PRONOM PERSONNEL SÉPARABLE
Singulier.
Je ou moi; tu ou toi; il, lui ou elle,
Penobscot. Chippéway. Lénäpé,
Nin, TL, nt.
KL, kin, E.
Nekham, win (own), . zekaourekama Pluriel.
Nous autres; nous tous ; vous; ils, eux ou elles. { Ninou, ninoWin, niluna.
\x nou, kinowin, } biluna. | K'ilou, kinowa, : kiluwa.
Nekhamon, #winowa, 0" nekamawa.
Nous nous Sommes rapproché autant que nous l'avons pu de l'orthographe française : 2 n’est point nasal ; # représente o4 consonne, comme dans oui. |
Le pronom inséparable, qui est à la fois-personnel etpossessif, est dans toutes ces langues; 7, ne (e muet) ou 7” à la première personne du singuler et du pluriel exclusif (nous autres) ;tet ki, k£e ou #, à la seconde personne tant du singulier que du pluriel, et à la première du pluriel général ou inclusif, On s’en sert comme préfixe dans les noms et dans les verbes; à la troisième personne, on préfixe quelquefois o ou # , au singulier; souvent. on rejette ce pronom à Ja fin du mot, sous la forme pronominale, o,.o, eu, ew, qui signifie en même temps / est ; au pluriel, la forme-suflixe est ak, og, ug, wah, wog, wug, selon l'orthographe qu’on emploie; nous avons déja vu ces formes dans les noms substantifs ; pour certains temps du verbe, on emploie ek, eg, ik, ig; en général, c’est le Æ ou le z dur qui indique à la fin des mots la troisième personne du pluriel. Il y a dans les verbes d’autres terminaisons que ce n’est pas ici le lieu d’indiquer.
Il serait trog long de faire connaître toutesles combinaisons du pronom; il faudrait des explications à chacune, comme pour celle-ci tirée de la Jangue lénäpé :
Singulier. Pluriel.
Népé, moï.aussi. Népéna, nous autres aussi.
Képé, toi aussi, Képéna, nous tous aussi.
Epeu, lui aussi. Képewo, vous aussi.
K'époak, eux aussi.
Nous allons maintenant essayer d'expliquer, non sans quelque difficulté, ce’que les Indiens entendent par cette forme de pronom. Epit est un.adverbe qui signifie là; on en a fait le verbe
-’dappin, je suis là nets et le pronom zepe, moi aussi (j'y suis, me voilà). Il y'en a un autre dont l’idée se combine avec.ce pronom, c'est le verbe venir; à la troisième personne du singuler, on dit : peu ( péou ), il vient ; et au pluriel, peouak, ils viennent; ainsi ce pronom peut signifier à la fois : zous sommes ici, nous venons. Si César eût parlé lénâpé, il aurait dit à Brutus : Képé » Broutian ! Toi aussi, mon cher Brutus, tu viens (pour m'assassiner)! Cependant Zeisberger qui savait parfaitement la langue lénäpé, traduit ce pronom par moi aussi, {oi aussi, etc. On demande oùest le mot qui signifie aussi, pour justifier cette traduction ? ce mot est walk, qui signifie en latin ac, et, etiam, quoque; on ne le trouve point dans ce pronom :, excepté à la troi-
? Nous disons pronom : mais la grammaire n’a pas en-
sième personne du pluriel, et on sait que wak et ak sont des terminaisons ordinaires de cette troisième personne, dans les noms et dans les verbes. Comment toutes ces idées se combinent-elles dans la tête d’un Indien ? Il faudrait être un Indien pour le dire ; il faudrait être encore habile philologue et profond métaphysicien, et nous ne prétendons à aucune de ces qualités. Peut-être qu’en examinant nos propres langues, nous trouverons des combinaisons, sinon semblables, au moins analogues. Comment ÆH6tel- Dieu nous rappellet-il l’idée d’un ‘Aôpital, et sage-femme celle d'une accoucheuse? Et dans le mot accoucheur, où trouve-t-on les idées d'enfant, de naissance, et même celle de femme ? que de peineil faudrait pour. expliquer cela à un Lénäpé, eût-il l'esprit le plus subtil et le plus pénétrant, fûüt-il un Locke. ou un Mallebranche! C’est qu'il est très difficile de détourner la ‘pensée humaine de la route qu’elle est accoutumée à suivre, et de la faire entrer dans une voie qui lui est inconnue. La seule réponse que nous puissions faire à la question que nous avons anticipée est celle-ci : on est convenu que zeépé réveillerait l’idée de moi aussi, et encore plusieurs autres; comme en français les mots ceré, sang, Sans; CES, Ses,
core donné de nom à la jonction de cette partie du discours avec l’adverbe.
c'est, qui, à l'oreille (et les Indiens n’ont point de langue oculaire), réveillent une foule d'idées entièrement disparates.
Cependant, il y a peut-être moyen de trouver une explication plus satisfaisante, La vie des Indiens se passe presque tout entière à la guerre ou à la chasse; un Indien aura dit : allons à la guerre ou à la chasse; un autre aura répondu : j'y vais ou je viens; et un troisième aura dit : n'pomsi, j'y vais, ou 2 pa, je viens; toute la bande voulant exprimer son assentiment, on
aura formé de l’un ou l’autre de ces deux mots le pronom zépé, pour signifier moi aussi, je vais ou je viens, sous-entendant à la guerre ou à la chasse ; peut-être même quelque tribu aura dit n'pé, je viens, au lieu de »#’pa; et le mot à la fin se sera généralisé et appliqué, comme aujourd’hui, à tous les cas où on consent de se jomdre à d’autres. Nous ne donnons ceci que comme une conjecture; mais elle nous paraît assez probable; c'est dans les mœurs et les usages des nations qu'on trouve le plus souvent les étymologies de leurs langues.
On voit où nous entraïnerait le désir de citer beaucoup de semblables combinaisons, qu’on rencontre à Chaque pas dans les langues in-
. diennes; nous sommes obligé de choisir, ne perdant pas de vue l'objet principal qui est de
faire connaître le génie et le caractère grammatical de cette famille de langues. Nous n’avons rien de plus à observer au sujet du pronom per-
sonnel et possessif, sinon que le genre n’y est.
point exprimé : il se trouve dans les désinences des noms et des verbes auxquels il est joint, et dans le verbe lui-même, ainsi que nous Pexpliquerons à sa place.
Les indianologues des Etats-Unis ont beaucoup agité la question de savoir si le pronom relatif qui existe dans les langues indiennes ; "ce qui a donné lieu à cette dispute de mots, car elle n’est rien autre chose, c’est que lemot auwen, en lénäpé ; owa, en ménoméni; Lowan, en massachusetts, et les mots analogues dans les diffé rens idiomes, signifient à la fois qui et quelqu'un (aliquis). On aurait tort d'attribuer cela à la pauvreté de ces langues ; ce n’est qu’une combinaison d'idées à laquelle nous ne sommes pas habitués ; il ne serait pas impossible d’en trouver de semblables dans nos langues civilisées. Voici, par exemple, une phrase anglaise qui se présente très à propos.
Ï say hat that is the man that made that picture.
Je dis que c'est l'homme qui a fait ce tableau.
A présent, voici la phrase littéralement traduite :
Je dis que (that) cela, ceci, ou celui-ci (that) est l’homme qui (that) a fait ce (that) tableau.
Ainsi, voilà le mot fhat qui signifie à fois que, qui, ce, cela, ceci, ou celui-ci; la phrase n'est pas élégante, on pourrait la mieux tourner; mais enfin, elle est anglaise; elle doit suflire pour justifier nos Algonquins, pour épargner à leurs langues l’épithète de harbares , et pour faire voir qu’en fait de confusions d'idées, nous n'avons pas toujours besoin d'aller chez les Algonquins pour en trouver des exemples.
Il est certain que les langues de ces peuples sont formées sur des plans d’idées entièrement différens des nôtres. Nous aimons à répéter, malgré Turgot, cette heureuse expression de Pillustre président de l'académie de Berlin ; on va en voir un nouvel exemple dans la manière dont ce même pronom relatif qui, auquel on ne peut refuser cette signification, devient verbe et se conjugue dans la langue lénapé. Du mot auwen, on fait le verbe éwenikia, qui je suis ? auweni, qui est-il? auwenik, qui sont-ils? et on peut varier cette phrase, ou plutôt ce mot, suivant les temps et les modes. On voit encore ici l'idée de l’existence, inséparable de la pensée de ces langues et inséparable dans leurs mots.
En voilà assez au sujet des pronoms; on pourra comprendre, par ce que nous avons dit,
comment les idées qu'ils représentent, se peignent dans l'esprit de nos sauvages, et de quelle manière elles s'expriment.