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lement les enfans qui commencent à parler, on verra qu'ils saisissent les mots comme ils peuvent et s'en servent aussi comme ils peuvent pour communiquer leurs idées, qu'ils n’ont ni règle ni méthode qui leur soit commune. Les premiers hommes ont été de grands enfans.
C’est le propre de toute science, dans ses commencemens, d’enfanter des préjugés. On cherche, on tâtonne, on se fourvoie , on se trompe, on tombe , on se relève. Il s'élève de temps à autre de grands génies qui découvrent quelques vérités que d’autres entrevoient, et cependant se laissent parfois entrainer à des erreurs que la masse pensante embrasse le plus souvent avec enthousiasme, ou adopte sans réfléchir , à l'abri du nom et de la réputation de leur auteur. Ces erreurs finissent par devenir préjugés, et on s'élève contre ceux qui osent les combattre. Il faut du courage pour contredire les opinions des maîtres de la science, comme si ces grands maïtres ne pouvaient jamais se tromper ! Mais la lumière perce à la fin et nous en voyons la preuve dans les progrès que la philologie a faits depuis le commencement du siècle présent.
Depuis ce temps-là, nombre de préjugés ont
été détruits et d’autres sont destinés à subir le
même sort; en dépit de l'autorité des pluscélèbres philosophes, on ne s'occupe plus maintenant de la recherche de cette langue primitive, qu’on à cru si souvent avoir trouvée. Dans une discussion théologique, un grand homme, sans doute, dont personne ne contestera n1 le talent ni la science, Grotius enfin, s’est imaginé de dire que la langue primitive n’existait nulle part dans sa pureté, mais que ses restes se retrouvaient partout :. Ce mot a fait fortune et le ferait encore si les lan— gues de l'Amérique et de l'Océanie n'étaient pas venues au secours de ceux qui n’ont pas adopté l'opinion de Grotius. Il est en effet difficile de découvrir dans cette multitude d’idiomes les restes de la langue primitive.
Mais Grotius, non content d’avoir dit où cette langue n’était pas, a voulu aussi dire où elle était. En théologie on veut tout savoir; on ne veut pas comprendre que la Bible, comme la nature, quiest égalementunerévélation del’Etresuprême, est pleine de mystères qu'il n’est pas permis à l'homme de pénétrer. Le Dante, qui, quoique
1 Eam linguam (primoævam) Hebræiï suam dicunt, Syri suam. Veriüs asseritur primævam linguam nullibi puram exstare, sed reliquias ejus esse in linguis omnibus. 4nnot. ad Genes., XI, 1.