XX. CORPS
Ce mot se trouve très rarement dans les voca- - bulaires, parce qu'il est très difficile de l’obtenir. Lorsqu'on montre à.un Indien son corps, avec la phrase obligée : « Comment appelezvous cela? » Il vous donne le nom de la partie vers laquelle votre main paraît dirigée, croyant que c’est ce que vous lui demandez ; de même, si vous lui indiquez un arbre, en lui demandant comment cela s'appelle, il ne vous répondra pas arbre, mais royer, chêne , pommier, selon que sera l'arbre que vous lui aurez montré. C’est pourquoi les faiseurs de vocabulaires donnent rarement ce mot, à moins qu'ils ne sachent la langue, ce qui n’est pas commun.
Nous présentons ici le mot haghé, haké, corps, pour faire voir combien il est étendu parmi les langues de cette famille depuis l’abénaki, vers le Saint-Laurent, jusqu’au nanticoké dans le Maryland. L’algonquin, cependant, fait
une exception, ainsi que le chippéway. Au sujet de cette langue, il faut croire M. Schoolcraft.
Abénaki. N’haghé (mon corps). Rasles.
Massachusetts. Nohhog (mon). Cotton. Nuhhog (mon). Eliot.
Ces deux mois se prononcent n’hag, lo anglais. ayant ici le son de l'a.
Narragansetts. Nohock (n’hak, mon). Williams. Lénâpé. N’hackey (mon). Heckewelder.
Nanticoké. Nowahak (n’hak, mon). Ms.
Ménoméni. Opa enun (signifie aussi Docteur James.
coffre).
Algonquin.. Yao (yaho). Long.
Chippéway. Yoa, (yohi). Id.
Ow (ahou). Schoolcraft.
Niau (mon). Docteur James.
Nos vocabulaires ne nous permettent pas de.
pousser nos recherches plus loin.
Les Indiens se servent du mot corps en parlant d'eux-mêmes ; ils disent »”’haghé, r’hacker (moi ou mon corps); pour dire : Malheureux que je suis ! ils diront : Malheureux mon corps | Ainsi, nous disons quelquefois : C’estun pauvre corps ! C’est un plaisant corps! (Voyez le Dictionnaire de l’Académie). En comparant nos langues avec celles des sauvages, on pourra trouver plus d’une fois ces formes d'expression. qu'on est convenu d'appeler barbares.