II. — Fellatas
Les Fellatas, moins noirs de peau et plus intelligents que les autres Takrouriens, paraissent être venus de l'est. Le Baguermi était occupé par eux avant Bernim- Besé. Ban-Malo chassa le chef des Djouba de Yawa, et lui enleva le Fitri. Ce peuple nombreux, belliqueux et puissant^ était partagé à cette époque en sept ou huit tribus, qui probablement n'obéissaient pas à un même gouvernement. Les Fellatas, se portant vers l'ouest, s'étendirent jusque dans le Fouta, etc., et fondèrent entre le Bornou et le Sénégal un vaste empire, dont la capitale, au temps de Glapperton, était Sokkoto.
(i) Cette expression de Belad-^t'Takrour revient a celle de pays converti, tandis que Belad-eï'Medjous signifie le pays des infidèles.
Aucune histoire africaine ne serait plus intéressante à connaître que celle des Fellatas ; peut-être a-t-elle été écrite en langue fellata ou en arabe; la civilisation des Fellatas est assez ancienne pour permettre de le supposer. A défaut d'ailleurs d'un travail de cette nature» les voyageurs qui visiteront Sokkoto pourraient, s'ils savent s'y ménager une réception aussi bienveillante que celle qui fut faite au capitaine Glapperton, prendre connaissance des archives de l'État, archives qui existent dans tous les États du Soudan et parais* sent être tenues avec assez de soin. On les communique sans difficulté aux voyageurs de distinction qui demandent à les voir. Le cheikh Ibrahim, baguermawi, a pu consulter ainsi, en outre de celles du Baguermi, celles du Koloko, du Fitri, du Waday et du Dar- Four.
Malheureusement, comme il n'a pas eu sous les yeux celles des Fellatas, je ne puis donner sur ce peuple que de vagues indications. Je ne puis signaler que ses cinq derniers princes, et je suis réduit à enregistrer, faute de mieux, la fable accréditée de son origine.
Voici cette fable, qui aidera peut-être plus tard à découvrir la vérité.
Un certain Yakoub, natif de l'Inde, passa d'Egypte dans le Soudan. Le Soudan n'ayant pas d'habitants à cette époque, il épousa une femelle de caméléon (en fellata Douniourgali); il en eut une postérité nombreuse représentée aujourd'hui par la nation fellata. L'origine miraculeuse attribuée à ce peuple expUque toutes les fables qui ont cours sur l'habileté de ses sorciers, de ses devins, de ses enchanteurs.
Suivant quelques-uns, Yakoub serait revenu en Egypte et y serait mort; son tombeau sérail situé près du vieux Caire, derrière le tombeau et la mosquée de Tiinam Chafey.
De toute façon , Texistence de Yakoub serait postérieure à celle de Mahomet.
Les derniers sultans des Fellatas sont : Ali;
Bello, son (ils ;
Ismayl-Fodé, appelé Danfodio parquelques auteurs. Réformateur et conquérant célèbre, il s'empara de plusieurs États voisins. Comme Ta fait observer le savant M. Jomard, il est contemporain du chef wahabile Ibn-Saoud, et sa réforme ressemble par quelques* traits à celle d'Abd-el-Wahab. Les Fellatas toutefois ne sont point regardés comme hérétiques, mais plutôt comme zélateurs.
Ismayl-Fodé avait étudié au Caire et accompli le pèlerinage. L'islamisîiie était peu florissant chez les Fellatas avant son règne, bien qu'il y fût ancien.
Mohammed-Bello, et non pas Billah, qui fut visité par Denham et témoigna beaucoup d'estime à ce voyageur auquel il fit présent d'une esquisse du Soudan tracée de sa propre main (1).
Ali ou Aliyo, qui règne encore aujourd'hui.
(i) Je crois qu'il faudrait placer entre Mohammed-Bel lu et Ali, Atiko, frère de Bello.