CHAPITRE VIL
Etymologie.
Nous appelons éymologiela connaissance des mots d’une langue ou d’une famille de langues, sous le rapport de leurs origines et de leurs affnités. Cette matière ne peut pas être traitée pour les langues américaines de la même manière que
pour celles d'Europe. Il ne peut pas s'agir ici de langues-mères ni de langues-filles, car surplus de soixante idiomes ou dialectes qui composent ou ont, il n'y a pas encore long-temps, composé ce que nous appelons la famille algonquine, comment peut-on connaître celles qui ont précédé les autres ? Comment peut-on distinguer les langues anciennes d'avec les langues modernes ?
Nous ne pouvons voir ici que des langues-sœurs et jamais nous ne découvrirons non seulement lasouche commune d’où ces langues sont issues, mais pas même la filiation immédiate d’une seule d’entre-elles. Le délaware et le minsi, par exemple, sont deux dialectes de la langue de la tribu lénâpé; le troisième, celui des Ünalachtigos, nous est entièrement inconnu; nous n’en possédons pas même le plus petit mot; quelle raison avonsnous donc d’accorder la priorité à lun plutôt qu’à l’autre? serait-ce parce que Zeisberger et Heckewelder ont écrit sur le premier que nous lui donnerions la préférence? Mais si Vater ou Abel Rémusat, ou quelque autre génie de cette trempe , nous eût donné une grammaire du second ou du troisième, par la même raison nous devrions mettre celui-là au-dessus des deux autres, et seulement parce que nous le connaîtrions mieux ; mais ce n’est pas ainsi qu’il faut raisonner.
Nous ne pouvons pas dire que telle langue
américaine est dérivée de telle autre. Tout ce. que nous pouvons faire est de les diviser en familles étymologiques, et nous ne manqueronspas de moyens pour cela.
La différence frappante ‘qui existe entre les. mots des diverses familles de langues américaines , et le peu qu’elles empruntent les unes des. autres, en quoi elles diffèrent essentiellement. de celles de l'Europe et de l'Asie occidentale, est le plus certain de ces moyens. La famille iroquoise , par exemple, ne peut jamais être confondue avec la famille algonquine. A peine trouve-t-on dans l’une et dans l’autre deux ou trois mots qu’on puisse extraire de la même, racine. Leur physionomie d’ailleurs est si dis semblable que l'œil un peu exercé ne peut s'y tromper, tandis qu’il n’en est pas tout-à-fait de même dans les dialectes qui proviennent de la même souche , quoique cette souche soit incon— nue. Le vocabulaire comparatif de ces deux familles de langues que nous joignons à ce mé-— moire mettra ces faits en pleine évidence.
Il y a d’autres signes distinctifs au moyen desquels on peut facilement reconnaître les langues de la famille algonquine. Une foule de mots analogues existent dans presque toutes; ceux qu'on ne rencontre pas dans l'une se trouvent dans l’autre’, simon sous leurs formes simples au
nioins sous des formes composées. A la vérité , quelques-unes de ces langues ont des mots qu'on ne peut pas rapporter à d’autres; ces mots anomaux se remarquent principalement au nord dans les langues acadiennes, et au sud dans celles que l’on appelle pampticoughs et powhatan, idiomes peu connus et qui forment les extrêmes limites, où ces langues probablement commencent à dégénérer; cela ne doit pas nous paraître extraordinaire, quelques-unes sont entièrement éteintes.
D’autres signes encoré servent à distinguer cette famille de langues. Les pronoms personnels et possessifs sont les mêmes sous leurs formes d’afixes et de suffixes.—"W ow 77 représente la première et # ou kr la seconde personne; ou, o, w représentent la troisième, dans les noms comme préfixes, dans les verbes le plus souvent placés à la fin du mot sous des formes aisément reconnaissables. .4#,0g sont presque partout les signes du pluriel. En voilà assez pour les distinguer de celles des nations voisines.
En examinant attentivement le Vocabulaire sous la marque B, on pourra se former une idée assez juste de la manière dont les mots passent d’un idiome dans l'autre, et on se convaincra de l’affinité qui existe sous le rapport étymologique, entre les trente langues, ou environ, dont