CHAPITRE XI
De l'article.
L’article, soit défini, soit indéfini, est une partie constituante de la pensée , mais il ne l’est pas nécessairement du langage; s’il n’existait pas dans le groupe de nos idées, les mots ou les signes qui le représentent n'auraient aucune signification et ne réfléchiraient rien à l'esprit. C’est l'analyse de la pensée qui nous l’a fait découvrir. Plusieurs langues, telles que le latin, le russe et un grand nombre d’autres, n’ont point d'articles, tandis que le grec et la plupart de nos langues d'Europe sont pourvus de cette partie appelée du discours, proprement dans quelques langues, improprement dans d’autres; c’est que
la pensée a été différemment analysée par les différens inventeurs des langues, et que cellesci ont été formées selon leurs diverses perceptions. L'article n’est pas essentiel dans une lan gue, parce qu'il se sous-entend facilement; s’il en était autrement, pas un idiome n’en serait privé. |
Les langues algonquines ont l’article; ce qui fait voir que cette perception n’a pas manqué à leurs inventeurs; mais ils en font rarement usage, parce qu'ils ont découvert aussi qu'on pouvait s'en passer facilement. Les grammairiens Eliot et Zeisberger ne l'ont pas même apercu, c'est pourquoi il n’en ont pas parlé. Des indianologues plus récens ont enfin découvert son existence! , cachée sous une forme concrète qui fait qu’elle avait jusque-là échappé à l'œil de l’observateur.
Cet article est mo, abrégé de monko qui, dans la langue des Massachusetts, signifie cecr ou cela; il se trouve dans toutes les langues de cette famille, soit sous sa forme propre mo, soit sous celle encore plus abrégée de me (e muet) ou »’,
: Voyez les notes sur la grammaire de la langue de Massachusetts, par Eliot, dans le 9° vol. de la 2° série des Collections de la société d'histoire de Massachusetts, p. xiv-xv, et dans la dernière édition de cette grammaire par M. Pickering, imprimée séparément.
étant presque toujours employé comme préfixe : en voici quelques exemples qui prouveront en même temps sa dérivation.
et cela arriva ou fut ainsi.
Kak mono nnih (Eliot, traduction de la Onk mo nnih Bibl ible. ) Metah, | le cœur, ou un cœur.
Kesteah pakke metah, cor mundum crea in me.
Ibid., Ps. bo. v. 12. (Sec. Vulg.) Metah doit être prononcé m’tée ou m'dée.
Nous allons donner des exemples de cet article dans d’autres langues, joint au mot arbre.
Lénàpé. M'hittuck. Heckewelder.
Minsi. Michtuk. Idem.
Mahican, Mitouk. Edwards.
Shawanos. Miüki. Barton.
M'quama Johnston.
Potewotami M'quam Barton.
Dans le Vocabulaire on trouvera beaucoup de noms substantifs avec m préfixe.
Mais, comme nous avons dit, on se sert rarement, dans ces langues, de l’article comme tel, et dans plusieurs dialectes, la lettre, ou plutôt le son #7 qui le caractérise, s’est confondu avec le nom substantif de manière à en faire une partie mtégrante. Dans la langue lénâpé on dit Attuk, arbre; m’hittuk, Varbre ou un arbre; r’hittuk, k’hittuk, mon, ton arbre, etc. ; mais dans
l'idiome chippéway, selon M. Schoolcraft, on dit miltig, arbre; nt, kr muttig, mon, ton arbre, etc. Au jlieu de l’article indéfini, ajoute ce savant écrivain, on se sert du numéral paizhik (pêgik), qui signifie un. Ainsi, en chippéway comme en français, on dit un arbre, un homme. D'un autre côté M. Eliot, dans sa grammaire de la langue de Massachusetts, nous donne me(e muet) comme représentant l’article défini et indéfini. Il en donne des exemples : metah (m'tée), le cœur; nuftah (n'tée), mon cœur, etc; et menutcheg (m'natcheg), une main ; runnutcheg (n’natcheg), ma main , etc. On ne le reconnaissait pas dans les autres langues, et on disait généralement qu'elles n'avaient pas d'article, M. Heckewelder lui-même était de cette opinion jusqu'à ce qu'il fût convaincu du contraire parles recherches des philologues.
L'article se trouve dans plusieurs autres langues du continent américain, mais non dans toutes ; dans celle des Othomis (tribu mexicaine), il s'exprime par na : na hay, la terre ; na metsi, la glace; na gl, le sang; etc. (Voyez la grammaire de Molina).
LT