‹ Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, depuis les temps les plus reculés jusqu 'à la fin du xvio siècleChapitre 6 sur 49 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS JUSQU'A L'ÉTABLiSSEMENT DE CLOVIS DANS LA GAULE.

(4050 AV. j.-c. — 497 de j.-c.)

SBCnOlf I. — Tempftanlérienrs à la conqaèle des Gaules

par Jules César.

« Les Gaulois , dit César, honorent Mercure plus que tous les autres dieux (4). » Pourtant ce Dieu, qu'ils nommaient Theulatès , ne passait chez eux, comme ailleurs , que pour l'inventeur des arts, le protecteur des routes et le patron des marchands ;

(1) Deum maxime GakU Mercurium toiunt. ( D$ btlio gai- {|co,l. YI,c. 17).

mais en plaçant Mercure au premier rang , les Gaculois avaient prétendu consacrer le souvenir de ce fait, que la civilisation, le pluâ grand de tous les avantages* leur avait été apportée par le commerce.

Les Phéniciens, dès le xi'' siècle avant notre ère, et après eux les Carthaginois , ont fréquenté les côtes méridionales et occidentales de notre pays. Les Phéniciens exploitaient les mines de la Gaule méridionale, et allaient chercher, dans nos ports de rOcéan et dans ceux de la Grande-Bretagne , du fer, du plomb, du cuivre et de l'étain. Ils importaient rétain en Grèce, dès les temps héroïques (I). Les Carlhaginois eurent les Grecs pour concurrents dans leur commerce avec la Gaule ; les Khodiens d'abord, puis les Phocéens, qui, s'étant établis à Marseille , finirent par supplanter entièrement les Cartliaginois.

Après la chute de Garlhage , la prospérité croissante de Marseille inquiéta les Romains; et, pour plus de sûreté , ils enfermèrent leur ancienne et fidèle alliée dans le réseau de leurs possessions , en déclarant province romaine ^ le pays compris

{i) Cf. Hérodote, I. 111 ; Diodore de Sicile, I. V; KL de Byzancc,aumot TctpT»ifl-<?-o$- ; ^fém. de iJcad. des Inscriptions et helUs' Lettres , cdit. in 12 , t. XXX , p. 2j50 et suiv. , XLVIll , p. LX,l). 298 et suiv.

entre le Rhône, le» Alpes et les Cévennes. Voici quelle était alors» cest-à-dire 418 aus avant notre ère , et quelle fut, jusqu'à la conquête de César, la direction principale du commerce à travers la Gaule : les marchandises étaient transportées, à dos de cheval, de Marseille à Vannes, où elles étaient embarquées pour les Iles Britanniques dans les navires armoricains. Ces marchandises étaient des tissus de laine, de Tairain , des métaux ouvres, surtout des armes et des instruments de travail, du verre, du pastel dont les Bretons se teignaient le corps , de la vaisselle de terre et d'autres marchandises de bas prix. £n retour, les Marseillais recevaient, outre les métaux dont nous avons parlé, des pelielenes , des esclaves, des chiens de chasse et de combat (4).

Nous ne pensons pas qu'il y eût, à cette même époque , un port de commerce à T embouchure de la Seine. Ce fleuve séparait alors , comme on sait^ la Celtique de la Belgique; or,, les Belges, dit César, étaient un peuple toujours en défiance contre les marchands, qu'ils regardaient comme les corrupteurs des mœurs primitives (â). Quelle appa-

(1) Diod. de Sicile, I. V; César, De bello gallico,\, V, c. 12

et 14; Strabon , l. IV.

(2) Minime ad Beigas mercatorcs sspe comnieatit , aique qus

rence que ce peuple eûl toléré, sur son territoire ou même à ses portes > un marché toujours ouvert, dans lequel sa jeunesse serait venue impunément prendre modèle sur les étrangers? On no saurait , d'ailleurs , tirer argument contre nous de ce que les Belges, 200 ans avant l'ère chrétienne, avaient fondé des colonies sur la côte sud-est de l'Angleterre, nolaiiiment dans le comté de Kent (1); ni de ce que César, au moment de franchir le détroit , fit réunir en Belgique des marchands pour le renseîgner. ^'ous repondrions : que César déclare n'avoir obtenu de ces marchands aucun renseignement utile , que rien ne prouve que ces hommes rassemblés de toutes parts {tmdiguè)^ fussent Belges; enfin , qu*à supposer même qu'ils le fussent, on en pourrait seulement conclure ceci : que les Belges, qui refusaient d'entrer en relations de commerce avec les Grecs et les Italiens, commerçaient cependant un peu , et pour eux seulement, avec la côte d'Angleterre (2).

Ainsi, l'Armorique étail alors, selon nous, la seule contrée de la Gaule septentrionale qui fît vé-

ad effeminandos animos periiueut , important. ( De bello gai- Hco, 1. T 1 c. 1.)

(1) De bello gallico^ I. V, c. 12 et 14.

(a) Dehello gallico , l. IV. c. SO.

. ritablemenl le commerce* Les découvertes récentes des nuiiiisrnalistes viennenlappuvcr celte assertion de toute leur autorité. Le savant Lelewel et M* Ed. Lambert ont, en effet» démontré que t'Ârmorique ou Gaule mari lime eut un système monétaire particulier, qui persista à peu près jusqu'au moment de rinvasion romaine ; et de plus , ils ont constaté la présence des espèces armoricaines sur les côtes de la Grande-Bretagne (4 ) .

Alors les Armoricains avaient une marine puissante; seuls, entre tous les Gaulois, ils combattirent César sur mer. Ce grand capitaine décrit ainsi leurs vaisseaux : « Les navires des Vénètes ont la carène plus plate que les nôtres , ce qui permet de les faire courir sur les bas-ibnds et de les échouer pendant la basse mer. Les proues et les poupes , qui sont fortement relevées . résistent parfaitement à l'eifort des hautes vagues et de la tempête. Ces vaisseaux , entièrement construits en ben chêne , supportent sans avarie Içs plus forts coups de mer; les bancs, formés de poutres d'un pied d'épaisseur, sont fixés par des chevilles en fer de la grosseur du pouce. Au lieu de cordes > des chaînes dé fer re-r

. (1) Ed. Lambert. Mém, $ur l$$ monnak$ gtatUmê du N,de la Gaule; iii«4*, p. 10 et suiv.

tieuiieiii les ancres. Les voiles sont de peaux amiucies et bien préparées, etc. (4). » Cette excellente description prouve que, depuis César jusqu'à la lin du siècle , la forme des navires , en usage sur les côtes septentrionales de la France, n'a pas subi de notables changements (â), et que la marine gauloise n'était déjà plus dans l'enfance au temps de César. On- ne doit donc pas , comme on le fait souvent , se former une idée de cette marine d'après les petites pirogues d'uu seul tronc de chêne, que l'on trouve de temps à autre dans nos marais (3).

(1) Carin» aliquanto planiores quàm nostrarumnavium, quo faciliiis vada ac decessum «stus exdpere poaseot : prora» admodum erecUB) atque item puppea ad magnUudktem fluctuom tempestatumqoe accommodai» : naves tôt» factae ex robore, ad quamyis vim ctcontumeliam perferendam; transtra ex pedalibus inlatUttdinem trabibtisconflxaclavîsferreis, digiti potlicis crassitudîne; anchorae, pro funibus ^ferreis catenis revinctae ; pelles pto velis, alutaeque lenuHer coufectae. [De bello gallico^ I. III, e. 13.)

(2) Cf. Ducarel , y^ntîq. anglo-normandes , (\t la reine Mathilde ; Le Roux de Lincy, Uist. d& l'Hôtel-de- faille de Paris; Sceaux de la ville du xii« au xv« siècle; Noël, IHst» des Pêche» , 1. 1 , p. 214; Chéruel , lîouen au Xf^* siècle , fâc>siinile d*iine lettre gothique empruntée à une charte de 1458; T. de Jolimoiit, fac-siroile d'une vue de Rouen au xv* siècle, extraite du Jffanuserii des Fontaines. ^

(5) Voir Mém. de VAcad. des Inscriptions et BeUes-Lettres^ nouv. bérie , t. V, p. 91 et suiv. (Note sur une pirogue déterrée à Paris cnl806}iF. C. Loiiainite, f/istoire d\4bbevil/e ci du PonihieUy 1. 1 , p> il (bur une pirogue découverte dans les nia-

Ces pirogues» Uonl on faisait encore usage en Flandre à la fin du xiii* siècle , et qui y étaient désignées sous le nom de« bakeis, d'une pièchc, sans bort, » étaient les barques des pauvres, et ne

payaient point l'impôt (1).

SECTION H. — - Époque gaUo-romaine.

Si les Romains ne négligèrent rien pour développer toutes les ressources commerciales et industrielles de la Gaiile, ils n'oublièrent pas non plus d'y détruire tout ce qui pouvait rappeler aux Gaulois qu'ils avaient formé une nation. Pour atteindre ce dernier but, ils ruinèrent, d'une part, l'importance des vieilles villes au profit des villes nouvelles qui reçurent le titre de cités Juliennes ou Augustales , et, de l'autre, changèrent les limites et rélendue du territoire de chaque peuple. On pense que l'ancienne capitale des Galètes dut ^on nom de Juliobona (dont on a fait Lillebonne), à la première de

rats d^Estrebeuf , près de Saint-Valerr-snr- Somme , en 1854); Journal des gavants de Normandie ^mnée 1845, p. 876 (Note sur une pirogue trouvée dans les marais de CarenUn ).

(1) Tarif des tonlieux de t'Escaut et de ia Scarpe , fixés ea mai 1271 , par la comtesse Marguerite de Flandre , dans Warukœuig, Hist. de la Flandre,., jusqu'en 1505, traduet. Gheldolf, i. H, p. 461.

ces deux transformations administratives (4) ; c'est à la seconde, que Rouen doit son avéuement dans rhistolre.

Le nom de celle humble capilale du puLil peuple véiocasse, ne se. trouve ni dans César, ni dans Slrabon, ni dans Pline; mais son existence est attestée par quelques monnaies gauloises aux légendes de Ratumacos (Rouen) et d'Éliocati (Yélocasses) (â). Seulement, il n'esl pas du lout certain que ces pièces soient antérieures à l'invasion romaine, et comme d'ailleurs le monnayage gaulois cessa sous Tibère, la rareté des monnaies vélocasses s explique aisément (3). Au reste, la condition de ce peuple et de sa capitale fut toujours assez obscure durant la période gallo-romaine. L'événement le plus saillant de cette période se passe sous Dioclétien,àlaûn du ui* siècle. Alors, la Lyonnaise ayant été divisée en deux provinces , Rouen devint la métropole de la deuxième, qui comprenait

(1). A. le Prévost, Notes pour icroir à l'hùt, de Nornumdie , V part. p. 4.

(S) A Defille» Mém, ntr r^^a^e gatMu H romain» dm 4^n. de la Seine-lnfirieuret { tféiD. de l*Aead. de Rouen , t. XLI,p. ISSeCsuiv.)

(5) On conserve quelques-unes de ces pièces au Musée des Âmiquités de notre département.

les pays appelés aujourd'hui : Normandie , Bretagne, Anjou, Maine et Tourainc. C'est ici véritablement l'acte de naissancehistorique de notre ville, et la preuve authentique qu'elle était considérée comme un poial militaire important. Pour l'étendue, c*était encore peu de chose; la superficie romaine de Rouen , même apirs qu'il fut devenu, vers l'an 440, la capitale des Calètes réunis aux Vélocasses , égalait à peine le dixième de la ville actuelle (1 j.

Nous n'insisterons pas davantage sur les accroissements et le rôle politique de Rouen pendant la domination romaine. Après avoir rappelé que rintreduclion du christianisme dans cette ville, date aussi de la fin du ui^ siècle , nous revenons au sujet de cette histoire.

Il n*es» personne qui n'ait' entendu parler des

routes que les Romains construisirent dans notre pays. C'est par l'ordre de l'empereur Auguste , qui visjla plusieurs fois les Gaules, que furent tracés les principaux de ces admirables monuments. Quatre grands chemins partaient de la seule ville de Lyon; l'un d'eux gagnait Paris, traversait le Beauvoisis, l'Amiénois, et allait se rendre

(i) A. DevîUe , Méwunrê sur l'époque gauldâe et fomofne, précité..

peclion des voitures d'eau , el qui y faisaient charger des marchandises poar leur compte, autant que

' pour celui d' autrui.

On ignore si Rouen et Lillebonne eurent aussi

leur corporation de nautes ; mais on le peut conjecturer de cette observation de Strabon, que les marchandises Iransporlées à reinbouchure de la Seine, et destinées pour la Grande-Bretagne, étaient débarquées sur le territoire desCalètes (1). Il est certain d'ailleurs, suivant la remarque du savant directeur du Musée des antiquités de notre ville , qu'on amenait par eau les pierres de Caumonl el de Saint-Leu, qui entrent dans la construction des édifices antiques de Rouen et de Lillebonne , ainsi que les lourds sarcophages, en marbre rouge de * Caen, qui ont été déterrés près de la voie romaine à Rouen (2). La découverte de quelques monnaies gauloises de la Saintonge et de l'Anjou , sur le territoire des Yélocasses , et de plusieurs monnaies de ce peuple, dans l'est et le midi de la Gaule , témoigne encore de Tétendue et de la direction de notre commerce (3). Enfin, la soumission de la

(1) Strabon , I. IV.

(2] Antiquités par M. A. Devilîe. ( Mémoire de l'académie royale de Rouen , t. XXXIX , p. Itfl et suiv. )

(3) Mémoire de l'époque gauloise , précité , el note coiDinu« nkjiiée par M. Deviile.

Graude-Bretagne par Agricoia, dans les dernières années du premier siècle de notre ère, multiplia nécessairement les relations maritimes de celle île avec notre littoral. Quant à l'Irlande , c*est le commerce et les marchands , dit Tacite , qui en ont fait connailre plus particulièrement les côtes et les ports (4).

La population de notre département, qui égalait à peu près, du temps de César, le sixième de la po pulation actuelle (S) , dut s'accroître, rindustrie et la civilisation aidant. Il s'établit, sur les bords de la Basse-Seine et sur la côte de Gaux, une tbule de yilles à là romaine; on en voit des ruines notamment au Lendin, dans la forêt de Brotoime, à Saint- Wandrille, à Conteville, à Sainte-Marguerite-sur- Mer et à Neuville -le-PoIlet , limite, de ce côté , du territoire des Galètes. Du au ni* siècle, nos campagnes se couvrirent de métairies et de fabriques. £ntre les peuples de la Gaule t qui , du temps de Pline, fabriquaient des toiles, figurent les Calètes(3). Strabon, de son côté, vante la quantité et la richesse

(1) Vie d'Agricola,

(1) A Deville , Mémoire sur la population de la Seine-Inférieure , lors de la conquête de Jules César, ( Méin. de TAcad. royal.î de Rouen, t. XXXVII , p. 244. )

(5) « Caleii... vêla texunt. » (I. XIX^ c. 1.)

de nos troupeaux : « Ils ont un si grand nombre de moutons et de porcs , qu'ils fournissent abondamment d'étoffes de laine et de salaisons, non-seule- .ment Rome, mais presque toutes les parties de ntalie (i). »

Malheureusement, la paix, et la prospérité qui en

est II; liuil, durèrent peuiiaus noire pays, si éloigné du centre de r£mpire et si voisin des Barbares. Les Germains, qui de tout temps, selon Tacite, convoitèrent, du fond de leurs marais^ les fertiles campagnes dé la Gaule (2), les Germains, dès que lionie eut cessé de conquérir, coniniencèrent leurs incursions. Les bords du Rhin étant bien gardés, ils prirent la mer, et, montés sur leurs frêles barques d'osier recouvertes de peaux, ils vinrent infester nos côtes. Ils y fondèrent, de très bonne heure, des établissements fixes, surtout dans le Bessin et le Cotentin. A ces désastres, il faut joindre ceux dont se rendaient coupables les troupes des généraux romains qui se disputaient l'Empire. Ainsi, sans parler du pillage de la Gaule par Maternas et ses compagnons dès Tannée 487, et

(1) « Tam €opio6i illiset ovtum et poreorum greges sunt, ut bine et sagorum et salsamentoraiii abundantia , non solam Rodnb sed etiam pluribaa Itali» partibtia suppedttnr. » (1. IV-.)

(2) imtoif es ,l\\7^.

d'auU eâ iuiis analogues, nous voyous, vers l'an 383, Matime et son fils Victor exercer de grands ravages dans la Gaule occidenlalc et pai conséquent chez nous, en arrivant d'Angleterre pour combattre Gratien. Reconnaissons toutefois que plusieurs de ces généraux qui, sous le nom de tyrans, réguereut dans les Gaules, en furent les bienfaiteurs. Posthurnt , rnaîlre de la Gaule, de rEspiigiic et de l'Angleterre» de |lo4 à 265 , y ût fleurir le commerce maritime ; les médailles de ce prince, avec le tjpe de I^eptune, au revers avec celui d'une galère ou d*un vaisseau, les légendes expressives dont ces types sont accompagnés, ne laissent aucun doute à

cet égard (4). Victorine, la Zénobie de l'Occident,

et Tétricus , qui succédèrent à Posthume, s'edorcèrent de limiter. Us ne purent empêcher toutefois les nations germaniques d*envahir les contrées d'Amiens , de Beauvais et de Troyes ; et ce ne fut qu*en 280 que l'empereur Probus parvint à les en chasser. Mais les Barbares, surtout les Saxons et

(1) Le ty[)c de Neptune est aocoropagiié de la légendé Septuno reêuei ; la 'galère a pour l^ende FeNeifaa temp. ; le ▼aisseau , Pravidêntia ^ug. On a eucore d^autres médailles du môme prince avec les légendes Mereurio felici ; Sœculo frugifero. V. le Mém. de Bréquigiiy , dans les Mém. de VAcad. des JnscripUom et Beil^'UHre»^ édU. in-ia, t. LU, p. ddl et suiv.

les Francs, reparaissent peu après sur nos côtes, et proloogenl leurs courses maritimes jusqu'à Cadix, fin 286 , ils infestaient le pays des Galètes , qui fut défendu par Carausius, commandant de la iloUc romaine dans la Manche. Les Saxons demandent alors la paix ; Carausius ia leur accorde , s'associe avec eux et prend la pourpre dans la Grande-Bretagne {!]. Peui»être que les côtes de la Manche retrouvèrent alors un peu de tranquillité ; mais ce ne fut pas pour longtemps, puisque, en 292, Constance Chlore vint assiéger Boulogne par terre et par mer, et que , en 296» l'armée qu'il destinait à son expédi» tion de la Grande-Bretagne, descendit la Seine et rejoignit la flotte (2).

Ne poussons pas plus loin cette triste énumération, car il est évident qu'au milieu de troubles et de désastres pareils, tout commerce est impossible. « A partir du commencement du iv* siècle, dit M. A. Le Prévost, les annales de la Gaule ne sont guère qu'une affligeante liste des incursions des Barbares, sur toutes les frontières de terre et de

(1) Eutrope, 1. IX. On a découvert récemment à Rouen , en détruisant un ancien mur d^enceinte pour rétablissement de la rue Royale f un vase de terre contenant près de SOC pièces à Tefllgie de Carausius. ( Heoue archéologique , 5« année^ p. )

(2) Cf. Ammien MarccUin , 1. XV ; Panégyriq. d'Exmèim.

mer; des elforis souvent infructueux des empereurs» moins pour les prévenir que pour les réprimer; des lacunes immenses qui en résultaient dans la population des Gaules , et des établissements de ces mêmes barbares, par lesquels on essayait de les combler (1). » Un siècle et demi se passa au. milieu - * de ces convulsions incessantes. Enfin, voici les Francs qui s'avancent dans les Gaules, non comme les maîtres, mais plutôt comme les protecteurs des peuples, contre l'insatiable avidité des agents impériaux (2). Clodion s'en^iare, en 445, de Tournay, de Cambrai , d^Amlens et de Beauvais. Glovis , en 486 , gagne sur Syagrius la bataille de Soissons , et abolit la domination romaine dans la Gaule. — En quelle année notre ville passa-t-elle sous le joug des Francs ? M. A. Le Prévost pense qu'en 474 environ , les Francs terminèrent la conquête de la Normandie (3 . M., Deville prétère l'année 497, sur laquelle il ne peut y avoir de doute , puisque Clovis était maître de Paris , et étendait alors sa . domination jusqu'à la Loire (4).

(1) Note* pour servir a iiHst. de Normandic^i^'^ jïari., \). 7.

(2) Salvien , De gubernatione Dei , l. V.

(5) Notes pour servir. pteciiees , p. 8 et suiv. (4) Mém. sur l'époque gauloise et romaine , précité.

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