‹ Mémoire sur le système grammatical des langues de quelques nations indiennes de l'Amerique du NordChapitre 16 sur 129 · CHAPITRE IIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIT

Des langues américaines en général.

Voilà encore un sujet sur lequel nous désirerions pouvoir nous étendre ; mais il faut nous renfermer autant que possible dans les, limites qui nous sont prescrites. Cependant nous ne croyons pas nous en écarter trop en faisant connaître ce que les langues qui nous ont été désignées ont de commun avec toutes les autres de ce continent, Quand nous disons «toutes les autres » nous ne voulons pas être entendu à la rigueur; il est possible qu'il se trouve en Amérique des idiomes qui diffèrent entre eux, par exemple, comme le basque et le chinois, sous le rapport deleurs formes grammaticales! ; mais si elles existent, elles ne sont pas venues à notre connaissance. Tout ce qui nous est connu de ces langues, depuis le Groenland jusqu'au Chili, est empreint du même caractère, el dans toute l’é-

1 Depuis que ce Mémoire a été écrit, une telle langue a été découverte; c’est celle des Indiens Othomis. Voyez la Préface, p.70.

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tendue de ce vaste pays, nons n'avons pas encore pu découvrir une seule exception au système général que nous allons exposer.

Si l’on considère le langage humain comme faisant partie de l’histoire naturelle de l’homme, les langues des indigènes de l'Amérique , sous le rapport de leur structure et de leurs formes, peuvent être regardées comme un genre qui a ses espèces et.ses variétés, mais où les traits génériques prédominent : il n’en est pas ainsi quant à leur étymologie. Tandis que, dans l'ancien monde, on voit , depuis les bords du Gange jusqu'à l'Océan Atlantique, une foule d’idiomes différant entre eux par les formes grammaticales et dont les mots cependant ont une telle analosie que les philologues ont réuni ces langues dans une seule et même classe, sous la dénomination de langues indo-germaniques ou indoeuropéennes, on ne voit rien de semblable sur le continent américain. Le système grammatical se ressemble partout de la manière la plus frappante,, mais il ne faut pas chercher des affinités verbales, excepté dans les langues qu’on peut appeler sœurs et qui font partie d'une même famille. Ce n’est pas qu'il n’y ait quelques exceptions : on trouvera peut-être dans la langue des Chactàs , ou dans celle des Sioux, quelques mots qui semblent être d’origine algonquine , mais ils

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sont en très petit nombre. Les Iroquois et les Algonquins ont vécu long-temps très rapprochés les uns des autres; ils se sont fait de longues guerres, Ont adopté réciproquement des prisonniers des deux sexes qui ont vécu parmi eux.

Les Hurons, tribu iroquoise, ont été alliés avec les tribus algonquines contre des ennemis communs ; cependant, si l’on compare les langues de ces deux familles, on y trouvera à peine deux ou trois mots qui paraissent dérivés de la même source. Pour preuve de ce fait, qui nous paraît digne d'attention, nous joignons sous la marque A un Vocabulaire comparatif de 250 mots dans la langue des Onontagués (tribu iroquoise) et celles des Lénäpés (tribu algonquine). Nous n’y avons trouvé qu’un seul mot (celui qui signifie pied) qui semble indiquer quelque analogie verbale entre ces deux familles de langues. A plus forte raison, diffèrent-elles du mexicain, du chilien, du péruvien, et cependant elles sont toutes soumises au même système général de formes grammaticales. Nous ne ferons point de réflexions sur ces faits remarquables : il nous suffit de les avoir indiqués.

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