CHAPITRE V
Des langues algonquines.
De cette nombreuse famille de langues, la plus étendue de celles qui existent dans la partie septentrionale du continent américain, nous n'avons connaissance que d'environ trente dialectes, dont plusieurs sont déja éteints, et d’autres ne tarderont pas à l'être. Nous savons, cependant, qu'il y en a un bien plus grand nombre actuellement vivans ; mais nous ne connaissons aucun ouvrage, soit manuscrit, soit imprimé, qui puisse nous donner une idée de leur structure ou de leurs formes : tout ce que nous savons par ceux qui ont visité les peuples qui les parlent, c'est que ces langues appartiennent à la famille algonquine. L'outawa était de ce nombre, et ce
n'est que récemment que, dans un entretien d’une demi-journée avec M. l'abbé Hamelin,
dont il est parlé dans l'introduction au Vocabu-
laire sous la marque B, nous avons obtenu de cet intelligent Indien un court vocabulaire de sa langue, et quelques notions sur ses formes grammaticales.
Il existe peu d'ouvrages qui aient rapport à la grammaire des trente dialectes, ou environ, dont nous venons de parler. Ceux sur lesquels nous avons des notions plus ou moins précises, sont : l’algonquin propre ou chippéway, le lénäpé, l’abénaqui, le mahican, le massachusetts et le narragansett, qui diffère très peu de ce dernier. Quant au reste, nous n'avons rien autre chose que des vocabulaires plus ou moins étendus et plus où moins dignes de foi, et ce que nous avons pu apprendre par des conversations ou des correspondances, soit avec les Indiens, soit avec des personnes qui ont vécu parmi eux. Il faut dire, cependant, que Ces communications facilitent plus l'étude des langues sauvages que la seule lecture des livres qui ne disent que ce qu’ils veulent, et ne peuvent répondre à aucunes questions que celles que leurs auteurs ont. prévues. On voit ces langues, pour ainsi dire en action, et on a par là le moyen de s’en former une idée plus juste et plus précise. Malgré tous ces avant
> 98 = tages, nous sommes bien éloigné de croire qu'il soit en notre pouvoir de donner à l'honorable commission toute la satisfaction qu’elle est en droit d'exiger. Nous sentons l'insuffisance dé nos lumières, et encore plus la faiblesse de notre talent. Nous allons cependant essayer dé remplir la tâche qui nous est imposée...
Pour procéder avec quelque méthode; rious traiterons en premier lieu de la phonologie des langues algonquines, c’est-à-dire des sons vocaux dont elles sont composées. Nous passerons de là aux mots, que nous considérerons d’abord sous le point de vue étymologique, et ensuite sous celui de leur formation. Enfin, nous terminerons par la grammaire , en suivant l’ordre des parties du discours, qui nous paraît le plus propre à remplir l'objet que nous nous sommes proposé.