‹ Mémoire sur le SoudanChapitre 3 sur 41 · II. — *• Régime des eaux · texte numérisé non relu

II. — *• Régime des eaux

Quatre ou cinq fois plus arrosé que l'Europe^ le Soudan doit donner naissance à de grands cours d'eau ou à de vastes lacs.

L'Afrique» semblable à l'Australie par sa forme massive et peu articulée» lui ressemble encore par l'indécision de ses reliefs et le cours incertain de ses eaux, presque partout arrêtées avant d'atteindre TOcéan. Ses rivières alimentées par les pluies d'une seule saison ne coulent pour la plupart que pendant l'hivernage ; elles se répandent alors sur de vastes espaces» ou se creusent un lit profond ; elles se chargent de cailloux, de sable ou de vase qu'elles entraînent au loin ; la sécheresse bientôt les arrête et les borne; les eaux, pendant Téliage déposent les matières qu'elles entraînaient. Ainsi» s'exhaussent et s'é tendent les marécages;

ainsi se ferment les bouches dos affluents; ainsi s'obstruent certaines parties du cours des rivières: ainsi d'anciens lacs, comme le lac Nu , se comblent pour faire place à de vastes marais ; les grands fleuves se déplacent alors, s'ouvrant des routes nouvelles à la saison suivante, ou se divisant en de nombreux canaux dont le parcours est modifié sans cesse ; le Nil Blanc, par exemple, au-dessous du 10« parallèle, est un fleuve sans lit, il traverse des marais où l'on ne distingue plus de limites et au travers desquels il s'ouvre de temps à autre un nouveau chenal. Le Gnok, le Miédjok, qui se déversent au-dessus du Saubat, n'en sont peutêtre que des canaux, ils n'existaient peut-être point quand M. d'Arnaud remonta le fleuve, el des observateurs prochains ne les retrouveront peut-être pas.

Il ne faut donc point s'attendre à trouver dans l'Afrique centrale ces fleuves au cours constant, à la marche réglée, auxquels l'Europe nous habitue ; les fleuves africains perdent chaque jour d'anciens affluents et en gagnent de nouveaux, d'anciens lacs se comblent, des lacs nouveaux se forment, et si les géographes de l'antiquité nous eussent laissé une meilleure description hydrographique du Soudan, cette description diS'érerail trop de ce qui existe aujourd'hui pour qu'elle pût suppléer à nos recherches.

Je ne parlerai ici ni de la Tchadda, ni du Kouara; je m'occuperai du lac Tchad el d'une partie des eaux qu'il reçoit, d'une faible partie de celles qui vont au Nil, de quelques lacs sans affluents comme le Fitri et de quelques bassins sans écoulement, ce qui complétera à peu près l'étude hydrographique de la région comprise entre le Chari et le Nil.

Page 1