‹ Mémoire sur le système grammatical des langues de quelques nations indiennes de l'Amerique du NordChapitre 17 sur 129 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Caractère général des langues américaines.

Le caractère général des langues américaines consiste en ce qu’elles réunissent un grand nombre d'idées sous la forme d’un seul mot; c'est ce qui leur a fait donner par les philologues américains le nom de langues polysynthétiques. Ce nom leur convient à toutes (au moins à celles que nous connaissons }, depuis le Groenland jusqu’au Chili, sans qu'il nous ait été’ possible d'y découvrir une seule exception, de sorte que nous nous croyons en droit de présumer qu'il n’en existe point. À l’aide d'inflexions, comme dans les langues grecque et latine, de particules, affixes et suflixes, comme dans le copte, l’hébreu et les langues dites sémitiques, de la joncton de particules significatives, comme dans le chinois , et enfin de syllabes et souvent de simples lettres intercalées à l'effet de réveiller une idée de l'expression de laquelle cette lettre fait partie, à quoi il faut ajouter l’eilipse, quifait sousentendre, les Indiens de l'Amérique sont parvenus à former des langues qui comprennent le plus grand nombre d'idées dans le plus petit nombre de mots possible. Au moyen de ces pro-

cédés ils peuvent changer la nature de toutes les parties du discours; du verbe, faire un adverbe ou un nom; de l'adjectif ou du substantif, un verbe; enfin, tous les auteurs qui ont écrit sur ces langues avec connaissance de cause, depuis le nord jusqu’au sud, affirment que,’ dans ces idiomes sauvages, on peut former des mots à l'infini. Aussi les missionnaires ne se sont-ils pas fait faute d’en inventer avec plus ou moins d’habileté pour servir à leurs explications théologiques.

Toutes ces langues sont plus ou moins régulières dans leurs formes grammaticales. Leurs verbes se conjugent par des inflexions ou désinences , et une foule d'idées accessoires s'y mêlent au moyen de légers changemens ou de syllabes préfixes ou intercalées. Ils ont des règles pour les nombres et pour les genres, des concordances entre les différentes parties du discours ; les adverbes se distinguent par des formes qui leur sont propres: Enfin leurs langues peuvent être soumises à des règles grammaticales. Il y a dans ces idiomes, comme dans les nôtres, des irrégularités ; cependant , l’abbé Molina affirme qu’il n’y en a aucune dans la langue chilienne. Cela paraît diflicile à croire ; cependant cela est possible. Il ajoute qu’elle n’est point divisée en dialectes, et qu'elle est parlée.

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purement dans une vaste étendue de pays. Il n’en est pas ainsi dans la partie septentrionale du continent américain. |

Il y a des différences dans les formes grammaticales de ces langues, mais elles sont d'une nature secondaire ; le caractère polysynthétique domine dans toutes. La formation des mots varie selon la nature des élémens dont elles sont composées. Telle langue a un grand nombre de particules significatives qu’elle peut réunir facilement; telle autre a des particules serviles dont l'usage est soumis à des règles; telleautre, enfin, prend des syllabes où elle les trouve lorsqu'il s’agit de former de nouveaux mots. Il y a une différence sensible, quant à la formation des mots, entre les langues des peupleschasseurs pêcheurs ou nomades et celles des Indiens sédentaires © qui ont recu un certain degré de civilisation; celles-ci ont en général plus de méthode, les élémens en sont plus simples et employés avec plus d'art ; elles ont un aspect moins rude et moins sauvage. Pour faire sentir cette différence, nous allons donner quelques ‘exemples tirés des langues du Groenland et du Chili. On y verra le même système polysynthétique, varié seulement par l’emploi d’élémens d’une nature différente.

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