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et des hypothèses; il faut s'arrêter pour quelque temps et continuer à rassembler des faits, et surtout de les bien constater. C’est ce qu'on n’a cessé de faire depuis le commencement de ce siècle , et déja la moisson est abondante : l'Asie a été explorée dans tous les sens; les Klaproth, les Rémusat , les St-Martin ne sont plus, mais ils ont laissé des successeurs zélés et habiles, dont la liste est trop longue pour les désigner ici, et que serait-ce si je voulais nommer tous les savans philologues dont s’honorent l'Allemagne, l’Angleterre et les autres pays de l’Europe? Les langues d'Afrique n’ont pas été négligées , non plus que celles de l'Océanie, où l’on a vu avec étonnement s'étendre à travers les mers, en divers dialectes, la langue de la péninsule de Malacca, à l'extrémité méridionale de l'Asie. Nous avons déja une excellente grammaire et un dictionnaire de la langue des nègres Wolofes et de celle des Bambaras; il y a lieu d'espérer que celle des anciens Numides, le berbère, nous sera bientôt plus intimement connue, puisque l'Algérie est devenue une colonie française, et peut-être trou-
era-t-on des restes de cette langue coptique qu'on croit entièrement éteinte. Ce serait un
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puissant secours pour la poursuite des ‘admirables découvertes de Champollion et de ses collaborateurs :.
+ Enfin, aucune partie du : monde n’a échappé aux recherches de la science philologique, et l’Amérique surtout a attiré ses regards. Les langues
* Un voyageur arabe, Ebn-ed-Dyn, a parcouru une pärtie de l’intérieur de l’Afrique septentrionale et la relation qu’il a faite de son voyage, traduite en anglais par M. Hodgson et'ensuite en français par M. d’Avezac, a été publiée dans le Bulletin de la société de géographie de Paris (deuxième série) , vol: 1,2; 4 et 5. Dans le cours de son voyage, l’auteur a trouvé plusieurs villages où , dit-il, on parle une langue qu’il appelle le copte. Voici ce qu’il dit au sujet du village appelé Mathmathak, dans la régénce de Tripoli : « Le langage des habitans (de ce village et des environs) est le copte: » Et pour plus d'assurance il ajoute : « Ce n’est ni du berber, ni du turc, ni de l'arabe, c’esr pu copre. » Bulletin, vol. I, p. 291.
Quelle peut être cette langue copte dont parle ce voyageur et qui n’est ni du bérber, ni du turc, ni de l’arabe? Ne serait-il pas possible que des fâmilles de Coptes, persécutées par les soudans de l'Egypte, se fussent réfugiées dans la Barbarie et se fussent établies dans ces villages , où leur idiome'se serait conservé jusqu'à présent? Ceci me semble mériter quelque considération. Quelle découverte ce serait que l’ancienne langue coptique, vivante et parlée, pour l'intelligence des hiéroglyphes et des monumens de l'Egypte ! Allez donc, intrépides voyageurs ! explorez ces contrées ! une riche moisson vous attend.
— 52 7 des peuples sauvages qui l'ont possédée autrefois, et dont un grand nombre l'habite encore actuellement, semblent présenter une mine inépuisable de faits qui, recueillis et comparésavec soin et avec exactitude, pourront un jour nous conduire à une connaissance plus approfondie de la marche de l'esprit humain.
C’est sans doute ce qui a engagé la commission de l’Institut de France, qui a daigné honorer de sa haute approbation le mémoire que ceci précède, à proposer lesujet de ce même mémoire aux philologues qui voudraient concourir pour le prix de linguistique, fondé par M. le comte de Volney. En faisant choix des langues américaines , elle s’est sagement bornée à une seule famille de ces langues, voulant indiquer par là que les études philologiques doivent être suivies pas à pas , et que ce n’est qu’en recueillant et accumulant les faits spéciaux qu'on peut arriver aux grands résultats que la science nous promet. 1] n’y a pas, en effet, une des nombreuses branches de cette science qui n’exige une longue étude.et qui ne présente une multitude de faits intéressans à l'œil de l'observateur. Le petit nombre de ces faits que j'ai pu rassembler en offre une preuve convaincante.
Le premier fait qui frappe nos yeux en examinant les langues de l'Amérique, et enles comparant avec celles de l’ancien monde, est qu'il n'y a point et qu’il ne peut pas y avoir de grammaire générale, c'est-à-dire de système grammatical applicable à toutes les langues. On peut appeler de ce nom, si l’on veut, l'analyse de la pensée humaine ; on peut, si j'ose ainsi parler, disséquer cette faculté de notre intelligence, mettre à nu les parties qui la composent, les nommer et les définir; mais quand on veut passer de l'analyse à la synthèse, on voit ces parties de la pensée s'unir, se combiner de tant de différentes manières qu'il n’y a presque rien de commun. Ainsi la grammaire générale, si on veut l’appeler ainsi, n’est plus la science qui nous à été enseignée par les Harris, les Arnaud, les Lancelot et les Silvestre de Sacy; ce n’est plus la grammaire générale, c’est la grammaire comparée ; belle et sublime science; science nouvelle, inconnue aux siècles qui nous ont précédés et qui n’est encore qu'ébauchée; elle n’est pas arrivée au point où elle doitnous apparaître dans toute sa splendeur.
Nous sommes dans le siècle des sciences comparatives. L’anatomie comparée est de fraîche
dâte. On n’a cependant jamais pensé à une ana-
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tomie générale. C'est que les objets dont cette science s'occupe tombent sous le sens et, comme ceux qui n'existent que dans la pensée, ne permettent pas de s’égarer.
Lorsqu'après avoir étudié et contemplé les langues américaines on revient à la grammaire dite générale des illustres solitaires de Port- Royal, on est étonné de leur entendre dire; en parlant de telle ou telle forme grammaticale : «Cette forme est commune à toutes les langues.» C’est que leur horizon était très borné ; leur esprit était vaste et leurs connaissances limitées. Ils n'avaient pas eu les moyens d’en acquérir davantage. La science n'était pas encore arrivée au point qu’elle a atteint aujourd’hui.
On peut faire des grammaires générales applicables, à quelques exceptions près, à un certain genre ou à une certaine classe de langues; mais on ne peut en faire une qui s'applique à toutes. Ainsi voila une science qui, retenue long-temps dans des bornes étroites, a changé d'objet et de face , et dont les vues ne sont limitées que par les extrémités de la terre. C'est le fruit de l'étude des langues barbares que Maupertuis avait si fort raison de recommander,
La grammaire comparative ou, si l’on veut,
la grammaire générale , car le nom ne fait rien à la chose, présente à l'observateur une foule de rapprochemens qui sont du plus grand intérêt pour l’histoire de l'esprit humain. On y voit d’abord que la pensée qui se résout en idées plus ou moins complexes a été admirablement analysée par les anciens grammairiens, et que le nom, le pronom, le verbe, etc., avec leurs subdivisions sont les types, si j'ose le dire, les matériaux dont se sont formées toutes les langues, mais dont elles n’ont pas fait un usage égal ou uniforme; telle langue a analysé les plus complexes de ces idées et en a fait différens mots; tandis que d’autres ont joint et exprimé par un seul mot plusieurs de ces parties constituantes de la pensée; telle langue a dit sapio, combinant ensemble le pronom , l'adjectif et le verbe, et telle autre les a exprimés séparément en disant Je suissage. Ce serait une question curieuse à examiner que celle de savoir quelles sont les parties du discours indispensablement nécessaires à la formation d’une lañgue et quelles sont celles dont elle pourrait à la rigueur se passer ? Ce n’est qu’en comparant toutes les langues existantes que ce problème pourra être résolu. Il semblerait, au premier coup d'œil, qu'il n’y a