‹ Mémoire sur le SoudanChapitre 39 sur 41 · II. — Métamorphoses , amulettes · texte numérisé non relu

II. — Métamorphoses , amulettes

Les 9orciers du Soudan jouissent du pouvoir d'évoquer les génies» les démons ou les iport^» ^iosi que de la faculté de se transporter instantanément d'un point à yn Qutre; ils savent aussi se rendre invisibles, changer de forme et opérer les métamorphoses les plus étranges. Les Égyptiens, et particulièrement ceux du Said, sont trè^ entichés d'erreurs pareilles ; ils croient, par exemple, que l'âme des enfants nouveau -nés

( 171 ) passe penèani^ h naît dans le corps des cbaU, qu'ils ckèrcbeat peur €o motif i garantir de tout accident. Cette superslîâon> qui dale sans doute des temps les plus reculés» a dû ôtnç transniîae wj, Égyptiens mor ëernés^par leurs ancêtres : ainsi les deseendanls dVjin peàple grand dan» tes arts, ^rand aussi peui-ètra dan^ la sôcBCe et dans la philosophie^ n*ont gardé de son hériti^e que les ruines qu'ils n'ont pu faire disparaître*. et qbe cas nîa»^ impostures que le vulgaire conserve à trai^«« toviea tes révolutions que la religion peut souffrir. .

Les Grecs, comme les Indous, doutaient foi à des fables pareilles ; mais ils avaient su les rendre ingénieuses et en tii'er de sages enseignements.

Tout le monde se rappelle Thistoire des compagnons d*l]ly$se et celle de Lycaon^ duquel on a tiré le terme do fy-cantropie, pour désigner le genre de métaraor-* pbose auquel il fut condamné. Hérodote nous assuré que certains peuples se changeaient en loups; nos ancêtres barbares avaient la même eroyance, çt j^s loups^garous n'oi^t peul*être pas encore été chassés de tonte l'Europe. Les Romains des derniers temps d^ la République et ceux du siècle d'Auguste» étaient plus éclairés. Homines (nous dit Pline) in lupos verli, rttrstimque restitua aibi » Jalsum ea:iHimare debifmus : aui civdûre omnia^ quœ Jahulom sa^ulis comperimus^ (Liv. VIII, cb« 22.) ...

Saint Augustin, cependant, assure que dans ks Alpes il existait de son temps des sorcières qui.Atétar morpdiosaient les voyageurs en ânes, et les contraignaient à porter leurs fardeaux avant dé leur, rendre leur première foi^me.

Jean Bodin trouve, de son côté» que la mélamerphose de Lucien et d'Apulée en ânes est vraisem^ blaUe, et il cite à ce propos le témoignage de l'inquisiteur Spranger; qui rapporte qu'un marin anglais eut à Chypre une mésaventure pareille , et» ayant voulu revenir à bord de son navire» fut fort maltraité de ses camarades qui ne le reconnaissaient point sous sa nouvelle forme.

lbn-Batoutab| qu'on peut lire» mais qu'il faut souvent se garder de croire» vit de ses yeux» en se rendant en Chine» un peuple de protées» affranchis des be3oins de la vie» et dont le regard donnait la mort. ,

Le Soudan; à ce que disent des crédules habitants» est encore le théâtre de métamorphoses innombrables ; seulement les Soudaniens au lieu de se changer en loups se changent en hyènes» ce qui ne me parait pas de beaucoup préférable ; les magiciens du Soudan ne se bornent pas à exercer leur puissance sur des individus isolés ; je n'ai pas entendu dire qu'ils eussent jamais métamorphosé des armées tout entières» mais on m'a assuré qu'ils pouvaient frapper de cécité ou de paralysie les troupes ennemies à l'instant du combat.

à Les Russes» » me disait un homme du Bornou» « sont )) bien forts» puisque le sultan Abd-ul-Medjid ne peut y> se faire payer par leur kral le tribut qui lui est dû. » Eh bien» si les Russes venaient dans notre pays» ils ne y> pourraient rien contre nouS; nos sorciers n'auraient 1» qn*k les regarder pour leur faire prendre la fuite ou )» faire tomber les armes de leurs mains ; s'ils entrepre- » naient de tirer le canon» leurs boulets reviendraient » sur eux par la seule volonté de nos enchanteurs. »

A ce discours el à des discours pareils je répondrais : ce Les Européens ont eu les mêmes opinionis 1» et les ont abandonnées en s'éclairant» ce qui r en » prouve la fausseté. Si les Européens emahissaienl » votre pays, ce ne sont pas Jesescbanteors qui jes^en » chasseraient, è'est le climat qui les y consumerait » rapidement; ils ne. sauraient, sans péril pour eux- «mêmejs, aspirer à devenir vos maîtres; ils ne se » rapprochent de vous que dans le bot d'établir des x> relations qui vous seront profitables. »

Les magiciens^ spéculant sur la. crédulité et. la peur» vendent des talismans de diverse nature; quelquefois ces talismans sont des versets ou des cbapitres;COurts du Coran, écrits par un fakih sur un petit morceau de papier, plièoa roulé avec soin, puis enfermé dans une enveloppe de cuir» de bois ou d*ivbire; on trouve même en Orient, desGorans tout entier écrits sur des feuillets octogones, et pouvant se placer dans un étui, à peu près cylindrique, que Ton attache tau bras, un peu- au-dessus du coude.

Les anciens connaissaient Tusage des talismans ; les Égyptiens portaient Tc^l mystique d'Horus; les Romains Taf/m/éto» le /a^cZ/tiiz/i; d'autres un noyau de datte poli, comme les Napolitains portent encore de petites mains ou de petites cornes de corail ou de métal, et comme les Orientaux placent encore sur leurs portes l'çmpreinte d'une^ main ouverte ou les mots iMa cha allah : ce qui plaît à Dieu, -qui corjrespondent à l'ancienne locution française : Je medoab^.

Saint Augustin condamnait l'usage des talismans en général ; et celui des ligatures écrites en particulier.

UI. — Tolérance de rdsktm; gramdncmire des sorciers.

L'itlamiBise a proscrit souvent «n TÙm ^ m tei par tolérer oea pratiques i les niusulniaiis instruits db leur reKi^D» font un grand mépris de ces superstitions sbsurdes, les autres s'en montrent fort enUcbés* L'ignorance dey Soudaniens les y enchaîne ; J'en ai connu un cependant, natif de l'Afnou, et chef de chambrée des étudiants noirs à el Azhar, qui n'y a)ou-* tait aucune foi, et déplorait énergiqoement la crédulité de ses compatriotes.

L'islamisme qui tolère la magie blandie* se borne à décrier la magie noire, à blâmer ses adeptes, et à éclairer ses dupes; il n*a jamais eu recours aux ezoi*cismes ni 4 ces poursuites féroces dont le récit souille notre histoire. Les Juifs, les Roqaains et nos aieux, se montrèrent à cet égard trop faciles à sur^ prendre, trop ardents à frapper, leur esprit aveuglé par la crainte, voyait partout des sormrs, et en voyait en tel nombre que les poursuites les plus acharnées devaient paraître insuffisantes. Tous les hommes éminents, à quelque litre de l'antiquité ou du moyen âge» furent suspects de sorcellerie ; leur géuie^ leur fortune» leur vertu même, avaient été par eux achetés de saian au prix de leur âmes le pape Sylvestre H passa pour sorcier, et lorsque Charles IX exigea du sorcier Trois- Échelles la révélation de ses compUceSt Trois-ÉcheUes déclara qii'il en pouvait désigner trois cent mille en France; le roi, intimidé par la multitude des coupables, se contenta d'en faire arrêter un petit nombre.

Les accusations de magie, reposant sur des présomptions et des indices vagues, menaçaient tout le

monde, niellaient la liberté et la vie de chacun à la discrétion d'un juge dont la religion pouvait être surprise. C'est ainsi que la jalousie et les intrigues de ses concitoyens conduisirent au bûcher l'infortuné Urt)ain Grandier; la magisti^ature jalouse de ses prifiléges tenait à la magie, et Montesqtiieu lui^osteM gacde, vis-à-nstle ce préjugé barbare, quelques méfiagemenis (i).

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