ANTIQUITÉS DE LA MARINE NORMANDE
SECTION 1. Action des Normanclà sur la marine et le commerce.
Celte aclioa pourrait être démontrée par l'examen des termes de marine , en usage encore aiyourd'hui parmi les peuples de TOccidenl de TEurope ; mais if n'appartient qu'aux habiles et aux délicats de traiter cette piquante et belle question de philologie nautique (4). Ce serait dommage de i'ejiileurer, et nos connaissances étymologiques , non moins que
(t) Nous apprenont que M* A. Jali hUtoriogrjiphe du Ministère de la marine « a'ocoape de composer un Dietimnair9 AMorifue des'termu de ia marine franfoke.
— laites bornes de ce travail, ne nous permellraienl guère plus. 11 faut donc s'en tenir aux faits et aux lois, dont les témoignages bien compris forment, en définitive* la base la plus ferme des études historiques.
Et d'abord, parcourons rapidement les faits.
Dès le milieu du ix' siècle , les empereurs carlo-
vingiens, promptemenl découragés par les attaques des hommes du Iford, avaient abandonné la défense des côtes el laissé ruiner ces flottes dont Charlemagne avait compris toute Timportance. Les Franks ne comptaient plus au nombre des peuples marilimes , el les ports de la Neustrie étaient déserts depuis longtemps lorsque les Normands s'établirent dans cette province. Il va sans dire que les marins de Roilon ne se transformèrent pas subitement en commerçants industrieux; tél n'est pas, tant s en faut, le caractère de l'expédition formidable qui partit de Rouen en 9â5, et porta le ravage dans ie Ponlhieu et l'Artois (4). Néanmoins, notre port reprit de Tactivité aussitôt que la conquête en
(i) Bis diebus Northmaoni à Rothomago, collectà muUitudine nafîuiD, circtti^laccatia maris littora deTastabant. Quod audiens Rodulfos rei, congrtgato FiaticoruiB exercilu, contra bot in pago Tarnancnac f>iignaturu8 accenît. Chartul SîfkitnH^ pan I, Folquiui L. $ 7i. Cf. FMoardi cAro»., ann. SfiS.
eut fait la station principale de la flotte des Scandinaves. Ceuxci dureut proûteft pour leurs constructions navales , des superbes forêts dent Rouen était environné ; et d'ailleurs , co n'était qu'auprès des ■ remparts, et à l'ouest de la ville» que l'on pouvait établir alors des atelierâ un peu vastes , à l'abri des atteintes de la guerre. G est là, en effet» que nous trouvons cet ancien Clos des Galées, qui fut plus tard» avec HarÛeur» l'arsenal de la marine française sur l'Océan (1).
Pendant les premiers temps de la domination normande , le chantier naval de Rouen fut le plus considérable , peut-être le seul de la province. Cet étal de choses » fort restreint et très incommode » changea au commencement du xi* siècle. Alors on voit grandir, sur nos rivages repeuplés , de nouveaux établissements maritimes, tels que Dieppe, Harfleur et Honfleur (2) ; Harfleur surtout devait ^tre déjà une ville importante. £n 4035» Robert* ■ le^Hagnifique donna au monastère de MontivilUers le droit de siège que payaient les navires étrangers pour stationner dans le port» et» cinq ans après » Edouard-lo-Confesseur y équipait quarante vais-
(1) Voy^z chap. x ; cliap. xi , sect. II ; et diap. xiir.
(2) Cf. Chartul. mon. S -TrinitatU, précité , p. 422. Gaiita christ, nova , t. XI , Ui$u ura., col. 3'26 ; N^uê(ria ^ia ^ p. 523^
seaux, avec lesquels 11 tenta une descekite en
Angleterre (4).
£n rapprochant de CCS laits les grandes conquêtes des Deux-Siciles et de l'Angleterre, dont j*ai parlé plus haut , je me suis laissé aller à des reflexions qui s'écartent des idées admises sur le compte des Normands ; je me suis demandé si leurs invasions ont été réellement aussi épouvantables qu'on la prétendu , et si leurs établissements et leurs excursions maritimes n'ont pas exercé sur le commerce une influence heureuse » de laquelle personne n'a parié. Mais comme il n'est pas rare d'entendre préconîser, à tort et à travers, les révolutions même les plus violentes , j'ai senti le besoin de soutenir, par quelques remarques t des opinions qui, au premier abord , iraraissent au moins paradoxales.
Nos historiens résistent rarement à l'envie de
composer une tirade éloquente; c'est pourquoi ils n'ont pas aperçu que les autorités qu'ils invoquent pour coiuposer îc lugubre tableau de l'invasion normande, doivent être consultées avec précaution , car les Normands furent les persécuteurs des abba^s où toutes les chroniques du siècle ont été
(1) Cf Gallia christ, «ora, lui-u cilalo ^ Motleiit^ Uavre et son arrondissement . (Harflcur, p. 21.)
composées. Bien de plus naturel que les moines,
$kMieufâ de ces annales, aient éclalé en plaintes amères, en matédielions furieuses contre des barbares qui brisaient leur douce eiistence. Ils ne se tirent point scrupule de vouer à reji.écration des paîeiis prédestinés à des flammes étemelles, de içâ dépeindre Siouâ le$ traits les plus hideux,^ quand tout prouve , au contraire, que la race Scandinave était belle et fui te. Mais s'il y a mensonge en ce point, ne peut-il pas y avoir exagération sur d'autres ? On m'objecte la dépopulation de la France au X* siècle. J'admets qu'il n'y ait rien d'outré dans tout ce qu'on a dit; reste à examiner si les Normands sont la cause de tout le mai. Pour moi , je suis d'avis qu*il faut tenir grand compte des guerres de succession qui suivirent la mort de Charlemagne, et surtout de l'état de ia société franke, dont les membres, sauf quelques puissants feudataires , en étaient réduits à ehoisir entre le célibat monastique ou le servage , qui est aussi un principe de dépopulation.
Il semble donc préférable, pour juger les Nor-' mands avec impartialité, de se transporter dans leur pays, d'étudier leurs mœurs et leurs lois. Là, nous trouvons, il est vrai, des peuples belliqueux par religion et par caractère , mais naviga-
leurs » pêcheurs et commerçants par nécessité. Aussi, pendant que les barbares se disputaient encore les débris de l'Empire romain d'Occident , les nations riveraines de la Baltique cherchent, à travers les immenses espaces de la Russie»
de nouveaux chemins vers le Midi (4); elles font tant, qu'au x* siècle, ces relations étaient parfais temeiU établies , et que Whisbj , dans i île de Gothland , était un marché considérable pour les denrées de rOrient(2}. A la mèihe époque, les rtorwégiens favorisent pai* des lois le commerce maritime. Ils s'occupent, les premiers, d'atténuer
(1) Voyoz diap. m , p. 39.
(2) Voyez Jaiis le t. II dos -U fa nova licgiœSoc. srienUanm^ ITpsal, le mémoire inlituie : ^/uriviUii de nummis arabicis in Sviogothid reperds disqiiisitio ; et daiu le t. de la même Société., le roémoire de M. C.-J. Tornberg, intitulé : Symbolœ ad rem nummariam Afahumedanorum ex Museo regio Holmem^i , llpsal, 1S46. Ce dernier travail est relatif à uiÎq trouvaille faite en 1845 dans ril« de Gothland. Les pièces t décrites par M. C. Tornbenf > présentent la plus grande anologie avec celles qu*on a trouvées dernièrement en Russie^ dans le district d*Orauîenbaum , à peu de distance de Kronstadt , et dont M. Soret a donné la description dans les Mémoim de ia Sœiéti é'Ittttoire et d*arehéologie de Genèw, t. V, p. m et suiv. Parmi les monnaies tombées en la possession de M. Soret, se trouvent des dirhem frapiiés à Bagdad , à Schiraz, à Arradjan , à Blobammédia et à Mansour, au milieu du ix« siède. Avec ces rooiuiaieskoufiques étaient mélangées un grand nombre de pièces anglo-saxonnes et allemandes , dont les plus anciennes sont de Van SSS de notre ère, et les plus nouvelles de Tau 1036.
i'odieuse coutume 4ù bris ou droit de confiscation
sur les naufragés (4) î ils iienneal à déshonneur le pillage des simples marchands ; ils répriment sévèrement le ravage des côtes. Ce fut même pour un délit de cette dernière espèce, que RoUon
encourut la peine de l'exil (2).
Mais c'en est assez {)niir montrer quels furent les Normands du siècle. En fait de civilisation , on voil qu'ils n'étaient pas inférieurs aux Anglo-Saxons ou aux Franks; on pourrait soutenir que leurs guerres contre les chrétiens n'égalaient pas en cruauté celles de Charlem^gne contre les Saxons idolâtres; enfin-, on nous accordera qu'ils comprenaient, mieux que les Franks, l'importance de la marine et du commerce. J*insiste particiulièrement' ' sur ce dernier point ; car s'il est certain , comme je le pense, que notre population maritime, depuis Saint Malo jusqu'à Boulogne, est fortement mélangée de I^ormands,je crois pouvoir conclure que les établissements de ces navigateurs sur nos côtes furent profitables à la France. Toutefois, à côté derayantage,il faut signaler l'inconvénient. J'avoue
(I) PardeMOs, marjftm» , t. III, p. Si; Gtilalhing de 940, chap. XV.
Dcp|)ing, Expéd, maïU. des i\ormandSy etiil. itrccitée, p. 2Gi.
qu'on recoDaalt le saog des Scandinaves daus ces hardis éeumeurs de mer qui niB cessent d'infl^ler r Océan duraiU toute la rivalité de l'Angleterre eontre la France (4). C'est là une trace presque ineffaçable des vieilles mcenrs normandes ; je dois en dire l'origine. • ^
- Paniii ic:> nations barbares , le métier delà guerre a toi\jours passé pour le plus noble. Il l'était surtout chez des peuples où le càpitaine d*une expédition devait joindre, à l'habileté et au courage militaires, les connaissances d'un marin. Telle est la source de l'enthousiasme des hommes du fiord pour leurs anciens pirates , et de l'opinion que la piraterie était une occupation fort honorable. Aussi les princes normands, de la race de RoUon , prenaient-ils le titre de Due des Pirates : titre d'honneur, que l'historien Rîehcr donne quelquefois, et sans la moindre intention blessante, aufils peu belliqueuxdu conquérant de la Nonuaadie, à Guillaume-Longue-Epée (2). Cela équivalait à la dignité de commandant supérieur de la flotte ; car en Normandie et en Angleterre, depuis le ik^ jusqu'au xiu* siècle, les chefs de la
(i) Je traiterai séparéinent c^le question des pirateries au XIV* et au XV* siècle ; elle eal on peudaut naturel et néceseaire do mes recherches sur les grandes Compagnies.
(S) Richcrius, Hisioriasvitempvns^éôli Guadet, t. I,p. 193 et passim.
mariae militaire étaieni appelés Hrales (4). Alors, comme aux temps des invasions, ils dirigaient ces longs navires armés d*éperoDS et garais de rameurs»
si terribles pour l'attaque etsirapides à la retraite (2). La seule différence » c^esi que dans la colonie Us
commandaient uu auiii du Prince.
Bans le courant du xm^ siècle , le titre de Pirate fut remplacé par celui d'Amiral. Ne seraient-ce point nos fréquentes relations avec les Maures de l'Espagne et les Sarrazins de la Sicile, qui déterminèrent cette substitution? On est porté à le croire, quand on considère avec quelle ardeur, à peine affermis en Francét nous poussions des reconnaissances vers rOrient(3). Maisj aihàte d'en appeler aux lois pour démontrer l'action des Normands sur la marine et le commerce.
Pendant que les Scaldes du r^ord célébraient , dans leurs Sagas, les exploits de Aollon et de scsl
(I) Cf. Diigda!e , Manoiiieon jingUcanum^ «ne. éd., 1. 1 , p, 17; dnmleê Gigbum, , th Wtllelmo Rufo, Cap. It; GuiU, BriUmU Philippidas^ ap. Uiêt, de Fnmee^ t. XVII, p. 198 AB.
(S) Il est à* remarquer que depuis Pépoque où écrivait Tadte» jusqu^au XIII* nède^ la forme des navires Hôrmands est toujours néme. Cf. Demâfihu Germamr,, $ 44; B. Goérard. Prolégom, du OuiuL dt S. Pire de Chartres^ p. 255 ; Guill, hrilonis Philippidos , ut suprà, ot p. 200 B.
(3j V. cliap. VI et vu.
desceudanls, qu'ils appelaient les Jarls de Ronde (I), ceux-ci , utilisant Taudace du géoie Scandinave , . méritaient l'admiration de 1 Europe. Jamais princi- ^ • pauté ne fit plus rapidement d'aussi grandes choses que la Normandie; et pourtant elle n'eut guère d'autre secret que de développer sa marine par des voyages lointains, que d'encourager les pèlerinages (i). Si son commerce est florissant, c'est qu'elle a de la prépondérance sur les mers ; si elle se place à la tète du grand mouvement naval des croisades, c'est que depuis longtemps elle envoyait des navires dans la Méditerranée (3). A côté de ces titres de gloire , plaçons des services qui appellent sur les Normands la reconnaissance universelle. 11 est certain que ces navigateurs intrépides ont grandement concouru à propager les institutions, en vertu desquelles tous les commerçants, à quelque nation qu'ils appartinssent, à qiieiques lois qu ils
(I) Ccst-éi-dira SHgnewrê de Mmu», Raâam et Rudo ii*eat antre choie que Tancien nom de Bouen (Boihoiniigas), abrégé et altéré par la prononciation barliare.
(9) A la fin du xiii* siècle, U circulait en France on proverbe, on plutôt un axiome de politique aitiiii conçu: Point de marins
sans pèlerinages. Je ne serais pas surpris que cet adage fût d'origine normande.
(3) Voyez les cliap. vi et vu.
fussent d'ailleurs soumis, formèrent un seul peuple*
régi par ses propres coutumes (i).
Ce serait s*exposer à des discussions infinies que
de vouloir déterminer précisément la part des Normands dans la législation commerciale et maritime. Je n'examinerai donc que ces trois questions; le droit de bris sur les navires naufragés , appelé varech, en Normandie; l'indemnilé pour sauvetage» et les règlements en cas de jet des marchandises à la mer. Je terminerai par quelques mots sur les courtiers de commerce, à Dieppe.
On lit dans le Recueil des Lois maritimes, que le droit de bris n'est pas antérieur aux invasions des Normands sur nos côtes, et^ qu'il témoigne de la crainte ou delà haine que ces pirates inspiraient (2).
' L'opinion de H. Pardessus me parait difficile à concilier avec l'existence fort ancienne de ce droit, dans les trois royaumes du Nord, c'estrà-dire dans la pau ie même des pirateSj et sur les côtes de la Méditerranée, où les anciens Normands ne parurent guère (d). Je crois plutôt que le droit debrisremoàte à la plus haute antiquité, et qu'il n'a jamais cessé
(1) Voyex, sur la oontormité des ooatames muritimes, A. Fré* mcry, Eluâu de énU eammêrciiU^ Paris, în-So^ lS53,p. is.
(2) T. I. p. sid et suiv.
(S) J'ai parlé» il n'y a qu*aii instant, du droit de bris dans les mers da Nord } je dois ajouter qiiVn Eslhooie , les seigneurs
d'être considéré comme uoe sorle de revenu par les habitants des bords de la mer (4). le croisencore que dans les états où l'on s'occupe de le réglementer» il est présttmable que les mœurs s'adoucissent
et que 1 aulorilé publique se forlitiu. Voilà pourquoi j'ai indiqué tout-à-l'heure le chapitre du Code npi;wéffien de 940. concernant le bris. Donnons-en la tiaduction:
« Art. 1". — Si un vaisseau fait uauliage le long d'une terre, en venant de la pleine mer, quiconque est en état de prouver son droit, par témoins, peut réclamer ce qui lui appartient, quel que sou le propriétaire du terrain où ces objets ont été poussés.
« Art. 2. — Les objets sans maîti'c, jetés par la mer sur le rivage , appartiennent au roi (2). »
Le premier de ces deux articles contient une vraie et grande innovation ; le second n*estévidem-»
ment qu'une extension du droit régalien, relatif aux pèches maritimes. On sait que , dans le Nord,
certains poissons, les luarsouius par exemple, appartenaient au roi lorsqu'ils venaient échouer
confisquent encore les navires naufragés. (Sur le droit de bris
dans la Méditerranée^ voyez Eus. de Laurière, Gloss^ du âroH français, au mol BHt-JVareeh»
(1) On cuuiiait ce vieux dicton de^ paysans de la Bretagne; La mer est une vache qui nu l has pour îimis.
(2) Oulalhing de 940, chap. xv, prcoiie.
sur ia cote , après avoir été blessés par les pêcheurs (4}.
Ces deiix pointe établis, passons à la Normandie.
Quaud Rollon vint se fixer sur la fiasse-Seine, il y troova le droit de bris reoonnu , à la vérité, pour une piérogative royale, mais abandonné, sans doute aux feudatatres, par les malheureux princes en qui s'éteignaient la race et Tautorité de Gharlemagne. Je tire cette induction d'un diplôme de l'année 876, en faveur du monastère de St^Ouen , el dans lequel Charies-Ie-Chauve s'exprime ainsi: « Si la marée pousse sur les terres de l'abbaye un poisson ou toui autre objet, nos préposés ne pourront s'en emparer, mais les moines en feront leur profit (2). »
Un pareil état de choses ne pouvait durer sous les princes normands, tout préoccupés de questions
maritimes. Il est probable qu'ils s'empressèrent d'appliquer, dans leur principauté , les règles du Code norwégien de 940 ; du moins est-on fondé à dire que l'importation de ces règles doit remonter aux premiers ducs , puisque le mot mreehf dont on s'est servi pour désigner le bris, est une expression Scandinave (3).
(I) Noël, UUt, dn Pêches^ t. I, p. flâs «l suiv. . [%) Ntutirlapia^ S. Audoenus, p. 8^ $ VII.
(5) fFUre Ht le mot consacré^ encore «njoiirdliui daiw la langae
Les règlements sur le bris ne furent observés ' qu*autaii( que les ducs étaient assez puissants pour se faire obéir. Durant la mauvaise adminislralion de Robert-Courte-Heuse^ les seigneurs ayant repris Tusage de confisquer les naufragés et leurs navires, Henri PS successeur de Robert, se vit forcé de renoiiveler Tordonnance sur le varech. Après la mort de Henri P% et pendant les désordres qui la suivirent, les seigneurs d'Angleterre, et aussi apparemment ceux de Normandie, se firent rétablir dans le plein exercice des droits de varech (4). Mais Henri II obligea les barons normands à reconnaître les décisions des ducs, ses prédécesseurs, dans un récord célèbre qui fut juré vers Tan 4455 (2). Enfin , le 46 octobre 4490, Richard-Cœur-de-Lion , étant à Hessine, rendit, sur le même sujet, une ordonnance qui contient une clause importante. Il y. déclare que si le propriétaire périt dans le nau:
émom , pour déiigner un navire Mié, En anglais, wreck a la mémcieiM. Leplnsanden recueil des lob islandaises, le GRaeASf qui nous reporte au xn« siècle, contient un chapitre sur le vaffrek ou droit de bris.
(1) Spelmann, apud Uouard, /Anciennes lois des Franç.^etc,^ t. ll,p. âSO.
(8) Ce réeord ou cette Jurée a été publié par M. Mamierf dans les ÉtàbUsnmmU et CmUumei^ AaUu it Arrêté de VÉelUguUr de iVomumdie, p. 4S et wrr, i\ en existe un bon texte latin à la Bibliothèque imp., fonds Notre-Dame , ms- E 8.
frage, ses héritiers auront droit à réclamer tout ce
qui sera sauvé (4).
Au reste, sur ce point comme en beaucoup d'autres , la législation normande était fort avancée. Il serait facile de multiplier les preuves : je n'en citerai que deux. La première constitution impériale sur les naufragés n'est que de Vannée 4472(2), et la ratification de cette constitution par la France se fit attendre jusqu'en 1 34 5 (3).
Malgré la conquête de la I^ormandie par Philippe- Auguste, en 4204, cette province -conserva, comme 'l'on sait, sa législation particuUère, en sorte que ' l'ordonnance de Richard-Cœur-de-Lion continua d'être observée. Mais ce règlement, trop laconique, laissait indécise la question de savoir dans quel délai les héritiers ou ayants cause du naufragé auraient droit d'agir en restitution. L'Ëchiquier de 4234 répara cet oubli par l'arrêt suivant : « Que H « wereq soit gardé, en la main le Roi , un an et un « jor, Et se aucuns le requiert dedanz l'an , et il « prueve que il soit suens , la justice le Roi li « randra.. » (4]
. (I) Spelmaiiiiy ut tuprâ^ p. sat. — Paiil-étre cette diarle fut-élle .df tmiidée à Biebaurd par des négodants itilienSf en relations avee la Normandie et TAngleterre.
(8) lAÀê m»r^^s, précitées f t. Il , introd., p. lltf.
(5) Ordomme$ê , 1. 1 , p. 610.
(4j Mamier, EiaMmemmtt et Coutumes ^ etc., p. 164.
Amsi fut complétée la jurisprudence normande sur le droit de bris; on pourrait même dire la juris* IMTiidenee française, car toutes les ordonnances de nos rois» et notamment les deux ordonnauces.de juillet 4 517 et de fïmer — , relatives à Tamirauté, n ont fait que coiiliiiuer i arrêt de rEciiiquier de
L'auteur anonyme du Grant Coustumitr de Normandie traite du varech dans leXXÏ* chapitre de son précieux recueil, qui fut rédigé entre les années mo et Mais ce diapitre est assez conftas et d'ailleurs incomplet» peutrètre parce que le jurisconsulte a voulu laisser dans le vague des points suî4esquels le Roi et les seigneurs conservaient toujours des prétentions opposées. Au lieu de renvoyer au Grand Coulumier, il me paraîl donc préférable
de résumer ici cette question du varech.
Toutes choses , -précieuses ou non, « que Teaue « avait gettées ou boutées à terre » prenaient le nom de varech (4) ; cependant il n'avait semblé utile de
(0 A. Floquet, Hist. du Parlement de Normandie, t. î,p. 210. — La définition du varech en Normandie concorde Uiîs bieu avec oeUes que les lois tsiaudaises dooiieat du vagrek : « Quicumque qiiod in ipsius fundum «jioit aare, matcrien), bafsnas, phocas, piMfl*^ avct et fucos «Igasqne capiat ... Dcfioiunt legas kl ret naofhigaB (vagrek) dici, eum in litCusalicujus fuiiera, vel merx, vel bon» alia, val tabule navis •Jiaiiuilar. . Qnod ai ^iii, vel oaii-
faire des iois que sur ies navires et marchandises échoués , et les gros poissons qui restaieni sur ta plage, faute d'eau pour les remporter.
£n ce qui concernait les poissons» si un marsouin ou tout autre eraspois ( poisson à couenne ) venait mourir sur une grève , après avoir été harponné dans un port, il était varech, pourvu qu'il n'eût pas été réclamé « dans un îlo et une relrète » (1) , c està-dîredàns les douze heures qui suivaient l'échouénient. Ce temps écoulé, l'animal devenait la propriété du seigneur dans le fief duquel il avait atterri, hormis le cas bien rare où il valait plus de 50 livres ; alors il appartenait au duc.
Une division analogue avait lieu pour lés mar^
chandises répétées par la mer. £lles appaiienaient au seigneur du fief , sauf certaines choses réservées pour le prince , savoir : l'or et l'argent monnayés ou en vaisselle, et les bijoux d'une valeur de plus de 20 livres; les destriers , les francs-cinens, les francsoiseaux» tels que autours et faucons; l'ivoire, le corail et les pierres précieuses ; le vair, le gris et
fragium passi, vel fluetuum rabie vexaii, bona sua amiserint, hoee etiam naufraga (vagrek) dicuntur. » Codex juris fslandontm antiquigtimus, qui nomma/ wr Gràgâs. Havuioi , ia 4o,
t. H, p. ô52, 387 cl 589.
(f) Aécord de TaiiDée 1155 env., précUé. •
la zibeline ; les draps d'or et de soie , Técarlate (I), ie ballot de draps lié , dit trousaels et les manteaux neufs (Si).
Gonsidéroas maintenant le varech par rapport au njaufragé. C*è$t alors que , en Normandie eomme en Norwège , Tautorité du prince s'efforce d'intervenir avec le plus d'elBcacité, et qu'elle agît dans l'intérêt du commerce.
Je pose tout de suite l'hypothèse la plus grave , celle où l'équipage du navire en varech périt tout entier: Dans ce cas, le seigneur, sur la terre duquel ie naufrage avait eu lieu , faisait recueillir ce qu'on avait pu sauver, et prévenait le bailli ou le prévôt ducal de qui ressorlissait l'affaire. Celui-ci inven-
(ï) Par ce mot , on entendait nnc pièce de drap de cmâtmt ccarlate ; lieanmoiiis , comme on cherehaU tonjoars i étendre le privilège du duc, il y eut discussion, en 1386, par devant rEchiquier, pour savoir à qui reviendrait une pii)c de graine d'écarlatc , arrivée en varech dans un lief noble appartenant à madame Jeanne Cauipioii. « Et la Couslume [de Normandie) leue ou chapitre de varecht^et oyes les oppinions des juges, la Court , pour la diversité des oppinions , mist le cas au Conseil et aus direz. Eequelx fu dit que le débat et question dessus diz seraient « mis et furent envoies devers Monsieur le Ciiancelier et le Grant Conseil du Roy, à Paris. » ( Arekivu de VEehiguier^ii Rouen , année 1586; Cotentin-Audîendi. ) U est très croyable que le Chancelier et le Grand Conseil décidèrent en faveur du Roi.
(<2) Cf. Béeorâ de Tannée iltw env. précité ; Grant Cùustumkr de Normandie^ ch. XXÏ ; Cauiunmde Ittprévâtéde Lettre^ dans rocs preuves, pièce XLlll, p. 171.
loriail le varech, ordonnait la vente immédiate de» objets menacés de dépérissement, et confiait le reste
a la garde du seigneur. Si, dans l'an el jour qui suivaient le sinistre , aucune demande en restitution
n'éUitfaile, les objets conservés et le prix des marchandises vendues se partageaient entre le seigneur eL le duc , suivant les distinctions que j'ai établies tout à Theure.
Lautre hypothèse est celle-ci : un ou plusieurs hommes dé l'équipage échappaient au désastre; qu'arrivait-il alors? Ces hommes reprenaient, parmi les choses recueillies , celles qiîe des témoins affirmaienl leur appartenir; quant au surplus, il tombait dans la catégorie des objets retirés d'un navire doiU 1 équipage a péri (1).
Ajoutons que les contestations sur le varech étaient jugées par la cour suprême de Normandie, par l'Echiquier.
(i) Cf. m suprà. On retrouve des dispositions tout-à-fait pwettlet en Angleterre, la èharle de Heori III , en faveiir des mirehands de Lubeck et des autres négodants de la Bame d^Alle- QUigne, s*eipriine ainsi : « Si contigertt naves vestras in partibus iMstris periditari et de tali nave périclitât^ âliquis bomo vivus evaserit el ad terram venerit , omnia bona et catalla in illa nave contenta remaneant quorum priiis fueruiit, ner , ex eo quod wreccuiii dicitur, veris domiuis exlorqucantur. >» Cet acte est daté du 26 août 1258. — V. Codex diplomqticus Lubccensis. Lubeck, 1S43 , iJi-40, p. 86.
Si l'on prend la peine de eomparer ces règlemenls avec le statut de 940 , l'ideotité paraîtra liors de . doute. Les institutions normandes ne sont évidemmentquê la glose de la loi norwegienne^ et les modifications légères introduites dans la colonie-par les exigences féodales, ne sauraient abuser personne. Au surplus, uii respect minutieux pour leurs vieilles lois, qu'ils regardaient avec raison comme la sauvegarde de leurs libertés , a toujours caractérisé les Normands. On préférait ne rien décider, dans le pays de sapience, plutôt que de prêter le ûanc, par queUiue innovation, aux envaliissemonls du pouvoir : témoin ce procès pour trois tonneaux et une pipe de vin, échappés « d'une nef qui^ par fortune de mer» estoit périe devant Uarefleu (i). » Parmi les conseillers de l'Echiquier, les uns tenaient ces tonneaux pour varech, les autres voulaient qu'ils fussent rendus à leur propriétaire. Après quarante-sept ans de débats, la question restant toujours sans réponse, les héritiers des parties finirent par où Von aurait du commencer i ils transigèrent. Les détails nous manquent sur cette fameuse contestation, et cela est d'autant plus regrettable qu'il s'agissait de décider, je crois, si le droit de bris pouvait être exercé, pu non, dans la Seine.
(I) Jrehit), de VEchiquier^ à Rouen, nvg, de Vannée I^OS (Bail. CalcU). ^ Le sîiibtra avait eu lieu eu 1948.
Xe Grmni ComhmUr avait omis de s'expliquer ' suc ce poiûi comme sur beaucoup d'autres. 11 m dît mot, par exemple» du salaire des homines qui trouvaient un aavire ou des marchandises en varech, et les anciens registres de l^£chiquier ne sont pas moinii rcseï véâ. Les coutumes de la piévotc royale de Leure doivent être le plus ancien document de la province, qui statue à cet égard. Elles remontant à l'époque où Charles Y s'occupa de ranimer le commerce à Harfleur et à Leure , et furent rassemblés ' en 4 387. J'en extrais ce passage ; « Se aucun treuve aucune marchandise en varesc. . . , le trouveur en doit avoir sallaire suHisant , et (ce qui est encore plus remarquable) les derrées doivent e&tre rendues à cellui qui les pourra prouver pour siennes (4). » Appliquait-on à ces marchandises la règle des poissons échoués» ou celle des navires brisés ? Devenaieiitelles varech après « un flo et une retrète » , ou seulemenLapi èsl an etjour? Je penche pour la deriiièi ti opinion^ quoique, dans le silence des textes, l'autre soit souteiiable.
Les guencb de la France contre les Anglais , au
XIV* et au XV* siècle, eurent pour effet de renouveler, à l'égard de ce peuple, les rigueurs primitives du
(1) CouL de la prévôté de Leure, dans mes preuves, pièce XUlf^ p. 165.
drok de bris. Les marins d Oulre-Manche que la tempèle poussait en Normandie» n'échappaient à la mort que pour subir la prison. C'élail à qui rançonnerait les anciens ennemis de la France « comme s'expriment les actes et les chroniques de cette époque. Alors les contestations , pour le varech , recommencent entre le roi et les seigneurs féodaux. £n 1386, trois procès sur ce sujet étaient perdants à rSchlifuier. Dans Tun» il s'agissait de décider à qui appartiendraient onze anglais cl leur navire, naufragés sous la falaise de St-Hartin-aux-Bunaux (4). Malgré lé réquisitoire du procureur du roi, l'Echiquier déclara que ces anglais resteraient les prisonniers d'un écuyer, nommé Pierre du Val, auquel ils ^'étaient rendus. Kelati vement au navire, réclamé parle roi, comme seigneur haut-justicier, et par les religieux de Tabbaye de Fécamp, comme seigneurs du fief de St-Martin. il fut sursis à prononcer l*arrèt jusqu'à ce que Roger Ravin , lieutenant du bailli de Caux, eût informé la Cour « comme les dits religieux en ont joy et usé, ou temps passé, et par quelle vertu (3). » lï est probable que les moines eurent gain de cause , puisque la même année, dans un
(1) Ce village, situé entre les Dalles et Veulettes, est appelé IKir le greffier de TEdiiquier, Si'Manin O'Burneaulw»
(3) Archives de V Echiquier, à Eouen, Itegii^trcde la St-Michel J58S, fo 4«, v« (CauU-.\udieudi, n« Ti**ix )
^ ISS ^
débat sembiabJe, l'flehiquier leur avait adjugé déjii trente six anglais, dont le navire s'était brisé devant Veulettes» Antre fief de l'opulente abbaye (4 ) .
Le roi fut plus heureux dans le troisième procès; ear, cette fois, il ne portait point la main sur l'arche sainte; il n'avait affaire qu à un seigneur laïque. Voici le fait: un navire anglais ayant sombré sur lés
rochers- du Calvados, Téquipage s était sauvé au village de Langrune (2). Sur la nouvelle de cet événement, Jean de lu liaje, dans le fl^f duquel Lan grune se trouvait compris, était accouru et avait
fiancé les Anglais pour ses prisonniers. Mais le
procureur du roi au bailliage de Caen intervint et oflHt de prouver que Jean delà Haye n'avait pas été le premier à recevoir la ïoi de 1 équipage anglais ; que c'était donc au roi ou à tout autre que cet équipage appartenait. Là-dessus, Jean de Mellemonl, lieutenant-général de l'amiral de France, protestait, disant qu'on ne pouvait raisonnablement considérer comme varech les marins réfugiés à Langrune, qu'ils étaient bien plutôt une capture mai iiime. En conséquence, il requérait le désistement du procu-
(1) Archives de l'Echiquier^ à Rouen, Jteg. de Pâquee iSSd, (BaUivia CaleU.)
(S) Langrune et non pas Lengronne, comme a écrit le grelSer de l'Echiquier. Le premier est auprès de Caen, le second près de Coutances; il est indubitable qu'il s'agit du village situé dans le ressort du bailliage de Caen.
rcLii du roi, évoij^uail l allaiie a la Table de Marbre, et demandail, saivani Tusage» le diiièiae de ia
prise. L'Echiquier, consullé sur ce corillil, décida que les marias étaient varech» et il les ût délivrer au roi ; seulement, en considériUion de la bonne foi de Jean de la Kaje , il lui fut accordé deux cents francs d'or, à prendre sur la rançon des Anglais^ et destinés à payer les frais du débat, qui n'avait pas duré moins de quatre ans (I).
Les documenlsdu xiv'' siècle nous foiiL aussi connaître les usages de la Normandie, relatifs aux choses trouvées en mer; on leur appliquait les > règlements sur le varech (2). Jdais j'ignore quand cette assimilation a cmnmencé d'être pratiquée. Tout ce qu'il est possible d'aiUrmer , c est qu elle précède les privilèges de 4364, en faveur des Gastilians, qui commerçaient à Harileur et à Leure. Car l'art 26 de ces privilèges exprime cétte réserve: que les choses recueillies par les Castillans leur seront réclamées par les propriétaires seulement ; en d'autres termes, que les Castillans sont affranchis de la surveillance des oiliciers royaux, pour ce qu'ils trouvent en mer (3).
(1) 4ér€h. de rEehiquUr^ i Eouea, Reg. de l*aiuiée ISSS, ^ tt, * V* (Caen-Âttdiendi, Q« VS), et Reg. de rennée ISSO (BaU . Cadomi). .. (fl) Covtumeê it la prMté dû Leure, précitées. Voyei mes • preuves, pîéce XLHI, p. 164.
(5) RteuHl deê ordonnancée ^ prèctié , t. IV, p. 4SI et suiv'.
Ceci m'amène. naturellément à parter de Undeni' uité po.ur sauvetage. Je a eu trouve un exemple ancien qa*en Angleterre; mais je le cite sans hésiter,
car il intéresse les Koueuuais, et l'on sait d'ailleurs que les législationg maritimes des deux rives de la Manche ont une origine commune. Le document sur lequel je vais m*appùyer, porte la date du 9 février — ; il est émane d'Edouard 111.
Ce prince s'adresse à Philippe dç Valois et se plaint que des marchands mariniers de Rouen, prétextant un déni de justice» aient obtenu du Parlement de Paris l'autorisation de reU nii , à Calais et à Wissa.nt, deux navires de Douvres, qui faisaient le cabotage entre la France et l'Angleterre. « Nous n avons rien à nous reprocher envers les Rouennajs« dit Edouard III, car nous avons donné des ordres pour qu'on leur rendît bonne et prompte justice. Quant au sujet de la querelle, jugez-en vous-même, Sérénissime Prince:
4i Un navire de Rouen, chargé de harengs, aj aiU jeté h ia mer , durant une tourmente» la plus grande parue de sa cargaison^ arrive enlin tout désemparé proche de notre ville de Douvres. Les habitants du lieu, après avoir porté secours à l'équ i pageet recueilli six lasts et demi de hareng (i), llotUnt dans la mer,
(1^ Vc last était de dix milliers de harengs.
demandent , pour salaire et selon la coutume , la
moilié de leur sauvetage. Mai» les Rouennais refusent do partager; ils veulent tout, ou une souime de deux cents livres de sterlings (4>. »
Il faut distinguer ici le poiat.de fait du point de droit. Cette lettre prouve que, dans les premières années du xiv* siècle, le salaire des sameteurs était ordinairement de la moitié des marchandises sauvées. Voilà pour le poml de droit; le point de fait est plus difficile, parce qu'on ignore quels étaient les arguments des Rouennais. Remarquons toutefois qu'en voulant trop prouver, Edouard III oblige à douter de sa véracité. A l'en croire, ou plutôt le tribunal dont sa lettre est l'écho , nos mariniers auraient prétendu quelque cliose d'absurde , qui n'est d'aucun temps et d'aucun pa^s ; ils auraient refusé d'indemniser des gens de qui ils tenaient leurs marchandises et peut-être la vie. Gela est impossible. Oh n*abuse de son droit que lorsqu'on est le plus fort, et, dans l'espèce, la force n'était pas de notre c&té. Philippe de Valois aurait donc pu répondre hardiment par ce dilemme: Les Rouennais, dites-vous, refusent l'indemnité; c*estqu'apparemmcnt ils démontrent qu on ne leur a pas rendu le plus petit service. Vous affirmez cependant que le
(1) Uyincr, Fœdera e/r., iiouv. édrt. 1. 11, pari. U, p. «50. .
sauvetage a été opéré par vos sujets; si lu chose est comme vous le dites, les Rouenoais ne disculeni que sur la quotité du salaire, et alors votre lettre les calomnie.
Examinons mainlenaul les lois iéiauveà au jet et à la contribution.
On a toujours classé à part le sacrifice xolonlairc fait, en un pMl imminent, pour samer les personnes, le navire et les marchandises (1). Toujours on a pensé, que les chargeurs devaient contribuer, en proportion de leuriuise, à réparer le dommage souûertpourle salut commun; mais on a beaucoup varié sur la contribution du capitaine et du navire. Les premiers législateurs du I^iord , très favorables à la marine, trouvaient suffisant que le mettre du navire, comme on disait alors , c'est-à-dire celui ' qui en était à la fois le capitaine et le propriétaire, eût risqué dans le voyage son temps, sa fortune et sa vie. Aussi, les lois de Guillaume-le-€onquérant proclament ti que celui qui jette à la mer les clioses d'autrui, en cas de nécessité, est exempt de toute réparation (2). »
Les développements et la prépondérance du commerce ne tardèrent pas à faire fléchir celte règle.
[1) A. Fremery» Etuiee de droit eommereial, précitées, p. W.
(2) LegeiGuilMmi eonfuestorie^ art. S8.
Les jugemenlsd'Oléron, qui furent rassemblés vers
le iniiicu du xiii*' siècle, mais dont le témoignage nous permet de remonter à une époque plus recalée, obligeaient le capitaine à contribuer pour son navire ou pour son fret» à son choix. Us iQOtttent seulement que le matelot, qui a des marcliandiiieb chargées à bord, jouira dun tonneau , franc de contribution , « s*il se défend en la meer comme un home; et s'il ne se défend niye,il n'aura rienz de franchise (4). )►
Gel essai de conciliation entre les prétentions opposées des marins et des chargeurs , est sans doute la principale cause de l'ancienne célébrité des jugements d*01éron et de leur succès dans les villes commerçantes de la Flandre et des royaumes du Nord (d). Mais on peut douter que cette jurisprudence ait longtemps satisfait les négociants de TAngleterre. Nous les voyons , en effet, s'associer, à la fin du xiii® siècle, dans le but d'obliger les capitaines à contribuer, outre le fret, selon la valeur des meubles et apparaux de leur navire. Pour repousser ces exigences nouvelles , les capitaines se liguèrent de leur côté et confièrent la
(1) Jugements d'Oléron , art. 8. {Loii maritimes^ préciiécs.)
(2) Cf. Jii;^emcnt de Damme, art. 8» ordonnances de Whbliy, art. 22 et 41. (Lois marUimes^ précitée^ 1. 1 et II.)
défense de leurs intérêts à une célèbre association maritime » connue encore aujourd'hui sous le titre de Commmàuié des tinq perU d'Angleterre ). Le débat ayant été porté devant, la haute cour du roi , Edouard I*' rendit, le 4 § mai 4265, un jugeraent dont voici Ja teneur :
« Grégoire de Rokesley et Henri le Valeis, bourgeois de noUre ville de Londres , avec d'autres mar- ^ chands d'Angleterre , d'Iiiande, de Gascogne et du pays deOalles, s'étant mis sur le pied de forcer nos hommes des cinq ports et les autres maiiniers de notre royaume à contribuer en cas de jei sdon le prix d'esiimaUon des meubles et apparaux des navirés frétés , nous avons reçu la plainte de nos mariniers, et, de 1 avis de notre Conseil, nous avons décidé ce qui suit :
« Art. I. Borénavanif le navire et tous ses apparaux, i anneau que le capitaine porte à son doigt, les victuailles de l'équipage , les ustensiles de cui*sine, le collier, la ceinture et la coupe d'argent du capitaine, seront francs de contribution, lorsqu'il
(1) Les premien cinq ports furent : HasUngs, Douvres , Sandwich, Vyte et Seiford; on y réonit plus tard Winehelsea et ftonmey, sans que pour cela te nom de cmg porU ait été changé. Snr rorigtne de cette commonaaté, voyez Aog. Thierry, iHx anê 4^Hui$$ kUloriques^ édit. p. 476 et suiv.
sera consiaié que- llmminence du danger rendait
le jet nécessaire.
« Art. II. Le fret des vins et autres marchandises»
qui se trouveront encore daiis le navire , sera dû intégralement aux mariniers*(1 ).
' ' « Art. IIL Le maître du navire perdra le fret des
marchandises jetées à la mer. r
« Art. IV. Toutes les autres choses existant dans
le navire, qu'elles .appartiennent à des hommes de l'équipage ou à des marchands, seront estimées, afin d'aider à indemniser les propriétaires des objets sacrifiés (2). »
Tels étaient donc, en fait de jet- et de contribu* lion, les deux usages qui se parlagcaient le nordouest de l'Europe ; l'usage d'Oléron , qui laissait au capitaine le choix de contribuer pour son navire ou pour son fret; celui d'Angleterre, d'après lequel le fret servait toujours à déterminer la part contributive du capitaine.
Ces règlements ne furent plus retouchés qu au
(1) Cf, Covt. de la vkomté de Veau de itouen^ ch. 49, dans
mes preuves, pièce XVIII.
(S) « Oinnia alla bona, in navi existentia, tam nautarum quam mercatonim... debeat appreciari m auxUium restUutUh nie vinoriim et aliorum bonoram in marî, extra navem... ejectorom. <» (Bymer Fadera^ etc., nouy. édil., 1. 1, part.Sy p. 6tf4.)
milieu du xvi*" siècle. A cette époque , où la marine européenne pht^une si grande extension, luniformité s'établît pat rintroduclion , dans nos mers , tl'une coutume que les tribunaux de commerce de. la Méditerranée avaiebt adoptée depuis longtemps. D'après le recueil maritime de Barcelone, qui porte le titre de Consulat de la mer, et dont la rédaction remonte aux premières années du xm* siècle, le capitaine doit contribuer au jet : 4^ à raison de ce qui lui reste net sur le nolîs ; 2? pour la moitié de la valeur de son navire (i). C'est cette coûtante que ^ordonnance de 4684 a ratifiée pour la France; et c est, de l'avis de tous les jurisconsulles, celle qui satisfait le mieux l'équité et la raison (2). Mais alors le procès de est extrêmement remar- 'quable ; car évidemment la demande des négociants anglais n'avait pas d]autre objet que de faire recevoir dans l'Océan l'usage de la Méditerranée.
Je n'ai que peu de choses à dire sur les courtiers
de commerce; ce n'est point de leur institution qu'il s'agit , mais seulement du nom singulier qu'ils
(i) La(s marHiiMS {Omtulal dê la merj^ cbap. asi-S96; MhSft; Si-M; SS-OS; 64-109.
(a) Voir le ciiai>. XXIX des Etudes de droit commercial, précitées. La question de la eonti ibuUon pour ie paiement des avaries cooiiiiunes y est traitée avec autant de soin que d'émdilioa.
portaienl à J>ieppe. Dans les staUits que Taiehe-
vêque Ëude Kigaud donna , le 47 décembre 1 2a3 , aux courlien de cette tilievils sont appelés abrwth teurs (1). J'ai été frappé de la forme méridionale de ce mol, el j*ai tu avec plaisir que les coiUinuaieurs de Da Gange n'hésitaient point à lui assigner une origine italienne £n effet» le moi abboeaiarù se trouve, dès les premières années du siècle» dans une charte de l'abbaye du Moul-Gassin , et il est aisé de voir que le rédacteur entend parler d*un déiégué ou d'un entremetteur (3), fonctions tout-à«-
(1) Pour qa'onnedottte point i|ae les abrocateurs [û^nçaiom} * élaieot réeltenent des courtiers , je Inmseris 'leurs rèslemeots :
ns devaient Jurer de ne nuire àaacunniarchandj soitachsteHr, soit Tendeur, et de ne point avilir ai déprécier la marehandiie;
de n'accepler t ien pour leur entremise dans les marchés qu'ils avaient commencés et que d'autres terminaient en leur absence; de ne rien prélever sur les frais de transport, si ce n'est en présence et du consenlemenl du conducteur ; de ne iixer d avance îe prix d'aucune chose ; de ne |ioiiit recevoir ni conserver en dépût, plus d'une nuit^ Targent des vendeurs, à motus que ceuxci ne leur aient donné commission de payer quelqu'un; de consulter toujours leurs commettants, vendeurs ou acheteurs, et, é roecasion des marcliés dont île s'entremettent, de ne rien ree»voir an*âeli de ce qui était établi par ta coutume de Dieppe, ( Rêgutrum titUaHanum mhiipkeopî iïolAoaMt^wata, pnMié par H. Th. Bonnîn. Bouen. Le Bivment, éditeur, IS47, p. «rset 787.)
(2) Cf. dans le Glossaire de Du Cat)gc^ cdit. Didot, les mots ahhocator^ ahocator, abbrocamentum et abrocator.
(5) Voyez cette charte dans Touvrage de dom Louis Tosti ,
fait anàlogoes à celles des courtiers^ D'aUlenr», la
transformalion d'ab/*ocalor en ab/ ocator n'est qu'un accident de prononciation, qui s'explique par Taccenl guttural des peuples du Nord. Si l'on adoptait çe rapprochement, nous aurions poutre , dans Tancienoe dénomination des courtiers de Dieppe , l'une des traces les plus curieuses, l'un des souvenifs les plus piquants de nos conquêtes en Italie pendant le et le xu* siècle.
SËCTiûN il. — Pécbes mariUmes des Normands.
En terminant le chapitre YII , j'ai touché quelques
mots de nos pêches maritimes. Leurs beaux produits ont démontré qu'elles occupaient , au com^ mencement du xii* siècle, un grand nombre de bras, et que dès lors aussi elles formaient une branche importante du commerce de la Normandie avec la Finance. Mais celte question des pêciiesprésente encore d'autres cdtés , sous lesquels il serait nécessaire de l'envisager. Il faudrait savoir à quelle époque remonte, dans le nord* ouest de l'Eiîrope, le commerce du poisson ; quelles espèces la nécessité , la mode ou le goût ont fait successivement adopter; quand l'usage des salaisons a
intitulé : Storia delta badia di Monie-CasHno. Naples , 4842 , in-8». 1. 1 , p. 25è et suiv.
commencé; quelles furent les différentes formes
des filets; s'il était permis de pêcher en tout temps, etc.
Un auteur, dont nous avons déjà cité plusieurs
écrits, le dieppois J.-B. Noël de la Morinière, est le premier en France qui se soit occupé de résoudre ces problèmes intéressants. Tl s'y était préparé par des voyages maritimes et des travaux eîi ichthyologie ; malheureusement la mort est venue l'arrêter au milieu de ses recherches (4).. Depuis, elles n'ont pas été reprises , bien que la pèche , qui fut au • moyen-âge Tobjet prmcipai des armements de nos ports , soit toujours une source de prospérité pour TEtaty un élément essealiel de la vie commune et la meilleure école du marin. Un sujet de cette importance devrait être traité a part, et non pas accessoirement et très brièvement, comme nous sommes forcé de le l'aire.
Pendant le xin* siècle, les populations riveraines du golfe de Gascogne étaient renommées pour la pèche de la baleine et des autres cétacés (2). On assigne ordinairement au xi^ siècle les premiers
(4) 11 n'a ete publié que le premier volume de VlHsloire des pêches. Paris, Imprimerie impériale, 18. in-4o.
(5) Dcpping» ffiêt. du ewnmerct entre le Levant et VBurope^ t. I , p. 270 et suiv.
-déveioppemeiiU de cette industrie ; mais il est possible de remonter beaucoup plus haut, témoin ce passage de la biographie de S. FiUbert, premier abbé de Jumiéges : « Un jour que Thomme de Dieu se promenait dans le cloître, saint Saëns, cellérier du monastère , l'aborde et lui déclare que Tbuile manque pour l'enlreti en de la lampe de l'autel.
— Mais, réplique saint Filibert , n'y a-t-il plus une seule goutte d'huile? — Il en reste encore une demi-livre , vénérable abbé , et j'ai cru la devoir réserver pour le service des hôtes ou pour vout.
— £h bieni mettez ce reste dans les lampes, et sachez que nous aurons bientôt , grdce à Dieu, de l'huile pour toute l'année . — £n elfet , ajoute Thagiographe , vers le soir on reçut la nouvelle qu'un navire, frété à Bordeaux , était entré au plus f^ochaîn port de mer avec une cargaison de quarante muids d huile à brûler. C'était un envoi des amis de saint Filibert(l). »
Vers l'an 677, le fondateur de Jumiéges fut exilé dans l'Aquitaine, son pays natal. Quelque pénibles
que fussent pour le cœur de l'abbé les circonstances
(1 ) ... Cum dîes declinarel, ad vesperain , muiiius de porta maris advenit , qui ei ;i(iess« uavim ciin» olfO iifirHiavif , qu e a Burdegalensi urbe veiiiensdirecta servo Domitiiab ainicis quadragiiita modios ip^ius derei'eb.il ii«]uorU. (./cla^SV. ord* S* BenC" dkU:y sasc. li , p. 824 et suiv. )
^ ië6 —
de sa disgrâce, toutefois son zèle ne parut point se ralentir. A peine arrivé en Aquitaine , il se livre à
de nouveaux projets, et bientôt il fonde l'abbaye de Noirmotttier, dans cette tte de Her dont les eaux
poissonneuses et les terrains noyés lui rappelaient sans doute Jumiéges et le ûeuve qui l'enveloppe.
A iSoirmoutier comme à Jumiéges, l'huile vint à manquer. Filibert passe la nuit en prières » et ses prières sont exaucées : dès le lendemain , au point du jour, un moine trouve sur la grève le cadavre d*un muse^dus (i). On accourut, on dépeça l'animal, et Ton tira de sa chair trente muids d'huile (2), Une autrefois, «le pays tout entier périssait sons une cruelle famine. Plein d'anxiété sur le sort de ses frères , le saint abbé redouble ses oraisoixs , et le chinai qui sépare Noirmoutier du continent ne tarde pas à se remplir d'une si grande multitude de marsouins, qu'on en prit deux cent trente-sept à la basse mer. Cette pèche merveilleuse apporta beaucoup de consolation aux moines; elle leur procura du poisson pour toute Tannée , et le surplus fut distribué à divers monastères et aux pauvres (3). »
(1) Je ne sais de c|Q0| oélMé il est ici questioa , iiui»ifide«* ment Du Cange ae trompe en traduisant mutculuê par mo¥ié, (9) ^eta SS, ord, .V. Benedktiy ssc. Il , |>. (3) Id. ibid.
Voilà ce que uoub savons de piu6 aucieu sur la pêche des céiacés dans le golfe de Goeoogae; ries, au re&te, de plus authentique, car Ertnenlarius , l'autenr de eette vie de saint Filibert dont nous
avons traduit quelques passages, flori^sait à Jumiéges entre les années 687 et 7^4.
Si nous pouvions nous arrêter un peu » nous dirions à qtiels autres titres ces détails sc»it encore
attachants ; quel courage et quelle abnégation chrctiènne il fallait .pour* aflhmter des lieux dont la famine» les épidémies elles flots se disputaient l'empire; quels devaient être ces cénobites, nourris, comme de vrais sauvages , de la chair coriace et ninee d'une pièce de marsouin pressurée (4). Nous suivrions aussi les transformations qui s'opèrent dans les abbayes, le bien-être qu'elles se procurent et qu'elles répandent autour d'elles , depuis le vu** jusqu'au f siècle. Mais cet examen nous détournerait de notre butl
« Quoique les Basques, dit J.*B. Noël, passent pour les premiers pêcheurs de baleines, il est cer-.
(1) La chroQiqœ de Jumiéges , parlant des ressources que le voisinage de la Seine proenraît aux religieux, Tail observer qiron péchait auprès «lu mona-lére des poissons de ciuq pieds de longueur (des m u souins), do ni la chair servait à la nourriture des moines et 1 iitiiie à Petitreùen des lampes de Tautel. {Annalti ord. 6. ùenedictiy t. I , p. 432.)
tain, néanmoins, que les Norwégieas les précédèrent dans ce geiire d'industrie. L'£dda de Ssmund spéciiie tormellement la pèche de la baleine au moyen du harpob (i). Une autre autorité , c'est le périple entrepris au ix* siècle par Ollicr, le Norwégien. Lorsqu'il rend compte à Alfred, roi d'Angleterre, des voyages qu'il a faits vers le Nord pour s'assurer jusqu'à quel endroit la terre était habitée dans le Pinmarck , il dit que les Finnois vivent de pèche pendant Tété et de chasse pendant l'hiver. De son côté, Biarmos, compagnon d*Other, assure que dans son pays il a souvent poursuivi , avec d'autres pêcheurs , des baleines de quarante et même de cinquante aunes de long, et que, lui sixième, est connu et renommé pour avoir tué soixante de ces poissons en deux jours {i), »
Ces renseignements, curiéux en eux-mêmes, sont insuffisants pour nous , qui faisons remonter, non plus au s*', mais au vu* siècle les pèches maritimes des fiasques. Voyons s'il n'existerait pas de traces encore plus anciennes en faveur des pèches du nord de T Europe.
(f ) Unus hamo siiisum siinul duas (Ual«enas cepij. — {Hymisquida y 152, 155.)
(2) V. Vflist. des pihhcs, t. ï, p. 207 et suiv., ou le Tableau hi$t. de la pêche de la haleine^ par le même J.-B. Noël, iu-8% p. 6 cl suiv.
11 est tort remarquable qu eiiUre les rares uotions recu^Uies par les Romains sur les mœurs des nations septentrionales, la pêche maritime se th)uve toujours indiquée. César, parlant des peuples farouches qui habitaient les grandes îles formées par les embouchures du Rhin , dit qu'ils vivaient de poissons et d*œufs d'oiseaux (4). Juvénal vante la grandeur des baleines de la mer britannique (2) , et Tacite nous apprend que les Germains des bords de la Baltique se couvraient de peaux de bètes « tachetées et parsemées de la dépouille des monstres que produisent lOcéan ultérieur et une mer inconnue (3). » Le même auteur a laissé quelques précieux détails sur les Suiones qui peuplaient, suivant la plus commune opinion , les îles du Danemarck et le midi de la Suède. Cette nation était « puissante par ses flottes , » et ii y a lieu de croire qu'elle se livrait au commerce, puisqu'elle honorait les richesses (4).
L'histoire et les traditions du moyen-àgc conti-
(1) De bello gallico, i. 1V> $ iO.
(a) SeU plttres nimia rongesta pecunia cura
Strangulat , rt cuiicla exsnperans patrimonia ceusus, Quanto del|iliiiiis batseiia britannica major.
(Satyra k% v. 12- 14.)
(5) De mordus Germmorum « $ 17.
(4) Id. $ 44.
nueal et confirmeoi les iémoigooges des aackus wr la phyMOBomie toute maridin du Kord. faiw-
lûchy-Caâlie, ^ ancieone résideoce des rois d'Ëcosse, est célèbre par le ooocour» qui s'y faisah» aux époques les plus reculées , des pécheurs et des marohands de la Gaule el«des Espagnes (1).
Au rapport du vénérable Bède, révéque d'York»
S. Wilfrid, aurait enseigné aux Anglo-Saxons Tari de pêcher dans la mer (2). Je soupçonne ici quelqu'inexactitude, car S. Wtifrid termina sa vie en l'année 709 , et nous voyons figurer la chair du phoque parmi les aliments grossiérs dont usait Tirlandais S. Columban, mort un siècle plus tôt; or, il n*est guère probable que les Anglo-Saxons aient ignoré l'art de la pêche, lorsque les Irlandais le pratiquaient. Bien plus, comment supposer que ces Anglo-Saxons, dont les flottes avaieiu conquis là Giande-Bretagne au v* et au vt* siècle, se soient abstenus de poisson jusqu'à la lin du vu*? On pourrait tout concilier, ce nous semble, en disant que
(() Longa pei seciila frequens erul negoci:Uoriiiii et ex Gatliil et ex Hispanià ad civitatcm [Inverlocteain] conventus ; quod illic ssitiarh saiinuiiibus, allecibus, chilonibus, marinU vitulis, porcis ac rcliquorum pisctiim generibus incredibili copiA rcfen iantur. (Hector Boetbius, Seotorum hist. Parisiis, ii»74j in- fol., f. 2Sr«.)
(d) fiisL eccl.y I. IV^ c. 14, ano. 698<
S. WtKrid rapporta de ses Toyages dans la Fnae el
aiileurs certains procédés pour la pêche, uicouaus avant lui en Ângielanre.
L'ensemble de ces faits établit péremptoirement que la pêche mari Unie a toiyours occupé les peuples septentrionaux. Et , en effet , dans des contrées où l'abondance des eaux et leur fécondité prodigieuse semble être une juste compensation de FafBigeante stérilité du soi» la pêche est la première» la plus indispensable des. industries. HIe a dû naître et surtout se développer dans ces régions peu favorisées du soleil où i agriculture ne saunât occuper le prômier rang. Lorsqu'au vi** siècle , le christianisme eut soumis presque toute rfiirope à ses lois, la nécessité de noumr des peuples entiers durant les jours d'abstinence ouvrit une ère nouvelle à l'industrie des pèches. Alorst le hareng, la loiorue» l'huile ou mm» de poisson devin* rent la base d'un commerce considérable dont les Frisons et les Danois tûraient profit dès la fin du IX* siècle ('!). Au xiii% le comineice du poisson bisait lafortune du Nord. « Habillés autrefois comme de siiiiples matelots, dit Arnold de Lubeck, les
(<) Cf. Doiihlcl, IJut de t'abb. de S.-Denfjs, part. H, pp. 75* et 740; Scluming, \or</cs rugea hiël. l. 11, p|». 139 el 14); Noël» Uist, des pèches , u I , p. ^7.
Danois sool aiyourd'hui - vêtus d'écarlaie ei de pourpre; ils regorgent des ricliesses que leur procure chaque année la pêche du hareng sur les côtes de Scanie. Les marchands de tontes les nations
viennent leur apporter leur or, leur argent, leurs denrées les plus précieuses, qu'ils échangent contre
ce poisson que lariovideuce donne si libéralement aux Danois (1). » ^
Les relations des pécheurs septentrionaux avec ,
la Gaule et le reste de l'Europe n'avaient pas commencé aussi paisiblement. Avant les Scandinaves ,
les Saxons avaient pillé nos côtes, notamment celles ' de I^ormandie. Us s'y établirent même, pendant la première' moitié du iv* siècle, et en assez grand nombre pour qu'une partie du littoral ait reçu des ' Romains le titre de Rivage Sàxmiqm (S). De 450. à 550, la colonie s'accrut encore par l'adjonctioades Saxons qui n'avaient pu trouver place de Tautrecôté de la Manche. Ils se firent concéder par les Francs, dit Procope , les plages désertes de la Gaule septen-
(I) amli». Chrm, Slavorum^ l. iU, c. v, p. ISl.
(«) Cf. Dobû», HUt, de Véîablitsment 4e ta monarekie fit,, édit. 1. p. 90 et nuivantes ; De la Rue , Mémoire $vr les inwtilons 4es Sa^ne et leurs ealomes dasu le diocèse é€ Baveux i A. Le PrevMt, Jnciennes âivisioHs'tsrrttorkUes delà Normandie , dans TAnnuaire de la Soc. de Vûhu de France, année 1858, p. 392.
trîonale, et sV fixèrent comme pécheurs, comme laboureurs et comme marchands traiiquaQl avec TAngleterre (I). Ce serait donc aux peuples du Nord , qui deux fois ruinèrent la province, que deux fois aussi nous serions redevables de la renaissance de nos pêches maritimes.
Au reste , nous ne saurions trop le redire» nous
n avons pas ici la prétention d'approfondir ces questions d'origines , ni 'de dissiper l'obscurité presque iiii|>éiiétrable qui les environne; encore moins essaierons-nous jamais de présenter nos
conjectures comme d'incontestables vérités.
Certains auteurs , ridiculement passionnés pour
la gloire de leur pays , ont été moins scrupuleux. Entre autres, les historiens hollandais qui donnent leur compatriote Wilhelm Beuckelz ou Beuckelson . pour l'inventeur de l'art de saler le hareng. Beuckelz» néàBiervlet en Brabant, à la fin duxiv* siècle, trouva, il est vrai, une bonne méthode pour ençaquer le hareng, 4nais il n'a point inventé l'art de le saler. Autrement, il faudrait considérer comme non avenus les passages recueillis par Noël, dans
(1) De hdlo tjoihico, l. iV , c. XX, apud /îec. Mes kUt, de France, précité, 1. 1, p. 42 et s.
les plus anciennes sagas Scandinaves , c' es l à dire dans des i>oé6ies composées au plus tard pendani
le ix^ siècle (4).
Il faudrait encore ne tenir aucun compte du témoignage dlsidore de Séviile» qui ilorissait à la fin du*vi* siècle, et qui mentionne dans ses Origines
une sorle de goruin, extrait de poissons salés, (2).
Dans notre septième chapitre, nous avons ciié ia charte dont on se sert liabituellement pour établir que la salaison du poisson était pratiquée à Dieppe dès l'an 4 030 (3). Voici un extrait de la chronique de Saînt-Wandrille, d'après lequel il &iidrait , je crois , faire remonter, jusqu'à Tannée 735 environ, Texer* cice de cette industrie dans les mêmes parages. Parmi les dépendances des deux fiscs de Saint- Wan driUe , situés sur la Béthuneetla Yarenne et donnés au comte liatiiaire par l'abbé ïeutsind , figure une locaKté nommée Toieariœt tavec une partie du rivage de la mer, ainsi que les aires des salines et des pêcheries qu'on y avait fondées (4). »
(1) Noël, Esimêur le départ. 4e la Seine In/.^ 1. 1, p. i4»^ note; iM, de$ Péchee^ t. i, p. 288 et suiv., p. 502 et suhr. (S) L. XXsCS. ' (S) Vof ez p. i84.
(4) . . iradidit iTeutsindiis] Ulmirum et Wariiuiam (flscosdnoi (|ui Mint In pago TcUaii, jiixta fluvios Telia» et Warfimam] corn odjacentiie eoram, id est CrisiacOf Seda, Slagneroto^ et item Ma-
LeftiaeurBîons d6$ Scandinaves anéantirent pour
uii siècle la iiiariiieet tous tes arts qui s'y rulluchent, mais RoUon et ses compagnons ne furent pas plutôt
afî'ermis en Neuslric, que la pèche y reprit faveur.
, Les donaUcna des premiers ducs aux monastères de la province nous en montrent la preuve. Ainsi, Guillaume-Longue^Ëpée, le restaurateur de Ju< miéges, lui donna le cours de la Seine depuis le vaide Joseph Ëssart ou de l'Ânerie dans la paroisse de Duclair, jusqu'à la limite nommée le Rouge* Saulx dans la paroisse de Bhqueluit (1). La partie du fleuve, comprise entre Jumiéges et Yville, finit
' même par recevoir le nom singulier d'Eau deDicu{È). Le présent > si magnifique qu'il fût , n'épuisa pas la libéralité de Guillaume; il yajonta encore Quillebeuf » avecles pêcheries situées sur les bancs de la Seine voisins de ce port. Et pour exprimer Taban-
giicrolo, necnon et loscarias^ gimulque (erram super lut as maris ^ et arcas salinaruin piscatiunumque ^ quœ ibidem insiitutœ erant. {Spicilegium, iii foi., t. Il, p. Sta, col. i,)
(1) Cf. Neustriapia^ Gemelicum, p. 525; Jrch. de la Seine* inf*^ comté d« TancarviNe, FMe. (Aveu dès r«Kg. d« Jinoi^, en date da fiS mars
(9) IMà DmBini ll* CC«LX«« ^xiial aniiiâ Ftontis^Aiidomari, \mK festtim Omnimn SanetannD, adjudUsaliini toit tbintl Gcrometicensi quod ipse bab^ret' ponenloiiein iiatmniorum
liominiim de WtiUIà , piscantium in aquà dicti abhatiâ , înter Geaiirieiiciim et >yuillain, qu» stcut ipsi asserebant, dicitur Aqm Dti. i'^rch, de /a «^ine-Zn/*., cart. À dei^uniéges, n<» 5â5.}
don absolu de ses droite seigneuriaux , le duc voulut
que lûus les poissons pris sur les bancs de Quillebeuf » même les poissons à lard, appartinssent aux
moines Jumiéges (4).
Ces stipulations de Guillaume-Longue-Epée viennent à l'appui de ce que j'ai dit sur Timporlation ea Normandie des coutumes maritimes du Nord {%), JLe moment est venu d'entrer dans les détails qui se rapportent spécialement aux pèches.
11 y avait sur les côtes de la province de grands filete appelés «a#re«(vascese), établis pour la capture' des poissons à couenne (3). £n principe » les vasces appartenaient au duc , car le record de 4 4 55 spécifie que i'évêquede fiayeux cl le comte de Chester étaient les seuls, enire tous les barons normands, qui jouissent du droit de vasce à marsouins , savoir : Tévèque à Port-en-Bessin, et le comte à Gonteville (4). Le rôle, dressé en 4180 par Haimon, bouteiller dç Normandie, témoigne égalemenldu privilège ducal :
On y voit trente-deux pécheurs condamnés à des amendes , qui varient de 40 à 40 sols , pour avoir
(1) Cf. Jfiutiria pia^ Gemetienin, p. 595; Manàak. miglicafiNm, anc. édit., t. U , p. S77.
(2) Voy. p. 140 et suhr.
(5) Monastic, anglicanum^ anc. édit 1. 1, pp. 961 , 969 et 970. (4) Cf. Maniiei , Hablias. de Normandie ^ pttciiés^ p. 4,9', Nu^l, iitsl. des péchei, (. I, p. a&S.
pris des craspois sans en avoir ie droit (4). Mais
comment concilier ce privilège avec l arUcle du récord de 445b, où Ton suppose, qu'un craspois harponné par des pêcheurs s'est enfui et est allé mourir sur une grève (2) ? 11 faut admettre alors que la pêche au harpon n*était pas défendue, ou bien que, dans ie récord, il s agit des pêcheurs auxquels les Tosees étaient affermées et qui avaient^ à plus forte raison, ie droit de tuer un craspois près de la côte. Je préfère cette dernière opinion , parce qu*îl eût été trop facile d'éluder la loi , en harponnant
après coup le poisson pris au filet.
On pourrait inférer de ce qui précède, l'existence
au raoyen-àge d associations pour la pêche des cétacés; mais nous avons mieux que des inductions à fournir.
D'après le livre des miracles de Saint- Waast, qui nous reporte à Tannée 876, les pécheurs riverains de la mer britannique , c'est-à-dire du bras de mer compris entre les embouchures du Rhin et de la Seine (3), se réunissaient pour faire la chasse aux
(1) . . . Pro crdsso piscc injtislè Cci])to (^cr^Mt rû^ iScaccarn iVlorm. , edit. précitée, part. I, p t, col. a ). (S) V0|6Z p. 147.
ts) H. Depping s^est trompé ca plaçant la mer biitaunique sur les c6teB de notre province de Bretagne. {Eœpédii* uiarit. 4$Ncrm.^ édit. déjà eitée, p. 369.)
baleines (i).- Un document plus "explicite encore
nous apprend qu à la fin du xi* siècle, il y avait en Normandie une corporation de pécheurs de baleines. Ils prenaient le Ulre de WfialmaiiSf mol emprunté aux langues du Nord (2) et qui cerlifie Tancienneté de l'association des baleiniers normands. Aussi , malgré mon peu de goût pour les coi\|ectures , yinclin^ Tort à croire que celte compagnie a été l'un des premiers établissements des. Scandinaves dans le duché (3).
f1) Cf. Vlman libcllus de miraeulis S. apud ActaSS.
ordims S. UcnedicU, saec. IV. pars !, on Hec. des hist. de Fr., t.VH, p. 567 K; Noël, Uîst . des pèches^ 1. 1, pp. 2ti7 ct253j,uote3.
^2) Formé ÔQivhal^ baleine, et de mann, liomine.
(5) Le cai tul de Saint-Eiii'nne de Caen étant aujourd'hui perdu on dtt moins égaré, je douno ici d'après Noël {hiit, deêpêeheè^ 1. 1, p. 258, n. 1) le texte de )a charte qui nous révèle Texistenee des fFhalmanê :
Hiec est obncordia facia [ anno 1098 ] inter àbliatem Fiseaii* nensem WillefaDOin et Gilbertum, abbatem Cadomensem » de sturjouibus et crassis piscibus qui captuutur apud Divam. Ahbat Cadomensis conceasit per concordiam ot abbaaPiseailnerobhabeat omncs sturjones quoâ capient in suis navibushomines S. Trinitatis Fiscaniicnsis et onincs alit bominef:, prœter cos de quibus pci consueiiidiiicm abbas Cadomensis habet sturjones. Ad capiendos vero crassos pisces conccssir, abbasCndom.ui abbas Fi^canticnhis lot naves habealin Socit late Walmaniioruniquot haclcnus habuit et cum eadem ronsuetudiue , sicut monstrare poterit erga Cornmuuioncm Walmaniiorum. Quod si ipsi Walmanui injuriam feceriut abbali Fiscaunensi et hominibus suis, de hâcre abbas Cadouk omnciD eis juaticiaiii (aeiet fidelicer et sine retractaUone. {Curlui. deSainUEiimne de Caens fol. 54.)
Quelle que soit d ailleurs la date de Tiostitutioii des Whalmans , la faveur toute particulière accordée à la pêche du craspois est un fait très remarquable auquel se rattacheot deux importantes questions. D'abord, pourquoi celte protecLioa spéciale; ensuite, quels étaient les cétacés qui alors fréquentaient nos mers? ' •
Sur le premier point, nous ferons observer que la rareté des huiles végétales au moyen-âge multipliait l'emploi des huiles de poisson dans réconomie domestique, et donnait conséquemment beaucoup d'importance à leur fabrication. Il était donc d'une bonne politique, o^u plutôt d'une nécessité absolue d*ençourager et de surveiller la pêche des cétacés. On fabriquait même de l'huile de hareng. Les Danois et les autres riverains de la Baltique s'en occupèrent au XII i*" siècle , et au leurs procédés d'extraction étaient déjà connus des pêcheurs mr^ mands (4).
La réponse à la seconde question présente des difficultés, résultant du peu de précision des textes du moyen-âge. Lescétacésy figurent tantôt sous des dénominations vulgaires qui changent d'une contrée à l'autre , tantôt sous les noms de baleine et de
(1) Cf. Noël, I/h1.deRpéches,l I, iu29ô; Àrch, impériales^ 649 (Bôles de £.eu^m^/iefi, pass.).
cjraspois, qui paraissent avoir servi à désigner, dans
le commerce, toute espèce de poisson à couenne De là beaucoup de discussions entre les auteurs modernes sur l'ancienne importance des pêches de vraies baleines ou baleines franches dans la mer d'Allemagne, la Hanche et le golfe de Gascogne. Pour moi, j'admets que cette espèce de baleine ait fréquenté nos mers, mais je crois, et je vais essayer de montrer qu'elle ne les a pas habitées en aussi grand nombre qu'on Ta prétendu.
Il est possible que l'animal, harpoiuié par des pêcheurs flamands du xi^ siècle et dont les dernières convulsions leur firent courir lus plus grands dangers, fût une vraie baleine (S). La présence de ce célacé dans la Manche est d'ailleurs constatée par une curieuse remarque de Guillaum^-le-Breton. En 4214, dit le chroniqueur, pendant la guerre de Philippe-Auguste contré la Flandre , le comte Rainaud de Dâmmartin portait sur son heaume, en signe de sa dignité de seigneur de Boulogne, deux longues aigrettes de fanons de baleine (3). Mentîon-
(1) Cf. Noël, UUt des pèches, 1. 1, pp. 222 à 228 i De la fiue, Annales de raei», dans les Nouveaux cssnis liistoriques^ur la vifle de Caeu et son aiTondissemeut , t. II, p. Sû8.
(3) Noël, Hiêt. âei pêches, t. T, p. 2S7.
(5) Philipptde^ dans le lîee des Hisî. de Ftatiee^ t. XYU, pp m, ete;
- isi—
nous aussi les tarifs de Uarfleur, où figure « Tos ou couste (côle) deljallaine (<).»Voilà pourraffirmalive, pour la négative, il nous serait aisé de grouper un grand nombre de textes , nous n'en citerons qu'un seul, mais décisif. C'est la donation, faite par Guillaume* )e-Conquérant à l'abbaye de Marrooutier , de la rente anaueHe d'une langue de baleine (2). Or, cette partie de la baleine franche est une masse de graisse, qui ne saurait être ni salée, ni transportée. Sous le nom de baleine , il s'agit donc ici d'un cachalot, d'un souffleur, d un grampus (épaulard) ou d un marsouin, cétacés qui habitent encore nos mers, et dont la langue charnue est susceptible de recevoir une préparation saline.
II résulte de cet éclaircissement que l'état ichthyo logique de l'Océan n^a pas subi des modifications aussi considérables qu'on le pense généralement ; aujourd'hui, comme au moyen-âge , on rencontic près de nos côtes des baleines à bosse et à aileron , des épaulards , des souffleurs et des marsouins en grand nombre; on y voit même encore, quoique rarement, des cachalots et de petites baleines franches (3).
( t ) V. mes preuves, pièG« XLII [ , p . 1 81 . (9) Balusp, iHieeUanem, t.. VII^ p. SS7.
(5) Ces renseignements m'ont été fournis parle capitaine Radou^ l'uu (le nos marins les plus coiiuus ^oui la pèche de la baleine.
Tour en iinir avec ce genre de recherches, ajoutons que remploi de la chair des cétacés comme aliment, paraît avoir beaucoup diminué vers le commencement du xv* siècle. Les épidémies terribles tics années 1 348, \ 300, 1 362 et 1 309 avaient attiré l'attention sur l'hygiène publique.On reconnut enfin que la première condition de salubrité était une nourriture saine ; et comme, d'ailleurs , il était devenu facile de se procurer les huiles végétales du Midi , on ne se ût aucun scrupule de proscrire les cétacés. D'autres poissons, dont la réputation s'est ensuite rétablie, furent enveloppés dans cette condamnation. On lit, en effet, dans le Notabk enseignement pour continuer santé en corps d'homme :
« Ne usez
« De gros et vielz poissons visqueux «De douce eaue ; eschevez ceulx « De mer, qui ont bestiaulx noms :
« Chiens de mer, marsouins, saumons, « Congres, tourboz et leurs, semblables, « Qui sans escaiUes sont nuisables.
« Du poisson nirr, pran soles,
« Plaiz, rogez, abries, paroles
a Ëttouz autres qui ont e$came{l). a
(I) Poéêies d'Etui, Mcrel^ dit Det Champs^ publiées |iar' Crapclet, pp. 164 et ISS.
CUAPlTttli IX.
LES VICOMTES ET LES COUTl .MfcS DE L EAU i LA CHARTE GOMM^ALE ET LES BOURGEOIS JURÉS DE ROUEN.
Je me propose , dans ce chapitre , d'examiner sommairement deux institutions qui, depuis le xin* siècle jusqu'au xyi°, n'ont cessé de se gêner, à propos du commerce de notre ville.
On ignore l'époque de l'établissenieiU des vicomtes à Rouen. Sans les faire dater des Romains, comme Farin (1) , on peut dire i[u lis remontent très haut. Gozelin d'Arqués, qui fonda en 4030 labbaye de Sainte Calherine-du-Mont (2) , était vicomte de notre ville. Ces officiers ne prirent le nom de vicomtes de Teau qu'après la conquête de la Nor-
(!) Hiêt. âe itouen^ édit. de 1751 , in-ta, t. 11, i>. 417.
(2j le précieux cartulaîre de celte abbaye a été publié par M, Devllle, à la suite du cartulaîre de Saint* Berlin , édité par M. B. Guérard.
mandie par Philippe-Auguste , lorsque ce prince bouleversa Torganisalion Judiciaire et administrative de notre province (4). Dans les dernières années qui précèdent la conquête, on wit la vicomté airermée aux maires de Rouen (2). Après la conquête, Philippe-Augoste , qui voulait aflaîblir Rouen au profit de sa capitale » rétablit un vicouUe et lui rend une grande partie de ses fonctions (3). C'était tout le cou traire de ce que ses prédécesseurs et luimême avaient fait à Paris, où le prévôt des marchands cumulait les pouvoirs de maire et de juge des affaires de commerce et de navigation (4). Anté rieurement ù ces années, et surtout lorsque nos princes ne possédaient que la Normandie, le vicomte de Rouen remplissait des fonctions très importantes. Le premier des officiers inférieurs, c*est-a^dire' non attachés à la personne même des • ducs, il était leur ministre et leur intermédiaire dans leurs rapports avec la bourgeoisie ; il affermait et percevait les impôts, s'occupait de la voirie,
(1) Cf. Urussel^ Usage des fiefs ^pp. i^t» el suiv. ; oOC» et suiv.; Jnc, cout. de Normandie , ch. v, viii et x j AJagiii rot, Scacc. iVorm., éffit. précitée, p. 22, etc.
fS) Magni rot. , cdit. précilée, pp. 22 et 47.
(5) Voilà pourquoi la liste des vie. de Teau de Rouen, donnée par Farin, ne cntninciicc qu'en 12t)4.
. (-1) Le Uoitx de Liiicy, llist, é9 VHôiel-de fUle de Paris ^ itj-l*, pp. 116, 136, etc.
de la police des marchés , des poids el mesures , de tout ce qui se rapportait à la navigation du fleuve; il était à la ibis juge commercial et maritime el ministre des finances du duché (4).
Lcç attributions des officiers rétablis par Philippe- Auguste» sQus le nom de vicomtes de l'eau, le détail des impôts qu'ils percevaient pour le roi sur les marchandises, les contestations qu'ils eurent avec les maires sur les limites respectives des deux juridictions, font la matière d'un recueil , inappréciable pour l'histoire du commerce de Rouen, et qui porte le titre de Coutumes de la ilcomie de l'eau. Outre les éditions partielles qui ont été faites de cet ouvrage au xvi® el au xvu^ siècle, on en conijaît plusieurs manuscrits. La bibliothèque publique de notre ville, la bibliothèque SaiiUc-Geneviève, à Paris, possèdent chacune un manuscrit de ces coutumes; ils soiil tous deux de la fin du xv** siècle; M. A. Potlier, bibliothécaire de la ville de Rouen, en a deux autres, le premier de la fin du xiv* siècle, le second de la lin du xv*" siècle. Mais le plus beau , le meilleur et le plus ancien de ces manuscrits, le type de tous ceux que nous connaissons, c'est le manuscrit de la bibliothèque royale, n^ 10391-13,
(I) f^, mes preuves, Cout. de Ut vie. de Veau, ch. xxxiv, xux et pant, / Magni rot, , cdit. prècilèe, p lOS , col 2, etc.
qui provient de la célèbre bibliothèque Bigot (1). Il se compose 4fi quatre- viagl-deux feuillets de ibrmal et en vélin magnifique. Les feuillets 5 et 6 portent eu regard deux mmiaiures » sur fond d*argent, représèntant, la première, une Notre-Dame , et la seconde, un Cruciiix» d'où je conjecture que ee livre a servi à faire prêter serment. Il est écrit en ion belles minuscules du commencement du XIV* siècle (2).
Les coutumes de la vicomte sont en français, mais noils pensons que les tarifs qu*eUes relatent étaient originairement en latin. On a la preuve que les très anciens tarifs de Dieppe étaient en cette langue. Pour ne pas sortir de nos coutumes, il nous semble que cette manière de désigner Rouen [Roth.y Rothom.), et surLoul la transformation curieuse que subit le nom du fermier du poids , dans le ch. xn®(3) , sont une toi le présomption en faveur de notre avis. Quoi qu'il en soit, on ne peut nous
(1) C'est celui dont je donne ia copie, dans mes preuves, pièce XV LU.
C9) M. de Beaiire|)aire, dans son ouvrage récent sur la yicomté de Eau de /iouen (Paris et Rouen, 1836), exprime Topinion que les Coutumee de ta f^iconUé de VEau ont été rédigées cntiMs les années 1^9 et 1500 , et en donne des raisons tort plausibles. ( Note de Tèditeur. )
(5) y, mes preuves , p. 54.
cbniester, ce semble» que ce recueil , daas les renseignements qu'il fournit, peut ùtre considcic comme se rapportant au xiii' siècle.
Les .coutumes de la vicomté se composent de 73
chapitres, rangés sans beaucoup de méthode et qui peuvent être distribués sous les sept titres suivants:
Titre Impôts sur le petit commerce ou relatifs spécialemeni à la ville (Chapitres 4» 2, 3, 4, o, 6, 7, 40, 12, 17, 22, 23, 51 , 55, 57, 64, 64, 67).
Titre U. Impôts sur le commerce avec V extérieur (Chapitres 8, 9, 44 , 43, 44, 15, 46, 48, 26, 30, 59, 6<l).
Titre 111. Des personnes et des choses franches de coutumes (Chapitres 49, 20, 45, 46, 47, 63).
Titre IV. De la juridiction vicomtale (Chapitres 31 , 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 44, 43, 44, 48,. 49, 50, 53, 56).
Titre Y. Oficiers inférieurs de la vicomte (Clia- * pitres 52, 62, 66, 70).
Titre Y1. Usages maritimes commerciaux et locaux (Chapitres 24, 25, 42, 54, 59, 65, 74).
Titre Yil. Charges et recettes diverses (Chapitres 27, 28,29,68,69,72,73).
On peut juger par cette' classification, dont Tunique but est de donner une idée sommaire du recueil, que tous les chapitres des coutumes de la
vicomté nlntéresseut pas le commerce maritime.
Le vicornie de i'Ëau avait des droits assez étendus
sur terre, débris sans doute de ses anciennes alLiibutions. Nous a'avous pas à nous en occuper. Kous insisterons , dans cette première partie de notre mémoire, sur les titres II et Yi, nous réservant d en examiner quelques autres dans la seconde, quand nous ferons l'histoire de la vicomté de l'£au.
L une des premières questions qui se présentent en parcourant les chapitres du titre II, c*esl celle de lamoésoii des vinst ce que les chartes de la commune de Rouen nomment modiaùo (i). La médiation n'est pas un dioil icodai, mais un droit de douane, dont la perception avait pour base le. muid (modius) (2). J'ignore la date de son établissement; mais cet impôt remonte au moms à la première
moitié du xii* siècle [3), et prouve que, dès cette époque, il se faisait à Rouen un grand commerce de vins. Car alors les impôts étaient toujours en raison dii^cte du développement commercial; en sorte que quand vous voyez, au xii* et au xni* siècle, un impôt s'établir sur une denrée, vous devez en conclure qu'elle arrive assez abondamment pour
(1) Ctiémel, Hist. de /ioueriy précitée, t. I, p. 5142 et suiv.
(2) V. mes preuves, pièce XVII 1, cl t. xv.
(5) Chérue!, f/ist. de fioitcn^ preciiéc, t. V\ j). 242 cl suiv. Charlt'tle Henri riantagciicl : rirn n'annonce dans cette pièce que la modiaitou suii une crcatioa nouvelle.
donner l'idée d'en tirer un revenu. On ne se doutait pas du tout, en. ce temps-là,, du système protecteur des prohibitions. Dans le cours du xiv"* siècle, la modiation a pris le nom de cotitume du chois des f>ins, et nous ne saurions mîeuxfaire que de rappeler la délînilion qu'eu a donnée M. Ch. Richard : « La recette du choix des vins était, sans doute, appelée ainsi à cause de la manière dont on percevait cçt impôt royal, qui était du 19^. Le percepteur choisissait les trois pièces qui lui semblaient les meilleures, et, sur celles-ci, le marchand en choisissait à son - tour deux , qu'il reprenait, laissant la. troisième au fisc (4). » La modiation se percevait au passage du pont, car clans un arrêt de l'échiquier, de l'an 1277, oh rappelle la modiatibn du pont de Rouen (2).
Il ne faut pas confondre, toutefois, ce droit avec lepontage, lequel existait en août 4024, alors qu'il n'était pas encore question de modiation. Je le prouve, en faisant observer que dans la charte de rétablissement de Saint- Wandrille, le dur Richard, qui affranchit de toute coutume les bacs de l'abbaye, montant ou desccadanl la Seine , ne parie point de modiation. « Ils seront francs, dit-il, de toute coutume de pontage ou de travers (3). » Au contraire,
(1) Epiêoiesdel'kist, â9 Rouen (xiv* et xt« s.), p. TS,
(â) Magni rot Scacc.^ p. 151, col. 1.
(5) M [Concedol.... Iranâitum libçrum.... ab omiii coustuma
dans la charte donnée par Richard tour-de-Lion»
le 12 novembre 1189, en faveur de l'Hôlel-Dicu de Rouen, l'ai&anchissement qui est générai aussi» porte sur les droits de tonlieu ou travers, de pontage et de modiation (I ). Ce sont là les trois droits établis à la fin duxii*siècle, sur la navigation, dans l'étendue du domaine des ducs de r^ormandie. Lorsqu'eu 4204 le vicomte de Rouen reparut, sous le nom de vicoiiUe (le TEau, la gestion de ces impôts lui revint, sauf le pontage, qui semble bien être resté aux Rouennais, afin de sauvegarder leur privilège de navigation exclusive sur la Rasse^eine. l<îéanmoins, le' pontage fut supprimé, probablement en 1292, quand Phiiippe-le-Bel mit la commune de Rouen stm'sa main; mais il fut rétabli peu après, puisque, dans les premières années du xiv® siècle^ les marcbands de Paris se plaignent au roi que « de nouvel, le bailyfetleviconte de Tjauede Roanconliaingnent les marcheans de Paris , qui mènent par yaue leur raarcheaiidises à Roan , à païer une nouvelle coustume.... pour la réfection des ppns. de Roan (2). »
pontagii vel transversi.... » ( JrcH. de la Seine-lnfèiiewre « Saiiit-Wandrili^ Caadebec, mat. div. A à Z.) Faudrait-it voir« dam cette mention do pontage, une preuve de Texistenee d'un
pont à lloueiï, en 1024 ?
(1) « Qmelï sinl... de modiaùoiie, de leloneOf i>ontagio.... • (Xole commutiiqnéc par M. A. Deville).
(2) V. mes preuves, pièce XXIX, p. 9*.
Ce fui ce nouveau pontage, dont le tarif a été
conservé (1), qui fut vendu aux Rouennais en 1309.
Un chapitre de notre coutume, qui se rapporte
presque autant au litre VI qu'au litre II, c'est le seixième intitulé : Des nex et^ des eoustumes qu'eles doivent des marchcandises ç?i6 il aportcnt. J'y vois un usage qui ne remonte pas, je pense, avant la conquête de Philippe- Auguste , le voici : « Quant une nef , feicteen £ngleterre, vient à Rouen, si en doit l'on au Roi fit sols , pour les espousailles, et m sols por le siège , et .x. deniers as sergans. Et se ei a esté espousée autrefois , si que Ten le puisse veir et > aperchevoir par merel ou par signe que ele l'oit esté, ele ne doit que ni sols, por son siège, quar tozjours doit-ele son siège, espousée ou à espouser. » Au contraire, la coque de Flandres n'a qu*à prendre congé de vendre et à payer 10 deniers aux sergents. Mais si elle a été faite en Angleterre, elle * doit être épousée j lors même qu'elle appartiendrait à des Flamands. Enfin les coques de Frise (2) ou de Danemarck, ne sont pas même tenues de prendre congé.
Je terminerai cel examen très rapide par la mention de deux usages maritimes qui me semblent
(1) V. mes preuves, pièee XXX.
(S) Dans le langage de ce temi» la Prise désignait les contrées comprises entre Tlîscaut et le Wéser, et même au-delà.
avoir été généralement observés. L'un(chap. xui ) est le droit qu'avait tout marinier de retenir les marchandises jusqu'au paiement du frêt ou salaire; Tautre ( chap. liv ) rappelle les privilèges des Rouennais au port de Dunegate, à Londres [i]. Tout navire attaché au quai et n'y faisant rien , est tenu de céder sa place à celui qui est prêt a faire quelque chose. S'il refuse , les sergents du vicomte de l'eau peuvent couper son cable et le faire dériver.
Les intérêts et le genre d*importance,.au moyenâge , de la plupart de nos villes du Nord sont écrits dans leurs chartes communales; mais il est peu de CCS monuments qui portent un caractère aussi bien marqué que les chartes de Rouen. Il sullit de les parcourir pour voir que le commerce , et surtout le commerce maritime, est aussi bien l'objet principal que le berceau des franchises de notre ville. M. A. Chéruel, dans son Histoire de Rouen pendant l'époque communale, a publié et analysé la charte octroyée à Rouen» vers 4 4 50, par Hopri Plantagenêt, et traduit ou édité les diverses confirmations et extensions qu'elle a reçues, Jusqu'en 1207 ; nous renvoyons à ce beau travail, pour l'étude des textes (2), et Ton nous pardon^iera de n'offrir
(!) Chcruel , hist. précitée , t. I , p. 245.
{2) T. I, pp. à 17 j 241 a '2où , cl 101 à 107.
ici qu une conférence très succincle de quelques parties de ces actes importants. Ce n*est même, à bien dire, qu'une table des privilèges du commerce rouennais » de 4 4 50 à 4 207.
4 Confirmation pai* Henri Pianlagenêt, en faveur des citoyens de Rouen , du monopole du commerce avec l'Irlande. Ratiliée par Richard-Cœur-de-Lion , Jean Sans-Terre et Philippe-Auguste ;
2^ Promesse du duc de conformer les péages de
son port de Dieppe à ceux qu'il lève dans le port de Rouen, en sorte que Dieppe ne soit pas favorisé aux dépens de Rouen. Cet engagement fut aimuié par le fait de l'échange d'Andeli contre Dieppe et autres terres, en 1197; loulefois, la chai le de Jean Sans-Terre reproduit cet article. 11 n'est pas dans la charte de Philippe-Auguste ;
3" Confirmation du port de Dunegate, à Londres, appartenant aux Rouennais depuis le temps du roi Edouard-le-Confesseur. Franchise des marchands de la ghilde de Rouen à Londres, sauf pour le vin et le craspoîs. Autorisation de commercer par toute l'Angleterre , en payant coutume comme les Anglais. Vers 4474, après la belle résistance de Rouen au roi Louis Vil , Henri II ajoute toute liberté et franchise pour les marchands rouennais, tant en deçà
qu au-delà de la mer. 11 leur accorde encore le pri-
vilége exclusif (lu commerce des vins expédiés par Rouen pour 1* Angleterre. Ces privilèges sont confirmés et expliqués daos la charte de Jean Sans- Terre.
. Comme on s'y allend , ces dispositions ne se retrottvenl pas dans la charte de Philippe-Auguste ; elles sont remplacées pat- la liberté de vendre en gros et en détail, dans toutes les terres du roi de Franco, et par une exemption absolue de tous les droits perçus par le roi, sur les marchandises , dans l'étendue des domaines appartenant jadis au roi d'Angleterre. Sont exceptés : le comté d'Evreux» le Vexîn normand , Pacy sur^Eure , les terres de Hugues de Gournay, et le pays enùre le Pont-de- FArehe et la frontière de France , que des traités oo des acquisitions avaient soumis à Phiiippe-Auguste, avant la conquête de 4204.
4** Défense aux étrangers, sous peine de confiscation, d'acheter à Rouen , sans l'intermédiaire d'un citoyen de celte ville, les marchandises venant d Irlande, et en générai d'outre-mer. Confirmée sans exception.
6* Défense aux étrangers de mettre leurs marchandises à couvert dans Rouen. La défense est générale dans la charte de Henri Plantagenêt. Les
chartes de Jean Sans-Terre et de Miilippe-Âuguste ne fout celle prohibition que pour le vin.
6"* Franchise absolue pour les citoyens de Rouen , leurs hommes et navires montant ou descendant
la Seine. Coniirmée sans excepUoii.
7® Défense de monter ou descendre la Seine , en passant devant Rouen » à moins d'être citoyen de
celle ville. Confirmée sans exception.
8° Défense, à peine de confiscation, de charger à Rouen , pour ie royaume de France » aucune marchandise, sans l'intermédiaire de la corporation des mariniers de cette ville. La charte de 4207 est la première qui énonce cette prohibition. C'est une précaution prise par les Rouennais contre les effets de la conquête , et l'une des premières traces de la lutte entre Rouen et Paris pour la navigation de la Seine. Nous y reviendrons bientôt.