‹ Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, depuis les temps les plus reculés jusqu 'à la fin du xvio siècleChapitre 10 sur 49 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

suit LE COURS £r LA NAVIGATION DE LA SEINE» DEPUIS

ROUEN jusqu'à LA MER.

Un fait sur lequel tout le monde est d*accord^c*est

que les doux exhau.Nst ineuts nommés, l'un le Banc du Flac, l'autre la Traverse de Viilequier^ sont les résultats les plus notables du mouvement d'oscillation qui s'établit, par la marée et le jusant, entre les sables que pousse la mer et les argiles que le fleuve entraîne. — Si donc une île, comparable pour la grandeur à la primitive Belcinac, reparaissait jauiais dans la Seine , elle devrait , pour avoir quelque chance de durée, se fixer entre Yillequicr et Aizier. Nous savons, d'autre part, que Hic donnée par Théodoric 111 à saint Condéde, en 673,

avait trois mille pas de long sur quinze ceals de large (I), c*est-à<lire environ 2,436 mètres sur 1,218 ; qu'avant de recevoir le nom germanique de . Belcinac (demeure de Bel), elle s'appelait, depuis uii leiiips immémorial, Lutum ou Lotum, sans doute parce qu'elle était en face d'une station romaine du même nom, où s'est élevée ensuite Vafcbaye de Logesy remplacée aujourd'hui par le hameau de Gaudebecquet (2) ; qu'enfin, au xi*' siècle, lorsque les moines de Saint-Waiidrillc voulurent revendiquer Belcinac, ils lui assignèrent pour limites le marché de Caudebec au niidi elle château de Valteville au nord (3;.

(l}Igitiir... nos a(HiLsiilam in Iluvio Secanaî sitam descei)dentes... quam antiquitas lutum censuit, iiunc verô Beicinacam niincupatam, cum omnibus rébus ad ipsam perlioentibus el toto alluviOy f»o eam voluerit dîvina pietas augmentatif concessUse et condonasse. Qu» [insuiaj cum ait flâco Arclauno vicin.i , in^ loDgitudine per tria miUia se ettendens, et in laUiro mille quiiigeotis passIboB terminetur* — (Dtpl. de Théodoric III; fiée, â€$ HUt. d0 ftance, par Dom Bouquet, t. IV^ p. 655.)

(s) Dom Malnllon dit que lutum signifie la bme ou ta «a»e, eteela est incontestable. Mais Doin Duplessis pense, avec raison, queTlIe aura emprunta sou nom à la «station romaine qui en était voisine. {Descript. de la haute y'ormandic, t. I, p. 83 et 88.)

(5) « [GuiUelmii«; Nothuï>] reddidit insulain in Sequanâ sitam, qus vocatur Belcinaca, qux ineipit jiixta Stollarum de Calido- Becco, à parte meridiana , et se entendit usqtie ad caslrum de Vatevilla et ultra, sicut appât et per vitam S. Condedi, in gestis abbatum S. Wandregisiii. » {Neustria pia^ p. IG7.) Cette donation fut faite entre les années 103$ et 1048. V. GaUia christ, novOy U XI, col. 177.

tes données nous sulTisenl pour conclure que le point d'équilibre^ fixé d'abord entre Gaudebec et Vatleviile, esl un peu descendu depuis huit ou dix siècles, puisqu'il se trouve aij^Durd'hui entre- Villequier et Aizier. Devons-nous attribuer te déplacement à rencombremenl progressif de l'embouchure de la Seine, ou à l'élargissement dé son canal? Il est probable que ces deux causes ont chacune leur part d'influence. . On ne saurait d'ailleurs faire inlervenir la duninulion présumée du volume des eaux du fleuve, car elle aurait fait remonter et non descendre le point d'équilibre.

On le voit, l'histoire de Belcin^c est intimement liée à celle de la Basse-Seine, et le moment où cette

île, déchirée par le choc des vagues, s'est dispersée en sables mouvants, est aussi celui où le régime actuel des eaux de la Seine a commencé. Malheureusement la date de la première destruction de Beicinacest restée inconnue. Nous essaierons de la déterminer par approximation, puis nous oflrirons au lecteur quelques renseignements inédits sur les principaux bancs ripuaires de l'embouchure de la Seine.

On sait que saint Condède donna son Ue, en 675,

au monastère de Sa int-Wan drille. A partir de ce moment jusqu'au temps ou les pirates Scandinaves

eu cliassereulles reiigieui, Belciuac ne dut buuilhr aucun sioistre, car les annales de Tabbaye en eussent parlé. L'île existait donc dans son intégrité en 86i. Si l'on examine ensuite l'acte par lequel le duc de Normandie, Richard II, rélablilles religieux de Saint- Wandrille dans toutes leurs possessions, on y cherchera vainement le nom de Belcinac (1 ) . Or, celle charte, datée de l an 10i4, est postérieure de soixante-quatre années au retour des moines ; on ne peut donc pas dire qu'ils ont oublié leur île dans le trouble de la réinstallatton. Us avaient eu le loisir d'examiner leurs titres et ils les cuiuiaissaient à merveille ; ils avaient déjà des bacs sur la Seine ; le duc leur confirnnail la propriété de Caudebec , pourquoi ne se fon^ilspas rendre l'île de Belcinac 7 Selon nous, c'est parce q«*alors il n'en restait pas de trace et qu'on u' avait aucune espérance de la voir reparaître.

Maintenant, retournons Targumentation : si l'île,

donnée par Théodoric UI, n'a point disparu à la fin du ix® ou- au X* siècle, pendant ces temps qui n'ont point d'histoire, à quel moment placer, après l'année ' 1024, la deslructioa de cette grande terre? Est-ce que le pays tout entier n'eût pas retenti de cette catastrophe? ^os historiens l'auraient-ils passée

(1) yeuétria pia^ [>. ISS et s.

SOUS silence? Los moÎDes de^ Saint-Wandrîtle se

scraient-iis bornés à celle courle noie qu'on lil au bas d'une ancienne biographie de saint Condède : « Longtemps après iuiiiorl du sainl houàuie, le Ilux de la mer détruisit entièrement Ttle de Belcinac (i). » Ce langage n't^st-il pas celui d'un homme qui ne rapporte qu un ouï-dire? Et enfin peul-on douter que la primitive Belcinac était détruite en 4024, lorsqu'on voit, peu d'années après, les moines s*appuyer sur cette même biographie de saint Condède pour demander ù Guillaume le-Couquérunl une île» nouvelle sans doute, qui apparaissait dans la Seine r2)?

L'obstination des moines à nommer fielcinac et à

réclamer lous les baïus qui se l'onnaient entre Caudebec et Vatteville , a trompé les auteurs modernes. Tous veulent faire durer l'île de sainl Condède au inoins jusqu'à la lin du xiv^ siècle (3). Pourtant ce n*était pas d'elle qu'il s'agissait dans le procès qui s'éleva, en 1336, entre Sainl-Wandrillc et les gens du duc de Normandie, puisque rÉcliiquier, après iulurmaliou , décida (jue l île en litige

(1) Jela SS, ord* S, Dened , 11, p. 865.

(2) Voyez la note 5, p. 68.

(3) .Xolaiiimeiil Nool : ISssai sur le (lépatUcnwitt de hiSt inclufvrieurc, t. M, p. lo<>. — E. II. I,Jinî,'lois : /".ss^/t historique cl descriptif 5ur iabhuiji' de ^. N andrtlic^ \\. H cl biiiv.

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