‹ Mémoire sur le traitement curatif du choléra épidémiqueChapitre 7 sur 10 · ÉTAT DE COLLAPSUS · texte numérisé non relu

ÉTAT DE COLLAPSUS

Nous emploierons aussi l'acide carbonique , dans cet état, pour neutraliser le poison ; maiSt comme ses bons effets dans ce cas ne sont pas aussi apparcns que dans les premiers , il sera nécessaire de continuer son usage pendant plus long-temps , et de ne pas l'abandonner à cause de son apparente inefficacité.

Les intervalles entre l'administration de chaque dose , doivent varier dans chaque cas seloa diverses circonstances : si on n'a pas fait usage antérieurement du charbon ou de l'acide carbonique , on administre le remède en plus grande quantité , ou à des intervalles plus rapprochés. Quand nous avons recours à l'acide carbonique, comme il est quelquefois difficile d'obtenir en une seule fois une grande quantité de ce gaz, nous devons l'administrer à petites doses, mais à des intervalles rapprochés , par exemple , chaque quart d'heure. A la troisième ou quatrième dose , il sera nécessaire de recourir à quelques-uns des remèdes dont nous ferons bientôt mention , pour restaurer la vitalité du corps. Quand la réaction est établie , on peut répéter le gaz acide carbonique seul ou uni aux autres remèdes, et alors à des intervalles plus éloignés , comme deux, trois ou quatre heures.

Dans cette période de la maladie , ainsi que nous l'avons déjà dit, il ne suffit pas de neutraliser le poison, mais il faut encore remédier aux effets , dont la somme totale constitue l'état de coUapsus; et on ne peut al teindre ce but, qu'en activant l'énergie du système nerveux , qui se trouve déprimé dans cette maladie par le séjour prolongé du poison morbifiquc. Malheureusement nous ne connaissons , jusqu'à présent , aucun remède véritablenient spécifique pour obtenir cet effet. Nous devons conséquemment employer ceux qui paraissent le produire en. partie.

Comme agens capables quelquefois de remplir cette indication , nous devons mentionner Xéther sulfurique , dont nous avons déjà parlé, et le carifonate d'aiurtioniaque. Nous traiterons de ce dernier dans le paragraphe suivant.

Ayant expérimenté le peu d'efficacité de ces deux remèdes dans plusieurs circonstances , je \is qu'il était nécessaire d'en chercher d'autres qui jouissent de propriétés plus sûres et spéci>flques. En réfléchissant là-dessus , je pensais que le sulfate de zinc serait un remède puissan^t dans cette maladie , par les raisons suivantes. Pendant la grippe (i) , épidémie catarrhale , qDi attaqua presque tous les habitans de Londres-,

(i) Inûueaza.

dans le commencement de l'année iS5o , \& visitais un malade gravement affecté de cette maladie, et que soignait M. Bloxara , mon ami. Tous ceux qui ont eu occasion d'observer l'épidémie que je viens de citer , savent qu'elle était caractérisée par une sécrétion désordonnée des mucosités de la membrane qui tapisse la trachée-artère et les bronches , pareilles à celles qui sont sécrétées dans les bronchites chroniques.

Dans la maladie citée , la sécrétion était si abondante, que le liquide expulsé; était de plus d'une pinte (>) en vingt-quatre heures , de manière qu'on pouvait penser qu'il était le résultat de quelque vomissement. Accoutumé à administrer le sulfate de zinc avec beaucoup de succès comme astringent, dans les cas de bronchite chronique , vers la terminaison de la maladie , et quand la sécrétion des mucosités était assez considérable , je proposai à M. Bloxam son usage dans ce cas , en observant que si la maladie était produite par une augmentation de sécrétion delà membrane muqueuse, on verrait diminuer promptement la quantité des crachats. Étant convenu que le sulfate de zinc serait administré , on prescrivit cinq grains de sulfate de zinc dans une once et demie d'une infusion de roses , en répétant la potion chaque quatre

(i) Dos cuai'tillas.

heures. Le jour suivant, l'amélioration était si grande, que l'effet des remèdes paraissait miraculeux , comme disait M. Bloxam. La matière expectorée aurait été renfermée dans une tasse de thé, la prostration des forces était beaucoup moindre , et le pouls plus dur et plein. Par l'usage du même remède , combuié avec l'infusion de quassia , l'expectoration cessa entièrement dans l'espace de trois jours , la toux disparut , et le malade recouvra ses forces , de telle manière qu'il put sortir au cinquième jour. Je considérai alors qu'il était inutile de continuer l'usage du sulfate de zinc , que le malade avait continué de prendre, en diminuant la dose et à des intervalles plus éloignés. J'ai depuis administré le même remède à beaucoup d'autres personnes attaquées de la même maladie, et toujours avec un égal succès.

Ayant vu les avantages qu'on se procurait avec cetle substance , dans la maladie dont je viens de parler , je me déterminai à l'employer dans le choléra asphyxique. Comme dans la grippe il arrête spécifiquement la sécrétion augmentée de la trachée-artère et des bronches , il paraissait rationnel de présumer qu'elle exercerait un semblable effet sur la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins. Comme la grippe était aussi caractérisée par une grande dépression du système nerveux et la débilité générale, dont les

symptômes disparaissaient promptcment par i'usaec du môme remède , il n'était pas du tout invraisemblable qu'il n'agît de la même manière dans le choléra épidéraique.

Depuis que j'ai eu l'idée d'employer le sulfate de zinc dans la période de coUapsus du choléra , il n'y a pas eu beaucoup de cas de choléra en Angleterre. Je n'ai pas eu , en conséquence , beaucoup d'occasions d'observer son action dans cette maladie; nonobstant, je possède quelques faits en faveur de ce médicament. Quand le choléra se manifesta l'été suivant , je l'administrai à plusieurs convalescens de cette maladie , qui éprouvaient une grande faiblesse avec relâchement et défaut de ton de l'estomac et des intestins. Il résulta de ces essais tout ce que je m'en promettais. Le relâchement des intestins fut corrigé , les malades recouvrèrent l'énergie de l'estomac, et leurs forces augmentèrent considérablement. De ces essais et de quelques autres , j'ai déduit les conséquences suivantes. Premièrement , que le sulfate de zinc en doses brisées agit comme tonique et astringent sur la membrane muqueuse du canal intestinal , et qu'à plus haute dose, il excite l'énergie du système nerveux; et, comme un remède qui possède ces deux propriétés est celui qui paraît convenir dans l'état de collapsus de choléra, je n'hésitai pas à l'employer dans les premiers cas qui se présentèrent à moi.

Le premier fut celui d'une femme qui était dans la seconde période de la maladie , quand je la vis pour la première fois. Je lui ordonnai de prendre immédiatement de l'acide carbonique, et de répéter la dose au bout d'une heure. La première fut rejetée par le vomissement , et quand je vis la malade de nouveau , après la seconde dose , le collapsus avait commencé , le pouls était presque imperceptible dans la radiale. Bientôt les pulsations disparurent entièrement. Je continuai à administrer l'acide carbonique , et, au bout de deux heures , la réaction commença à se montrer» Malgré cela , la prostration était considérable , et le pouls , après un court intervalle , commença à être moins fréquent et moins plein. Je crus, en conséquence, convenable de faire usage des stimulans , et , pour cet effet, je prescrivis dix grains de sulfate de zinc répétés chaque heure, jusqu'à ce que la réaction se produisît complètement ou produisît des vomissemens. La première ni la seconde dose ne produisirent aucun changement; niais , à la troisième , quelques vomissemens et des nausées considérables s'élant manifestées , je réduisis la dose à six grains , en la répétant avec moins de fréquence , seulement chaque quatre heures. Je fis continuer le médicament jusqu'après la disparition complète de tous les symptômes alarmaus.

Le second malade était un homme qui , pendant la nuit , avait été attaqué fortement du choléra , sans qu'on lui eût administré aucun, remède jusqu'au jour suivant. Quand je le vis pour la première fois, il était dans un état complet de collapsus. Me conformant à ce que j'ai dit précédemment , qu'il faut d'abord détruire la cause avant d'attaquer l'effet , je lui administrai l'acide carbonique pendant 'trois fois , et un lavement avec un peu de charbon en poudre. Après avoir attendu plus d'une heure pour que le charbon eût le temps de neutraliser le poison, j'administrai 20 grains de sulfate de zinc , combiné avec 20 gouttes d'acide sulfurique dans un peu d'infusion de roses. Cette dose ne produisit que quelques légères nausées. En moins d'une heure , les pulsations étaient déjà sensibles dans l'artère radiale , et on sentait plus distinctement l'action du cœur. Mais , comme les autres symptômes paraissaient rester stationnaires , je lui administrai une autre dose, composée de 5 grains de sulfate de zinc ; celleci produisit quelques vomissemens , et bientôt après une augmentation dans la force et la fréquence du pouls. La réaction étant ainsi établie, on vit disparaître graduellement la lividité de la peau et l'oppression de la poitrine ; la respiration s'exécuta librement, etle malade revint à un état passablement satisfaisant. Après cela ,

on ne crut nécessaire que de continuer l'usage du même remède à la dose de cinq grains, unis à une iufusion amère , pendant ce jour et le suivant ; le malade prit , dans toute la maladie , deux drachmes de sulfate de zinc.

On n'observa dans aucun de ces deux maladei la réaction typhoïde.

11 suffît , selon nous , de ce que je viens d'exposer, pour guider ceux qui ont l'expérience de ce remède. Quant à sa manière d'agir , tout ce que nous pouvons dire , c'est que, à certaines doses , le sulfate de zinc possède des propriétés toniques ; à doses plus hautes , il agit comme stimulant direct du système ganglional. Nous ne devons pas oublier d'observer que beaucoup d'autres substances employées par difFérens praticiens ont eu du succès , quoique ce succès ait été incomplet. Parmi elles , on peut mentionner le sous-nitrate de bismuth , employé par le docteur Léo , en Russie ; le sulfate de cuivre et plusieurs préparations de fer, administrés par diflérens praticiens , en Angleterre. Nous ne dirons pas si ces dernières substances agissent de Ja même manière que le sulfate de zinc , ni si ce dernier n'a pas produit de bons effets entre les mains des autres médecins , par la raison que ce remède était administré avant d'avoir fait disparaître la cause du coUapsus , c'est-àdire , la présence du poison spécifique.

Je ne crois pas convenable d'entrer dans de plus longs développcméns sur la manière d'administrer le sulfate de zinc ; je laisse à la prudence de chaque praticien le soin de déterminer la dose à laquelle il doit l'administrer ; car , il est presque impossible de donner des règles générales, à cause de la différence de constitution des différens individus, de la différence d'énergie du système nerveux , do la plus ou moins grande intensité de la maladie , qui obligeront à la varier dans chaque cas particulier : c'est à proportionner la dose à la nécessité du moment » que consiste surtout l'habileté du médecin , de laquelle dépend dans tous les cas la vie du malade.

J'observerai seulement en finissant , que je crois convenable de l'administrer à des doses qui produisent de légères nausées ; car , de toute autre manière , nous ne pouvons pas être certains que le remède agisse sur le système nerveux.

Quant au temps pendant lequel il faut continuer l'usage du remède et aux intervalles de son administration , nous devons nous guider , non-seulement d'après la violence de la mahidie et le danger dans lequel est le malade ; mais en-; . core d'après l'état de la circulation , et le plus ou moins d'impression que produit le remède. Dans certains individus, qui , par constitution ,

par malaclle , ou par quelque autre cause , sont affaiblis , il sera nécessaire de recourir à ce moyen ou à d'autres analogues , non-seulement avec pius d'énergie , mais aussi plus promptement. Ce que nous disons des individus en particulier , nous devons l'entendre , en général , des habitans de différens climats : pour ceux des pays chauds, et principalemeni pour ceux <les environs des marais , dont l'énergie vitale est toujours moindre que celle de ceux qui sont dans des circonstances contraires , il est nécessaire d'user de ces excitans à plus haute dose, €t à une époque moins avancée de la maladie.

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