‹ Mémoire sur le système grammatical des langues de quelques nations indiennes de l'Amerique du NordChapitre 14 sur 129 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Observations préliminaires.

Afin d'éviter la répétition d’une longue nomenclature, nous avons donné aux langues lenni-lénäpé, mohégan et chippéway, le nom de /amille algonquine, pour la distinguer de celles des Iroquois, des Sioux, des Esquimaux et des Floridiens leurs voisins. Ce nom d’Algonquins, amsi que celui d'Iroquois, est consacré par les relations des plus anciens voyageurs et mission-

naires : tandis que. les Mohégans ont presque » | entièrement disparu de la surface du globe, et que les Lénâpés sont sur le point de s’étemdre ;

la nation algonquine , sous son ancien nom, et + sous celui de Chippéways existe encore répan- LA due sur une vaste étendue de territoire, et sa £# langue est aujourd’hui, comme elle était il y a 4

deux siècles, au rapport de La Hontan, de Charlevoix et de tous les autres écrivains de ce temps-là, celle au moyen de laquelle les dif- “3 férentes tribus indiennes communiquent entre elles. C’est le français de l'Amérique du nord. Nous avons donc cru convenable de conserver ce vieux nom d'#/gonquins,qui d’ailleurs a pour lui la fixité et n'est pas sujet, comme les noms plus modernes, à de fréquentes mutations. Celui de Chippéwary, que cette nation se donne à ellemême, altéré par l'écriture , ‘en a déja éprouvé plusieurs. On écrit : Chippéwa, Chippéway, Chippaway, et un écrivain récent (M. Schoolcraft), nous dit qu'il faut les appeler Oyrbways. Les Français ont eu raison de donner des noms fixes et euphoniques aux nations indiennes. Les mots, après tout, sont faits pour s'entendre, et non pour y chercher des étymologies presque toujours hasardées et le plus souvent fausses. Encore moins sont-ils faits pour imiter des sons barbares, auxquels ni l'oreille, niles organes de

la parole ne sont habitués. Il est bon de con-naître les noms que les peuples se donnent dans leurs propres langues, mais 1l n’est pas essentiel de les imiter dans la nôtre. Les Grecs s’appelaient Elmvec ; les Romains les appelaient Græci ou Graü. Ainsi nous disons Londres, et non London, Anvers et non Antwerpen, etc. , et par ce moyen une belle langue n’est pas hérissée de mots que personne ne peut prononcer.

Nous avons observé la recommandation spéciale qui nous est faite par l'honorable commission de l'institut'« d'indiquer, à l’aide de comparaisons grammaticales et lexicographiques , les ressemblances et les différences que présentent entre eux les idiomes désignés et les dialectes qui peuvent s'y rattacher. » Nous nous conformerons à cette direction donnée à notre travail, autant qu'il sera en notre pouvoir. Pour servir aux comparaisons lexicographiques que la commission exige, nous joignons à Ce mémoire un Vocabulaire comparatif et raisonné de plus de trente langues ou dialectes de la famille algonquine, répondant à quarante-cinq mots de notre langue, que nous avons choisis comme ceux qui se trouvent le plus fréquemment dans les collections de ce genre; mais, malgré nos efforts, nous n'avons pu représenter tous ces mots dans chacun de ces dialectes, et nous en aurions pré-

senté un moindre nombre, si nous les eussions choisis autrement. C’est que chaque faiseur de vocabulaire donne les mots qu'il lui plaît, et il n’y à point entre eux de système uniforme. Nous espérons que les observations que nous avons faites dans celui-ci, partout où l’occasion s'en est présentée, jetteront quelque lumière sur la formation de ces langues.

Quant aux différences grammaticales qui existent entre elles, nous nous trouvons plus embarrassés. Ces langues paraissent toutes formées sur le même modèle, à quelques exceptions près, qui ne nous paraissent pas de bien grande importance. S'il se fût agi de les comparer avec les langues voisines, qui appartiennent à d'autres familles, avec l'iroquois, par exemple, ou le sioux , notre travail eût été plus’ facile; il Paurait été encore davantage, si la comparaison eût dû être faite entre les langues de l'Amérique du nord et celles du sud, ou entre celles du nouveau et celles l’ancien monde; les différences eussent alors été plus saillantes et plus aisées à faire remarquer ; tandis que, dans les idiomes d’une même famille, dans les langues qu’on peut appeler sœurs, elles échappent souvent à l'oeil de l'observateur. Le plus grand nombre de ces différences porte sur les mots, et il en existe peu entre les formes grammaticales. Qu'importe,

par exemple, que l'italien dise: dico, etl'espagnol digo; que l’un dise : dird et l’autre diré? ce n’est pas de cela qu'il s'agit, lorsqu'on ne veut pas apprendre à parler une langue, mais qu’on désire seulement savoir de quelle manière et sous quelle forme elle présente les idées à l'esprit. Il est bon cependant de jeter un coup d'œil sur la manière dont les mots varient entre les langues d'une même famille : cela jette de la lumière sur leur formation respective, et aide à la bien comprendre. C’est , sans doute , ce qui a engagé la commission à demander des comparaisons lexicographiques. Elle peut , au reste , être assurée que nous ferons tous nos efforts pour remplir ses vues en tout point, et mériter sa haute approbation, sans l'espoir de laquelle nous n’aurions point entrepris ce travail.

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