IV. — Des stigmates
Des stigmates, un tatouage particulier, la manière de porter les cheveux ou de tailler la barbe» servent toujours à distinguer les unes des autres les peuplades barbares; les soldats romains portaient la marque de leur César; Constantin leur imposa la croix; en Amérique les Virginiens se marquent, les Brésiliens se tailladent, d'autres Indiens se mataohenl; jadis il en était de même des Gotlis qui se peignaient de cinabre, et des Pietés qui ont dû leur nom à une pratique semblable (1). Si donc de mêmes usages devaient faire attribuer aux peuples qui les possèdent une même origine, l'Amérique aurait été peuplée par les Pietés et les Romains; l'Afrique elle-même leur devrait ses
(i) Ferroque notatas
Pcriegil exsangues Picio moriente figuras.
(Claudien. BelL gel.)
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habitants. Il est bon de montrer à quelles absurdités conduit ce système , pour empêcher Tesprit humain d'y descendre (1).
J'ai indiqué ailleurs les signes auxquels se reconnaissent quelques peuplades africaines et quelques tribus arabes du Soudan. Denham avait inséré, dans les planches de son excellent ouvrage, des figures indiquant le dessin d'après lequel se tailladent quelquesuns des peuples qu'il a vus. Le cheikh Mohammed a parlé des stigmates usités au Dar-Four et au Waday; la connaissance de ces marques est d'une importance réelle pour le voyageur et pour le géographe qui veut diriger une enquête. Il est bon de savoir juger à la simple vue de son visage de la nationalité d'un noir qu'on croise dans la rue; on ne le fera pas appeler pour lui adresser des questions oiseuses et on ne le laissera pas passer si son témoignage peut êlre utile.
Cependant la marque n'est pas toujours un signe certain de reconnaissance : il arrive quelquefois que des noirs portent une marque étrangère; c'est ainsi que j'ai connu un Baguermicn qui portail les taillades du Bornuu, parce que sa mère était de ce pays et peut-être par suite d'une autre circonstance.
La marque du Bornou consiste dans des taillades dirigées depuis les tempes jusqu'au menton et dont le nombre me parait indéterminé.
La marque du Baguermi consiste en une petite tail-
(i) Note ajoutée après le tira{;e du Bulletin,
La circoncision, empruntée par les Israélites aux Égyptiens, n était probablement^ d'abord, qu*un stigmate ou signe de reconnaissance, destine à prévenir toute union des filles égyptiennes ou Israélites avec des étrangers.
lade sur le front au-dessus du nez» et en deux taillades sur chaque tempe.
Un genre de marques assez commun dans le Soudan est celui des dénis limées en pointe ou arrachées. Une peuplade du fleuve Blanc s'arrache les incisives supérieures, une autre les incisives inférieures; leur prononciation s'en ressent. Le langage de ces peuples ne peut être articulé convenahlement par ceux qui possèdent toutes leurs dents : il constitue une série de sifilements bizarres plutôt qu'une langue humaine. Ces articulations étranges ne sont pas des lettres, on peut les noter, mais ce sérail dégrader l'alphabet que de leur y donner une place.
J'ai cité dans ce travail les Ab-Senoun, qui se dis* tinguent des autres Wadayens par leurs dents noires» ce qui ne veut pas dire que les Ab<*Senoun soient d'origine siamoise.
Les AbCharib se distinguent par leurs moustaches» d'autres par la manière de porter leurs cheveux; les Arabes en font des tresses; les noirs idolâtres, surtout du côté de l'Abyssinie, en font de grandes touffes» des tours ou des couronnes. Les Abba-Djifar en font deux grandes houppes , dont l'une s'élèvf sur le front et l'autre &ur la nuque.