Noms tirés des attributs de l’Étre-Supréme
Patamawos (lénâpé), Pachtamawos (mohican), est le nom dont les missionnaires moraves
se servent le plus souvent pour désigner Dieu. Ce mot, en lénäpé, est dérivé de patamauwan, adorer (adorare, colere illum) , etsignifie l'adorable. Dans les hymnes , les histoires de la Bible et les livres de prières, en langue lénäpé, Dieu est constamment appellé Patamawos , lorsqu'il s'agit simplement de le nommer. Mais il a aussi, comme dans nos langues, différentes autres dénominations, telles que Nihillalquenk, notre Seigneur, Gischelemuschquenk, notre Créateur, et plusieurs autres semblables.
IL est étonnant que, malgré la richesse des langues de l'Amérique et le grand nombre de moyens qu'elles offrent pour désigner la divinité, la plupart des missionnaires européens, dans leurs livres religieux en langues indiennes, se servent du nom propre de Dieu, chacundansla langue quilui estnaturelle. Le P. Brébeuf emploie le mot francais Dieu, que les Indiens ne peuvent prononcer; le vénérable Eliot lui-même, dans sa traduction de la Bible, en langue de massachusetts, rejette les mots d’origine indienne, pour introduire le mot God; Dios et Deos se trouvent dans presque tous les livres indiens publiés par les missionnaires espagnols et portugais. Il y a très peu d’exceptions à cette règle, et elles sont récentes. On oublie que le mot Dieu, Dios, Deos, viennent du latin Deus , et
— JL —
celui-ci du nom que les Grecs païens donnaient à leur Jupiter, et que le mot God n'est autre chose que le nom un peu changé de Woden, idole des anciens Scandinaves. Mais chacun semble croire que Dieu entend mieux les langues d'Europe que celles d'Amérique, et qu'il ne se reconnaïtrait pas si on le priait sous le nom de Patamawos , ou Kitchi manitou. Où l’orgueil national va-t-il se nicher? Le bon Zimmerman disait que cet orgueil existait partout, excepté chez les Suisses. Zimmerman était Suisse.
se L 2 IT. CIEL.
Ce mot peut. très bien convenir à un vocabulaire philosophique, afin de faire voir de combien de différentes manières le même objet se présente à l'imagination humaine , et produit ce que nous appelons des idées, qu’on se communique ensuite au moyen de sons articulés; mais ilne peut servir que médiocrement à prouver l’affinité. des peuples sauvages, qui n’ont point en général dans leurs langues l’abstraction que présentent dans les nôtres les mots ciel, cœlum, ovpavoc. Pour en être convaincu il suffit de voir les différentes tournures dont les missionnaires et autres se servent pour exprimer ce mot dansles langues indiennes,
etparticulièrement lorsqu'ils traduisent l’Oraison dominicale. Heckewelder traduit iz cœlis, en langue lénâpé , par awossagame, au-dessus des nuages; Eliot letraduit dans l’idiome demassachusetts, par <esucquot, parmi les astres ; La Hontan, en langue algonquine, explique le mot cie par spimminkakouin, terre supérieure, et ainsi des autres. Mais ne nous vantons pas trop de notre supériorité sur ces sauvages; la science étymologique pourrait nous offrir des rapprochemens bien curieux, et pas toujours à notre avantage. Pourquoi appelons-nous le ciel Paradis? Bét-ce là un de ces termes abstraits que. nous mettons en opposition aux mots matériels des sauvages ?
Voici ce que nous apprennent les vocabulaires sur la manière dont notre mot ciel estrendu dans. les langues algonquines.
Mots dérivés de kesuch ou gischuch, astre, soleil.
Indiens de Nar- Kéesuch. Soc. de Massach.
ragansetts.
—de Massachu- Késucquot. Eliot.
setts. é —Chippéways. Gezhigonk. Trad.duN. Test.
—Knisténaux. Késhik. Mackenzie.
Unquachog (tribu qui résidait à Long Island, état de: New-York) Keïsk.
Miami. Kéchekewé. Volney.
Kickapous. Kisheck, Ms.
EEE
Délawares de Msheck. Ms.
N. Jersey.
Abénaki. Kizous. P. Rasles, Indiens de Pé- Kizus. Hale.
nobscôt.
Ménoméni. Kézhik (kégik).
Chippéway. Gijik (g dur).
. Docteur James.
Docteur James.
Mots signifiant en haut, ou terre supérieure.
Algonquin pro- Spimmin kakouin. La Hontan.
pre. :
Chippévay, Spiminkakwin. Carver.
; Eschpammink. Heckewelder.
Mabhican. Spummunk , thpum- Soc, de Mass. munk.
Nanticoké. Spummend. Heckewelder.
Indiens de Pé- Spomkaik. Ms.
nobscot.
Délawares de Hocqué, hocquæssung. Campanius.
N. Suède. |
Lénâpé. Awossagamé. Heckewelder.
Montiagnards. Washésquaw. Soc. de Mass.
Mots dont l’origine est inconnue.
Souriquois. Wajet. Laet.
Shawanos. Menquotwé. Ms.
Outawas. Wahwi. | Hamelin.
Powhatan. Osiès. Capit. Smith.
Micmacs. Mooshkoon. Soc. de Mass.
Skoffes. Walk. id.
Nanticoké, Moosésacquit. Ms.
Hocquæssung signifie en haut, /@ haut, ainsi
| que spénmink dans l’algonquin propre. On s'a-
percoit ici qu'il existe dans plusieurs mots une. différence totale entre l’algonquin propre et le lénâpé, et les idiomes qui leur sont respectivement affiliés, tandis que la ressemblance, dans le plus grand nombre, démontre une origine commune. Cependant, aucun de ces mots ne paraît appartenir aux langues de la famille iroquoise.
IIT. SOLEIL.
La racine des mots qui signifient astre ou soleil, dans presque toutes les langues de cette famille, est #s, kisch ou gis, gisch (selon l'orthographe allemande}, ainsi qu’on va le voir :
Algonquin. Kisis. La Hontan.
Kijis. Mackenzie.
Keesis (kisis). Long.
Abénaki. Kizous. P, Rasles.
Chippéway. Kisis, kischis. Barton. Carver.
Gischi (kichi). Heckewelder.
Geesessey (kisessi). Long. — Il explique ce mot par grande lumière, et donne pour lumière deux mots entièrement différens ; cependantil peut avoir raison, tant ces langues ont de syno-
nymes.
Outawa. Kisis. Hamelin.
Mémoméni. Kézho (kijo). Docteur James.
Lénâpé. Gischuch. Heckewelder., Délawares de Chissoqh. Campanius.
N. Suède.
Potéwatami. Kesis (kisis). Barton.
Endiens de Keshow (kichou). Gel. Thomas.
Pennsylvanie 1698.
Miami. Kecliswoa, kilswoa, kil- Barton.
soi.
Mississagués. Keeshoo (kichou). Id.
Kickapous. Kishessua. Id.
Narragansetts. Keesukquand (kisou- Id. ( Voyez plus
quand). bas).
Mahicans. Keesogh, keshough. Id.
Kecsogh. Long.
Gischoch. Heckewelder.
Indiens de Keezoose (kizous). Barton.
Pénobscot.
Indiens de Kèsus. Purchas.
la N. An-
gleterre.
Powhatans. Kishowges (kichâkis). Capit. Smith.
Shawanos. Kischachthwah. Barton.
Késathwa. Johnson.
Gilswa. Heckeweld. qui dit l'avoir reçu de labouche d'un Shawano.
Indiens dela Keshuse (kichous). Lawson.
Carolinedu Nord.
On voit que les mots ainsi dérivés s'étendent parmi les tribus de race alsgonquine, depuis le Canada jusqu’à la Caroline du nord, cependant les vocabulaires nous présentent quelques anomalies , telles que les suivantes :
Knisténaux. Pisim. Mackenzie.
Acadiens. Achteck. Laet.
Micmacs. Nakoushet. Soc. de Mass.
Nanticoké. Teschgeju, achquak. Heckewelder.
Aquiquaqué, achquak. Murray, Ms.
Montagrards. Beshung. Soc. de Mass.
Skoffies. Beeshom (bichom). Id.
Massachusetts. Népauz (nipaz). Eliot.
Népaz (nipaz). Cotton.
Miami. Nipanuech. Volney.
Nipauwe (Nipäoui). Thornton.
Ces quatre derniers mots offrent quelque chose d’incompréhensible, et s'ils ne nous étaient pas donnés par Eliot, Volney, et après ces derniers par Thornton, nous serions porté à croire que les faiseurs de Vocabulaires ont confondu le soleil avec la lune et la nuit avec le jour. (Voyez les mots /une et nuit.) Volney et Thornton ont pu se tromper , et avoir mal compris ce que leur disaient les sauvages, mais Ebiot, le traducteur de la Bible, comment a-t-il pu être dans l’erreur ? Voici sa traduction en partie des 12° et 13° versets du dixième chapitre de Josué :