CHAPITRE V
SAI.QBKITÉ.
Beaucoup de monde parle au hasard du dessèchement du Lac de Harlem ; quelques personnes prétendent que cette entreprise amènera des épidémies. Pour démontrer que ces anciens préjugés sont sans fondement, il suffit de récapituler ce qui s'est passé dans ces mé-« mes contrées et ne pas oublier surtout les fièvres qui viennent de ravager Groningue , eh Tabsence de tout dessèchement ?
Qu'on se donne la peine de lire avant tout Tarticle marais du dictionnairede médecine copié ici littéralement, et déjà les ig/ao"**» des craintes seront dissipées, il y est dit : ce Détruire les » marais c'est faire le bien général et parti- » culier , c'est donner de l'extension à l'agri- » culture , favoriser la population , midtiplier » la force des empires. Périsse cette coupa- » ble indoleno^, qui voit les plaies faites à » l'humanité sans les fermer. Économistes ju- » (Jicieux, éleyez la voix ; et tandis que nous , » dont la tâche honorable est de veiller sur » la "santé publique , cherchons à démontrer 9 que la destruction des marais est dictée » par la raison et par Vhumani^è , et que toutes » les vues générales et particulières dlntérêt
)» doivent être smboïâonnées à cette grande règles n ipil'Ouvèz pat des raisonnéiÀens yîctorîèux, Ji toute Timportance de ce double principe » fondamental : que la richesse et la force 31 d'un État ne viennent pas moins du nom* » bre des habitans qu'il peut nourrir et % entretenir en santé, que de l'extension de ai ragriculture. »
A cet article , qui n'a pas besoin de totû* mentaire, je n'ajouterai q^é èe que là nature et rexpériènce àationàle nous offrent de positif, }'^tablîrài donc sans entrer dans des détails inutiles :
I^ Que tous les desséchemens felts dans la Hollande depuis i44o jusqu'à nos jours , n'oiit engendré aucune maladie épidémique de quelque nature qu'elle puisse être ; les archiYed et chroniques d'Amsterdam, de Gouda , "de Léide,de Eotterdam niî de Délft, n'en font aucune mention.
a^ Qu'il est démontré jusqu'à l'évidence que les maladies , qui ravagèrent ce pajs en 177g, 1780 et 1781, lors du dessèchement du Blier* vrijksche Polder , furent générales et non locales / que s'il y eut plus de mortalité parmi les ouvriers, cela provenait de l'usage des eaux stagnantes et croupissantes qui engendre des fièvres, aussi bien que le changement subit de température, ce qui arrive souvent siip les bords de la mer du nord, et qui influe plus sur des corps trempés de sueur que sur des personnes bien nourries et bien vêtues qui ne' travaillent point.
3^ Que les ingénieurs Leeghwater et son antagoniste Goeleveld ne font aucune menttoa d'épidémies, comme provenant des nombreux desséchemens qu'ils ont fait exécuter.
4^ Qu'Amsterdam vit dessécher, je crois, pour son compte en i64i 9 /a Diemermeer sitnée à ses. portes , sans prendre la moindre précaiitioa contre les maladies; et que certes, cette administration clairvoyante n eut pas hasardé pour un si mince bénéfice de compromettre la santé d'une population de plus de 200,000 âmes ; il est plutôt présunoable, que nos devanciers partagèrent aussi notre opinion , qu'ils travaillaient à assainir le pays en cultivant les marais.
5^ Ce qui est bien plus frappant et ipême plus concluant, c'est que l'ingénieur et en mêmet^mps médecin Engelman , qui s est opposé avec tant de fprce au dessèchement dû Lac de Harlem, n'appelle pas les épidémies à son secours pour étayer ses argumens ; il s'est toujours borné â 4ire , que le Rhijnland serait coqstamment ioondé si on desséchait la mer de Harlem.
Il est probable que cet ingénieur avait raiscm à celte* époque, parce qu'alors le Lac recevait les eaux qu'Amsterdam avait le privilège de faire passer de VY par-dessus le Slapperdijk, et plus encore, parce qu'à cette époque, on ne faisait que projeter un issue aux eaux du Rhin à Kat^ wijk , ce qui est exécuté maintenant.
6®» Le médecin "l)|>llaiidais Bicker est d'avi^f ausât, que les desséchemens de marais n'engendrent pas les épidémies , mais bien qu'elles proviennent de la variation de la température <le ^l'arrière saison , passant subitement d'une, iforte chaleur à une fraîcheur et humidité extrêmement sensibles et parce que en général les ouvriers trempés de sueur et n'ayant pas de quoi changer, boivent trop d'eau pour se rafraîchir ; ce médecin voyait aussi une amélioration dans l'air par les desséchemens , puîs-^ qu'il établit que les hahiiaès des pays iHarécageux , sont sujets aux fièvres putrides et billieuses à l arrière saison^
Voyons maintenant ce que rexpérîence nous a appris depuis que le médecin ingénieur Engelman n'est {dus; depuis. 137:^ enfia ;. j'aî constaté:
1®. Que 81 on met tes^ marais à sec à la fin de septembre , le soleil n'a plus assee de force pour faire fermenter la vase , qui au contraire se divise, se décompose, se purifie ,. et même se fertilise par l'actioa de la gelée^^
ao. Que le Lac étant boisé et garni de futaie divisera l'air compact à dii Heues à la ronde ^ par le mouvement qu'il iiUroduira dans l'atmosphère de cette contrée, par l'agitation de ses^ rameaux , ei^ même-temps que la végétation i^orhera l'aeota et l'acide: carbonique dQ l'air ,.
en laissant échapper l'oxigène , quî'esitia parties constituante la plus favorable é la respiration.
3% Qu'Amsterdam pouyant échanger continuellement ses eaux pestilentielles contre des eaux fraic^e^ , qu'elle introduira par son amont et laissera écouler dans le L^c de Harlem par un canal partant de son aval dont le desséche-* ment lui aura créé la possibilité par une pente de 12 à i3 pieds, n'éprouvera plus les épid&mies annuelles,, qui ravagent sa pppulation.
4^ Qu'il a été constaté par l^s médjeciniL Pelletan et Desgenettes et par le chimiste Gay- Lussac ,, envoyés sur les lieux , par Napoléon , que les maladies épidémiques provena^nt unir quemei^t de la nature corrompue des ea.ux , résultat de la stagnation et des plantes aqu£vtiques' qui y pourrissent , ce qui naura plus lieu, vu la pente artificielle que crée l'épuisement du Lac, pour toutes les places voisines qui vou-dront en profiter.
Je croîs , au' surplus , qu*un grand préservatif , contre ces maladies, sera de n'abandonner aux ou|riers que des eaux filtrées et mêlées avec du vinfigre ou du spiritueux; le grand usage de thé ^t café dans les provinces sep-»' tentrionaleç doit son origine à l'insalubrité des teaux , et indique qu'il faut les corriger par dès. infusions, des mélanges où par la filtration.