IV. — Fitri^ Médogo^ Sila, RônUy Tama
Le Fitri est un très petit État dont les habitants paraissent former un seul peuple avec ceux du Hédogos les langues du Fitri et du Médogo ne diffèrent que par un petit nombre de mots.
En langue baguermieûne, le moi Jkri signifie désert, région inhabitée (en arabe khéla). On raconte que ce nom fut donné à cette contrée par des Baguermiens fugitifs qui s'y établirent : les émigrants africains conservent presque toujours le nom de déserts à leurs petites colonies.
La principauté ou la petite fédération de Fitri entoure entièrement le lac de ce nom ; elle se divise en quatre gouvernements ou districts qui sont ceux de :
Gamsa ;
Gollo» à 1 journée à l'ouest de Yawa;
Tikéli;
Kabra, au sud du lac, à 2 journées deTikéti et 1 journée de Gamsa.
Yawa (en langue fitri, ya, mère, voc. wa doura, i. e.: ma mère, voici du doura), capitale du Fitri, est une des villes les plus anciennes du Soudan; elle existait longtemps avant Masna, et jouissait à cette époque d'une importance dont elle n'a conservé qu'une partie.
Les autres lieux habités du Fitri sont Djiro, Debounoro, Melmé et Roumlo.
Le Médogo forme deux provinces: celle de Médogo, dont le chef-lieu est probablement Kéési, et celle de Barwala.
Le Djebcl-Médogo, garantie de l'indépendance de ce pelît peuple, est très élevé. On l'aperçoit d'une très grande distance, il n'est toutefois jamais couvert de neige : c'est probablement le point culminant d'une chaîne à peu près continue qui, se dirigeant vers l'ouestnord-ouest, sépaie le bassin du lac Fitri de celui du lac Kendji, et porte successivement les noms deJ)jaé» Mataé, Moytô, Falé, Gono, et Masarma.
Le Dar-Sila et le Dal-Rôna sont peuplés par les Dadj6.
Le Dar-Sila semble faire depuis longtemps partie de l'agglomération wadayenne ; il est vrai qu'il s'est révolté souvent^ mais ces mouvements avaient moins pour but d'échapper à la sujétion que d'imposer au
Waday ses propres décisions : *c'cst ainsi que les gens du Sila, partisans de Saboun II» combattirent Ghérif, ramené par les Fouriens, et lui résistèrent longtemps encore dans leurs montagnes après qu'il eut triomphé d'eux dans la plaine. Le Dar-Sila joua à cette époque un rôle assez important; il fournit des secours ou un refuge aux ennemis de Cbérif , qui, ramené par une armée étrangère, vit presque tout le Waday s'armer contre lui.
Les Wadayens n'ont pas encore pardonné aux Fouriens cette restauration; les Fouriens, d'ailleurs, gardent vis-à-vis des Wadayens l'insolence de leur victoire, et lorsqu'en pays étranger des Fouriens et des Wadayens viennent à se rencontrer, il est rare qu'une querelle ne s'élève pas entre eux et que le sang ne coule pas. Les étudiants wadayens, peu nombreux à El-Azhar, y étaient, il y a quelques années, victimes de la brutalité de leurs ennemis ; ils ont laissé le champ libre à ces derniers, et vont maintenant étudier <^ Damas, où ils fréquentent la mosquée de Seldna- Yaya (N. S. Jean, Sainl-Jean, ancienne cathédrale, le tombeau de Saint-Jean est au milieu de la mosquée), mosquée très sainte, puisque c'est sur le plus élevé de ses minarets {ak minaré, ou le minaret blanc) que Jésus-Christ doit descendre lorsqu'il viendra sur la terre pour juger les vivants et les morts.
Je suis porté à croire que le nom de Dar-Seleih n'a été donné au Waday que parce qu'on l'a confondu avec le Dar-*Sila, et nullement à cause de son apôtre Saleb.
Le Dar-Sila est un pays de hautes montagnes; les sommets les plus élevés de la chaîne entourent un ?aste
( 94 ) cirque dans lequel on ne pénètre que par une seule issue facile à garder et à défendre. C'est au milieu de ce cirque que s'élève la ville de Hbggoné, capitale acluelle du Dar-Sila; sa capitale ancienne, Bandila, est en dehors de la passe.
La vallée où coule la rivière Doey , qui se termine à Dagal , ne fait pas parlie du Dar-Sila et parait ne dépendre que très peu du Waday : c'est le refuge des malfaiteurs du Sila, du Waday, du Dar-Four, du Fitri et du Médogo.
Le Dar-Rôna est, comme le Dar-Sila, un pâté de hautes montagnes ; sa capitale, Boukhas, est située à proximité de l'Omm-et-Timan. Le nom de bbukhas est arabe : c'est le pluriel du mot boukhsa, qui signifie calebasse.
Le Tama a deux capitales. L'une, Ràrây, située au bas du Djebel-Tama, est habitée en temps de paix; elle est, du reste, bien défendue par la nature. L'autre, d'un abord inaccessible à l'ennemi, porte le nom arabe de Bergou-mà-Ghàfou (i. e. les Bergou ou Wadayens ne l'ont pas vue), parce que les Wadayens n*ont jamais pu s'en rapprocher beaucoup dans leurs ghazwas. Bergou -mà-Chàfou sert, en temps de guerre, de cita* délie aux montagnards de Tama.