I. — Magie curatii^e^ alchimie
Pline s'exprime ainsi au sujet de la magie :
Magica fraudulentissima artium , pluriniiini in toto Urrarum orbe, plurimisque sœculis irufaluit : auctoritatem ei maximam fuisse nemo miretur^ quandoquidem sola artium très alias imperiosissimas humanœ mentis comple^a, in unam se redegit. Natam primum e medicina rkjsmo dubitaty ita hlandissimis promisûs addidisse vires rêligiof^is, ad quas maxime caligat humanutn genus : deindè miscuisse artes mathematicas. ^Lib. XXX, c. i.)
Les superstitions antiques des Soudaniens étaient grossières comme celles de tous les peuples primitifs; c'est des Égyptiens et des gens du Gbarb qu'ils ont reçu, à une époque assez récente, la croyance aux
magies noire et blanche et aux prodiges de la sorcellerie.
Les magiciens >étant les mandataires des dieux» des génies ou des démons, peuvent altérer le coûts de la nature, rendre malades les hommes sains, frapper de paralysie ou de mort les natures les plus vigoureuses ; il leur sufiBt, pour cela, d'un coup d'oeil, d'un' signe, de l'accomplissemenl de quelque rite ou de quelque prière.
La maladie née de cette influence est rebelle à la médecine ; d'autant plus rebelle, que là où rè^nè la magie, la médecine ne se montre guère. C'est donc à la magie de guérir les maux enfantés par elle-même; et comme l'origine d'un mal est toujours suspecte, on confie aux sorciers le soin de guérir toutes les maladies.
Leurs pratiques sont d'une simplicité très grande et d'une désespérante monotonie : tantôt ils écrivent dans le fond d'une tasse quelques versets du coran, versent un peu d'eau dans cette tasse, et la font boire au malade ; tantôt ils font avaler à leur dupe les cendres d'un papier couvert de pieuses invocations ou de signes cabalistiques; tantôt enfin ils appellent à grands cris les démons, les prient, les menacent, les injurient, et les poursuivent quelquefois de coups sur le corps du patient, dont ils écrasent la poitrine ou le front pour en chasser le malin esprit. On comprend sans peine que beaucoup de maladies échappent à des moyens curatifs aussi imparfaits. On s'étonnera peutêtre même d'apprendre qu'il en soit quelques-unes qui en éprouvent du soulagement; il en est ainsi cependant, et la nature n'a pas tout le mérite de la curé : c'est l'imagination du malade fortement frappée , son
espiît renaissant à la con&ance, qui ramënriit surtout; on Tobserve fréquemment en Orient pour les fièvres intermittentes : j'en ai vu moi-même plus d'un exemple. Bodin rapporte, ddins s9l Démonomanief que Charles d'Escars, évèque de Langres, et pair de France, étant tourmenté d'une fièvre quarte, on lui amena un guérisseur, qui, adirés quelques simagrées, lui dit : « Fiez-vous en moy que vous êtes guary. » C'est la confiance, en effet, qui donne la guérison. L'évêque de Langres n'en eut pas et conserva sa fièvre.
Quelquefois les magiciens consultent le sort pour savoir si le malade doit succomber. Dans le voisinage de l'Abyssinie, ils le font en jetant en l'air des osselets ou de petites pierres, qui doivent retomber d'une certaine façon, c'est Vastragalomantie,
Dans le reste du Soudan, ils tracent sur le sable diverses figures qu'ils effacent en partie sans les regarder; ce qu'ils en ont laissé inspire leur réponse. M. Perron a expliqué les règles de ce tracement du sable [darb-er-raml) , que ceux qui ont traité parmi nous de ces matières appellent géomantie.
On consulte au«si le sort en ouvrant un livre au hasard, et cherchant un conseil dans les premières phrases qu'on y rencontre.
C'est ainsi que les Grecs et les Romains faisaient usage des sorts homériques et virgiliaques, et que les premiers chrétiens recouraient aux sorts apostoliques (sortes apostolorum) , pratique condamnée par saint Augustin et suivie encore de nos jours dans bien des parties de l'Europe. Les musulmans ont recours de même au coran, bien que le coran flétrisse les superstitions de celte espèce.
Tous les peuples pare^eux et misérables sont adon nés à Talchimie et à lu recherche des trésors; des mendiants déguenillés font dans le Soudan, comme dans tout TOrient, profession d'enrichir les autres, moyennant une faible aumône; TOrîent est empesté de livres qui enseignent les moyens de faire de lor, ou décrivent minutieusement la situation des trésors cachés dans la terre; on y lit que dans telle mosquée, prés de tel mur et sous telle pierre, est enfouie, à une profondeur de tant de coudées, une somme de tant de pièces d'or. Ce qu*il y a de plus étrange, c'est que qgeFques niais, prenant ces indications au sérieux, entreprennent des voyages et achètent la permission de se livrer à des recherches toujours infructueuses* Peu à peu cependant les Orientaux se désabusent, et ces livres, mis au rebut, vont dans le Soudan faire de nouvelles dupes ou former de nouveaux impostem^s. Un Fellata, qui s'était nourri pendant plusieurs années de cette lecture, m'assurait l'hiver dernier, d'après ses livres, que la chambre de la grande pyramide renfer^mait, en souverains anglais, toutes les richesses de Pharaon.