‹ Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du XVIe siècle (volume 2)Chapitre 64 sur 68 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

Henry etc. Comme..- nous aïons ordonné qu'il séroit levé sur chacun navire marchant traffiquant en mer, aparle-

(1) Arcli. de la Cour d'appel, à Rouen , Amirauté de Rouen ^ yq», des XX s. par tonneau.

(2) Id. ibid.

nant à noz subgectz sortans de noz f»ortz et havres pour aller faire marchandise , la somme de vingt soiz t. pour chacun tonneau du port dont seroient trouvez estre lesd. navires , pour subvenir à partie des fraiz qu'il nous conviendra faire pour la conduite , conservation et garde de nosd. subgectz et de leursd. navires, biens et marchandises y estans, et ce durant le temps de la guerre seuliement ; dont nous avoit esté payé quelques deniers qui toutesfois... n'ont peu suffire à Tentretenement des navires de guerre que pour c'est effect nous avons tousjours entretenuz et envoyez en mer pour conserver lesd. navires marchans , depuys la perception desd. xx s. t. par tonneau. Et comme à présent il y a plusieurs desd. navires marchans pretz à faire voïage , tant pour aller au sel en Brouage et la Baye [qu'à] la Terre Neufve , le Brezil , la Guynée et autres lieux , qui se sont apprestés auparavant la publication de la présente tresfve pour aller faire leurd. voïage, s'actendant avoir conduicte et garde de nosd. navires comme iiz ont eu par le passé, mesmes y a flotte de navires allans aud. sel à Bordeaulx, la Rochelle et aultres lieux, que nous faisons conduire aussi que lors de la publication d'icelle tresfve, il avoit comme encores a de présent plusieurs navires marchans en mer, pour lesquelz mectre en surette et bonne garde nous avons faict grande despence. . . Donné à Amboise, le viu® jour de mars, Tan de grâce mil V^ LV. Signé : Henry. Et, sur le reply, Par le Roy , en son conseil , signé : Burgensis, etc.

Voyage d'un navire de Fécamp et fret au Havre

pour le Brésil (1).

Du mercredy cinquesme jour de juing mil cinq cens (cinquante sept) (2).

Pardevant Jacques Dulot et Thomas Le Page, tabellions pour le Roy ,

Fut présent noble homme Jacquez de Cavygny (3), habitent (?) de Fescamp, cappitaine de maryne pour le Roy, bourgeois de certain navyre, nommé la Serpente^ du port de deux cents tonneaux ou environ, lequel a passé procuration ... et par especial ledit sieur constituant a donné povoir, puissance et auctorité à Geffroy Dupuys, m® dMcelluy navyre , seul portant la présente , de affiretter icelluy navyre à honorable homme Guillaume Berry, marchand demeurant au Havre de Grâce, ou aultres telles personnes

(1) Archives de la Seine-Inférieure , liasse du tabellionage de Fécamp, (Communication de M. Barabé.)

(2) L'humidité a détruit la fin de cette ligne, mais les notaires Dulot et Lepage ont rédigé d'autres actes en 1557.

(3) Jacq. de Cauzvigny ou Caugvigny, écuyer, contrôleur de Fécamp, était propriétaire, capitaine comme on disait alors , d'un navire appelé la Serpente, H eut procès, en 1 559, pardevant rAmirauté de France, à Paris. (Voy. Arch. imp., Sect. Judic. Z. 3932, fol. 6 recto et suiv.) — Jacq. de Cauvigny, capit. de marine royale en 1587 ; ses gages. {Bibl imp.y mss. fr., n°9436. 5. 5, Colbert.)

qu'il verra bien estrepour faire le voïagedu Brésil, par tel prix, charges, conditions et moîens qu*il pourra bienestre, et faire, et faire pour luy, en ces choses, tout ainsy que si présent en sa personne y estoit (i), promettant etc., sur l'obligation etc., presens Pierre Lemygne et Francoys Desylles. *

(Signé) De Cauzvigny.

CXVUf.

Troubles religieux à Rouen, précautions prises

contre les protestants (2).

Ce registre commence immédiatement après la prise de Rouen par les catholiques. — La ville fut emportée le 23 octobre 1562. — Charles IX fit son entrée et se rendit à la Cathédrale le 26. — Le Parlement revint trois jours après, et fit pendre Marlorat. (Farin.) — Bailli : Jean d'Etouteville.

1562, 31 OCTOBRE. (Fol. 1 r^'ets.)

Election de trois conseillers et un quartenier. — Le Parlement avait cassé l'élection faite au mois de juillet précédent , sous la domination protestante.

(1) On a effacé la restriction suivante: Pourveu que sy le Boy arresie ou empesche led. navyre pour son senice. . .

(2) Analyse des Heg. des Délibérât, de la viMcj reg. n*» 17 (1562 à 1566.

2 NOVEMBRE. (Fol. 2 v^ et s.)

Le conseil délibère d*adresser au Roy des demandes pour trois objets :

P Pour faire rendre aux habitants de Rouen rartillerie et les munitions de guerre, qui leur avaient été enlevées par violence.

2'' Pour que , avant son départ de Rouen , il choisisse le seigneur qui devait gouverner la ville.

3^ Pour qu'on rende aux églises les cloches et les candélabres dontelles avaient été spoliées.

Le conseil décide que ces demandes seront adressées au Roi.

4 NOVEMBRE. (Fol. 3 vo et s.)

Jacques de Brevedent, lieutenant-général du Bailli, président de l'assemblée , rend compte de la démarche faite auprès de la Reine , en présence de messieurs de Guise, connétable, chancelier, etc. , relativement aux trois demandes ci-dessus. La Reine a répondu :

l*" Rien de positif sur la reddition de Tartillerie et des munitions de guerre.

2° On pourvoira au gouvernement de la ville , au eon-tentement^ profit et utilité de ses habitants,

3<> On rendra aux églises leurs cloches et joyaux.

La Reine a accordé que la foire de Saint-Romain aurait lieu le 26 novembre courant. Elle dit que ta ville devrait demander au roy un pardon général. Sont exceptés les auteurs des séditions et ceux qui ont porté les armes contre le Roy.

L'assemblée, composée de 44 personnes, déclare que n'ayant fait aucun mal elle n'a aucun pardon à demander ;

qu'elle ne s'oppose pas qu'on pardonne à ceux ^ut ont offensé , mais qu'il faut que punition soit faite des principaux auteurs de la sédition.

5 NOVEMBRE. (Fol. 5 r° et s.)

L'assemblée est composée de 24 membres. Le Roy fait offrir de rendre aux marchands de Rouen les marchandises prises au moment de la reddition de la ville , à condition qu'ils prêteront au Roy , pour ses affaires , une bonne somme de deniers. Il leur offre , pour sûreté de leur prêt, les plus clairs deniers de son domaine. Les marchands de Paris offrent de tenir ce marché.

Les marchands demandent du temps pour délibérer. On conclut que les marchands s'assembleront le lendemain matin.

6 NOVEMBRE. (Fol. 6 V*" Ct S.)

L'assemblée , composée de 40 personnes , s'occupe des pauvres de THôtel-Dieu. On fera nommer les commissaires administrateurs , et une quête sera annoncée au prône.

Le Roy fait rappeler aux marchands qu'il leur rendra les marchandises , s'ils veulent lui prêter de l'argent , et qu'il est disposé à leur donner la préférence sur les marchands étrangers qui lui en offrent à ces conditions.

Liste de souscription des membres de rassemblée pour les pauvres.

7 NOVEMBRE. (Fol. 8 V*» et S.)

Articles arrêtés après la réduction de la ville. Le bailli d'Etouteviile propose les articles suivants : 1*" Ordre , sous peine de la hart , aux protestants d'apporter leurs armes au château, dans les 24 heures. (Approu-

vé. L'assemblée ajoute la défense de porter des armes , des munitions et des vivres hors de la ville.)

2"" Rechercher les biens des rcligionnaires , pour les imposer d'une somme destinée aux réparations des murs et principalement des bresches. (Approuvé.)

3° Levée et armement des catholiques en milice bourgeoise. (Approuvé. Hais l'assemblée demande en outre la nomination de capitaines , lieutenants , enseignes et sergents dans chaque quj^ rlier. )

4° Ordre aux chefs-d'hôtel de mettre de la lumière à leurs fenêtres sur la rue, de 7 heures du soir à minuit; à tous, de rentrer à 9 heures du soir , et à ceux qui sortent, de porter de la lumière dans les rues , la nuit , sous peine de la hart. (Approuvé.)

5° Ordre aux hôteliers de donner les noms des étrangers qu'ils recevront , etc. (Approuvé).

6*» Défenses aux aubergistes suspects de recevoir aucune personne. (Approuvé.)

Ces articles ont été communiqués au Parlement par le bailli , qui a ajouté les suivants :

7° Ordre de nettoyer les rues, de peur des maladies. ( Approuvé. )

8° Faire lever 2 ou 300 hommes catholiques pour maintenir la tranquillité de la ville. (Approuvé.)

9° Aviser au grand nombre de pauvres et aux gens de guerre blessés.

Liste des administrateurs de THôtel-Dieu.

9 NOY. (Fol. 10 r°ets.)

L'assemblée se compose de 39 personnes.

Le lieutenant du bailH offre de faire venir 200 hommes

(|ui seraient soldés aux dépens de la ville, en outre de 500

qu'il y avait déjà.

L'assemblée dit que la ville tâchera de se garder elle-

même, qu'elle n*est pas d'avis de payer les 200 hommes et qu'elle craint de payer les 500 que l'on a laissés. On demande l'avis du Parlement.

15 NOY. (Fol. 11 r«et s.)

L'assemblée se compose de 41 personnes.

Nomination de 4 capitaines. On s'en réfère au bailli , gouverneur de Rouen. 20 hommes catholiques de toute qualité sont commis à la garde de chaque porte. Six de ces hommes seront payés à 7 s. 6 d. par jour, aux dépens des rebelles On fera ouvrir, à l'entrée et à la sortie des portes , les coffres et bahuts , pour voir s'ils contiennent des armes.

On demande à M. de Villebon qu'il fasse sortir de la ville, sous peine de la hart, les soldats qui ne font pas partie de la garnison.

On ordonne que ceux de la garnison soient logés chez ceux de la nouvelle religion.

16N0V. (Fol. 12 v^et s.)

L'assemblée se compose de 19 personnes.

Mode d'élection des 4 capitaines indiqué par d'Ëtouteville. Devoirs desdits capitaines. Solde des hommes. Corps de garde. Visites dans les maisons suspectes; enlèvement des armes au profit des soldats.

Les protestants sont bannis de l'enclave du Palais. Le concierge est remplacé par un catholique.

Moulineaulx, portier de la porte du Pont, est remplacé.

Le maître de poste de Rouen et celui de Bourg-Baudouin sont remplacés par des catholiques.

Le concierge du château est changé.

Toutes les portes de la ville doivent être bouchées ,

excepté quatre : Beauvoisine, Martainville, du Bac et Harenguerie.

Il est défendu aux protestants et permis aux catholiques de porter des armes.

Défense de chanter les psaumes en français ; ils servaient de signal aux protestants dans les séditions. Il est enjoint aux capitaines d*empécher leurs soldats d'en chanter, comme ils le faisaient le jour d* hier y à Beauvoisine, à voix déployée.

Les poudres de Cauchoise transportées au vieux Palais. Un échevin est chargé de recevoir la poudre et de la distribuer aux catholiques, s'ils en ont besoin.

Les boulets de la tour du Colombier, porte Martainville, seront portés à l'Hôtel-de-Ville.

18 Nov. (Fol. 14 v*» et s.)

L'assemblée se compose de 37 personnes.

Choix de 4 capitaines fait par le conseil , sur les candidats présentés par les bourgeois.

Aucun enchérisseur ne s'est présenté pour les fermes de la ville. On fait un nouvel appel.

21 NOV. (Fol. 16f"et s.)

L'assemblée se compose de 41 personnes.

tlèglement de la solde des lieutenants, sergents , caporaux , tambours et fifres des 4 compagnies de la milice bourgeoise.

La ville envoie un député demander des renforts de troupes au Roi.

24 NOY. (Fol. 18 r»et s.)

L'assemblée se éompose de 39 personnes.

Élection des députés aux États, de la province , qui doivent s'ouvrir le lendemain , 25 novembre.

Pour TEglise , Adam Secard.

Pour la noblesse , Baron de Vieupont.

Pour la vicomte, Robert le Hanyvel.

Rich. Pappillon.

(échevins.)

Jacq. Lhermitte.

(pensionnaire.)

Nie. Gosselin.

( procureur de la ville. )

Détail des fonctions des députés. On donne à ceux-ci le mandat impératif de rejeter la proposition qu'avait faite un sieur Lelièvf e d'autoriser ceux de la nouvelle religion à avoir des temples.

On arrête que deux personnages de chaque quartier seront élus pour délibérer avec les députés sur les articles proposés aux États.

Tous les suspects [de protestantisme) qui habitent les tours ou tourelles de la ville seront faits sortir et remplacés par des catholiques (1).

25NOV. (Fol. 19v«et s,)

L'assemblée est de 23 personnes.

Tous les habitans aisés devront faire provision de bled pour six mois.

(1) La viUe accordait des logements dans les tours à ceux de ses officiers inférieurs qui étaient pauvres, ou bien à d'anciens serviteurs de la ville , etc.

Tous ceux qui sont en état de porter les armes devront s'armer.

Tous devront contribuer de leur personne ou de leur argent à la réparation des fortifications de la ville et du fort Sainte-Catherine.

Mesures de finances. D'Estouteville offre de prêter mille écus à la ville.

28 Nov. (Fol. 21 r* etv°.)

L'assemblée est de 18 personnes.

On revient sur les moyens de se procurer de Targent et des hommes pour les fortifications de la ville.

On accepte le prêt de mille écus de d'Etouteville, pour les lui rendre dans un ou deux mois.

l""- DEC. (Fol 21 v'^et s.)

L'assemblée est de 27 personnes.

Emprunt de 1,000 à 1,200 1. remboursables dans 6 mois , fait par souscription , pour nourrir et secourir les pauvres de THôtel-Dieu.

Ordre d'enlever les immondices , pour éviter la peste , qui commence en ceste ville. Réquisition de charrettes à cet effet. Emprunt de 2,000 I. en rente, pour le même objet.

7 DEC (Fol. 23 r ' et s.)

L'assemblée est de 27 personnes.

Nouvelles mesures pour les immondices. On ordonne un recensement des charrettes et banneaux jusque dans les villages de la banlieue.

Nomination des administrateurs de rHôtel-Dicu.

ik DEC. (Fol. 24 v« et s.)

L'assembléee est de 17 personnes.

Capitaines élus par les paroisses pour la défeu6c de la ville.

17 DEC. (Fol. 26 V» et s.)

L'assemblée est de 34 personnes.

Les bourgeois devront payer de leur personne pour la garde des portes , pour le guet , les rondes de nuit et les revues ; il en sera délibéré.

On autorise les administrateurs de THôtel-Dieu à pousser jusqu'à 1,000 écus leur emprunt de 1,000 à 1,200 livres.

On continuera la recherche des armes chez les protestants*

On réunit sous un seul capitaine plusieurs paroisses trop peu importantes pour former seules une compagnie.

19 DEC. (Fol. 28 r° et s.)

' L'assemblée est de 28 personnes.

11 est confirmé que les bourgeois doivent tous indistinctement aller, de leur personne, à la garde des portes. A regard de la ronde de nuit, du guet et de la monstre, le conseil ne prend pas de résolution.

Nomination d'un maître de la monnaie.

23 DEC. (Fol. 29 V» et s.)

L'assemblée est de 43 personnes.

Le bailli annonce que 6 compagnies de gens de pied sont près de la ville, et demande s'il faut les faire entrer et si la ville voudra les soudoyer.

On prie le bailli d'en disperser quatre dans le pays do

Caux, et, pour les deux autres qui viendront en ville et les deux qui y étaient déjà , on autorise les conseillers modernes à emprunter 6,000 I. t., que l'on avancera aux capitaines des Coinpagnies.

Sursis accordé à un fermier des Aides pour les droits d'une queue de vin.

Vérification des comptes du receveur de la ville depuis 7 à 8 ans.

Liste des capitaines des paroisses.

'1562 (1563 N. S), 7 janvier (Fol. 32 r« et s.)

L'assemblée est de 41 personnes.

On ratifie le marché fait par les conseillers modernes pour l'achat d'armes pour la défense de la ville, et on les autorise à emprunter à rente.

Plaintes contre les ouUrages , larcins et pilleries que font les soldats à la garde des portes. On va porter ces plaintes à M. de Villebon et demander que dorénavant les portes soient gardées par les bourgeois.

On va s'adresser au Parlement pour la réparation de la brèche de la tour du Colombier, que l'on fera payer aux réformés.

Les conseillers du bureau sont chargés d'examiner les demandes des fermiers de la ville, et de fixer la diminution qu'il convient de leur accorder.

Emprunt de 2,500 1. pour l'Hôtel -Dieu.

11 JANVIER. (Fol. 35 r° et s.)

Ordre du bailli, M. de Villebon ? aux capitaines : Précautions pour prévenir et réprimer les troubles. Instructions pour le service des compagnies.

Mesures pour la garde des murailles et des portes. Etablissement de corps de garde. Ouverture des portes.

Prôts d'argent, faits par des banquiers de Lyon pour expéditions maritimes à Fécamp (1).

Du penultiesme jour d'aoust mil V^ LXVI , à Fescamp , pardevant Thomas Lepage et Pierres de Boudeville , tabellions dud. lieu ;

Fut présent syre Guillaume Palherme , bourgois , marchand , citoïen , demeurant en la ville de Lyon , lequel feist ses procureurs , c'est ascavoir Denys Foucquet en plaiderye.

Et par especiai led. constituant a donné plain pouvoir, puissance et auctorité aud. Fouquet de recevoir tous et telz deniers qui luy sont ou seront deubz par aulcuns maistres et bourgois de navyres de ced. lieu de Fescamp , de bailler iceulx deniers à proffict sur telz voïages qu'il advisera bien estre , par tel prix que bon luy semblera» à la charge de rendre bon et loïal compte aud. constituant. Promectant etc. , sur l'obligation elc. ; présens : Guillaume Le Petit et Guill. Menessyé dit Crely. (Signé.) Guillaume Paterne ; Le Page et de Boudeville (ces deux derniers tabellions, avec paraphe.)

( En marge : En rapportant sera griffé, )

(0 Archives de la Srinc-Inférieiirc, TabcU. de Fécamp. (fioniin. <lc M. Barahd.)

Tarif de la carue de Rouen (1).

Du penultiesme jour de juillet M. V^ soixante sept, suivant le commandement de messeigneurs , messieurs les premier et second président de la court de Parlement de cesle ville de Rouen , faict aux conseillers et eschevyns , prieur et consulz de lad. ville , A esté faicte assemblée en rhostel commun d'icelle de plusieurs notables bourgeois et marchandz de cestd. ville , lesquelz uniformément ont esté d'adviz qu'il soit baillé et designé prix aux officiers de la grande et petite Charue , pour leurs paines et sallaires de charger et descharger, à leurs perilz et fortunes, les marchandises cy après declairées , et speciffiées selon qu'il ensuict :

Premièrement.

Le millier de mourue verte, pour deschargeage et complagne, vi s. t., Tun portant Taulre . cap et queue (2).

Le millier de mourue seiche , pour deschargeage et comptage in s.

Le millier de seiches, descharge et comptage, n s. vi d. venant en grenier.

(1) Jrch, mif/i. de liouen, A. VJ , fol. 36 r" à 38 v°.

(2) Il y a trois espèces de morues: \h morue salée ou verte en baril; la morue sèciie ou storkfisli, el la morue en sel sec. 'Note tk ÎV1. ,1. Rondeaux.)

Le millier de macquereau en pille

Pour le comptage de chacune baptelée d'escalles \ Néant.

Pour le deschargeage de chacune baptelée de moulles

Le lect de harcnc, macquereau « saulmon et morue, ci xii d.

Le ballot de toille , pour Espaigne m d .

Tous pouchons, chacun vi d.

La balle de layne d'Espaigne. ....... un d.

Autre grande balle de layne ou pacquetz de Lunestre (1), la balle qui se peult porter en charge de cheval. . vi d.

Et pour la balle qui ne se peult porter à cheval xvi d.

Grande balle de draps et frizes m s.

Grandes balles de toilles un s. t.

Et les moyennes, à deux pour unes mis.

Le tonneau de ratures (2), a trois pouchons par tonneau XVIII d.

La balle de garance , grande et petite , Tune portant Tautre ix d.

La balle de pastel n d.

La balle de crepeaulx de peignes (3). . ^ . • n d.

Le millier de chanvre et de lin desballé , par pacqustz poisantz xn d.

Grande balle de lin in s.

Grande. balle de chanvre i" s.

Grande balle de papier m s.

Et les demies , deux pour une m s.

La balle de lin ii d.

(1) Leiccsler?

(2) H y a rature» de parchemin et ratures d'étain ; il s'agit probablement ici des dernièrevS.

(.i) Cornes aplaties pour faire des peignes?

La balle d'estresse (ou estrasse) (i) m d.

La balle de cotton : m d .

La pippe de cappres ix d .

La pippe d'ollives. ix d .

Le millier poisant de morfil (ivoire brut) ... ix d .

La baricque de tourmentinc un d. ob.

(qui est à raison de xviii d. par tonneau . )

Navettes et culotz de plomb , chacun . . ii d.

La baricque d'ensens un d. ob.

La baricque d'amandes ....... iiii d. ob.

La balle de rys un d.

Le leth de bray, deschargeage et rouUage . • xu d.

Le leth de gouttren , deschargeage et roullage xu d .

La balle d'aultruche ix d .

Le baril de fil d'amidon (?) i d.

La casse de sucre et fistulle , et toutes autres casses, chacune (2) vi d.

La balle d'annys ui d.

Le pouchon de panelle (3) i d •

Le ballot de poivre et clou de girofle ... vi d.

Le baril de cossenille vi d.

Le tonneau de quelque sorte d'espicerye et droguerye, à trois pouchons pour deux pipes et quatre baricques par tonneau xvui d.

Le pouchon de pruneaulx vi d .

Le pennier de verre vi d.

Le baril de vif-argent u d.

Le millier poisant de mestail » rompu en petites pièces , ci IX d.

Le millier de fer en baro ix d.

(1) Ou Esttace^ dit aussi Capiton et Cardasse y bourre de soie.

(2) Encore aujourd'hui TEspa^nc tire de la Havane des petites caisses de 2oO à 300 kil. appelées casses. (Note de M. J. Rondeaux.)

(3) PancUc, sucre brut particulier aux Antilles.

Et par semblable toutes sortes de métaux Chacun tonneau à trois pour deux pipes , et quatre baricques par tonneau xviii d.

Grant saulmon de plomb, poisant xvi ou xyiii*^ ii s.

Le baril de myne de plomb un d.

Le grand saulmon d'estein , poisant jiii à v^ - vi d.

Le petit saulmon m d .

Le tonneau de boys de Brésil xyiii d .

Toutte espèce de dindanderye ou fustaille, chacun tonneau xvfii d.

La balle de rigolisse • . . . m d.

La baricque de sennegré (1). . ,. . . - un d. ob.

Là baricque de sevenne (grayne) de lin . un d. ob.

Le tonneau de boys de futot à trois pouchons deux pippes et quatre barriques pour tonneau (2). . xviii d.

Grands pains de cire . ii s.

(Et les moindres à Téquippollent. )

Cordes à laynes , en tonneau , à trois pouchons deux pippes , et quatre baricques pour tonneau . . . xviii d.

Cordes à jouer, en totineau , à trois pouchons deux pippes et quatre baricques pour tonneau . . . xviii d.

Mannes de batterye et poilles à frire, poisant xn à xiii*", chacune xviii d.

Le baril de vermillon m d.

Le baril de houblon viii d.

La manne ou pennicr de colle vin d.

Mannequins et autres penniers grandz et marchandise , ci. ... * xvni d.

Et pour tonneau. . - xvni d.

La balle de plocq (3) vni d.

La balle de bourre. . vni d.

(1) Sencgré ou fenu grec, plante luédiciiialc.

(2) FM/r;c, bois jaune, pour la teinture.

(3) Ploc , poil de pluMeurs animaux.

Souffres , salpestres et granis en futaille , chacun tonneau XVIII d.

Grandz pains de résine et grandz pains d'arguenson (brai sec). . ii d.

Souldes de verre (soude de varec), melacca, ferbianc, cassât, tonneaulx, chappeaulx, bonnetz ou mercerye niellée , en futaille , chacun tonneag , à trois pouchons deux pippes, ou quatre baricques pour tonneau. . . xviii d.

Le ballot de noix de galle ........ vi d .

Le ballot de savon . m d .

La balle de sommas (1) vi d.

Manne de rouile, qui sert à faire hernoix. Carues poisans XII à xiii*^ xviii d.

Le cent de grand cuyr des Indes un s

Le cent de cuyr de Barbarye ii s.

Le cent de cuyr d'Escosse, d'Irelande et callevert (2) , ci. . . . r . . • XX d.

La balle de peaulx de veau et mouton ... vi d •

Et le ballot m d .

La grande pièce de figue i d.

Les deux petites pièces de figues i d .

La grande pièce de resin i d.

Les deux petites pièces i d .

Le thonneau de resin, à trois pouchons, deux pippes ou quatre baricques pour thonneau . . xviii d.

Le thonneau d'huille. . ii d.

Le thonneau de suif, à trois pouchons , deux

pipes ou quatre baricques par thonneau . . . . xviii d*

Le pain de suif i d .

Le tonneau de meguys , à trois pouchons ,

deux pipes ou quatre baricques pour thonneau. xviii d.

(1) Sumac ?dont récorce sert à faire du tan.

{2) Callevert, peaux de veau; de l'anglais Calf au pluriel Calves, veaux ou génisses. (Note de M. J. Rondeaux.)

Le pot de beurre i d*

Les deux petitz i d.

La baratte de beurre i d.

Les deux harilz de beurre ........ ii d.

Les deux costez de lard ii d.

Pour la balle de layne , de charge de cheval. vi d.

Et pour la balle qui ne se peult porter à cheval xii d .

Lamoîenne balle de layne vi d.

Le millier de chanvre xii d.

Pour chaulde de meulles à cousteaulx ... m s. t.

Et le reste des ^ultres marchandises, qui pourroient estre obmises, au prix de xviii d. t. pour thonneau , à raison de deux milliers de poisant par tonneau , deux pippes ou trois pouchons pour tonneau.

Lesd. prix faictz suivant Tadviz desd. bourgeoys marchandz, à la charge toutesfoys que les officiers desd. grande et pettite charue seront tenuz d'assister ordinairement eulx ou chacun d'eulx sur le kav de lad. ville et faire charger ou descharger, à la commodité des marchandz , leurs marchandises. Et pour ce faire y mettre nombre suffisant de personnes avecq eulx , si besoing est. Et, à faalte de ce faire , lesd. marchandz pourront faire descharger , aux perilz et fortunes desd. de la charrue , ainsi qu'ilz adviseront bien estre , et ce sur les marchandises sur lesquelles ilz ont pouvoir , suivant leurs lettres de provision ; sans que le présent adviz y puisse préjudicier les bourgeois de la ville , pour les marchandises sur lesquelles lesd. officiers de la charrue n'ont pouvoir de les charger et descharger , et qu'ilz ne sont désignez par leursd. lettres.

Navire de Fécamp voyageant pour la droguerie (1).

<- Contrat aléatoire (2).

Le vingt septicsme jour d'aoust mil cinq cens soixante sept , pardevant Thomas Lepage et Pierres de Boudeville , tabellions jurez aud. lieu (de Fécamp).

Fut présent honorable homme Jehan Crisly , demourant en la parroisse de S. Nicollas dud Fesearap , lequel confessa avoir eu et receu de honnorable homme Phillebert Legrand , demourant aud. Fescamp , présent , c'est assavoir : la somme de quarante deux livres tournois pour mectre et employer en radoub et vituailles dedens deux navyres aud. Cristy appartenant : le premyer nommé La Jehanne Uxene , du port de quatre vingtz tonneaux ou environ , dont est maistre led. Crisly, et Tautre nommé Le Michel^ du port de quarante cinq tonneaulx ou environ , dont est maistre Thomas Fauvel , pour faire le voyage de droguerye année présente. Laquelle somme de quarante deux livres tournois voult aux perilz et fortunes de la mer ^ au moyen de vingt livres tournois pour cent. Laquelle

(1> M. de FréviUe a expliqué, par une note ajoutée à son manuscrit le sens spécial que doit avoir ici le mot droguerie^ ou épicerie en gros; il indique qu'il s'agit dans cette charte de la pèche du hareng. ( Note de l'éditeur.)

(2) Arch. de la Seine-Inférieure, Liasse du Tabelf. de Fécamp. iComniuuication de M. Barabé).

somme de quarante deux livres tournois , avec le proffict d'iceJle , led. Cristy s'est submys rendre et payer au retour dud. voyage (1). Et pour ce faire rendre et payer led. Cristy s'en obliga envers led. Legrand tous ses biens et héritages mesmes sa propre personne. Presens à ce Cristofle Dubosc et Nicollas Asselin , Jehan Cristy , T. Lepage (2).

Fécamp. — Association singulière pour la pèche et

le commerce maritime i3 .

Nous Nycollas Auvré , filz de Jan Auvré , et Nycollas Letellyer et Jan son filz et Jan Yaucellin , tous demouranz en la parroisse de Saint Hestienne de Fecamp , conoissons et confessons hêtre personnyers ensemble d'ung navyre nommé La Brave , du port de lxx tollyaulx ou envyron hetant de se pressant a se port et havre de Fecamp, praiste an atellyer , tant des agarez et hustentilles apartenantes aud. navyre , tant pour le metyer de marchandisse que pessery secun pour ung tyers ensemblehement. Et moy Jan Hauvré et Nycollas Auvré et Nycollas Letellier et Jan son filz et Jan Vaucellin prometons et confessons tous en-

Ci) On a effacé la clause suivante: Et laquelle somme de quarante deux livres est séparée moytie par moitié sur tes deux naiyres.

(2) En marge : En rapportant sera griffé.

(3) Archives de la Seine-Inférieure , Liasse du Tabellionage de Fécamp, (Communicat. de M. Barabé.)

semblede fournir , cequn à sa part , tant pour Tatellyer dud. navyre que az agarez et aparez et hustansylles pour led. navyre , par se que moy Jan Âuvré et Nycollas son filz cuite et delesse la maistrisse dud. navyre hy sus nommé a leur deus autres personnyers , tant a beus qu'a leur enfans , tant pour le metyer de marchandisse et chausses et le metyer de pechery. Par se que led. Jan Auvré et Collas son filz.lesd. Nycollas et son filz et Yaucellin receuUiront aud. Auvré le tonnylyer bon et suffissant pour led. navyre , aveces xviii lez de granz bariz pour le metyer de la peschery , aveces le nombre de xv sannes et ung vallest bon et se sufissant ou metyer de la mer. Et nousd. Collas Letellyer et son filz et Yaucellin prometons Tun à Tautre d'être maistre chequn ung an et d'en am en ; et fere Techypage cequn a son rin (rang). Par se que led. maistre receuUyra toutes les chances et le garchon ausy xv sannes et ung vallest, àsequn son tour, Tun àTautrc. Par se led. Letellyer ou son filz et maistre se sepeere anne et tous lesd. valles hetant dedenz led. navyre au metyer de marchandisse revyenet au proffist desd. bourgois et pcssonyers. Reste le page qui demeure au maistre. Failt le premyer jour de juillet 1567.

Par se que moy Yaucellin et Des Grances metronz un lez de bariz dedenz led. navyre , et moy Nycollas Letellyer et son filz meteront le reste des bariz.

Par se que nous led. Yaucellin et Letellyer prometons prendre led. pain au gendre dud. Auvré , au pris et cours du païs.

Et quand led. Yoquelin ny vouldroict mener led. navyre, led. Des Granches le peult mener.

{Suivent les marques.)

Le merc dud. Le merc dud. Le merch dud.

Yauquelin. Letellyer. Jehan Auvray.

Le deuxiesme jour de juillet mil dnq cens soixante sept pardevant Jehanr Fieury et Thomas Lepage.

Furent presenlz lesd. Aovray, Letellieret VauqiieUin, lesquelz , à Tinstance Tun de Taotre ,ont recongou a leur fai<^ cy appozé. Promettant etc. , sur l'obUgacion etc. Presens : Ysoré Dargent et Thomas Yubert, tesmoings.

(Suweat les marques ci-desius et la signature du notaire:!. Lepage.)

( En marge : Faict pour led. Letellier. Faici; pour led. Vauquettn. Faictpour led. Auvray. )

Etat du commerce et des finances de la ville de

Rouen (1).

Remonstrances que font au Roy les députez de la ville de Rouen , à ce qu'il plaise à S. M. descharger les manans et habitans de lad. ville de la somme de deux cens mil livres tournois ordonnée estre levée sur lesditz habitans pour la convertir en partie de Tacquictde ce que sad. Majesté doibt aux Reistres et Suisses, ou pour le moings , à ce que lad. somme soit modérée et reduicte selon que S. M. trouvera estre equictable et convenable, ayant esgard ausdictes remonstrances. [Présentées au Roi à Gaillon.]

(1) Jrch, mun. de Rouen, Délibérations, A. 19, f. 205 et suiv.

En premier lieu que depuis neuf ans en ça lad. ville a esté affligée , apouvérie et diminuée d'hommes et de biens , autant ou plus que ville de ce royaulme.

Car dès le mois d'avril mil cinq cens soixante deux , ceux de ia Religion prétendue reiformée prindrent les armes en lad. ville , saisirent les portes, chassèrent les Catholicques en la pluspart et y commandèrent jusques au moys d'octobre ensuyvant.

Les Catholicqiies, tant partis que ceulx qui demeurèrent en lad. ville furent entièrement pillez , leurs maisons remplies de soldatz de lad. relligion , qui furent sustentez et nourriz, tant et sy longtemps que les Catholicques n'eurent de quoy y subvenir.

Ceulx mesmes de la Religion furent chargez de soldatz et d'emprunctz, pour la fortiffication de lad. ville , solde de gens de guerre et autres nécessitez.

Aux champs, prez lad. ville, les métairies et maisons desdictz habitans furent pillez , saccagez et quelques unes du tout ruyuez , et la pluspart des habitans , speciallement les Catholicques, errantz et vacables par les champs , jusques au moys d'octobre cinq cens soixante deux que Sa Majesté estant en personne en son camp devant lad. ville , la prinst et remist en son obéissance.

Le sac-pillage qui fut lors faict^ est sy remerqué, au grant regret et dommage de tous les habitans de lad. ville, voire de tout le pais de Normandie , que une infinité de personnes qui , précèdent ce desastre , estoient riches et opuUentz entretenoient et nourrissoient soubz eulx facteurs et serviteurs, nia rchandz etartisantz, a esté veu depuis mandier par ce royaulme.

Et par ce que Sa Majesté a veu quel y a esté le desordre et ce que , lors de la prinse de la ville en a esté prins , pillé et emporté , elle peult juger de combien le trafficq de lad. ville en a esté diminué , quel nombre y. a eu perdu ou vye ou biens , ou le credict , et de combien a esté estrange

Tancienne commodité d*atirer-d'ailieurs quelque prouffict ou richesse en lad. ville , comme il se faisoit au précèdent.

Se pourra seullement dire, avecq vérité, de faict patent et oculaire « qu'il n'y a poiuct de présent , le tiers autant de personnes en lad. ville qui face ou puisse faire le trafficq ainsy qu'il s'y faisoit précèdent led. sac. .

La ville prinse, S. H. pour luy donner quelque assenrance cx)ntre ceulx qui esmouvoient et nourrissoient la guerre , y ordonna quatre compaignies de gens de pied , qui tousjours y ont esté entretenuz jusques aprez la prinse et réduction du Havre.

Pour la solde desquelles lesd. habitans paierent saize mil cinq cens livres « et a autres compaignies du régiment du feu conte de Brissac , qui alloient au siège du Havre , fust payé pour le passaige , neuf mil cinq centz livres , que S. M. doibt encor , pour le présent a lad. ville.

Etpendant ce temps, auquel escoulla une année et demye, pour le moings , tout le moien du trafficq et du commerce a esté tolly ausd. habitans , par ce qu'ilz n'en ont commodité d'ailleurs que la mc^r et Tembouchement de la rivière de Sayne et que , audict temps , tous les passages ont esté cloz et detenuz par ceulx de la Relligion et les Anglois.

Ce trafficq cessant qu'il ne reste , à lad. ville ,

moien ou aisance quelconque , non pas de s'agrandir ou recouvrer ses pertes, mais s'entretenir seullement.

L'an suy vant , qui fust mil cinq centz soixante quatre , comme sy ceste pauvre ville , menacée et regardée de toutes partz , y advinst ceste misérable et infinie ruyne du pont , pour la violence et desbordement des rivières et ruisseaulx qui descendent en la Sayne > lequel causa autre ruyne des navyres et basteaulx estantz au bort , et une telle perte des biens et marchandises des habitans , qu'elle n'a esté gueres moindre que celle du sac de lad. ville , et en a continué la mémoire avecq le dommaige jusques à mainctenant.

Tosl aprez recommencèrent les troubles qui fusl en Tan mil cinq centz soixante sept , durant lesquelz S. M. congnoist combien de compaignies de guerre ont esté entretcnuz en la ville , sur la bourse des habitans.

Combien ont esté impensez de deniers pour les rempartz , fortiffications, pouidres* fonte d'artillerye , provisions d'armes , qu'il a fallu aller recharcher jusques aux pays estranges , munitions de guerre , entretenement de soldafz et serviteurs sur ce voiage , et ministres pour advertir songneusement à toutes occasions et à tout ce qui se praticquoit» tant par deçà que chez Testranger par les en* nemys intestins et domesticques sur lad. ville , et les frontieres du pays, comme les effectz, qui sont réussis , en portent tesmoingnage , du soin , vigilence , fidclle service que lesdictz habitans ont faict en cest endroict, et du fruict que tout ce royaulme en a senty , pour avoir empesché que les desseings des ennemys ne soient parvenuz à leurs effectz.

Et combien que toute la substance de ces pauvres habitans y ait esté espuysée et asséchée de sy grandz fraiz , el que la ville, comme estroppiée de ses membres ne consistast , durant tout ce temps , que en une partie de son tout.

Estant le reste absent , qui estoit en grand nombre , pour raison de la guerre de la Religion , sy est-ce qu'ilz n'ont délaissé de porter et païer tous les emprunctz et in>positions qu'il a pieu à S. M. lever su»eulx, pour subvenir à ce , et pour lesquelz emprunctz et autres subventions, lad. ville court et est obligée en plus de lui'^^ m. 1. t. de rente , par chacun an.

Par commission du mois de décembre mil cinq centz soixante six , monsieur de Carrouges, lieutenant de S. M. en lad. ville et messieurs de Baucquemarc el Fumée , premier et second président de Parlement levèrent cinquante mil livres.

En janvier et febvrier mil cinq ccntz soixante cinq , ont levé par autre commission , adressée audict sieur premier président et aux S'* de Dracquerille et Bonacourcy , cent cinquante mil livres.

En ce mesme an , ceulx du clergé de lad. ville ont payé pour leur contribution de la subvention foicte à S. H., ^r les ecclésiasticques de son royaulme ltiii"' ix^ lxyiii livres tournois.

Au mois de febvrier mil cinq centz LXVIII, le mesme clergé du diocèse dudit Rouen , pour la cause cy-dessus a payé deux centz mil cscus sol.

Ce mesme mois et an, lad. ville a fourny à S. M. cent mil livres , pour Tacbapt de dix mil livres de rente constituez par lettres de S. JT. sur les plus valleurs des greniers à sel.

Et sy avoit fourny et payé, au mois de may de Pan précèdent , qui estoit mil \^ Lxvin , lx"* livres pour autre constitution de vi" livres de rente , sur les plus valleurs de la solde des gens de guerre.

« Plus , ont esté levez , en ladicte ville , par lesd. S" de Bauqueniare et Dracqueville , par commission de S* M. cent quatre vingtz mil livres tournoys.

Monsieur le président Viollard y a levé , par autre commission» tel etsy grand nombre de deniers que , non seullement ceulx de la Religion prétendue reflPormée en ont esté ruynez et renduz inutilz à autres subventions; mais les Gatholicques , qui* leur estoient créditeurs ou débiteurs, en ont presque senti pareil dommaige , ayant esté le créditeur contrainct de sursoir et, ce faisant , souvent perdre sa debte, et le débiteur de Tadvancer pour son créditeur, à son grand interestet donmage.

Il reste encor mainctenant à lever sur lesd. babitans , la somme de cinquante deux mil quarante cinq livres traize solz deux deniers , pour la solde de cinquante mil hommes de pied , laquelle tant s'en fault que lad. ville puisse recou-

vrer et lever sur les habitans , soit en 1a ville ou à la baillieue, que la pluspart, et en Tune et en Tautre, a esté trouvé innutille et reduicte à néant , pour raison de$ guerres et pertes passées.

N'ayantz et ne possédant^ ceulx de lad. religion , qui sont rentrez , en vertu de Teedict de paix , rien ou sy peu de biens ou marchandise que la subvention en est comme désespérée de ceste part , synon à Tendroict de quelques ungz mais bien fort petit nombre.

Et encores , le bien de ceste paix et trancquilité a esté suyvy et acompaigné de bien prez d'un desastre et autre calamité sy grande qu'elle sepeult esgaller aux précédentes pertes.

Car par le débordement des eaues , la rivière de Sayne , qui passe pardevant la ville , s'est tellement accreue , au mois de janvier et febvrier dernier, en cest an mil cinq centz soixante et unze , qu'elle est montée plus de cinq cens pas dans la ville » a gasté , pourry et consommé ung nombre infmy de marchandises , principallement de victuailles, comme fruictz, sucres, harencz, morues, beurres, saulmons et autres telles espèces , dont la pluspart des habitans faict trafiicq, par toutes les villes de ce royaulme ; et de cela est provenu au pauvre peuple , qui vivoit de la revente et commerce de telle marchandise , une telle pauvreté et indigence , qu'il n'y a moïen qu'il s'en puisse relever.

La mer , depuis quatre ans , a esté entièrenient couverte de pirates et l'est encores mainctenant , tellement que les voïageurs et navigateurs aux païs estrangers » qui estoit lu soursse des plus grandes richesses desdictz habitans , ont esté du tout délaissez , le trafScq pery et les marchandz conlrainctz de vivre de sy peu de meuble ou héritages qui leur esloit resté du sac de la ville ou qu'ilz avoient acquiz depuis.

Néanlnioius toutes ces pertes » iesd. habitans ayantz es-

poir et entière confidence à la bonté du Roy , et qu'il ne leur demande la subvention présente que pour estre pressé de nécessité de ses debtes s'esverturont de luy ayder de tout ce qui sera en leur puissance , leur délaissant seullement de quoy se pouvoir entretenyr , et avec la grâce de Dreu , recommencer leurs négociations accoustumez.

Hais iiz suplient S. H. considérer que avant toutes leurs pertes , iU n'ont jamaiz esté estimez en conférence avecq la ville de Paris que pour une huictiesme partie ou pour une sixiesme pour le plus , mesmes en Tan mil cinq centz cinquante sept, que lad. ville estoit encores en splandeur et en beaucoup plus grande commodité qu'elle n'a esté du depuis , ayant le feu roy Henry , de bonne mémoire , que Dieu absolve, levé sur lad. ville de Paris iii^ "" livres les habitans de Rouen furent seullement imposez à l"* livres.

Supplient aussy S. M. considérer comme ilz se sont tousjours efforcez, en la subvention et es affaires, de quelle promptitude et volunté ilz ont porté les charges qui leur ont esté commandez , et soubz ceste considération se contenter de prendre d'eulx une somme sy modérée et raisonnable , que de mesme volunté et promptitude , ilz la puissent fournir et payer , non entre les mains du receveur des tailles , comme le contiennent les lettres de S. M. , parce que cela apporteroit quelque oppinion qu'on en voulsist faire estât à l'advenir , et que pour les fraiz et desj)ens , la recepte en soit plus dommageable à S. H. et plus odieuse au peuple , qui tousjours a esté sy favorablement traicté des roys , qu'il n'a jamais estény taillé ny capité, mais que la recepte se paye par les mains du receveur ordinaire des deniers communs , dons et octroiz de lad. ville, comme en pareilles subventions a esté tousjours accoustumé.

Supplient S. M. accommoder lesd. habitans de quelque temps raisonnable par annecz, pour paier la somme qui luy plaira arrestcr, et ordonner que les deniers seront tirez di-

rectement des mains de leurd. receveur et délivrez par luy à qui , par Sa Majesté et mandement de l'un de ses trésoriers , sera advisé et ordonné.

Et cependant et en considération qu'il seroit impossible que par dessus lad. subvention » lad. somme de cinquante deux mil tant de livres feust levée et receuillie sur lesd. habitans , suplient très humblement Sad. Majesté ordonner que lad. ville la prendra et receuilira sur les plusvalleurs des deniers et aides accordez et octroiez à lad. ville.

Etat de Rouen en ,1571 (1).

Remonstrances au Roy sur rémotion advenue en la ville

de Rouen,

II a esté advisé qu'on remonstrera très humblement à Sa Majesté l'innocence du corps de lad. ville aux émotions nagueres advenuz , aussy sera supliée très humblement Sadicte Majesté vouloir donner la somme de quatre vingtz mil livres nagueres assise sur les habitans de cested. ville » pour le premier terme de la subvention generalle , actendu l'impuissance des habitans d'iceiie et que plusieurs quictent à ceste occasion la ville et s'en vont allieurs. Qu'il luy plaise aussy que la somme de cinquante deux mil li-

(1) Arcb. niun. de Rouen, De Ubé ratio fis, rcg. 10, fol. 204.

vres quarante cinq livres traize solz deux deniers tournois , estantz encor à lever en cested. ville soit constitué en rente sur les plus valleurs des aides nagueres octroyés par Sa Majesté , suyvant le mémoire et instruction de ce nagueres faict aux députez de lad. ville. Âussy Ton suplira S. H. vouloir faire porter la somme de traize mil neuf centz tant de livres nagueres fournie aux soldatz estantz en ceste ville en garnison , par Toitlonnance de monseigneur le duc de Montmorency sur le pays , et à ceste fin qu'il luy plaise adresser commission à messieurs les generaulx des finances , mesraes sera suplié Sad. Majesté que le don des arrierages des rentes deubz à ceulx de la nouvelle oppinion, en preceddent Teedict de paciffication , sortira son plain et entier eflFect , et à ceste fin , s'en addresser à monseigneuide Lansac » lequel en a touché la somme de huict mil livres, par don qui luy avoit esté faict par le Roy, comme estant tenu les rendre , au cas que led. don n'eust lieu. Et aussy sera suplié très humblement Sad. Majesté que ceulx qui sont condampnez pour les émotions nagueres advenuz et estantz taxez à la subvention generalle, desquelz Ton vend leurs biens , que leur taxe soit prinse sur les deniers desdictz venduz. Pour faire lesquelles remonstrances et se présenter au Roy ont esté eleuz et nommez , messieurs de Brevedent , lieutenant-general audict bailliage , Pierre Rocque , S' de Genéstey . et Raoult Halle , conseiliers modernes; Nicolas du Four, S"" de Longuerue, Berthelemy Halley et Jacques le Seigneur , anciens conseillers; messires Mathieu Poullain et Guillaume Ango, pensionnaires, Jehan Yymonl, quartenier, Georges Langloys, S' de Remare, messire Jehan Voesin, grenetier, Pierres Lailler et Octovien Bigot, S' d'Esteville, bourgeois de lad. ville.

Pirateries (Rouen) (1).

1573, OCTOBUS 17. [Requête présentée au mois d'août

précédent.]

Au Roy.

Sire,

Les grandes et insupportables pertes que font chacun jour plusieurs marchands de vostre ville de Rouen , par les incurcions et volleries de nombre infini de pirates , qui tiennent la mer à leur dévotion et mercy , contraignent les Eschevins de vostred. ville de recourir à Vostre Majesté et vous supplier très humblement de pourveoir, non seullement à ce que lesd. marchandz puissent avoir raison et justice de telles oppressions et pirateries , commises sur eulx depuis deux ou trois mois en ça et qui continuent de jour en jour , mais aussy de desracyner et coupper le pied de ce mal , afBn que voz subjectz puissent avoir la navigation libre et asseurée.

Sire , tous ces brigandages se commectent par quelques volleurs et pirates qui escumenl la mer , guectent les marchans , allans et venantz des citez et portz de vostre royaulme aux païs et terres estranges , pillent les marchandises, couUent les vaisseaulx en fondz , retiennent les maistrès et marchans prisonniers , et les mènent avccq leur pillage en certains porlz du royaume d'Angleterre , où ilz

fl) DclibcnUiofis, A. 19, fol. 307 r" à 308 i ".

siont receuz en toute seuretté et liberté , soyt par la malice ou connivence des officiers des lieux ou autrement , tellement qu'il y a port ou havre , ou ces pirattes treuvent re-* traicte que audict païs d'Angleterre, et 1 asseurance de ceste sy libre et ordinaire retraicte , les encourage et enhardyt de continuer leur piraterie , de sorte qu'il ne se parle en tonte la place des marchandz de vostre ville de Rouen , aux ffOTiz de Fescamp , du Havre de Grâce , de Dieppe et d'ailleurs, en toute ceste coste de Normendie que de pillage et perte de navires , comme la majesté de la Royne vostre mère, qui nagueres a faict voïage audict lieu de Dieppe, vous pourra , s'il luy plaist , porter tesmoingnage de ce qu'elle mesnie a veu.

Hais CCS pertes , encores qu'elles sont grandes et non de moindre importance à plusieurs bourgeois de "vostre dicte ville que de tout leur bien et substance ne mériteroient toutesfois de telle considération sy les etfectz et la conséquence ne tournoient du tout au dommage publîcq , au préjudice de voz affaires , qui y avez le premier interest , et à la perte et cessation de la navigation , de laquelle seulle dépend le port des marchandises estrangeres , que vostre royaulme ne produict , et l'augmentation et richesse de voz subjectz.

Sy vous suplient très humblement, Sire, qu'il vous plaise en escripre à la Uoyne d'Angleterre , à ce qu'elle repurge les portz et havres de sdti royaulme de ces brigandz , pirates et volleurs , qu'elle use contre eulx de la rigueur du droict, face restituer aux paouvres depredés leurs marchandises et vaisseaulx, et deffendre très estroictement à tous ses officiers de la marine , maires de ses villes , et à tous ses subjectz de recevoir ne admectre aucuns navires à ses havres, sinon avecq bon et vallable enseignement du congé du partement dn lieu où le navire aura esté chargé , et du nom du maistre du marchand , avecq la charte partie , ainsy qu'en tout royaulme il est ordinaire et accoustumé au faict de la marine ; et commander à vostre ambassadeur resi-

dent piez ladicle dame » qu'il face de ce que dessus prompte et vertueuse poursuicte , affin que la justice qui s'en fera contraigne les volleurs , qui par ce moïen ne trouveront plus de retraicte , quicter la mer et retourner en leurs maisons.

Et pour rendre vostre ambassadeur mieulx informé de la particularité de ces brigandages , lesdictz eschevyns de vostre ville de Rouen , ont retiré d'aucuns marchands les mémoires des navires depredés , depuis deux mois, la quallité des marchandises dont ilz estoient chargés » les noms des maistres et le$ portz où les pirates ont conduict lesdictz navires et marchandises , lequel ilz vous suplient , très humblement, Sire, faire veoir et commander Tenclorre avecq les lettres que Vostre Majesté , s'il luy plaist , luy envoira ; et sur tout interposer tellement vostre auctorité que voz paouvres subjectz puissent estre hors des dangers qui se continuent et augmentent sur eulx de jour en jour.

Pirateries (Rouen) (1).

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