OURS Ÿ: DR
gnifier le diable; on avait dad pour le ciel, odad” pour l'enfer; dab voulait dire ame ou esprit, adab le corps. Ceci était pour les monosyllabes; le même système, avec quelques variations, était suivi pour les dissyllabes , ainsi pida, présence, pidas ; absence, tadu, puissance, tadus, impuissance et ainsi de suite. Ses noms de nombre étaient ainsi alignés :
Pobal 10. Pobol 20. Pobel 30.
Pobar 100. Pobor 200. Pober 300.
Pobam 1,000. Pobom 2,000. Pobem 3,000.
Poban 100,000. Pobon 200,000. Poben 300,000.
Je ne sache pas que personne ait étudié, appris ou cultivé cette langue; elle ne se trouve que dans quelques bibliothèques, triste monument des aberrations de l'esprit humain *!
Vers le milieu du siècle dernier un soldat français, déserteur de son régiment et qui néanmoins ne manquait pas de connaissances et même de génie, en imposa à toute l'Angleterre par une prétendue langue de l’île de Formose, dont il se disait natif. Il se fit baptiser et recut les ordres sacrés. Il composa une grammaire de sa langue imaginaire et y traduisit le catéchisme de l’église anglicane. Il fut récompensé par un bon bénéfice. Il avait pris le nom de Psalmanazar qui seul, par son origine syriaque, aurait dû faire découvrir sa fraude, mais la véritable philologie n'avait pas encore fait de grands progrès dans ce temps-là,
Ov
La France, comme le reste de l'Europe, a aussi participé à cette frénésie, Un M. Faiguet, trésorier de France, a voulu inventer sa langue philosophique, qui a eu le même sort que la précédente. On en trouve les principes et de nombreux exemples dans l'Encyclopédie par ordre de matières (Grammaire et littérature, article Langue nouvelle). West à regretter que le savant grammairien Beauzée, dans une note à la suite de cet article , paraisse approuver le projet d’une langue universelle et ne critique que le plan et les détails de celle de M. Faiguet : « Il
et puis l'homme est partout si avide de choses extraordires !
Cependant il faut tout dire; cet amour du merveilleux a aussi opéré dans ce pays-ci. Il n’y a pas encore longtemps qu’un jeune aventurier nommé Hunter prétendit avoir été enlevé dans son enfance parles Indiens Osages et élevé parmi eux, être devenu en quelque sorte Indien luimême. Je le démasquai facilement au moyen de l'étude que j'ai faite des langues sauvages, maïs peu de personnes voulurent me croire, parce qu’on s'était déja compromis. J’eus beau crier partout que c'était un imposteur , cela n’empêcha pas qu’il n’allât en Angleterre avec de fortes recommandations , qu’il n’y fût présenté à la famille royale et n’en revint comblé de présens. À son retour cependant, il fut complètement démasqué et obligé de se réfugier au Texas , où il est mort misérablement.
mn DD L n'avait pas, dit-il, assez approfondi les principes À Un, 45 :
de la grammaire générale. » Le critique aurait dû ajouter que s'il eût approfondi ces principes il n'aurait pas entrepris de former une langue universelle.
Je suis bien convaincu qu’un semblable projet
ne se présentera plus à l'esprit des philologues ; nous ne sommes plus dans le siècle des chimères”.
} Cependant l’auteur d’un ouvrage moderne, à la lecture duquel je reviens souvent et toujours avec plaisir et avec fruit, s’est encore récemment amusé à imaginer une langue philosophique. Il pense qu’une langue qui représenterait chaque être par un mot significatif et qui formerait ses adjectifs et ses autres mots d’après le même principe, aurait un trés grand avantage sur nos langues hérissées d’abstractions. (Æssar sur les noms d'hommes., etc., par Eusèbe Salverte, tom. I, p. 4. ) J'avoue que mon opinion diffère entièrement de celle de ce savant écrivain. Il me semble que les abstractions font la beauté de nos langues et nous rapprochent des esprits célestes, qui s’entendent par intuition. La pensée est vaste comme l'air ; elle en embrasse beaucoup plus que les langues ne peuvent exprimer, ou plutôt les langues n’expriment rien , elles font jaillir la pensée en étincelles électriques de celui qui parle à celui qui écoute. Un seul mot fait naître une foule d'idées que l'esprit combine et rassemble avec la rapidité de l'éclair.
Que serait une langue telle que celle que M. Salverte paraît croire être la plus parfaite? Plus de métaphores, plus d’ellispes, plus de tropes, plus de figures, plus de
LIN" vi
Je crois pouvoir en dire autant de l'alphabet universel et de l'écriture dite pasigraphique, qui ont occupé tant d’esprits, grands, pétits et médiocres, principalement dans le dernier siècle. C'est encore un beau rêve qui a souri longtemps à l'imagination des philologues et dont la vanité peut facilement être démontrée.
L'écriture, sous quelque forme qu’elle se présente, est un langage adressé aux yeux, dépendant toutefois de la parole qu’elle représente. Comme ona parlé avant d'écrire, les idées, d’abord vagues et fugitives, se sont fixées dans l’esprit des hommes par le moyen des mots. et des phrases et par conséquent des sons. Comme dans les différentes langues les idées se combinent différemment, que tel mot, dans tel idiome, ex-
poésie ! Malheur à la nation qui en aurait une semblable! Elle serait sur un champ de bataille continuellement ensanglanté ; la langue serait alors le miroir de la pensée et cela réveillerait toutes nos passions, toutes nos susceptibilités. Il nous faut des langues pleines d’abstractions et qui insinuent plus qu’elles ne disent. L’Etre suprême a parfaitement combiné nos moyens de communication par la parole avec notre faiblesse et avec nos passions. Dans les régions célestes ce sera tout autre chose ; là, on s’entendra sans parler et toutes les questions philologiques, et celleci, entr'autres , seront définitivement résolues.
prime ou représente , ou plutôt rappelle à l’esprit une idée simple’, dans tel autre une idée complexe, l'écriture s'est calquée sur les formes de la langue pour rappeler les idées, non sous de nouvelles formes, mais sous celles qu’elles avaient déja recues de la parole. Par conséquent si l'écriture peint des idées, c’est toujours par l'intermédiaire des mots ou des élémens qui les composent. Si tous les hommes étaient nés sourds et muets, l'écriture, comme tous les signes visibles dont ils auraient pu se servir, aurait été alors une langue originale, indépendante de toute autre; mais la parole existant déja, on en a fait naturellement le type de l'écriture, aïnsi toute écriture représente des mots, soit dans leur entier, soit par les élémens qui les composent.
On a dit, et cette opinion a été et est encore soutenue par les savans, par les sinologues, même du premier ordre, que l'écriture des Chinois peint ou représente des idées indépendamment des sons. Si par ce mot on entend des sons élémentaires dont sont composés nos alphabets, les sinologues ont raison jusqu’à un certain point;
? Quand je dis « une idée simple, » je me sers de ce mot dans un sens relatif et non dans un sens absolu.
mais Si on le prend dans un sens plus étendu, cette opinion ne me paraît pas exacte, car les caractères chmois représentent ou rappellent les mots à la mémoire, et les mots sont des sons composés, à la vérité, mais toujours des sons. Il est vrai que comme les mots de la langue:chinoise sont trop nombreux pour leur donner des signes arbitraires que la mémoire ne pourrait pas retenir, et comme il fallait nécessairement une méthode pour les classer etles distinguer les uns des autres, on a d’abord, par une peinture grossière d’un certain nombre d'objets visibles, établi des signes de mots qu'il a plu aux savans d'appeler signes d’idées, mais qui ont bientôt perdu leurs formes originelles, et ces signes primitifs, dont le nombre est inconnu, mais devait être nécessairement très borné, ont formé le fond du système graphique. Le nombre des mots étant beaucoup plus grand que celui des objets visibles, on a réuni deux ou plusieurs de ces signes déja convenus et dont il faut bien se rappeler que chacun représentait un mot, etonena fait des caractères composés qui, rappelant à la mémoire les mots qu'ils représentaient séparément, ont donné une courte définition verbale du nouveau mot qu'on voulait exprimer, qui a présenté
DIT eue
par les yeux à l'oreille mentale le son de ce mot d’une manière plus ou moins éloignée du sens propre et quelquefois énigmatique, comme il s'en trouve souvent dans nos langues, tels que sage-femme, hôtel-dieu, etc., mais toujours aidant à la pensée par le rapprochement des mots que les signes représentent, et rappelant un mot à la mémoire par la combinaison de plusieurs autres.
C'est par conséquent des mots et non des idées que l'écriture chinoise représente. Je sais que ce que je viens de dire demanderait un développement beaucoup plus étendu, auquel les bornes de cette préface ne me permettent pas de me livrer. Je dois me contenter de renvoyer le lecteur à un mémoire que j'ai présenté à ce sujet à la société philosophique américaine et qui va bientôt être livré à l'impression: Je n’y parle pas seulement de l'écriture chinoise, maïs aussi des hié— roglyphes d'Egypte, des peintures mexicaines, etc., le tout dans le but de prouver que l’objet de toute écriture a été de rappeler. à la mémoire , par des signes visibles , les mots dela langue, ou, si l’on veut, les idées revêtues des diverses formes que les mots leur ont données.
Sur un sujet aussi vaste et aussi compliqué,
= 47 j'aurai à solliciter beaucoup d’indulgence, et si je n'ai pas réussi à prouver ma thèse, je serai trop heureux si j'ai rempli ce que je considère comme l’objet principal de tout écrit de ce genre, Celui de FAIRE PENSER.
Quoi qu’il en soit, il est un fait évident et qu’il est impossible de contester , c'est que le système graphique des différens peuples n’est pas uniforme, et qu'avant de penser a une écriture commune et universelle, il convient de décider si parmi ces systèmes il en est un qui ait droit à la préférence et quel il est.
Je sais que sur ces deux points l'opinion générale est depuis long-temps formée , au moins en Europe, et que personne n’hésite à accorder la préférence à l'alphabet de sons élémentaires, tel qu'il est en usage parmi nous; mais à la Chine on pense différemment : «Le peuple de Fan (les Tartares), disent les lettrés de empire Céleste, préfèrent transmettre les idées à l'esprit par l'intermédiaire des sons, le Chinois préfère de beaux caractères, et ce qu'il recoit entre par les yeux!.» Je ne suis pas d'accord avec ces sa-
vans à bonnet pointu; je ne crois pas qu'avec
1 Morisson, Chinese Dictionary ; frtrod. p vi. ) V5
leurs caractères compliqués ils recoivent plus que nous avec nos alphabets, les idées par les yeux, C'est-à-dire sans l'intermédiaire des sons. Mais puisque personne ne peut être juge compétent dans sa propre cause, il faut au moins convenir que quant à la préférence d’un système sur l'autre , il y a quelque chose à dire des deux côtés, et qu'il est possible aussi que sous certains points de vue les deux parties aïent raison.
Pour être à même d'examiner cette question avec toute l’impartialité possible, il est nécessaire d'établir quelques faits.
Il y a trois sortes d'écritures qui nous sont suflisamment connues ; je m'y arrêéterai. Ce sont : 1
1° Les caractères lexigraphiques des Chinois; Cochinchinois, Tonquinois, etc. Je les appelle ainsi parce que chacun de ces caractères, soit simple, soit composé, peint ou représente un mot de la langue sans division de ses parties. Mais ce mot est un son que le signe rappelle, et le son rappelle l'idée. |
2° Les syllabaires ou alphabets syllabiques, en * usage parmi les nations tartares et autres peuples asiatiques. Chacun de ces caractères représente une des parties constituantes d’un mot quenous
appelons syllabes ; si le mot est monosyllabique , il le représente en entier, non comme mot, mais comme syllabe. C'est le son qu'il représente.
3° Les alphabets élémentaires dont on se sert en Europe. Je les nomme ainsi parce que chacun des caractères qui les composent (à quelques exceptions près) représente un seul des plus simples élémens de la parole analysée au dernier degré possible. Si une syllabe ou un mot est formé d’un seul de ces élémens, le caractère le représente , non comme mot ou syllabe, mais comme son élémentaire, et l'esprit le recoit comme mot. |
Passons maintenant à l’origine de ces diffé rens systèmes.
Le plus grand nombre des écritures qui existent a été formé, ou plutôt adopté par imitation. Ainsi, suivant la tradition, les Grecs ont recu leur alphabet des Phéniciens, les Romains des Grecs et, ce qui est incontestable, nos alphabets (à l'exception de celui de la langue russe) sont des copies de celui de l’ancienne Rome que nous avons adapté, comme nous avons pu, aux sons de nos idiomes; ainsi les Japonais ont emprunté des Chinois un certain nombre de leurs
caractères, dont ils ont formé un alphabet syllabique duquel'ils se servent pour écrire leur langue vulgaire , appelée yomr. C’est que l'homme est beaucoup plus porté à imiter qu’à inventer. L'invention est l'ouvrage du génie et le génie est très rare, et quant il veut lutter avec la présomption et l'ignorance, il n’a pas toujours le dessus. |
Cependant, il faut bien que ces différens systèmes d'écriture aient été znventés à des époques sans doute extrêmement reculées, et dont il ne nous reste que peu ou point de souvenirs. Les Chinois ont des traditions qui paraissent assez vraisemblables ; quant à nous, nous n'avons que des fables, à commencer par celle de Cadmus ; mais ce n’est pas là ce dont il s’agit. Mon objet est d'examiner quelle a pu être la cause de la différence que nous voyons entre les différens systèmes dont je viens, de parler. Je crois l'avoir trouvée dans la différence des langues.
Je pose d’abord en principe que l'écriture a été inventée, comme le dit élégamment le poète francais , pour « peindre la parole et parler aux yeux, » C’est la parole qu'on 'a voulu peindre’ et non les idées. Pour me servir d’une métaphore que je ne crois pas trop hasardée, les idées ont
posé devant les inventeurs de l'écriture, mais sous les formes tangibles des mots dont le langage de chacun d’eux les avait déja revêtues. Ces formes n'étant pas les mêmes dans les différens idiomes, ila fallu y adapter les différens systèmes graphiques qui devaient servir à les représenter. C’est ainsi que je concois l’imtention des premiers inventeurs de l'écriture. Je vais essayer de la développer par des exemples.
La langue chinoise, même aujourd’hui, après une existence de plus de quatre mille ans, est presque entièrement composée de monosyllabes. Il est à présumer qu’elle l'était entièrement dans son origine. Voilà une analyse du langage toute trouvée; on n’à pas cru nécessaire d'aller plus loin ; le nombre de ces monosyllabes, comparé à celui des mots polysyllabiques de nos langues, parmi lesquels il faut compter leurs diverses inflexions, n’était pas considérable; par conséquent l’idée la plus naturelle était d'inventer un caractère pour Chaque mot. Je laisse de côté la méthode qu’on a adoptée pour atteindre ce but, elle n’a rien à faire avec mon raisonnement; cependant je dois faire voir qu’elle a eu pour base et pour motif le génie et la structure de la langue. Cette langue monosyllabique a une infinité
pus 42 Er
de mots homophones, et qu'il est aisé de pren+ dre l’un pour l’autre. Afin d'éviter la confusion, on a cru devoir donner à chaque son, pris dans un différent sens, un différent caractère. C’est ainsi que nous écrivons cens, Cent, Sang, SANS; sens, sent, quoique nous prononcions tous ces mots de la même manière. C’est ce que nous appelons orthographe, et la forme des caractères est l'orthographe des Chinois. On dira peut-être que puisque les mots homophones sont bien entendus dans la conversation, ils devraient l'être de même lorsqu'ils sont écrits, mais le langage a des: ressources que l'écriture n’a pas; il y a l'accent , le ton, le geste, le regard, qui man— quent à l'écriture. D'ailleurs il est aisé en parlant de corriger une phrase et d'expliquer un mot ambigu, mais l'écriture est permanente et l’auteur du livre ou de l'écrit n’est pas à côté du lecteur pour remédier aux équivoques. Cette manière de différencier les sons à la vue facilite beaucoup l'intelligence de ce qui est écrit. Nous le sentons nous mêmes dans notre orthographe; nous serions fort embarrassés à la lecture sisans for et cent fois se trouvaient écrits de la même manière. L'oeil a ses besoins comme l'oreille.
Il résulte de ce que je viens de dire que notre
PAST CEE système alphabétique élémentaire ne conviendrait nullement à l’écriturede la langue chinoise. Cette langue ainsi écrite serait obscure et presqu'inintelligible , à cause de sa multitude de mots homophones; l'alphabet syllabique lui convient parfaitement, et c’est celui qu’elle a adopté. Mais puisque chaque syllabe est un mot, il est en même temps lexigraphique, el, par ce moyen, réunit les avantages des deux systèmes.
D’autres peuples ont inventé ou adopté des alphabets purement syllabiques. IL me paraît facile de démontrer que ce système est en général bien adapté au génie de leurs langues et qu'il y convient mieux que tout autre. Ces langues ne sont pas, en général, hérissées de consonnes, et par conséquent le nombre de leurs syllabes n'est pas si grand que leurs signes ne puissent aisément se graver dans la mémoire, ce qui ne serait pas possible avec les langues telles que le français , l'anglais , l'allemand, le polonais et le russe. Le syllabaire ou zrofa des Japonnais n'a que quarante-sept caractères’ qui, avec quelques combinaisonspour exprimer les sons complexes,
1 Explication des syllabaires Japonais, par Rémusat , en
tête de la Grammaire Japonaise de Rodriguez, traduite par Landresse. Paris, 1823.
re représentent toutes les syllabes de la langue. D'autres en ont davantage, mais le nombre n’en est jamais excessif. On concevra aisément com— bien ilest plus facile avec un tel alphabet d’apprendre à lire, puisque par là on évite les diff cultés de l’épellation, qui prolongent beaucoup l'enseignement , et celles de l'orthographe pour écrire. Le savant Jomard a proposé récemment d'enseigner à lire le français par groupes de lettres1, méthode qui offre une partie des avantages de lalphabet syllabique, mais qui ne les réunit pas toutes, ce qui est impossible pour nos idiomes. On sent aussi qu'avec de tels alphabets l’écriture doit être beaucoup plus rapide et tenir moins d'espace.
L’alphabet élémentaire convient aux langues chargées de consonnes, surtout de consonnes doubles et successives. Le nombre des syllabes de ces langues doit être et est en effet immense; aucune mémoire ne pourrait retenir des signes destinés à les représénter toutes; tandis que les sons élémentaires sont en petit nombre et se re-
* Nouveaux Tableaux de lecture assupétis au système et aux procédés de l'enseignement mutuel. Ouvrage autorisé par le conseil royal d'instruction publique, pour l'usage des écoles primaires. Paris , 1835.