‹ Mémoire sur le SoudanChapitre 35 sur 41 · IV. — Positions, forteresses · texte numérisé non relu

IV. — Positions, forteresses

Dans le Soudan, comme partout, la possession des plaines est souvent disputée; les peuples qui les habitent, n'ayant de force que dans leur nombre, sont souvent défaits et quelquefois détruits. Les frontières

( 16» ) 4^6 diver» ÉUUi» théâlre fréquent de listes aobaruées» 4evieQQent des marches, des défierU.

Les modUgoes» cependeot» asile des plus fisibles# dernier refuge des vaincus, opposent, à ie rage des oppresseurs., des obstacles devant lesquels élit dok presque toujours s'arrèter« . .

Les lies et les archipels des grands lacs jouiasiNit (l*un0 immuoité pareille ; on ne pénètre dans lesmon** tagnes que par des gorges d'un difficile accès» et dont la recherche est pleine de périls; on n'atteint de mèmt les lies des lacs africains qu en suivant des gués, varia» blés suivant la saison, difficiles à découvrir, sinueux» traversés par des canaux profondst ou interronapus par des gouffres.

On ne saurait poursuivre sur un terrain si dangereui un ennemi qui en connaît toutes les ressources^ Aînsî les Égyptiens périrent en s'engageant sur une roule que iloise et les hommes de Gessen venaient de suivre.

U résulte de ce que je viens.de dire que la popula^ tion des hautes montagnes et celle des archipels iacut» très du Soudan peut, en thèse générale, être regardée comme autochthone, et que lorigine de la population des plaines sans défense présente au contraire un pro* hième fort compliqué.

Les montagnards ne se coptentent pas toujours de la défense naturelle que leur offre le relief du terrain ; quelquefois ils entourent leurs village ou lentrée dt leurs défilés d'un rideau ou d'un labyrinthe d'arbres épineux. C'est à une précaution de cette nature que les Tamiens doivent la conservation de leur indépendance. Le sultan du Waday, Gliérif» désireux de. la$ soumottre, parujt il y a quelques années devant k «n

( IW) montagnes. Les taillis épais qui en gaixlaient la base ne lui permirent pas d*y pénétrer : c'est en vain qu'il tenta de les incendier ; Tarbusle épineux dont ils étaient principalement formés» appelé am-dourou par les Arabes» et dousou-gara par les gens du -Bornou » ne prenant pas feu facilement» et les Tamiens étant toujours prêts à tomber à l'improiriste sur les incendiaires, Gbérif se résolut alors à bloquer les Tamiens ; ceux-ci» cependant, défiant la surveillance de ses soldats, se glissaient de nuit» isolément ou par bandes» par les sentiers étroits de leur labyrinthe, jusque dans la plaine ; pénétraient dans le camp même de Chérif» et assassinaient ses officiers presque sous ses yeux» ou» se portant à de grandes distances» enlevaient à des villages wadayens» éloignés de plusieurs journées de marche, des troupeaux de bœufs qu'ils emmenaient dans leurs montagnes sans être aperçus.

Les signalait^on» ils disparaissaient au moment où l'on pensait les atteindre, et c^étaitoourir à une mort cert<nine que de les suivre dans leurs sentiers. Ces sentiers» en effet» ont si peu de largeur» que non-seulement on ne peut y engager qu'un homme de front, mais que encore» pour n'être pas déchiré ou plutôt arrêté par les épines, cet homme doit tour à tour marcher de côté ou ramper.

C'est pourquoi» après quelques mois d'un blocus inutile» et après avoir essuyé les pertes les plus sensibles, Chérif offrit la paix aux Tamiens et regagna sa capitale.

Les palissades sont fort usitées dans le Soudan. Au Bornou, on emploie à faire ces défenses le bois d'un arbre appelé en Kanouri /^àbi, en Balebeli dàcki^ Cet

arbre» qui est très vivace et n'a pas d'épines» donné une gomme odorante qui ressemble à la myrrhe.

On fait également usage des trous de loup, des petits piquets» des cbausse-trapes et des abatis épineux.

Les Fouriens et les Wadayens n'entourent point leurs villes d^murailles» comme les Soudaniens occidentaux : ces derniers ont emprunté aux Arabes leur ancien système de fortification ; leurs enceintes sont habituellement carrées; au milieu, de chaque côté, s'ouvre une porte flanquée d'une ou de deux tours sail* lantes, de forme quadrangulaire.

Les places du Soudan ont tantôt deux, tantôt quatre portes, rarement davantage*

Les Arabes placent souvent la porte sur le flanc d'ime tour; les Soudaniens, qui élèvent des tours pleines, ne sauraient en faire autant; comme, du reste, ils n'élèvent de tours que près des portes, les murailles, qui ont souvent un développement considérable, ne sont pas suffisamment flanquées.

Les Soudaniens en rendent l'approche plus difficile par les défenses accessoires dont j'ai parlé plus haut, et par un fossé assez profond, quelquefois inondé, et dont les déblais servent de base aux murailles ou fournissent les matériaux nécessaires à leur construction.

Les murailles sont donc construites en terre mêlée de pierres, de broussailles; soutenues quelquefois par un clayonnage grossier ou par un revêtement plus solide; elles sont assez hautes pour défier l'escalade et leur épaisseur est souvent considérable. Dans quelques parties du Soudan, elles sont revêtues d'un enduit gras d'argile ou de fumier, qui les préserve de l'action destructrice des (ijuies intèrtropicales : quelquefois aussi

le sommet des murailles est couronoé de. créne«4lx.

Loggoné, capitale du Kotoko» dans le Soudan» et Achanama, capitale des Tibous, dans le désert, passent pour des places très fortes. D'après un informa* teur Tibou, Achanama serait double; il y aurait la ville commerciale située dans la plaine, et la forter^JiM bâtie sur la montagne ; cette forteresse, de figure car* rée, aurait deux portes : une plus petite au sud» et une plus grande au nord, destinée aux bestiaux.

Il existerait en dedans de l'enceinte un puits profond de cinquante coudées, et dont on puiserait Teau à laide d'un seau et d'une chaîne de fer.

Je n'ai pas besoin de dire que l'art des siège sesi peu avancé chez les Soudaniens ; toutefois, ils font usage de tranchées pour loger leurs archers, dont le tir inquiète le défenseur et l'oblige à abandonner les parapets; quelques hommes d'élite s'avancent alors en se cou* vrant de leurs boucliers, comblent les fossés à l'aide de fascines, forment la tortue et s'approchent des mitrailles ou des portes qu'ils renversent à coups de pioche ou rompent à coups de masse, si Tescalade n'est pas possible*

Les assiégés se défendent alors en faisant pleuvoir ;sur l'ennemi qui les serre de si prés, des pierres, des pièces de bois, de l'eau bouillante et toutes sortes d'ordures.

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