ET SURTOUT EN FRANCE
Du XIII' siècle au temps des grandes découvertes
de Colomb et de Gama , le commerce européen ne s*ouvrit pas de nouvelles voies, mais, en revanche , il se développa autant qu'il put dans l'espace qu'il possédait, et parvint ainsi à répandre ses bienfaits sur un grand nombre de classes de la société. Les tarifs ,et les écrits du xiv® siècle prouvent qu'on faisait alors en France une prodigieuse consommation des denrées de TOoent, qui nous arrivaient surtout par le Languedoc (4 ). A Paris, par exemple, on avait, en 4350, trois espèces de sucre, le sucre de Chypre, le sucre brisé et le sucre entier ; deux espèces de poivre, le poivre long et le
(1) Cf. OrûmMsncti^ 1. 1, p. 9f 1, et t. XV, p. 670; B. I., Coll. Doat, t. LI, fol. «SO.
poivre ordinaire. Le gingembre, la canelie , le girofle, la noix muscade , l'encens, les figues, les dattes» etc., sont nommés pêle*méle, au milieu d'autres épiceries communes (1). Le coton, mentionné par Villehardouin au xii* siècle (2), et dont on fabriquait des espèces de bonnets, du temps de saint Louis (3) , est très employé dès les premières années du xiv* siècle. On le trouvait en carde et fllé. 11 servait à faire des mèches de chandelle, des gants et des bonnets (4). A Lille , on le mélangeait avec de la laine pour en fabriquer des étoffes légères connues sous le nom de howats (5).
C'est surtout l'industrie qui a fi^t de très grands
progrès à l'époque qui nous occupe . Venise , célèbre dès le xiw^ siècle par ses verreries, excellait, au xiv%dans le blanchiment de la. cire. Ses manufactures d'étoffes de soie s'approvisionnaient alors
(1) Ordonnances, t. II, p oi9.
(2) M. Paulin-Paris, dans son éclition de la Conqueste de Constantinobley doute que la matière appelée coton du temps de Villeliardouin , soit la mùmc que notre colon. Nous croyons qu'il a été trompé par une mauvaise étymoiogie que donne Ménage. Le coton est appelé encore aiqourd'hui par les àrabes, al K<a<m>
(5) Joînvillef Hist» de saint Louiê^ édit. de t7ei, in-fol., p. SI.
(4) Cr. Ordmfwnees, t. Il, p. et t. IV, p. 704; Fabliaux de Mêtm , t. II, p. 983, vers 119; ^rch* de Ut Seine-infirieure, CautufM de Dieppe, fol. 15 v*.
(5J Pardessus, Lois man'f., t. III, introd., p. 169.
dans l'Asie-Mineure. Toute la haute Italie fabriquait
des toiles et des étoffes de laine , pourtaiU avec ipoins de succès que la France et la Flandre dont les draps , principalement, s'importaient en Chypre et dans TOrient. Mos commerçants étaient en rela* lions directes et habituelles avec l'Anatolie, puisque Philippe de Valois projeta,. en 1335, une expédition en faveur de la petite Arménie, et qu'en 1403, après la défaite de Bajazet, Tamerlan écrivit à Charles YI pour l'assurer que les Français pouvaient compter sur sa protection. Mais si la réputation de nos draps s'étendait au loin , si les villes flamandes de Bruges, Tournay, Liège et Bruxelles, se vantaient avec raison de vêtir les princes (4), ritalie , en revanche , excellait dans l'art de donner aux étoffes de lame un apprêt qui en doublait le prix. Florence fut longtemps la seule qui connût les procédés de cet art appelé Kalimaca. Dès le xiii^ siècle elle ornait les draps, qu'elle tirait de nos fabriques , de dessins imprimés, de broderies et d'ornements d'or, et les expédiait ensuite pour rOrient(2). La France ne s*est distinguée que tard dans les
(1) Cette mipériorité des étoffes de FUudre éiait si bleo établie au xiY« siècle, que les comptes de la maison de nos rois, ne font guère mention que des toiles et des draps de ces villes. ( ^rc^. de
VEmpire, Comptes.)
(2) Pardessus, Lois n^aril.^ t. UI, introd., p. 16, 18, 62^ 77«
procédés de teinture ; pourtant il est bon d'observer que , dès le xv« siècle, une famille Giain inventa, à Caea, le procédé pour représenter sur la toile diverses figures (1). ^ous avions aussi» dès la fin du XI* siècle, quelques ouvrières en soie à Paris (2) , quelques fabriques d'étoffes de soie à Lyon , en Champagne, à Tours el même à Vitré, à la fin du XIV* siècle; mais ces étoffes continuèrent à être fort chères, en France, jusqu'au commencement du.xvi'' siècle. Enfin , nous avons aussi payé tribut fort longtemps à Tltalte , pour ses maroquins et surtout pour ses cuirs dorés (3).
Venise était alors au plus haut degré de sa prospérité. Fortifiée par la chute de Pise, par la décadence de Gênes et par ses conquèlts en terre ferme, elle dominait la mer, par ses 25,000 matelots et son innombrable marine marchande, dont les gros navires portaient jusqu'à un million de livres en poids (4). Alors elle expédiait sept ilolles pour protéger son commerce. L'une d'elles se rendait dans rOcéan el touchait les principaux ports d Espagne, de Portugal el de France. Elle y déposait des
et) De la Rue, Mém. tur Caen, t. H, p. 5 {5.
(*2) Géraud, Paris sous /'hUippe-le-Bel, p. o57. (3) Pardessus, Lois mai it., l. III, iiilrod , pp. G5 el 120. (i) Mas-L.itric, .(perçK des relations commerciales de l'Jfri^ que sepfcnd i'jnale acec l' Italie^ p. 51.
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marchandises qui m pouvaient sortir que des entrepôts de Venise ; au retour elle pouvait faire du
cabotage (1). C'est sans doute principalenienl par les Vénitiens que Dieppe recevait, au xiv* siècle» une grande partie du caudal et des draps de suie dorés ou non dorés qui sont menlioiinés dans ses coutumes. Ces étoffes, franches d'entrée, étaient frappées d'un droit à la sortie (2).
Arrivée dans ces parages, la flotte vénitienne rencontrait les avant-postes de la puissance cornmerciale du nord , de la Ligue hanséatique. Abbeville et Montreuil élaienl en efl'el associées de la Hanse, à la tète de laquelle figuraient Londres et Hambourg (3). Toutefois, la llottc s'avançait jusqu'à Bruges, où toutes les nations de l'Europe avaient des conipLoii s, » i où Venise était l'eprésentée par un consul dès 4347 (4). Bruges était la première ville des Pays-Bas et du nord de l'Europe ; elle le fut jusqu'à la fin du xv« siècle, époque où Anvers hérita de cette prépondérance. C'était à Bruges que s'accumulaient les productions de l'univers ; V enise et
(1) ParUessus, Lois marit.,1. 111, iutiod., p.77. (9) V. mes preuves, pièce XLIX.
(3) F.-C. Loiiandre, iHsl. d'MevUle et du PotUhUUfL II,
{4) rat'dcssus. Lois marit.^ l. Ul, iiUrod., i>. 156.
la Uansc s'enteudaicul pour y appurlei* leurs marchandises.
La Hanse (eutonique était au xiv* siècle dans son
plus grand éclat; le xv® siècle ville commencement de sa décadence politique. Cette puissance, purenieiUcomnierciale, devait succomber sous les efforts combinés des trois royaumes de Danemarck» Suède et Nonvège unis à FAngleierre, mais ce ne fut qu'après une longue lulle , où triomphèrent plus d'une fois les Aldermans. Jusqu'à sa réforme en 1495» à la diète de Worms» la Hanse sut dissimuler son afiai< blîssement et commander encore le respect, en érigeant ses décrets et ses usages maritimes en un corps de doctrine. Durant cette période, il y eut des rapports fréquents entroelle et la cour de France. La guerre de cent ans , entre les Anglais et nous, avait interrompu les relations des marchands liaiiséatiques avec nos ports , et nôtamoaent avec La Uochcllc ; après la paix ils désirèrent être rétablis dans la liberté de trafiquer en France. Louis XI y consentit en 1464, renonça en leur faveur à son droit royal sur les naufragés , et leur fit concession , pleineelenlière, delà faculté de disposer des biens qu'ils auraient acquis dans son royaume(l). L'ordon* nancefutpubliéelamêmeannée, à La Rochelle, Har-
(1) ordonnancent XVI, |>. 197.
fleur, Uonileur» liieppe , Cherbourg et autres ports. En retour, la fiasse accordait à nos commerçants des
di'oits pareils dans tous les pays qui reconnaissaient son autorité. Mais les traités de Louis XI étaient rarement de lo;igue durée ; les rapports du Danemarck avec ce prince le brouillèrent avec la Ligue, et ce ne fut qu'en 1473 que l'union fut définitive. £lle fut confirmée dix ans après, et ratifiée par Charles VIII , qui nomma , pour conservateurs des privilèges de la Ligue , l'amiral et le vice-amiral de France, le bailli de Rouen, les sénéchaux d'Aquitaine, de Lyon et de Ponthieu, les gouverneurs de La Rochelle, de TArtois et de Boulogne (1).
Entre Venise, la grande république commerciale
du Midi , et la Hanse , au Nord , mais pai Uculièrcment sous les yeux de celle-ci , se formaient de hardis et habiles navigateurs. L'Angleterre, qui s'était signalée dans la lutte contre la Uanse, jette peu après les fondements de sa puissance maritime. Jusqu'au milieu du kiy"" siècle, son industrie et son commerce s'étaient peu développés, bien ([u'il ne soit pas douteux qu'elle envoyât ses vaisseaux jusqu'en Chypre, avant 1335(2). La Charte marchande ^ qui concédait des privilèges fort étendus
(1) Cf. Ordonnances^ t. XVII, pp. S8!> ti 387^ t. XIX, pp. i^ë
et siiiv.
(3) PegoluUi, ap. Pagnitii, Oeila Décima, t. lil, p. 47 et suiv.
aux navires élraugers , passe pour avoir été un grand obstacle à sa prospérité , et les fameux actes de 4384 et 1 390 sont regardés comme l'origine de sa prépondérance sur les mers. On sait que ces lois ne
permellaieuld'eiponer les maichaiidises anglaises que par des navires nationaux, et prescrivaient des mesures pour que les armateurs se contentassent d'un fret équitable (4). D'un autre côté, les troubles de lu Flandre et du Brabant servirent beaucoup à l'Angleterre , qui n'exporta que ses métaux et ses laines jusqu'au règne d'Edouard ili. Aioii un grand nombre de manufacturiers des Pays-Bas s*y réfugièrent, et y établirent, sous la proleclion immédiate de la Couronne, des fabriques de draps qui prospérèrent en peu de temps.
Un événement d'un tout autre caractère , et qui
partout ailleurs eût clé un irréparable désastre , fit la grandeur de la Hollande. A la fin du xiv* siècle, la mer s'ouvrit le passage du Texel , en sorte que les grands navires , venant de l'Ouest, purent arriver jusqu'au cœur du pays. Ce seul fait, et les perfectionnements qu'un pêcheur de Biervliet , près !'£cluse, apporta vers 1400 à la préparation du poisson salé , sont les origines du commerce des Hollandais. Leurs progrès dans la navigation furent
(1) Pardessus, Lm mariUim»^ L 111, iutroU., i». lâO.
exirémetnenl rapides* Un acte de 4442 moulre quiis étaient en relation de commerce avec les Portugais et les Espagnols (1), et nous voyons iigurer» en 4 41 7, dans (a flotte qui débarqua Henri V en Normandie, des navires de Dordrechl, Rotterdam, Harleem, etc. {%). L*un des premiers actes de Louis XI, après être monté sur le trône, fut d'accorder aux Hollandais des privilèges de commercOf qui servirent sans doute de modèle à ceux qu'il donna peu après à la Hanse (d). Louis XI, on le voit et on le sait, faisait grand cas du commerce, qu il considérait, avec raison t comme le nerf des finances de l'Etat; mais il n'était pas le premier de nos rois qui professât ces doctrines , et l'on s en convaincra en remontant avec nous jusqu'à Philippe-le-Bel ,
dont le règne est d'une grande importance dans riiistotre du commerce français.
Ce prince , dont on a vanté %vec raison le génie
organisateur, et qui a fond t; l'administi'ation publique en France, est aussi l'auteur de nombreux règlements d'écononnc politique et de haute police, la plupart fort remarquables pour le temps. Sans
parler de la création des Etats généraux, qui est un
(1) rardessuâ^ Lois marilunes^ 1. 111, iulrod , p. Up; preuves» pièce LXIII.
(2) A/agni fiot^Ucacc. A'o/m., oïlii. prècilce, p. 27l>, col, i. (S) Ordonnances^ t. XV , p. 548.
acle loul-à-fait iiors ligue , par lequel les intérêts de la bourgeoisie et du commerce intervienneut dans les alla ires publiques , on lui doit des ordonnauces pour la libre circulation des marchands, contre leurs fraudes et les prêts usuraires , sur les poids ei mesures, et sur l'intérêt légal de l'argent (4). En 4304, il déclara confisqués à son profit les grains des accapareurs (2j ; de 4303 à 13^2, on le voit surveiller ou défendre les exportations du blé, du vin, des laines, de l'or et de l'argent (3). En 4308 , il rend une ordonnance très remarquable sur le droit de pourvoirie ou de prise. En voici quelques extraits : « On ne pourra, même pour le Toy f prendre des bestes de labour, ni démonter les marchands, ni arresteraultres personnes allant à leuri» affaires par terre ou par eaue. Il est défendu d'arrester et descharger bestes , charrettes ou autres voitures par terre ou par eaue. On ne peut prendre beste ou voiture louée et allant prendre sa charge (4). » Ou cont^oîl combien ces vieilles coutumes féodales étaient nuisibles et odieuses au commerce; on juge quel acte de libéralité c'était faire que de les abolir, en voyant, en 1340, uae
(1) Ordonnances, t. I, p. 379, 414, 4S4, SU el suiv.
(5) M., t. î, p 551 à 768 i l. XI, l>. 422.
(i) Id.<^ t. 1, p. 4oi$.
ordonnance qui supprime de nouveau le droil de
pour voirie, « si ce n'est pour la nécessilé de l'hoslel du Roj« de la Royne ou des princes leurs enfans (1). » Ce droit subsistait encore au xvi* siècle (2).
Je découvre une trace curieuse des maximes de
Philippe-Ie-Bel , dans une lettre adressée au bailH de Heaux, par le plus remarquable de ses trois ûls, Philippe-Ie-Long : « INous désirons, y esiril dit, la pais et la seurté de nos sugiez et dou peuple qui en nostre réaume vient chacun jour pour vendre et achater leurs marchandises ; car senz marcheandises ne se porroit nostre diz réaumes ne nul autre gouverner (3j. ...»
Mais il serait trop long de rappeler les actes de ces princes sur un sujet d'une telle importance. Constatons seulement que tous les principes posés par Philippe-le-Bel furent maintenus et pour la plus grande part développés ; notamment la prohibition d'exporter les choses de première nécessité , soit pour la nourriture, soit pour l'iiK-lustrie, telles que : blés, vins, harengs, laines, teintures, fils de laine, de lin et de chanvre , draps blancs et écrus, etc. (4). C'est à cette prohibition, que se réfère la
(I) Ordtmnaneeê^ t. Il , p. 239.
(S) Arch' mtin. de Bouen , A. 16, fol. 56 r«*
(3) Ordonnance*^ 1. 1, p. 656.
(4) /d., t. I, p. 783 ; t. Xr, p. 490-, t, llf, p, 463, etc.
perception des droits d'entrée et de sortie du
royaume, ou Traites foraines, ol la juridiction qui a pris ce nom. C'est aussi de Philippe-le-Bei que datent ces oommissaîresexaminateursdes questions de bris et d'échoueiaeats sur les côtes, lesquels ont donné naissance aux Amirautés Enfin il n'est pas jusqu'à la gabelle , doni on fait peser rétablissement sur la mémoire de Philippe-de-Valois, qu'on ne doive rapporter à Philippc-le-Bel.
L'importance des revenus de l'État devenant subordonnée à des questions de commerce , on doit s'attendre à ce qu'elles figurent désormais en première ligne dans les traités. C'est ce que l'on remarque, en effet, pendant tout le cours des deux siècles qui nous occupent; ainsi 1 on voit, dès 1327, les rois de France, d'Angleterre, d'Espagne, d'Aragon, de Sicile et de Majorque, convenir que tous marchands pourront passer en sûreté, avec leurs marchandises, d'un royaume à l'autre, par terre ou par eau. AiSn que persoûue n ignorât cette convention, elle fut * lue publiquément dans chacun de ces royaumes (2).
L'Angleterre, les Pays-Bas, l'Ecosse et les Etats de
la péninsule hispanique sont les puissances dont les
(1) Les Amirautés étaient, en elkt , ilcins 1 urigine, des tribunaux qui jugeaient , entre autres questions, celles qui étaient relatives au iUull de bris.
(a) CoDliD. G. de Nang, ap. Bouquet, t. XX, p. 644 G.
luiiérèis commerciaux se seul trouvés le plus engagés avec les nôtres pendant le xiv* siècle ; au xv*^ il faut y joindre le Danemarck, la Suède el la ISorwège. Les Italiens ou Lombards commencent à être moins bien traités; on a toutefois, à la date de janvier 1^ , une ordonnance qui permet aux Vénitiens de circuler avec leurs marchandises dans toute la France (4). Les étrangers qui furent alors le mieux accueillis en France sont les Castillans ou Espagnols, les Portugais, les Aragonais et les Ecossais.
On connaît nos anciennes alliances avecTEcosse;
c'était dans ce pays que, pendant nos longues luttes avec l'Angleterre, nos manufactures s'approvisionnaient de laines. Il est probable même qull nous arrivait des laines anglaises par cette voie. J'en trouve Findice dans un procès jugé au Parlement de Paris, en niai U06. Un navire écossais, qui apportait des laines en France, avait été capturé par des pirates français. Les Ecossais ayant porté plainte en violation des traités d'alliance entre la France et l'Ecosse, Jean Jouvenel, avocat du roi, prit leur défense. Dans cet intéressant plaidoyer, il est dit furmellenienl que , depuis la guerre, c'étaient les Ecossais qui nous apportaient des laines, car nous ne pouvions plus en aller chercher
(1) CfrdonnanceSf t. IV, p. HO.
en Angleterre. Mais Ta réplique de l'avocat Harigny
est encore plus curieuse , en ce qu'il s'efforce de prouver que ces laines ont été chargées en Angleterre, qu'elles sont anglaises, et par conséquent de bonne prise (4).
Les Castillans jouissaient en France de privilèges nombreux 9 qu'ils partagèrent avec les Portugais et les Aragonais. On appelait de ce nom de Castillans tous les peuples qui habitent les côtes de l Espagne dépuis la frontière du Portugal , au nord Jusqu'aux Pyrénées. Les relations maritimes entre cette contrée et la France étaient si anciennes et si étroites , que les usages d'Oléron y avaient été adoptés à la ûn du xm* siècle , époque où* Burgos était déjà une ville très commerçante (2). Mais ces relations devinrent encore plus intimes et prirent aussi un caractère politique après que Henri de Transtamare , aidé des Français , eut renversé du Irone Pierre-le-Cruel, et se fut lait couronner roi de Castille. On sait quel fidèle allié notre roi Charles V trouva dans ce prince , et les services que nous rendit, en 4372, l'amiral Boccanegra, dans nos guerres avec les Anglais. Charles V , du reste , n'avait pas attendu jusque là pour accorder de
{i) Areh. de l'Empire, mgU jadieUtre « Criminbl. ( Plaidoiries. )
(8) Pardessus , Lois marU.^ t. III , inlrod. , p. i05«
grandes faveurs aux Espagnols. Les privilèges des
Caslilians, à Haiileur et à Leure, sont de 1364. Ils ont été accordés, dit le roi» « en considération de ' raffection qu'il porte à son très cher et très amé cousin, le roi de Castille, et parce que son dit cou sin lui a écrit très affectueusement à ce sujet (4). » On ne saurait traiter, en effet, les sujets d'un prince étranger avec plus d'égards que dans cette ordonnance, dont les dispositions rappellent lout-à-fait la charte marchande de l'Angleterre (2). Aussi les Casliilaiis ne tardeient-ils pas à affluer en Normandie. Ils étaient si nombreux à Rouen qu'on y trouvait, pour ainsi dire, un quartier des Espagnols, et qu'une église de notre vdle était remplie de leurs tombeaux (3).
(i) XH-donnances ^ L IV, p. 481.
(S) ?tyjomt^»imtt4v0rti<m$ enike inHUuteê of Coke^ p. si. — . Noos reviendrons sur les dispositions de l*ordonnan€e de Charles V dans notre seconde partie.
(5) Chéruel, Hist. de Bouen^ précitée, t. II, p. 561.