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tiennent aisément. Aucune autre méthode ne pourrait s'appliquer à ces langues.
Je crois donc avoir démontré que la structure des différentes langues a produit dans leur origine les différens modes d'écriture inventés par différens peuples, et qu’il n’est aucun de ces systèmes qui, abstractivement parlant, aît droit à la préférence sur les autres. Un exemple frappant qui a eu lieu de nos jours, sous nos yeux, dans ce pays-ci, complétera j'espère cette démonstration.
Un sauvage Cheroki, nommé Sequoyah, connu aussi sous le nom de George Guess, vivait avec sa famille au milieu de ses compatriotes, dans les terres que le gouvernement des Etats-Unis avait assurées à sa nation par des traités solennels. Cette nation se civilisait rapidement et offrait un admirable spectacle à l'œil du philosophe. Elle s'était donnée une constitution et des lois; des magistrats élus par le peuple avaient l'administration, ses habitans cultivaient la terre cet les arts utiles; enfin... mais ce n’est pas cela dont il s’agit.
Sequoyah ne savait aucune langue que la
sienne, mais il était un homme de génie. Etant
un jour chez les missionnaires, qui avaient réussi
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à convertir à la religion chrétienne une grande partie de ce peuple, quelques livres anglais frap= pèrent sa vue. Il se fit expliquer le système de notre alphabet. Il apprit que les lettres qu'il voyait répétées représentaient les sons de la langue et les rappelaient à la mémoire. Cette idée produisit une vive impression sur son esprit. Il s'occupa aussitôt à analyser les signes de sa langue indienne. Après un long et pénible travail, dont il est mutile de donner ici les détails, il découvrit que les sons de son idiome se réduisaient à quatre-vmgt-cinq syllabes, toutes finissant par une voyelle. Il n’y a dans cette langue que deux consonnes successives, él et is, consonnes liquides et qui, dans la prononciation, se fondent aïsément l’une dans l’autre et paraissént n’en faire qu'une. Dès-lors son problème fut résolu. Ilinventa quaire-vingt-Cinq Caractères, dont il appliqua un à chaque syllabe de sa langue, et son syllabaire fut complet.
Ce syllabaire fut adopté par sa nation. Les missionnaires l'apprirent et l’enseignèrent à la jeunesse, qui fit des progrès rapides. Les hommes faits voulurent aussi savoir lire et écrire. Bientôt on imprima une gazette en langue cherokie intitulée /e Phénix; les lois et les ordon-
nances furent publiées en cette langue. Le Phézux continua de paraître pendant plusieurs années : mais les malheureux Indiens avaient des ennemis; leurs presses furent violemment détruites, on s’est emparé de leurs terres et de leurs biens et ils sont chassés de leur pays. Je m'arrête sur un sujet trop afiligeant et qui n’a rien de commun avec la philologie.
Sequoyah n’a point été un imitateur. Ii a suivi la route que la nature luia indiquée. Il s’était fait expliquer les principes de notre système élémentaire et il eût pu l’adopter. Il préféra consulter le génie de sa langue, et c’est en cela qu’il montre la supériorité de son intelligence. Il n’a point copié le modèle qui lui a été présenté, il a inventé. Quel est l’'Européen, rempli de l’idée de la supériorité de notre alphabet, qui eût imaginé la même chose? Depuis qu'il existe des missionnaires en Asie, en Afrique et en Amérique, il n’y en a pas un qui ait pensé à donner aux peuples appelés barbares un système d'écriture analogue à leurs idiomes; ils y ont adapté comme ils ont pu nos lettres romaines, chacun suivant la prononciation de sa propre langue, et ils ont cru avoir fait tout ce qu'il était possible de faire. Il en est de même pour la poésie et la musique. Per-
sonne ne s’est aperçu que ces arts devaient se conformer au caractère des différentes langues. Les protestans ont traduiten mètre allemand ou anglais les hymnes de Luther ou les psaumes de Watts; les catholiques, les cantiques et les noëls de leurs pays qu'ils ont fait chanter aux sauvages sur les airs qui leur étaient connus. Cela n'est pas très philosophique; mais il ne faut pas juger trop sévèrement ces hommes pieux qui affrontent tous les périls et souffrent avec constance toutes les privations pour se dévouer à l’instruction et à la civilisation de leurs semblables. Ils ont bien d’autres choses à faire que de raisonner philosophiquement sur les langues, les alphabets, la poésie et la musique !
L'exemple de notre sauvage nous présente la nature prise sur le fait dans l'invention d’un système d'écriture. IL est, par conséquent, mappréciable. C’est le hasard qui l'a produit ; quelque autre hasard, peut-être, nous fera faire de nouvelles découvertes avant que la race de nos Indiens soit entièrement éteinte.
Si j'ai prouvé que les signes graphiques de-
-vaient être en harmonie avec les langues dontls représentent les mots ou les sons, et que ia nature à conduit les hommes à les faire tels dans
'— leur origine, il s'ensuit nécessairement qu'il n'y a point de système d'écriture qui puisse être con: sidéré comme parfait, relativement à toutes les langues, et par conséquent qui puisse également servir à toutes. L'alphabet universel est donc une chimère que la philologie a raison de rejeter.
Ainsi cette belle science, à mesure qu’elle fait des progrès , va fauchant et déracinant les antiques préjugés. Les savans ont cessé de se mettre à la recherche de la langue primitive; on ne pense plus à inventer une langue philosophique ou universelle et encore moins une écriture pasigraphique, une tachygraphie d'idées qui ne peut exister que dans l'imagination. On s'occupe maintenant de la recherche des faits; on lève peu à peu le voile des illusions que l'ignorance a enfantées, et on se prépare à des découvertes positives, qu’une logique sévère saura extraire des faits qu’on aura accumulés.
Mais le temps des inductions positives n’est pas encore arrivé ; à mesure que les faits se découvrent, ils se pressent autour de nous et semblent nous inviter à former des hypothèses sur l’origine et la formation successive dulangage humain. Cependant on a déja trop abusé des théories