Î. INDIENS DE L'ANCIENNE ACADIE
Par le mot Acadie, nous entendons le pays que la France possédait ou réclamait autrefois sous ce nom; il comprend la péninsule appelée aujourd'hui nouvelle Ecosse, le Nouveau Brunswick, le petit territoire de Gaspé, dans le bas Canada, l’ile de Terre-Neuve, et la presque to talité de l’état du Maine, qu’on appelait autrefois le pays des Etchémins, souvent mentionné dans les négociations qui précédèrent la guerre de 1756. Ce pays s'étend au sud jusqu’à la rivière de Kennebeck, appelée par les Français Kinibéqui.
Dans cette vaste étendue vivaient un grand nombre de nations indiennes, dont il ne nous est resté que les noms. Les langues de ces nations sont inconnues, mais il est à présumer
2: TRE qu’elles appartenaient toutes à une même famille, que nous appellerons pour lemoment 4cadienne. Nous ne connaissons que six de ces langues ou dialectes, dont nous donnons plus ou moins de mots dans ce Vocabulaire. Les nations ou tribus qui les parlent, ont été nommées par les Français Souriquois, Micmacs, Etchémins, Abénakis; les Américains les distinguent plus volontiers par le lieu de leur habitation. Nous nous servirons des unes ou des autres de ces dénominations, d’après les sources d’où nous avons tiré nos rensei- gnemens.
1. Souriquois.—-Nous ne savons rien de cette nation, sinon qu’elle habitait vers le Port-Royal dans la péninsule d’Acadie. Nous n'avons de sa langue, sous ce nom, qu'un maigre vocabulaire donné par Laet', et dont nous avons fait usage. Ce nom, au reste, a été employé assez vaguement, ainsi que celui de Micmacs.
2. Micmacs.—Cest encore un nom générique, qui paraît avoir été donné par les Français aux Indiens de cette contrée. Nous en connaissons trois dialectes.
Le premier est celui des Micmacs de la Nouvelle-Ecosse, c'est-à-dire, de la péninsule appelée aujourd'hui de ce nom; nous n'en possé-
+ Histoire du Nouveau-Monde. Leyde, 16/0, in-folio.
dons qu'un vocabulaire manuscrit, qui nous a été communiqué par un habitant de cette province : les mots de ce dialecte sont désignés dans notre Vocabulaire par lemot Micmac, avec indication de la source d’où ils sont tirés, par les lettres Ms. (manuscrit).
Le second est celui des Micmacs de l'île de Terre-Neuve. Nous avons tiré les mots de cette langue d’un vocabulaire imprimé dans le sixième volume, première série, des recueils (co{lections) de la société d'histoire de Massachusetts; leur source est indiquée dans ce vocabulaire par Soc. de Mass. (Société de Massachusetts ).
- Le troisième enfin est celui des Micmacs de Miramichi, qui habitaient autrefois près la baie de ce nom dans la province anglaise de New- Brunswick. Les mots que nous donnons de cette langue sont tirés d’un vocabulaire manuscrit du père Maynard, missionnaire francais, qui rési- dait autrefois parmi ces peuples. Ce manuscrit a été communiqué par le gouverneur Lincoln de Massachusetts à M. Gallatin, et à nous par ce dernier.
3. Etchémins.— Nous ne connaissons rien, sous ce nom, de la langue de ces peuples, que les numéraux d’un à dix, qui nous sont donnés par Lescarbot, dans son Histoire de la Nouvelle France, et qu'on trouvera à leur place dans notre Vocabulaire.
4. Abénaquis.—Cette nation est célèbre parmi les Indiens du nord de l'Amérique. Il en est souvent fait mention dans les relations de. missions et de voyages. Elle s'étendait jusqu'au Canada. Les seules tribus dont la langue nous soit connue, habitaient les bords du Pénobscot et du Kennébeck, rivières de l’état du Maine.
De la langue des Indiens de Pénobscot, qui sont considérés comme une tribu des Abénaquis, nous avons seulement un vocabulaire manuscrit, qui nous a été communiqué par une dame qui habite dans leur voisinage. Il est loin d’être complet. On en trouvera des mots dans notre Vocabulaire. ; 29
Mais nous possédons, heureusement, un. très ample dictionnaire de la langue des Abénaquis proprement dits qui, au commencement du dernier siècle, habitaient l’intérieur de l’état du Maine, sur les bords du Kinibéki, à environ quarante ou cinquante milles de son embouchure. Le lieu de leur habitation s'appelait et s'appelle encore Norridgewock ou Norridgewalk, et se trouve sur les cartes. Ce vocabulaire francais et indien fut fait par le père Rasles, jésuite, célèbre missionnaire, qui résida long - temps parmi eux. Il fut tué en 1724 à la prise de Norridgwock, el son manuscrit tomba entre les mains des Anglais. Cet ouvrage a été conservé
dans la bibliothèque de l’université de Cambridge, en Massachusetts. L’académie des sciences et arts de Boston, qui en a eu Connaissance, a obtenu la permission de le faire imprimer dans ses mémoires; et il parut en 1834, dans le premier volume de la nouvelle série de cette publication, par les soins du savant indianologue M. Pickering, qui y a joint des observations et des notes très intéressantes. Ce vocabulaire , avec les observations, contient deux cents pages d'impression in-4°, à doubles colonnes. Il est fait sur le modèle de celui de la langue huronne par le P. Sagard, mais beaucoup plus ample. Il est par ordre alphabétique.
5. Indiens de Pénobscot. — Ces Indiens sont considérés comme faisant partie de la nation des Abénaquis. Il en reste ençore quelques familles sur les bords du Pénobscot, dans l’état du Maine, au nord du Kennebeck. Nous n’avons de cette langue qu'un vocabulaire manuscrit très récent, dont nous avons fait usage. |
6. Indiens de Passamaquoddy. — Ceux-ci habitent sur la ligne qui sépare l’état du Maine de la province du Nouveau Brunswick. Nous avons fait usage d'un vocabulaire récent, qui nous a été communiqué par M. Gallatin.
RES 279 er Il. INDIENS DE MASSACHUSETTS..
+ Dans le territoire qui forme actuellement l’état de Massachusetts et celui de New-Hampshire, qui lui est adjacent, vivaient un grand nombre de tribus indiennes, dont la longue nomenclature serait ici inutile. On présume qu’elles appartenaient toutes à la famille algonquine, car les tribus de race iroquoise avaient leurs établissemens plus loin sur le Saint-Laurent et vers les orands lacs. La plus considérable de ces nations indiennes était celle des Péquot ou Péquod, contre laquelle les premiers colons du Massachusetts eurent de longues et cruelles guerres. Ils parvinrent enfin à les détruire ; de sorte qu'il ne nous reste d'eux que la mémoire des faits rapportés dans les histoires du temps. Quant à leur langue sous le nom de Péquods, nous.n’en connaissons absolument rien.
Tout ce que nous savons des langues des Indiens du Massachusetts est dû aux travaux du vénérable Elot et du ministre Cotton, son eollaborateur et son ami. Le premier a traduit la Bible tout entière dans la langue qu’il appelle des Indiens , sans désignation de tribu; le second a fait un ample vocabulaire de la même langue , ou plutôt un recueil de mots et de phrases , arvangé par ordre de matières. La Bible indienne
d'Eliot a été imprimée deux fois à Cambridge, près Boston; la seconde édition, revue par Cotton, porte la date de 1685. Les exemplaires en sont maintenant très rares. L'auteur avait publié auparavant, en 1666, avec la première édition de sa traduction de la Bible, une grammaire de cette même langue, qui a été réimprimée en 1822, dans le neuvième volume de la seconde série des recueils (collections) de la société d'histoire de Massachusetts, avec des notes très très intéressantes de M. Pickering. Le vocabulaire de Cotton est resté déposé en manuscrit dans la bibliothèque de l’université de Cambridge, jusqu’en 1829, qu'il fut imprimé à Cambridge, par les soins du savant indianologue que. nous venons de nommer. Cet ouvrage contient 112 pages in-8°.
Nous ne connaissons pas le nom distinctif de la nation qui parlait cette langue. On l’a appellée Natck, d'après un village où Eliot résidait et avait établi son église; mais on ne connait pas de nation indienne qui ait porté ce nom. On dit aujourd’hui la langue des Indiens de Massachusetts. Les mots de cette langue, dans notre Vocabulaire , sont tirés de ces deux ouvrages.