VI. LANGUES DES ÉTATS DE NEW-JERSEY , PENN- SYLVANIE ET DÉLAWARE
Nous ne parlons pas ici des Iroquois qui
‘avaient plusieurs établissemens en Pennsylvanie;
principalement au nord-ouest, vers le lac Erié, et qui, quoique moins nombreux que les Lénâpés, soutenus par les Anglais, tenaient ces derniers dans leur dépendance; nous ne devons nous occuper que des langues de la famille algonquine auxquelles nous bornerons nos observations.
Les deux rives de la Délaware, depuis Trenton jusqu'à son embouchure, étaient habitées par des Indiens de la famille des Lenni-Lénâpés, autrement appellés les Délawares. Sur les bords de la Susquehanna, demeuraient des Nanticokès, dont il sera parlé à l’article suivant; les Lénàpés sont les seuls qui ont excité l'attention des grammairiens et des linguistes.
Cette nation proprement dite, était divisée en trois tribus, les Unami, les Unalachtigos et les Minsi ou Monsi. La premuère avait pour emblême la tortue, la seconde le dindon, et la troisième le loup; c’est pourquoi les Lénäpés étaient généralement appellés par les Francais, les loups: Des Unalachtigos, il ne nous est rien resté que le nom ; et nous avons seulement quelques mots dans la langue des Minsi; ils nous ont été donnés par Heckewelder, et nous montrent qu’elle différait très peu de celle des Unamis qui, selon le même auteur, étaient la tribu principale. La philologie est riche en ouvrages sur cette langue
‘que nous devons aux missionnaires allemands Zeisberger et Heckewelder.
Le premier a publié, sous le titre modeste d’Abécédaire (Spelling-Book), un vocabulaire très ample de la langue lénâpé, dont la seconde édition imprimée à Philadelphie, en 1806, contient 178 pages in-12. Les mots délawares y sont expliqués en anglais. Il est à regretter qu'ils soient divisés selon le nombre des syllabes dont ils sont composés, depuis les mots d'une jusqu’à ceux de dix syllabes, de sorte qu'il faut feuilleter six tables pour trouver des dérivations et des analogies. Zeisberger a aussi composé une grammaire très étendue de cette langue; elle à été récemment traduite du manuscrit allemand, en anglais, et imprimée dans le troisième volume de la seconde série des Transactions de la société philosophique américaine, avec une préface et des notes, par le traducteur.
Heckewelder n’a composé sur la langue lénâpé qu'un vocabulaire assez ample, qui est encore en manuscrit. Une traduction de ce vocabulaire, où le lénäpé est comparé avec l’onordago est jointe au présent mémoire. Mais ce mi-- sionnaire a jeté une grande lumière sur la structure et les formes grammaticales de cette langue, par sa correspondance avec le secrétaire du co— mité d'histoire et de littérature de la société phi-
losophique américaine, qui a été imprimée dans le premier volume des Transactions de ce comité. Philadelphie, 1819.
Il paraît que lorsque les Suédois occupaient le pays situé sur les deux rives de la Délaware, même lorsque William Penn prit possession de la Pennsylvanie, en 1682, les bords de ce fleuve étaient habités par une tribu de Lénäpés, différente de celle dont nous venons de parler; on les appellait Rénâpés, parce qu'ils prononcaient la lettre R au lieu de la lettre Z. Nous avors dans cette langue le catéchisme de Luther, traduit par Campanius, ministre de l’église suédoise‘ ; à la suite est un vocabulaire qui a été reproduit par son petit-fils Thomas Campanius , dans sa Description de la Nouvelle-Suède, imprimée à Stockholm en 1702 *. Cet ouvrage a été récemment traduit en anglais et imprimé à Philadelphie, dans le troisième volume des Mémoires de la société d'histoire de cette ville®.
Il existait dans le Nouveau Jersey plusieurs dialectes de la langue lénäpé, plus ou moins mé-
1 Imprimé à Stockholm en 1696, in-12.
2 Kort Beskrifning om provincen Nya Sverige uti América, etc.
3 Réimprimé séparément sous ce titre: Description of the provinceof New Sweden now called by the English, Pennsytvania in America. Philadelphia, 1834, in-8°.
lés de mahican; nous possédons , en manuscrit , un vocabulaire anonyme d’un de ces dialectes , dont nous avons fait usage sous le nom de « Délaware de New Jersey. » Laet a inséré dans son Histoire du Nouveau-Monde, des mots de la langue des Sankhicans, qui habi- {aient sur la Délaware , près de Trenton; on en trouvera quelques-uns dans notre Vocabulaire. Le nom de Sankhicans a été aussi donné à une tribu iroquoise, qu'il ne faut pas confondre avec celleci; ce mot signifie en lénâpé la batterie d'un fusil. fut probablement appliqué aux tribus indiennes qui les premières se servirent d'armes à feu.
La race des Lénâpés ne vit plus dans les pays qu’elle habitait autrefois. Ce qui en reste est dispersé et mêlé avec d’autres nations de l’autre côté du Mississipi. On en recontre dans le Texas, parmi les Camanchés; il en reste encore quelques-uns dans le haut Canada; mais cette race ne tardera pas à s'étendre.