VII. — Récii d^un enfatkt waraî^a
Un enfant waratia, très intelligent et déjà un peu lettré, qui est depuis cinq ans dans ma maison, m'a fait le récit suivant de sa captivité. Je le laisse parler.
Notre village était bâti sur une hauteur environnée de toute ^arl de vastes plaines herbeuses où paissaient nos troupeaux ; à une distance de deux heures À peu près de notre village commençaient de grandes et obscures forêts qui se perdaient à Thorizon : c'était le repaii*e des bêtes féroces; il eût été dangereux d'y |wftnétrer de nuit; un jour que sur la lisière de cette forêt je gardais nos boeufs avec quelques autres enfants, je iiie souvins d'une branche que j'avais redresséa et émondée peu auparavant, dans le but do m'en Caire plus tard une baguette et je résolus d'aller la couper; mes camarades voulurent m'en dissuader. ^ La lioq t^ oiapgera, me dirent-ils, ne va pas dans la forêt. — Le lion, répondisse, ne se, promène pns en
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plein jour ; maintenant c*es( aux Tautours de niangaf et aux lions de doronir; je n*ai rien Ik craindre, d'ailleursy je n'ai pas peur. Je les quittai alors» content da montrer plus de courage (qu'eux et je pénétrai dans la forêt. J y avais à peine fait quelque^ pas lorsque je vis un cheval sellé» chargé de deux petites outres. Je crus ce cheval abandonné et m'emparai de sa longe dans le dessein de le conduire à notre villçge. Je voulus toutefois savoir ce que contenaient les outres; j'en ouvris une, }'en tirai un morceau de galette de dokhn et un grand couteau, le copteau me fit peur et je le replaçai précipitamment. Je me sentjs à ce moment saisir par-derrière» je me retournai tout troublé et je vis un homme grand et robuste qui» me tenant toujours» me demanda ce que je faisais auprès de son cheval. Je ne savais que lui répondre; il se mit à rire et me dit: Veux-tu monter à cheval, nous allons aller chez ton père qui donne ce soir un repas et prépare, en ce moment de la bousa. Flatté de monter à cheval» trop intimidé d'ailleurs pour refuser, j'acceptai son offre, tl monta» pie prit en croupe, me lia à sa ceinture et nous partîmes au galop. J'étais d'abord enchanté d'aller si vite» de voir tant de pays; mai3 bientôt j'éprouvai de la fatigue et je m'étonnai de ne point arriver chez mon père; après une course de huit à neuf heures, nous nous arrêtâmes dans un village pour y passer la nuit. Je demandai mon père» on me dit que je le verrais le lendemain; mon gui()e fit provision de viande sèche et le lendemain ipatin nous continuâmes notre voyage ; nous arrivâmes le so}r dans un second village; une vieille femme, chez qui nous descendlQies, m'apporta un grand platd^ lait et
de pâte que je ,mangeai avec appétit : celte femme cherchait à me rassurer, mais j'étais fort inquiet. Un Sydamien parut dans la cabane avec mon guide, il me regarda un instant, puis mon guide disparut et je restai seul avec le Sydamien. Je compris alors l'étendue de mon infortune et je versai d'abondantes larmes! J'étais convaincu d'ailleurs que le Sydamien devait me manger, car ce peuple, qui fait avec nous quelque commerce, n'en passe pas moins parmi nous pour anthropophage.
Deux ou trois jours de voyage encore nous conduisirent à la frontière de TAbyssinie : là nous descendîmes dans un grand village et je fus conduit dans une cabane très vaste, où je vis plusieurs filles et plusieurs petits garçons qui paraissaient être dans la même situation que moi. Bientôt arrivèrent quelques hommes qui paraissaient les chefs du pays; ils nous firent ranger tous devant eux et demandèrent à chacun de nous comment il se trouvait là; mon Sydamien m'avait dit de répondre qu'il me tenait de mes parents, je n'osai faire une autre réponse et l'on passa à d'autres; il n'en restait plus à interroger que trois, lorsqu'une fille de mon pays répondit qu'on l'avait enlevée et qu'elle voulait quitter son ravisseur. On la fit passer dans une autre cabane afin de la renvoyer à ses parents; les deux enfants qui furent interrogés après elle firent la même réponse; j'aurais alors voulu revenir sûr ma déclaration, mais je n'osai pas et l'on ne m'en laissa pas le temps. Mon sort était décidé, je ne devais plus revoir ma famille ni mon pays! j'allais chercher une autre patrie et d'autres protections. Le lendemain nous partions en caravane pour Massawa.
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Paris, février i856.
Les VIII, IX, X et XI* parties du mémoire sur le Soudan ont été lues à l'Académie des sciences morales et politiques , dans les séances des 2 et 9 février, par l'auteur, qui y avait joint l'introduction suivante et y avait ajouté quelques explications destinées à résumer les prennères parties de ce travail. Ces explications auraient ici été superflues et n'ont en conséquence pas été rappelées.
Le travail que j'ai l'honneur de communiquer à l'Académie complète un ouvrage que j'ai publié il y a deux ans sous ce titre : Le Désert et U Soudan^ et fait partie d'un mémoire assez volumineux dont j'ai fait paraître déjà deux cahiers. Ce mémoire traite de la géographie, de l'ethnographie, de l'histoire, de l'état social et des institutions de l'Afrique intérieure. J'at présenté à la Société do géographie les portions de ce
travail qui Tintéressaient plus spécialement. J*ai pensé que les détails que j'étais à même de fournir sur l'état social et les institutions des peuples primitifs du Soudan pouvaient être de nature, par les comparaisons qu'ils amènent et les réflexions qu'ils font naître , à intéresser l'Académie des sciences morales et politiques. J'ai pensé que cette savante compagnie voudrait bien, en faveur de la nouveauté des faits, excustr . l'imperfection de la forme sous laquelle je les lui présenterais, et que peut-être mes investigations patientes trouveraient dans sa haute approbation la récompense que j'ambitionne le plus.
Étudier l'Afrique , c'est étudiei" en quelque sorte Tavenir de la France elle-même. L'Afrique n'est plus cette région fabuleuse que le Tasse nous représente :
Il Sul mar culta e ferace, addentro solo M Fertil di mostri e d'inféconde arène* »
Cette partie du monde, si voisine de nous, s'en trou>^ vait éloignée par des haines séculaires et par une crainte née du souvenir d'an tiques désastres, lorsqu'au commencement de ce siècle, l'Egypte fut atteinte par nos armes; le prestige qui environnait ce monde inconnu » tomba devant l'examen. Trente ans plus tard, l'Algérie devenait un appendice de la France*
C'e«t toutefois moins à la force de ses armes qu'à la sageAM de ses conseils, à ta prudence de sa conduitOi que la Fraoce doit ses progrès en Afrique» A côté de i'iAlgérie conquise par la foroe> mais soumise par la justice, se groupent : l'Egypte régénérée, l'Abyssinie idécrile« l'Afrique australe visitée par des Français, iàout le prestige de nos arts, de notre /lagesaeoude
potre religion protégeait et protège encore les lointaines entreprises. Le Sénégal, dont la conquête pacifique datait de 1760, longtemps improductif et négligé , a repris aussf le rang qu^il devait tenir. Une fidministration intelligente étudia les ressources de celte colonie, lui révéla des richesses qu'elle ne soupçonnait pas, et, par l'introduction en 1842 de la culture de 4'arachide, servit à la fois les intérêts de la métropole et ceux de la colonie, Tindustrie de Marseille et le commerce du Sénégal.
L'établissement, en 18A5, de nouveaux comptoirs d'Assinie, du grand Bassam et du Gabon, a donné les plus heureux résultats. Pendant quelques années, à la vérité, le comptoir du Gabon faisait peu d'affaires; mais cet état de choses parait bien changé aujourd'hui. Il y a souvent, pour les colonies, comme une période d'incubation dont les hommes d'État doivent savoir avec patience attendre le terme; ils ont travaillé pour l'avenir, l'avenir jouira du fruit de leurs travaux.'
Ces comptoirs servent aujourd'hui de centre à des missions catholiques, qui» après avoir traversé de longues épreuves, paraissent en progrès. Des intrigues, des révoltes ont agité récemment le Sénégal; niais elles n'ont eu d^aulre résultat que de porter plus loin notre drapeau et le renom de notre puissance.
t)ans la mer destndes, d'aulre pari, nos établisse* ments de Nossi-bé et deMayolte, ainsi que lé traité Conclu en 18Â& avec l'imam de Mascaie établi à Zanzibar, ont accru notre influence, développé notre commence, facilité les investigations de la science.
Enfin, dans l'Afrique australe, et jusqu^à une dis:tance de 260 lieues du Gap, les missionnaires évangé*
liqUcs français otit fondé doUie missions, d*ot!i td clirisiianisiue ei ]es arts de TËuf ope rayonnent et i&é répandent sur des peuples plongés jusqu'alors danS rignorancc et la barbarie la plus profonde.
Ces missions, déjà assez anciennes, ont valu à là science plus d'un progrès : la géographie, l'ethnogra* phie, Télude des langues africaines, leur ont de nombreuses et grandes obligations. La sage réserve qui préside aux relations des missionnaires avec les Anglais (lu Gap et les Boers indépendants, l'influence qu'ils ont su acquérir sur les peuples qu'ils dirigent, assurent l'avenir de ces établissements français.
Ainsi, grâce à des efforts sages et prévoyants, grâce à Ténergie de quelques hommes d'élite, l'Afrique s'ouvre de lous côtés devant nous, et doit de plus en i)lus attirer notre attention, devenir l'objet de nos études.
VIII* PARTIB. — GOlJVBBMBlfBNT.