment sentir. La disposition des cheveux du roi est celle de la coiffure des anciens rois de Perse» On conçoit que ces souvenirs se soient réveillés à l'époque où Tigrane acheva de détruire par la conquête de la Syrie, avec la monarchie des Séleucides, le prestige de la puissance des Grecs. On connaît, des pièces que nous venons de donner à Phraate III, deux variantes importantes : la première présente le buste du roi de

DES PREMIERS ARSACJDES.

profil (n® 1 8) ( 1 ), l’autre le montre de face (n° 1 7). Du reste, on ne remarque aucune différence dans les légendes, et la tête de face répond exactement, pour la longueur de la barbe et la disposition des cheveux, à la tête de profil. Néanmoins Visconti a rangé l'une parmi les portraits de Phraate II, et donné l autre à Mithridate H. Cette erreur provient de ce que les médailles du cabinet de France , d'après lesquelles Visconti a exécuté son travail, sont mutilées dans la partie inférieure de la lé* gende, et h offrent que la fin du mot ÜATOP02, que l'illustre archéologue a ainsi complété, 0EOI1ATOPO2. Si celte leçon était exacte, il existerait en effet une différence notable entre la légende de la tête de face et celle de la tête de profil ; niais le même cabinet possède aujourd'hui une pièce plus complète, sur laquelle on lit tout au long < MA0IlAT0PO2, et non 0EOÜATOPO2. On ne peut donc hésiter à ranger sous le même roi des médailles dont la légende est identique, et le style absolument semblable, quand les caractères iconographiques conspirent à établir cette attribution.

Avant d'arriver aux pièces qui, selon nous, doivent rester définitivement à Orode, il nous en reste deux dont le classement présente encore de sérieuses difficultés. La première a pour légende, BA2IAE02 BA2IAEQN AP2AKOÏ 4>IA() ÜATOP02 AIKAIOT Eni4>ANOÏ2 4>IAEAAHN02 , et ne diffère, comme on voit, des précédentes que par la substitution du surnom de iocatto; à celui «Tttitpyéniç ; la seconde , la plus surchargée de toute la suite, puisque seule elle présente une ligue redoublée de titres royaux sur les quatre côtés du revers, contient une légende ainsi conçue : BA2IAE02 BA- 2IAEDN AP2AKOÏ MErAAOÏ AIKAIOT EIII4>AN0Ï2 0EQY ETI1AT0P02 <$IAEAAHN02. Ces^leux médailles ont été attribuées à Phraate III, bien quelles ne présentent pas une parfaite conformité iconographique. La seconde de ces attributions s'appuie surtout sur la présence dans la légende du mot 0EOÏ, un auteur ancien, Phlégon de Tralles (2), ayant

(t) L’ordre de* •■rtani «or celle pièce diffère ua peu de ce qu'il cil tur l'aatre. V le a" 19 de rUttcmat , p. 4fl.

(3) 1p. Pitotiua, C«*d. 97, p. 84 A. BeVk.

:;8 CLASSBMBNT DBS MEDAILLES

affirmé que Phraate III s’était fait appeler dieu. Le surnom dEupator , qui n’est qu’une variante légère de relui de Philopator, convient ainsi que ce dernier à Phraate 111, qui devait le trône à son père Sinatrocès. Quant à la surabondance des épithètes , cette circonstance paraît avoir tenu à un caprice individuel : la parfaite uniformité des légendes royales, à partir d’Orode, ne permet pas qu'on range après ce prince la médaille qui nous occupe, bien que le protocole en soit plus chargé. Laisserons* nous la pièce à Phraate III, quoiqu’elle porte des fitres si différents de ceux qu’on lit sur les médailles par nous attribuées à ce prince? Si cette conjecture, sur laquelle nous n’osons insister, était admise , il faudrait reconnaître chez Phraate III un développement d’orgueil causé par l’abandon des projet* de Pompée sur son royaume. Nous savons que deux princes qui régnèrent successivement, Mithridate III et Orode, conspirèrent contre Phraate III, leur père, et le firent mourir ; mais nous ignorons les motifs de ce crime, et s’il ne fut pas en partie justifié aux yeux des peuples par l’exaltation de vanité qu’avaient développée chez Phraate les succès de sa politique; au moins le retour que fit Orode, malgré ses triomphes, à des titres moins nombreux et plus modestes, paraît-il indiquer que l'abus qui en avait été fait précédemment avait excité le mécontentement public. J’ajouterai qu’il n’y a point impossibilité à ce que la tète du prince, décoré des titres de dieu Eupator, soit la même que celle du roi Philopator Evergèjc.

Les traits juvéniles du prince qui porte les surnoms 4>lAO- ÜAT0P02 AIK.AIOY conviendraient au successeur immédiat de Phraate III, Mithridate III; mais ce roi, meurtrier de son père, peufil s’être paré du titre de Philopator ? Si une telle donnée paraissait trop invraisemblable, il faudrait ranger cette médaille dans les premiers temps du règne d’Orode , et supposer que ce prince aurait coloré son entreprise contre son frère par le dessein de venger le meurtre de Phraate III, bien que l’histoire l'accuse d’avoir partagé le crime de son frère. Je sens combien ces conjectures sont faibles, et je dois

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