‹ Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, depuis les temps les plus reculés jusqu 'à la fin du xvio siècleChapitre 5 sur 49 · XX!X · texte numérisé non relu

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de la \iile de Rouen en lâ72,el des EiaU de Normandie en I586altestent que tous ces efforts furent impuissants. Après avoir signalé la déca* dence du commerce maritime de Rouen, Ernest de Fréville en recherche les causes, et il les trouve dans rénormilé des impôts , dans les créations multipliées d'olBces (t), et surtout dans l'anarchie où les guerres civiles du xvr siècle plongèrent la France (2),

Cette rapide analyse sutiit pour doimer une idée de rimportaoce du mémoire sur le commerce maritirae de Rouen. Les nombreuses pièces justiiicatives, que Tauteur y a joiotes^et bien d'autres qu'il avail réunies attestent avec quel soin il poursuivait et améliorait son ouvrage. On voit pair les notes (3) qu*il se proposait de développer quelques uns des chapitres delà dernière partie de son mémoire. Le travail qu il promettait sur les pirateries, et pour lequel les matériaux étaient rassemblés^ aurait formé un digne pendant à ses remarquables articles sur les grandes Compagnies. Il avait aussi préparé un chapitre sur la fondation du port de Lcure

(t) Mémoire y p. 345.

(%) iMdem^ p. 552-558.

(5) I\ 138, note 1 i p. 224 , n. i ; p. 257, n. 2.

à l'embouchure (Je la Seine j à délaut de ce travail auquel il n*a pu mettre la dernière main^ on trouvera du moias quelques-uns des matériaux dans les pièces justificatives.

Les manuscrits d'Ernest de Fréville témoignent de sa féconde activité, et de la variété des sujets pour lesquels il recueillail des noies et traçait des plans: arts et métiers au xvi* siècle; chapelle expiatoire construite en 1392 par Louis d'Orléans, et noies sur les artistes qui y ont travaillé ; poésies de Philippe de Beaumanoir ; maladreries , léproseries et hôpitaux; abbaye et église de Saint-Denis; abhaye de Lonchamps; biographies de Gaspard de Coli^ny, de Marguerite de Valois, de Renée duchesse de Ferrare , de Jean Gersoo , de Valen*^ tine de Milan, du sieur deCarrouges, gouverneur de Rouen y de Sébastien Zamet, de Tarnival Jean de Vienne, du cardinal d'Amboise, du jésuite Posseviu I de Guillaume Postel ; captivité de François T' et de ses fils; captivité et poésies de Charles d'Orléans , père de Louis XII ; querelle de Boniface Vlll et de Philippe-le-Bel ; histoire de la fuite du prince de Gondé en Flandres, de sa révolte , etc.; procès criminels;

foucUûiis * lies forestiers et étal Ues forôls en KonQftndie au xni* siècle; château et seigneurs de BUiaville \ histoire de Coi beil ; commerce de Paris; coutume de Normandie; assemblées pro< viociales de la Corse; lettres de personnages célèbres; chroniques inédites; poésies et romans du moyen-âge; un mémoire sur la géographie du moyen-âge et le traité de la sphère de Nicolas Oresme : quelle riche moisson ces travaux préparés pendant la jeunesse promettaient pour Tàge mûr d'Ëmest de Fréville !

Malheureusement» les forces de notre ami cornoiençaient à le trahir; à peine âgé de trente-sept ans, il ressentait des douleurs qui lui donnaient de sinistres pressentiments. Je n'ouWierai pas qu'en 1850 y offrant à son ancien camarade, à son ainé, un des extraits de son mémoire sur le commerce de Rouen , il y inscrivait pour épigraphe les vers d*Horace qui rappellent le vol rapide des années:

Eheu ! ftigaccs. • - .

Labuntur anni. .

Ses amis ne pouvaient croire à une faiblesse qui ne se trahissait par aucun symptôme extérieur. Us étaient presque tentés de voir dans ces pressen-

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Uinenls une inquiétude imaginaire > Hélas! ils furent cruellemeot détrompés, lorsqu'ils appri** rent que, le 18 novembre 1855, Ërnest de Fréville, qui paraissi^it plein de jours, et pour lequel ils aimaient à prévoir un long avenir de travaux et de succès, venait d*élre frappé subi* tement et enlevé à la tendresse d'une famille èplo* rèe. Ce fut dans réglise et entouré des siens qu'il tomba pour ne plus se relever.

Un de ses amis (1), prononçant quelques jours après le dernier adieu sur la tombe qui allait se fermer, rappelait en termes touchants la piété sincère qui ameuait Ernest de FréviUe au pied des autels : « J'entendais loin d'ici , il y a peu de jours I un saint ecclésiastique (2j , affectionné à Ernest de Frèville et aux siens , applaudir , en leur absence, aux efforts géuéreux du docte diplomatiste , à ises succès, se promettre pour lui un brillant avenir, et surtout se réjouir d'une piété vive et tendre dont il lui avait été donné de remarquer avec joie d'indubitables et touchants témoignages*

(f ) M* Floqiiei ; voyez son discours dans la JHbUathipie éê FEe^edei ChœriM^ 4* série, p. ISO. (novembre-décembre

(S) M. Tabbé Picard , arrhiprétrc de la cathédrale de Rouen, membre de TAcadémie de cette viUe.

Hais quel autre témoignage eùt-on pu imagÎDer plus éclatant, plus saisissant pour nous, que les eirconstanees de la mort de ce cher ami, de sa mort si digne à tous égards de sa vie ! Le matin , on l'avait vu au milieu de ses livres , tout au labeur , avec quelle application « avec quelle ardeur, vous le savez I A midi, dans Téglise , comme il priait, près de ses enfants , près de sa digne et douce femme , si heureuse encore alors , si désolée aujourd'hui , sa bouche soudain se contracta; son corps, peu d'instaiilb après, tom])ait pour ne plus se relever. Son âme cependant achevait en présence de Dieu celte prière que ses lèvres n'avaient pu que commencer ici-bas ! •

Quedirai-je des autres qualités morales d'Erncsl deFréville? Tous ceux qui Tout connu ont apprécié la loyauté de son caractère, la sûreté de son commerce et la droiture de son cœur. Ils se rappellent avec attendrissement combien il était bon et serviable pour ses anciens camarades ; avec quel empressement il mettait à leur disposition les notes et les indications qu'il avait recueillies dans les archives et les bibliothèques. S'il était quelquefois

réservé et même froid, c'est qu'il avait assez vécu

pour itisceraer le charlatanisme et la fourberie

erapruotant le masque de la science et de ramitié,

Le vice révoltait la droiture de son âme; aussi

s'exprimait-il avec unerude franchise sur le compte de ceux qui obtenaient par de honteux moyens les récompenses dues au zèle et au talent.

Ces saillies un peu vives témoignaient d'un cœur honnête, blessé dans sa délicatesse; elles étaient rares d'ailleurs ^ et sa nature affectueuse se consolait promptenient des misères de l'humanité par le bonheur de la vie de famille. C'^st ici que je voudrais pouvoir exprimer tout ce qu il y. avait de tendre et d'excellent dans le cœur de notre ami ; mais pour cela il faudrait laisser parler ceux qui ont connu avec lui les douceurs du foyer domestique ; et ce serait profaner leur pieuse douleur que de chercher à pénétrer de tels secrets. Qu'il nous soit seulement permis d'ajouter qu'il n'y a pas d'éloge comparable à ce culte qu'une famille conserve pour celui qu'elle a perdu , à ces ohers et pieux souvenirs qui vivent dans des cœurs résignés, mais inconsolables. Ceux qui savent, comme ses amis, avec quelle touchante sollicitude les papim d'Ëruest de Fréville ont été recueillis,

classés, édités; avec quelle persévérance les difficultés de ce travail out été surmontées , ceux-là

seals apprécieront tontes les qualités d'un homme dont le souvenir inspire un si tendre et si courageux dévouement.

A. CUËRUEL.

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