‹ Mémoire sur le système grammatical des langues de quelques nations indiennes de l'Amerique du NordChapitre 33 sur 129 · Double pluriel · texte numérisé non relu

Double pluriel

Nos, vos, leurs.

Chippéway. Lénâpé.

Nosinanig, nochenana, nos pères (à fe nous autres).

Kosinanig, : kochenana, nos pères (à tout le monde).

Kosiwag, kochuwak, vos pères.

Osiwan, ochuwawawall, leurs pères.

Le redoublement de la syllabe wa ne se trouve

pas dans le chippéway, comme dans le lénäpé;

aa 0

c'est peut-être une faute d'impression; nous serions porté à croire que les Chippéways disent . osiwawan, leurs pères, pour distinguer ce mot d'osiwan, leur père. Mais nous avons suivi M. Schoolcraft pour le chippéway ; pour le lénapé, M. Zeisberger qui ne donne pas cependant toutes ces formes dans sa grammaire. Nous y avons suppléé par ses traductions.

Nous ne donnerons pas de même les six déclinaisons de M. Schoolcraft, pour les raisons que nous avons.déja expliquées ; nous ne comptions pas même donner celle-ci lorsque nous avons commencé ce chapitre, mais une plus mûre ré— flexion nous a fait comprendre qu'elle était.essentielle pour la connaissance du génie de ces langues, qui ont toutes des formes analogues. Elle nous servira aussi pour l'intelligence des verbes, dont les formes ont quelquefois de singuliers rapports avec celles du nom substantif.

Par exemple, dans la langue chippéway, la terminaison burn jointe au substantif, indique que la personne ou la chose dont on parle n'existe plus. Ainsi on dit: 76s, mon père, rostbun, feu mon père (: euphonique); Pontiakibun, feu Pontiac; ruüttig ‘arbre, nuttig6bun (6 euphoninique), arbre mort; akkik, chaudron, akkikobur, chaudron qui n'est plus, etc. Ceci, par soimême, ne mérite peut-être pas d'être mentionné,

mais Ce qu'il y a de remarquable c’est que cette terminaison bun, dans les verbes, est celle du plus-que-parfaititant du subjonctif que de l’indicatif, et pour toutes les personnes, excepté la troisième personne du pluriel.

Dans la langue lénäpé,on ne se sert pas de la même forme pour faire entendre qu'une per= sonne n'existe plus ; on dit 2ochéna, notre père, nochéringa, notre père défunt, etc. Mais la terminaison panné , qui est évidemment le bun ou plutôt Dar des Chippéways, est employée au plus-que-parfait des verbes; dans les deux modes et pour toutes les personnes, excepté la troïsième du pluriel. Ce n’est point ainsi, non plus, qu'on distingue dans cette langue les substantifs inanimés vivans de ceux qui n'existent plus; on préfixe la syllabe as au nom des herbes végétantes, et ga à celles qui ne végètent plus ; ce dernier préfixe-vient du verbe gachtatauossin, être sec; il y a d’autres formes pour dire un soulier , un chaudron vieux, usé , etc. ; mais partout.où panné se trouve, il mdique la cessation d'existence.

Nous pourrions faire une foule de D mens semblables si ce mémoire ne devait pas avoir une fin. Il faut aussi terminer ce long chapitre. Nous serons obligé quelquefois de revevir sur le substantif en parlant des autres parties

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du discours, tant elles rentrent toutes les unes dans les autres. Nous ne nous flattons pas d’a- Yoir encore trouvé une bonne méthode pour la grammaire des langués indiennes.

Il n’y a point dans ces langues de degrés de comparaison ; on se sert des adverbes plus, moins, très, beaucoup : elles ont des diminutifs mais point d'augmentatifs , à moins qu'on’ne considère comme tel l'adjectif grand joint au substantif avec ou sans crâse, comme nous l’avons fait voir au chapitre X.

- Les diminutifs sont des monosyllabes suflixes comme #if, tes ; ils diffèrent selon le genre animé ou inanimé. et a

On. sent bien qu’il'est impossible d'entrer dans plus de détails et de suivre ces différentes formes dans un grand nombre .de langues ; c’est leur caractère grammatical qu'il faut peindre, et nous ne pouvons le faire ici qu’à grands traits, en montrant les différences essentielles lorsqu'elles se présentent.

Il nous reste à parler des numéraux; nous n'avons pas beaucoup à dire sur ce sujet. Dans notre Vocabulaire A, nous donnons les noms de nombre d’un à trois mille en deux dialectes, dont l’un algonquin et l’autre iroquois;et on peut voir, par ces exemples, la manière dont ces mots se forment dans les langues indiennes du nord

de l'Amérique. Dans notre Vocabulaire B, nous entrons dans plus de détails et nous expliquons, autant qu'il nous est possible, le mécanisme des noms de nombre depuis un jusqu’à dix, dans toutes les langues algonquinés qui nous sont connues. Ce qui nous a parü le plus remarquable, c'est de trouver dans plusieurs de ‘ces langues le même système de numération qu'on observe dans les chiffres romains. (Voyez ce Vocabulaire aux mots six, sept, huit, neuf.)

Nous pourrions entrer dans plus de détails, mais il ne nous parait pas qu’ils puissent jeter beaucoup de lumière sur le génie de ces langues, qui est l’objet principal de ce mémoire. Nous allons passer à des sujets plus importans.

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