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chose arriverait à la prétendue langue philosophique, même en supposant qu'elle eût toutes les qualités qu'on lui désire.
Je né me serais pas occupé de cette folie de l'esprit humain si elle n’eût attiré pendant longtemps l'attention sérieuse des philologues. Un prince d’Allemagne , vers le milieu du dix septième siècle, offrit une récompense de trois cents écus à celui qui inventerait une langue universelle; un savait de cètte époque nommé Becher lui présenta un traité dans lequel il développait la forme et les principes d’une telle langue, qu'il disait avoir mventée. Le prince le paya en éloges et l'imvita à diner; c'était plus que la chose ne valait. Le livre de Becher était intitulé Nottia linguarum uriversals. I fut imprimé à Francfort en 1661, et est aujourd'hui très rare.
IL paraît qu’à cette époque la recherche de la langue universelle philosophique était à la mode parmi les philosophes. Ce n'étaient pas seulement les savans obscurs comme ce Becher qui s'en occupaient; lillustre Leibnitz lui-même, le rival de Newton, avait projeté un travail sur cette matière, projet qu'il ne fit cependant pas à exéeution. Il avait inventé, disait-il, la langue philosophique universelle qu'il appelait sa $ écieuse
= TONER
générale ou langue caractéristique au moyen de
laquelle toutes les vérités de raison pouvaient se réduire à une facon de calcul. C’est ainsi qu'il s'exprime dans deux lettres qu'il écrivait à M. Remond de Montmort en 1714, deux années avant sa mort. Elles se trouvent dans le cinquième volume de l'édition de ses œuvres par Dutens. Genève , 1768.
Dans un écrit publié après sa mort par le professeur Raspe: et qu’il paraît que le grand homme n'avait pas destiné à la publicité, on lit des détails très curieux sur cette invention, qu'il appelle une découverte admirable et dont trois hommes supérieurs étaient, selon lui, seuls capables, Aristote, Descartes et un certain Joachim
" Historiaet commendatio linguæ charactericæ unriversalis quæ simul sit ars inveniendi et judicandi. Dans le volume intitulé : OEuvres philosophiques latines et françaises de M. de Leïbnitz, tiréee des mss. conservés dans la bibliothèque royale de Hanôvre et publiées par R. E. Raspe. Amsterdam et Leipzig, 1765, in-/°.
De pareïlles idées sont les efforts des esprits supérieurs pour arriver à l'impossible ; mais elles retardent beaucoup les progrès de la science par les fausses lumières qielles répandent et qui mettent les génies du second ordre en mouvement pour chercher ce qu’ils ne trouveront jamais.
Juñg où Jungius de Lubeck, grand philosophe de son temps, aujourd'hui oublié. Il nous apprend que la langue universelle était formée par le moyen des chiffres, en appliquant à chaque idée un nombre caractéristique. Cette langue, comme l’arithmétique ou l'algèbre, devait faire connaître toutes les erreurs et conduire à de nouvelles découvertes; chacun pourrait la lire dans son propre idiome ; elle était complètement arrangée dans sa tête, il n'y manquait que la grammaire et le dictionnaire.
C'était peu de chose, aussi s’empressa-t-on de mettre la main à l’œuvre. Un savant ministre de l'église anglicane , le célèbre John Wilkins, depuis évêque de Chester, entreprit ce travail dans toute son étendue. Il fit une langue qu'il appela philosophique, et en 1668 il en publia l'alphabet, la grammaire et le dictionnaire dans un énorme volume in-folio. Cette langue, comme de raison, était calquée, quant aux formes grammaticales, principalement sur l'anglais. C'était une langue tirée au cordeau, et l’uniformité, perfection des petits génies, s'y faisait remarquer partout. Il avait pour les noms substantifs un système d’antithèses qu'il dut croire admirable. Par exemple, si da signifiait dieu, ida devait si-