‹ Mémoire sur le système grammatical des langues de quelques nations indiennes de l'Amerique du NordChapitre 27 sur 129 · Langue algonquine propre ou chippéwary · texte numérisé non relu

Langue algonquine propre ou chippéwary

Nous ne pouvons pas faire mieux connaître la manière dont s'opère la formation des mots dans cette langue qu’en traduisant quelques extraits de ce que dit M. Schoolcraft dans l'ouvrage dont nous allons parler. M: Schoolcraft est un Améri- Cain des Etats-Unis, qui habite aujourd’hui le territoire de Michigan" et a passé la plus grande partie de sa vie dans les états de l’ouest au service du gouvernement. Il a épousé une femme de race mêlée, dont la langue naturelle est le chippéway, que lui-même possède parfaite ment. Il joint à cela un esprit philosophique et

1 Depuis peu érigé en Etat.

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beaucoup de connaissances acquises. Nous n'a vons pas l'honneur de le connaître personnellement; nous n’en jugeons que par sa réputation et par ses ouvrages.

IL a publié récemment une relation très inté— ressante' d’un voyage d'exploration qu'il fit en 1832 par ordre du gouvernement pour découvrir les sources du Mississipi, qu'il a découvertes effectivement. Dans cette relation, il donne le commencement d’un cours de lecons sur la langue chippéway qui n’en contient malheureusement que deux , où il ne traite que du nom substantif, mais d'une manière qui fait désirer la continuation de cet ouvrage. Nous nous plaisons àrendre justice au talent distingué de cet écrivain; on en pourra juger par les. extraits qui vont suivre.

Dans la première de ces deux lecons, M.

Schoolcraft dessine à grands traits le caractère général de l'idiome dont il traite, caractère qu’on peut appliquer à toutes les langues de la famille algonquine. «Les inventeurs de cette langue, dit- « il., paraissent avoir eu principalement en vue

? Narative of an expedition thro’ the upper Mississipi to Itasca lake, the actual source of this river, embracing an exploratory trip thro the St.-Croix and Burntwood or Broule (bois brülé) rivers, in 1832 under the direction of Henry K.. Schoolcraft. New-York, Harper et Brothers, 1834.

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d'exprimer succinctement et avec le moins dëè mots possible, lesidées qui ont prédominé dans leur esprit. De là la concentration est devenue le trait du langage. Le pronom, l'adjectif, l'adverbe, la préposition , quoique dans certains cas on puisse s'en servir sous une forme disjonctive , sont principalement employés comme des matériaux au moyen desquels l'orateur est à même de remplir la trame Compliquée du verbe et du substantif. Rien dans le fait ne peut être plus dissemblable que la langue considérée dans son état primitif et élémentaire, dans un vocabulaire, par exemple, où les mots sont donnés sous leurs formes simples, et la même langue, lorsque ces éléméns sont amalgamés dans les formes usitées du discours. Cet amalgame peut être comparé à un tableau où l’opale, le carmin et la céruse ne sont plus reconnaissables comme des substances distinctes, mais où chacune de ces couleurs a contribué à l'effet général. Le neintre seul possède le principe par l'application duquel on a Ôté à tel élément et ajouté à tel

autre, de sorte que ces objets, discordans en

apparence, forment un tout concordant et dont les parties sont en harmonie. »

« On doit s'attendre, continue notre auteur, qu'une telle langue ne peut qu’abonder en

mots dérivés et composés, qu’elle a des règles pour transformer les verbes en substantifs et les substantifs en verbes, pour concentrer la signification des mots sur un petit nombre de syllabes et même sur une simple lettre ou sione alphabétique ; qu’elle a des méthodes pour la contraction et l'augmentation des idées combinées sous la forme d’un mot; et enfin, si je puis m'exprimer ainsi , des routes secrètes, des chemins de traverse, pour arriver plus tôt à des modes d'expression également neufs et intéressans. Pour parvenir aux mots primitifs il faut suivre et démêler un fil entortillé, et l'analogie est notre seul guide. Il faut dépouiller les mots de ces syllabes ou particules accumulées qui, ainsi que les molécules de la matière physique, sont agglomérées autour des racines primitives; ce n'est qu’à l’aide d'un procédé semblable que le principe, la méthode, qui préside à cet amalgame, ce fil secret qui fait mouvoir toute la machme, peut être cherché non sans peine et avec quelque espoir de succès. »

À la fin de la seconde lecon, l’auteur revient

encore sur ce sujet. « Les mots de cette langue,

dit-il, sont d’une nature si variable et si transpostäive que, de même que les pièces sur l'échiquier , leurs syllabes élémentaires peu-

per 2

« vent être changées de place à la volonté dw « joueur, pour former de nouvelles combinai- « sons et s'accommoder à de nouvelles circon- « stances , pourvu toutefois qu'il se conforme à « certaines règles dont l'application, après tout. « dépend beaucoup de la volonté et de l’habi- « leté du joueur. Ce qu'il y a de plus surpre- « nant, c’est que toutes ces combinaisons, toutes « ces modifications de l’objet, ces distinctions « de la personne, du temps et du lieu, n’empê- « chent pas qu’on ne fasse usage, sous leurs « formes élémentaires et disjonctives, de l’ad- « jectif, du pronom, du verbe et des autres “ parties du discours, qui sont ici entremêlées, « sous des formes variées , dans la contexture « du nom substantif?. »

Il est curieux de comparer ce que nous venons de lire avec ce que le père Charlevoix, il y plus d’un siècle, disait de la langue des Hurons * : « Cette langue, dit-il, est d’une « abondance, d’une énergie et d’une noblesse « qu’on ne trouve peut-être réunies dans au

: 11 faut observer que l’auteur ne traite ici que de cette partie du discours.

* Journal d'un voyage dans l'Amérique septentrionale , adressé à M”° la duchesse de Lesdiguiéres , lettre 12°, mai. 1724. (Hist, de la Nouvelle-France, t. V, p. 289-290.)

cune des plus belles que nous connaissions.

Dans le huron, tout se conjugue ; un artifice que je ne vous expliquerais pas bien y fait distinguer des verbes les noms, les pronoms, les adverbes , etc. Les verbes simples ont une double conjugaison , Pune absolue, l’autre réciproque. Les troisièmes personnes ont les deux genres, car il n’y en a que deux dans ces langues, le genre noble et le genre ignoble’. Pour ce qui est des nombres et des temps, on y trouve les mêmes différences que dans le grec. Par exemple, pour raconter un voyage, On s'exprime autrement si on l’a fait par terre ou si on l’a fait par eau; les verbes actifs se multiplient autant de fois qu'il y a de choses qui tombent sous leur action; comme le verbe qui signifie manger varie autant de fois qu'il y a de choses comestibles. L'action s'exprime autrement à l'égard d’une chose animée et d’une chose imanimée : ainsi, voir un homme et voir üne pierre, ce sont deux verbes. Se servir d’une chose qui appartient à celui qui s’en sert ou à celui qui en parle , ce sont autant de verbes différens. »

Passant de là à la langue algonquine, il dit :

* C'est ainsi que les auteurs francais appellent ce que

nous nommons les genres animé et inanimé.

« Il y a quelque chose de tout cela dans la lan— « gue algonquine; mais la manière n’en est pas « la même et je ne suis nullement en état de «vous en instruire. » Il parait qu'il avait peu de connaissance de cette langue, car tout ce qu'il dit de la langue huronne peut également s’y appliquer : il y a plus que quelque chose de tout cela.

En comparant cette description avec celle de M. Schoolcraft, on voit le progrès qui a été fait, depuis le commencement de ce siècle, dans la connaissance du caractère et de la structure singulière de ces langues, qui auparavant n’attiraient aucune attention et qui cependant le méritent bien , sous le point de vue de la grammaire générale et de l’histoire du langage humain". Mais il ne faut pas nous écarter davantage de notre sujet.

! Ce fut Maupertuis qui, le premier, proposa d'étudier. les langues des peuples barbares, pour y découvrir de nouvaux plans d'idées ; maïs ce trait de génie ne fit pas fortune. Turgot tourna les plans d'idées en ridicule, et le ridicule, alors, décidait de touten France. (Voy. OEuvres de Turgot, Paris, 1808, vol. IL, p. 104-105). MM. Adelung et Vater sont les premiers qui ont mis cette théorie en pratique dans leur admirable Mrruripate, en développant la structure et les formes grammaticales de toutes les langues connues.

M. Schoolcraft ne donne point d'exemples de cette formation de mots qu'il décrit avec tant de clarté et d'élégance; il les réserve sans doute pour quelque autre partie de son ouvrage, Il est déja évident que cette méthode polysynthétique est la même dans cette langue que dans le lénapé, et nous pouvons ajouter dans tous les autres idiomes de cette famille, autant qu'ilssont parvenus à notre Connaissance; nous pourrions par conséquent nous dispenser d’en dire davanage à ce sujet. Cependant, pour ‘satisfaire au vœu de la commission, nous allons présenter quelques mots de la langue chippéway, formés sur le principe que nous avons exposé, auxquels nous en joindrons quelques-uns tirés des autres dialectes. Nous alongerions inutilement ce chapitre si nous voulions traiter de la même manière chaque idiome en particulier; d’ailleurs nous n’en aurions pas toujours les moyens ; des vocabulaires (tels qu’on les fait ordinairement) ne suflisent pas pour cette tâche.

Keetekwao (kitikouaou) ‘, tu es une femme.

Ce mot chippéway est formé de Æ£een (kin), pronom personnel de la seconde personne, et:

de igué, ikoué , femme (voyez le Vocabulaire );

! Nous traduisons les mots du mieux que nous pouvons en orthographe francaise.

o, ou est une forme de l'adjectif qui réveille Pidée d’une manière d’être, ce qui fait que, dans la langue lénäpé, au lieu d’ikoué on dit ochqueu (ochquéou), ce qui est un substantif à forme adjective; le # au lieu du 7 après #z est euphonique; c’est comme qui dirait, mais en un seul mot : toi être femme; en mauvais latin, 4 mulierata, la terminaison adjective suppléant au défaut du verbe substantif, qui n'existe pas dans ces langues.

De même, je suis un homme, se dit en chippé- Way eendaninneneew (indenininiou) ‘, de nin, je ou moi et zzirmt, homme. La première lettre de in est supprimée, et le d ou £ (car les Indiens prennent souvent l’une de ces consonnes pour l’autre) est ajouté à cause de l’euphonie. Par la même raison, la première lettre d’snini est changée en e pour éviter la trop fréquente répétition de la même voyelle. La finale zou est la forme adjective et veut dire je suis.

Les Lénâpés disent /ezno n’hackey , un homme est mon corps ou mon corps (est) un homme (voyez le Vocabulaire au mot corps).

Mais cette différence ne fait rien au système général de formation des mots de la langue. Il est

‘Il faut prononcer dans ces langues ir comme en latin, et non ain OU eër, comme en français.

curieux d’observer les différens expédiens que ces Indiens ont adoptés pour suppléer au verbe être, qui leur manque. Les Narragansetts disent m'inn où ninin (ego vir ), moi homme (voyez encore le Vocabulaire au mot zomme). Dans ces deux dernières langues , l’idée de Pexistence n’est pas exprimée, l’ellipse y supplée. 4

Nous allons maintenant donner un exemple tiré de [a langue des Outawas, comparée avec celle des Ménoménis.

FVachemaunet (ouatchimänet), à qui est ce canot?

Ce mot outawa est composé du pronom relatif wahne (ouàni), qui; du mot chemaune (tschimâni), canot; et de la forme interrogative ef; ce qui fait à qui canot? Dans la langue des Ménoménis , ce mot est différemment composé. Ils disent : wahotoshiau ik (ouahotosoyäowk), dont la dérivation est celle-ci : #ah, pronom relatif employé interrogativement ; ofos , formé de oos, canot; £ intercalé pour l’euphonie ; et ayawik, forme du verbe 7eendiah (nindayà), je possède, habeo, possideo. Ce n’est point notre verbe auxilhaire avoir ; ces langues ne l'ont point.

Revenons au chippéway.

Orinjima signifie, dans cette langue, le mot main, pris dans le sens absolu et sans relation avec quoi que ce soit. On se sert rarement de

ce mot dans cette forme; on en extrait des syllabes pour former d’autres mots ; on dit zzriny, ma main; Atrainj, ta main, et C’est ainsi que nous l'avons mis dans le Vocabulaire, parce que c'est la forme la plus usitée. Nous allons voir maintenant l'usage qu'on en fait.

Kisoghéninjénin, je te prends par la main.

Ce mot est formé de sogénaut (soghénat), prendre, gripper, serrer, et d’orunjima, main; kz est le pronom personnel de la seconde personne, {07; ir est une forme verbale; la syllabe en qui précède n’a point de signification.

Sogininjinitizoyan, si je me prends par la main. |

Forme du verbe au mode subjonctif.

Sogirnikénin, prends-le par la main.

Pour analyser ce mot, il faut savoir que r4# signifie main, dans la langue des Ménoménis !, (Voyez le Vocabulaire.) Ainsi, voilà un mot chippéway formé d’une racine qui appartient à un autre idiome. Nous allons faire voir la même chose dans la langue abénaquise *.

* Ce nom vient de malomin, qui, en algonquin, signifie folles avoines ; c’est celui qu’on donne aussi à cette tribu de sauvages.

3 Nous nous servons de ce mot après le P. Charlevoix. J1 dit : «les Souriquois, que nous avons ensuite appelés Micmacs ; ensuite, unis avec leurs voisins, nations

Dans cette langue, le mot rest signifie main ; en y ajoutant l'article ou le pronom préfixe, on fait méretsi, la main; néretsi, ma main, etc. Avec un adjectif on le compose ainsi : de ouanbighen, blanc, et de retsi, on fait Drretsi, main blanche, retenant seulement la syllabe 07 du mot qui signifie dlanc; avec la forme adjective, on dit &zretsio, la main blanche; et avec des formes verbales, on fait zouanbiretsa, j'ailes mains blanches. Mais nous voulons faire voir cemment on extrait des racines d’autres langues.

Nesaghipédinénan, je le prends par la main.

Ici, on voit que saghr est le sogr du chippéway, et signifie prendre; la signification de ce mot est la même dans les deux langues ; mais où est le mot main? il n’y a pas un vestige de rest, pas une syllabe qui le rappelle; à sa place, on trouve ped, exirait de peden, qui, dans la langue des Souriquois, signifie main (népéden, ma main) (voyez le Vocabulaire). Ce mot ne se trouve plus dans la langue des Abénaquis dans sa forme simple; mais il y est demeuré dans les mots composés. La même chose arrive fréquemment dans nos langues d'Europe; mais on n’y est

abénaquises. » Histoire de la Nouvelle France; liv. 3. sub anno 1611.

pas aussi embarrassé que dans les langues sauvages pour en découvrir les origines.

De cette manière de former des mots par l’accumulation des idées, il résulte qu'il existe dans ces langues des mots d’une longueur excessive, et il est très remarquable que ces mots sont le plus fréquemment des substantifs qui expriment, par abstraction, les affections de l'ame, ou les qualités morales, et en général ce que nous appelons des idées abstraites. On pourrait supposer que ces mots ont été formés les derniers ; nous en donnerons quelques exemples.

Langue léndpé.

Machelemuxowagan, l'honneur, l'être honoré.

Gettémégélémuxowagan, Vêtre traité avec ten- dresse. A

Amangachgénimgussowagan, Vêtre élevé par la louange.

Mamachischimgussowagan, l'être imsulté.

Machélémoachgénimgussowagan, l'être honoré ét loué.

Il faut observer, cependant, que nous man-

quons de substantifs pour exprimer ces idées ainsi combinées dans nos langues d'Europe.

RA ET ren

— 143 L52 Langue de Massachusetts.

Musquanitammouonk, colère.

Nummusquanitammouonkgannum, notre colère. |

Ummusquanritammouonkgannou, leur colère.

Nannauuonnittuonk, protection.

Menaonchummouonk,, tradition.

Pomantamouonkané, aventures, événemens de la vie.

Ces substantüfs ne sont pas cependant toujours les mots les plus longs de ces langues : il y a dans le chippéway des formes verbales de treize et quatorze syllabes. Le mot le plus long que nous connaissions dans les autres langues, est dans celle de Massachusetts, et a onze syllabes que voici :

WA parait tqs adenoc webs taie quoh.

Ce mot est extrait de la traduction de la Bible par Eliot; c'est le passage de l'Evangile selon saint Marc, c. 1, v. 40, et genu flexo, que la Bible anglaise, qui est le texte de M. Eliot, rend par and kneeling down to him, « et se mettant à genoux devant lui. » Il m'est impossible, faute de renseignemens suffisans, d'analyser ce long mot; jeremarqueraiseulement quelemotsté, pied, s'y trouve compris; mais de combien d'idées le mot entier ne doit-il pas être composé!

Les trois mots de dix syllabes, dans l’abécédaire lénâpé de Zeisberger, sont les suivans : Schiwelendamowitchewagan, le repentir. Je, Getiémakischitanengussihump, tu étais un pau- :

vre esclave.

Machélémoachgénimgussowagan, louange (déja mentionné ci-dessus):

Dans la langue mexicaine, les substantifs abstraits sont aussi exprimés par de longs mots : Cannempapaquilitzli, vanité.

Tlallamiquitzli, pensée.

Tetlayeyecalhuilitzli, location, louage (de maison, etc., etc.) ‘.

Comme nous ne traitons pas de la langue mexicaine, nous nous dispenserons de plus amples citations.

Ainsi, nous avons essayé (plus longuement peut-être que clairement) de faire connaître, aussi en détail qu'il nous a été possible, la méthode singulière que les Indiens en général, et en particulier ceux de la famille algonquine, emploient pour la formation de leurs mots. Cette méthode, dit M. Schoolcraft, est sujette à des rèeles, et cependant, la transposition et le chan—

! Vocabulario de la lengua castellana y mexicana, por Fr. Alonzo de Molina, dela orden de S. Francisco. Mexico, 1571 (in-folio , très épais).

CE” 45 —— gement des syllabes, l'organisation du mot, pour ainsi dire, est à la volonté de l’orateur, de même que le joueur d'échecs peut disposer des pièces

de son échiquier. Ces deux assertions paraissent

contradictoires et demandent à être conciliées : c'est ce que nous allons tächer de faire.

Les règles dont nous parle le savant indianologue sont sans doute celles de la grammaire, que nous allons bientôt exposer, et peut-être quelques règles de syntaxe, mais en petit nombre. Aussitôt qu'un mot est formé, il est substantif, adjectif, verbe, participe ; enfin, il appartient à quelqu’une des parties du discours, telles que la langue les comporte; sans cela, il ne serail pas un mot, mais un s0n, Ou une suite de sons, qui n’aurait aucune signification certaine. Pour lui donner ce caractère, il faut nécessairement se conformer aux règles qui gouvernent les différentes parties de la langue ; mais l’organisation intérieure du mot est à la discrétion de l'inventeur. S'il a des règles à suivre, ce sont des règles de goût et non de grammaire. Presqu’entièrement, c’est l'oreille qui en décide ; les changemens et transpositions de syllabes et de sons restent à sa disposition, comme les inversions des mots de la langue latine sont à celle de l’homme qui parle ou écrit dans cet idiome. Pourvu que ce dernier observe les règles de la grammaire

et de la syntaxe, son goût décide du reste, et la même phrase peut être dite de différentes manières par différens orateurs ou ÉcEIVeins ; et comme un grand nombre de mots composés des Indiens sont des phrases, on peut leur accorder la même latitude. C’est ainsi que nous croyons pouvoir expliquer les assertions en apparence contradictoires de M. Schoolcraft. Nos observations sur les mots composés des langues Sauva ges nous ont convaincu que leur formation n’est sujette qu’à très peu de règles purement syntactiques.

Nous allons maintenant nous occuper de la grammaire proprement dite de ces langues ; on sera étonné d’y voir, pour ainsi dire, disparaître ces combinaisons étranges, cette licence de langage que nous venons de décrire. On y reconnaîtra au contraire des formes régulières ressemblant en beaucoup de choses à celles des langues que nous appelons sémitiques, ce qui a fait croire à quelques savans que la race américaine était. descendue des anciens Hébreux, mais ces ressemblances partielles sont bien loin de prouver cette généalogie qui paraît maintenant abandonnée. Si l’on considère ces langues sous le seul point. de vue grammatical, on sera bien loin de soupçonner la manière “er se sont formés les mots qui les constituent ; celle-ci peut être appelée le régime

un 47 purs intérieur, tandis que les formes de la grammaire sont le régime extérieur de ces idiomes, lequel a seul, pendant long-temps, attiré l'attention du monde savant. Nous allons le Sp du mieux qu'il nous sera possible, afin qu’on puisse connaître, dans son entier, une famille de langues qui ne peutêtré comparée à aucune autre que nous connaissions hors du continent américain et des îles qui sont considérées comme faisant partie de cet hémisphère.

en

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