‹ Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, depuis les temps les plus reculés jusqu 'à la fin du xvio siècleChapitre 4 sur 49 · XX · texte numérisé non relu

XX

me dispenser de marquer les grandes divisions et

les traits principaux de ce mt'inoirc.

L'auteur y remonte aux temps les pins reculés ,

et réunit les textes éparsdans les chroniques et les chartes royales sur rancien commerce de Rouen (i)* Il prouve que la Seine fut de tout temps une voie de commerce importante et que la situation de notre ville sur ce fleuve en fit de bonne heure Tun des entrepôts les plus considérables du commerce de la Gaule. Dès le temps deDagobert, Rouen était un des ports principaux de Tempiredes Francs: les marchands du Midi y apporiaient Tbuile , la garance et autres denrées destinées à la foire du Landit (Indictum), ou foire de Saint-Denis (2). Un siècle plus tard, V Itinéraire de saint Guilàaud {WilUàaidus) parle de Rouen comme d'une grande place de commerce (3). Un atelier monétaire y fut établi ^ar Cbarles-le-Chauve (4), et lorsque ceroi, poui*suivant son frère Lothaire, vint à Rouen^ il

{i'i Voyez MémaSr0 , p. 1-48.

(2) Ibid., p. «S-«r.

(5) rbid.^ p. ^.

(4) Ihid. , p. 54.

trouva de nombreux navires dans le port (i). Ainsi le commerce normand ëiait déjà très florissant à Tëpoque des Mérovingiens et des Cariovingiens. .

Au IX' siècle, les invasions des Scandinaves portèrent dans la Nenstrie la désolation et la ruine. Au lieu de pacifiques marchandsi on ne voit plus sur la Seine que des pir^ates pour qui la mer et les flots sont le champ des aveniure$* Us remontent le fleuve sur leurs barques légères (2J , en désolent les rives et entassent dans fUe d'Osc^llus (Oissel) les dépouilles des villes et des niotmslères. Mais enfin ces Normands , maîtres de la Neustric au x* siècle , de* viennent les sauveurs du pays qu'ils avaient dévasté. De là l'impulsion donnée à notre province , riotrèpidité de ses marins, les relations nouvelles établies4ivec les Etats Scandinaves , la conquête des Deux-Siciles et celle de T Angleterre*

Cette partie du travail n'est qu'une savante

introduction qui prouve rimportance inimémo-^ riale du poil de Rouen. L'auteur, avant do

cùuliuuer sa rcluiioii historique, s'arrête pour

[{) Nitharéi histor, 9[Mtâ Script, r$r, gallie. et franc, ^

t. vm,p. 4».

(2) lUemoin^ f 46 4b.

motiirer le r6]e des abbayes à celte époque et' leur influence sur la navigation (1). Ëlies dominaient une partie du eours de la Seine. Ërnest de Frèville profite de celle occasion pour décrire l'asl>ectdu fleuve dans les temps féodaux (2). Rappeler les manoirs et les abbayes ^ dont les seigneurs avaient droit de péage, relever sur les bords aujourd'hui si riants de la Seine l*Uspect d'un autre âge , les barrages de la féodalité et les entraves que la fiscalité seigneuriale avait multipliées; retrouver, au milieu des sables de Quillebeuf, la grande Ile de Belcinac avec son prieuré fondé par Théodoric 111 (3), c'était un travail diflBcile , où Timagination pouvaits'égarer, si elle n'était pas guidée par la science. L'auteur s'en est tiré avec succès. Il rappelle les barrages féodaux du comte de Meulan et du sire de la Roche-Guyon , ainsi que les privilèges accordés aux abbayes de Sainl-Wandrilie et de Jumiéges pour la navigation de la Seine. Toutes les assertions d'Ëruest de Fréville s'appuient sur les pièces ' les plus authentiques. Rien n'est donné à la fantaisie qui égare quelqueiois les érudits eux-mêmes.

(t) Mémoire , |>. 4&-56.

(S> Ibid. , i>. S6-67.

(5} Ibid , 64$ et suiv.

— xxtn —

Ces recherches scientifiques ne' sont pas mm utilité , même pour la navtgalioD Ûuviale de uos jours: les invasions de la mer, qui à une époque fort reculée , enleva une partie des grèves et les dissémina à remhouchure de la Seine , la disparition de rile de Belciuac ^ qui , déchirée par le choc des vagues, s'est dispersée en 'sables mouvants, expliquent la formation des haucs qui soat encore aujourd'hui une entrave pour la navigation de la basse Seine. Ainsi ce travail d'érudiliou a un véritable îirlérèC pour les questions dont s'occupe le commerce maritime.

La période la plus brillante pour la Norniandie

ot le commerce de Rouen au moyen-âge est celle qui s'étend du xi« siècle au xin*. Les Rouennais avaieal leur port eu Augleterre (1), même avant la conquête de ce royaume par Guillaume-l^Ba* tard; seuls ils pouvaient coniniercer avec l'Irlande. Leurs relations avec Titalie, la Flandre et la Syrie, sont établies par les textes t^u'a réunis Ernest de FrévHIe (2). Dès cette époque on voit la bourgeoisie de Rouen s'enorgueillir de ses ri-

(I) Alémaire , p. OS.

chesses et tenter la conquête des libertés politiques (1). Vaincus une première lois, les Rouenuais parvinrent enfin à organiser une commone vers le

miliei^du xu* siècle. Un poète rouennaisde celte époque a célébré la gloire de sa patrie dans d'assez mauvais vers latins (2) ; mais si le style est barbare, la pensée est curieuse : un naïf orgueil éclate dans ces vers , où Roueu est comparé à Houie* Les Rouennaisy qui valaient mieux comme marchands que comme poètes, avaient soin de stipuler des privilèges de commerce dans toutes les chartes qu'ils iniposaienl aux ducs de Normandie (3). C'est en appréciant l'influence réciproque de la liberté sur le commerce et du commerce sur la liberté, que Tauteur a révélé toute Timporlance de la question Irailée Jaus son mémoire.

Pendant le xu* siècle , le commerce de Rouen ne cessa de s^èlendre. Quelques chiffres , puisés aux sources les plus sûres» parlent plus haut* que foutes les considérations historiques. La ferme de Timpôt sur le commerce maritime de

(t) iHêfMoire , p. lu&etsaiv.

(2) /frttf.,-p. 110-11 1.

(7) ifritf., p. 114-190.

Roue» rapportait au duo de Norroaiidie, en

1180 y 6,000 livres; à la ûo du siècle suivant, elle ne produisait plus au trésor royal que 1,600 livres (1). Cest qu'au xii' siècle Rouen était capitale d'un duché, qui s'était placé au rang des plus puissauts Elats du moyen-âge, taudis qu'à la fio du xm* siècle, la Normandie n'était plus qu'une province de la France!

Ërnest de Fréville, après avoir retracé l'histoire

de la période la plus florissante du commerce maritime de Rouen, s'arrête pour montrer combien a été considérable pcudant ces siècles Tiulluence des Normands sur la marinent le commerce. Il prouve que le droit de bris ou de varech, qui livrait au pillage le vaisseau brisé par les tempêtes et jeté sur les côtes, fut aboli ou du moins seusihlement adouci par les ducs de Normandie (2) et par la coutume de la province (3).

L'importance du commerce niaritima de Rouen exigeait un tribunal spécial et des lois particulières.

(l) Mémoire^ j). i-là.

(S) Ibid. , |). 142145.

— mi —

Rauen eut ses vicomies de l'eau dool la juridiction s^élçadaîtsoruiie partie du tlrnive, irises Coinamc$ 4e M vUamêé de teaa (t), pmqae aussi célèbres

que les lois d Oiéroii.

Uu6 nouvelle phase cotuuicuce pour le couiinerce de Rouen à l'époque de la conquête de la Noruian* die par Phiiippe-Augu&le. Nojlre provioce , eu perdant son indépendance politique, s'efforça de conserver des privilèges conunerciaux. De là une luito acharnée entre Paris et Rouen pour la navigation de la Seine (â). La première de ces d.eux villes i maîtresse de la haute Seine , voulait paroourir librement le fleuve jusqu'à son embouchure; la seconde combattait pour le maintien de son monopole sur la basse Seine. Ernestde Fréviiie a retriicé avec soin la longue rivalité des deui corporations de marchands , appelées Compagnie normande et Compagnie française, et leurs alternatives de revers et de succès. Heureusement m pouvoir supérieur et i^lus éclairé domina les communes et supprima des privilèges, qui entravaient la navigation. I^a royauté transforma le commerce ; de municipal elle

{}) Ménwirtt \u 184-1 if 9.

. (3) Ibié. , p. 2t0 cl iiuiv.

— WVJI — .

le reodilualiouaL Ici raiUeurrévèle,eo s'appayant

sur une charte inédite, up fail d uuo haute laipor-^ tance {\\ C'est la menace que fit saiot Louis à la commune de Rouen d'ouvrir un port franc à Couhroooe (village sur les bords de la Seine , à peu de distance de iiouen»,vers rouost), si elle persistait à intercepter la navigation de la basse Seine.

Au milieu de ces luile^ prolongées, les lioueunaîMO ralentirent pas leurs navigations tointaines. On les voit, au siècle, s'unir aux Dieppois pour fonder des comptoirs sur les côtes d'Afrique (2) ; peut-être même devaucèrent-ils les Espagnols dans la découverte de TAmérique. Au. moment oii le génie de Christophe Colomb et de Ya3co de Gama ouvre les mers , le commerce rouennais s'associe activement aux progrès maritmies et au développement que prend la navigation. Un marchand de Houeo est assej^ riche pour servir de eau* tion à un roi de France : c'est sur la signature du négociant rouennais, J. Le Pelletier, que les banques de Venise s'ouvrent à Charles Ylll et lui avancent l'argent nécessaire pour les guerres d'ita-

{t) Mémoire y [t.

('2) tbi4.y\y. 5tO-5lâ.

lie (t). Si l'on ajoute les expéditions loiiilaines des marins normands, des Cousin, des ParmeuUeri des Gonneville, dés Ango, etc. (2), l'on reconnattra que le commerce maritime de la Normandie tut loin de rester étranger au mouvenent imprimé à la navigation pendant le xv* et le xvi' siècle.. Ën l'ambassadeur vénitien Gîustiatano vit plus de deux cents navires dans le port de Rouen (3).

Cependant vingt ans s'étaient à peine écoulés, et le commerce de Rouen était tombé dans un état déplorable. « Les étrangers, dit un document contemporain, ont désisté de fréquenter la ville; les habitants sont du tout épuisés d'or et d'argent et près d'abandonner le pays (4j » Vainement Henri li , pour relever le commerce maritime des Ronennais , leur accorda en 1556, une bourse ou édiijce spécial pour discuter les intérêts comoierciaux,et une juridiction consulaire (5) ; lesdolèances

(1) Mémoire , p. 9S7.

(2) Ibid. , p. 548.

(3) /lelatiotu des ambassadeurs vènUiens ^ (nibliees dans la colicciioti des Documnlt inéditi relalift à l'Histoire de France , t. 1 , p. 45.

(4) Mémoire, \K 345.

(5) iHtf., p. 344-S4S.

Page 1