CHAPITRE XVIIL
Des modes et des temps.
Nous ne pouvons pas suivre ici la marche ordinaire des grammairiens et traiter séparément des modes et des temps, parce que cela nuirait à la clarté de ce que nous avons à dire; nous croyons qu'il convient mieux de présenter à la fois ces deux partiés constituantes du verbe, afin qu'on en concoive mieux le mécanisme.
Nous laisserons seulement à part, pour le présent, l'infinitif et les participes qui sont ce qu'il y a de plus mtéressant dans le verbe indien, et dont nous traiterons dans le chapitre suivant. Nous sommes obligé aussi de nous borner à une seule langue, pour ne pas nous jeter dans un labyrinthe qui n'aurait pas d'issue. Nous tire-
rons donc nos exemples de l’idiome chippéwaÿ et du verbe «j'entends, » dont nous avons fait usage dans le chapitre précédent. Autrement, nous courrions risque d’embrouiller la matière , et c’est ce que nous voulons éviter. On aura assez de peine à suivre les variations de forme dans un seul idiome, et les comparaisons ne serviraient à rien, puisqu'elles ne présenteraient que des changemens ou des déplacemens de syllabes. On verrait un, ban, dans une langue; panne, dans une autre; ge ou ke pour gi ou ki; og, ug au lieu d’ak ; et souvent de simples différences d'orthographe; mais partout on trouverait le même système, et des formes analogues. Nous avons, d’ailleurs, assez fait de comparaisons pour montrer en quoi ces langues diffèrent principalement les unes des autres’.
* Il est à regretter que le P. Rasles ne nous ait pas donné une grammaire de la langue des Abénakis. A la vuë de son Dictionnaire, cette langue paraît infiniment plus compliquée que les autres, et il est presque impossible d’en extraire quelques règles, mais le Dictionnaire de la langue huronne du P. Sagard, présente les même difficultés , et c’est ce qui a fait penser au lord Monboddo, que les langues des Indiens d'Amérique n'avaient ni ordre ni méthode. Cependant le P. Charlevoix nous assure du contraire ; d’ailleurs nous connaissons la grammaire des langues de la famille iroquoise, à laquelle le huron appartient, et nous savons des Hurons eux-mêmes, que leur langue est aussi régulière
. On concoit facilement que, dans des langues aussi compliquées et aussi multiformes, lé verbe doit recevoir un grand nombre de modifications. Nous nous bornerons ici à celles qui sont analogues à ce que nous appelons modes et temps dans nôtre système éuropéen de grammaire. On verra que le cours des idées a été à peu près le même en Europe et en Amérique : c’est qué, probablement, cette marche est dans la nature. Cependant, l'absence du temps présent, dans les verbes de quelques langues orientales ; fait voir que certains peuples s’en sont écartés. Mais ce n’est pas ici le lieu de se livrer à des réflexions métaphysiques ; nous désirons seulement les faire naître dans l'esprit de plus habiles que nous, par les faits que nous allons exposer.
Ce chapitre sera consacré à la conjugaison d'un verbe chippéway, dans tous ses temps et ses modes , excepté Vinfinitif et les participes. Nous ne présenterons qu'un seul pluriel, le pluriel exclusif (ous autres), excepté lorsque les deux pluriels diffèrent par leurs désinences ; au-
que les autres qui nous sont connues. Toutes ces langues paraissent n'être qu’un chaos, avant d’être débrouillées par l'analyse de leurs formes. Malheureusement ce travail n’a été fait que pour un petit nombre de ces idiomes, mais nous en avons assez pour les juger toutes, par les analogies multipliées qu’elles présentent entre elles.
trement, il n’y a que le 7 préfixe changé eri #.
Nous prions nos lecteurs de donner une attention particulière au mode subjonctif, dont il sera beaucoup question dans le chapitre suivant.
Nous n'avons pas cru devoir suivre l’orthographe anglaise, parce que ses sons pourraient embarrasser le lecteur français, surtout par le grand nombredediphthongues, et parles voyelles u et uh, qui représentent tantôt lo bref, tantôt notre e muet. Nous distinguons ce dernier ainsi e. Le g doit toujours être prononcé dur, comme en francais, devant a et o : ikse confond souvent avec le Z.