DEUXIÈME OBSERVATION
Eslhiomène ou lupus exedens ; traitement local : guérison
prompte.
Nous commençâmes à traiter, en août 1838, le nommé Fabry, atteint , depuis près de deux années , d’un ulcère crustacé de mauvaise nature , siégeant au sommet du nez , et que tout nous indiquait être un lupus. La destruction de presque tout le lobule nasal dénotait suffisamment sa marche rongeante , et presque toujours une croûte grisâtre ou d’un gris jaunâtre, évidemment produite par la dessiccation du pus, en cachait la surface. Tout autour existait une rougeur chronique, d’aspect érysipélateux. Le mal avait , au reste , débuté , comme le font généralement les ulcères de cette nature, par une induration avec une rougeur et irritation vive de la peau , s’accompagnant d une démangeaison assez vive que le malade ne pouvait parfois s’empêcher de satisfaire ; par suite , la peau s’excoria , s’ulcéra , et l’ulcère sinistre se trouva
constitué. Ce fut en suite peu à peu que l’extension du mal en était venue à produire l’érosion du lobule nasal.
De quelle manière devions - nous traiter le mal dans cette circonstance? Considérant que celui-ci était encore assez limité , nous crûmes parfaitement indiqué de chercher à dénaturer cet ulcère par le moyen d’un caustique puissant. Nous commençâmes , à cet effet , par le recouvrir d’une couche d’environ deux millimètres et demi d’épaisseur de poudre de Rousselot , préalablement humectée de salive jusqu’à consistance de pâte, et nous maintînmes en place ce topique avec une toile d’araignée et un bandage approprié.
La croûte qui en résulta , et qui était formée par le mélange du caustique et du pus coagulé , ne se détacha que vers le dixième jour. A sa chute , nous aperçûmes une surface plus égale, mais encore grisâtre, blafarde. Afin de modifier son aspect et d’améliorer son allure * nous la recouvrîmes d’onguent de styrax , et la fîmes panser pendant un certain temps avec ce topique, Notre but se trouva bientôt atteint : elle se couvrit de bourgeons charnus de bonne qualité ; il fut même nécessaire de la toucher de temps en temps avec le nitrate d’argent* Enfin les progrès vers la guérison devinrent bientôt plus manifestes par l’extension de la cicatrisation. Celle-ci fut, en effet, complète au trente-sixième jour du traitement. Nous avons même la certitude que la guérison ne s’est plus démentie.
Quelques purgatifs encore furent conseillés vers la fin du traitement , ainsi que quelques vésicatoires aux bras , afin de prévenir une métastase humorale.
Nous rappellerons encore ici que cet homme avait été
soumis sans résultat à des traitements internes. Il recevait , en effet , depuis assez long-temps les soins d’un de nos estimables confrères qui avait varié ses médications. Pourquoi avons-nous été plus heureux que lui? C’est que nous avons attaqué le mal avec bien plus d’énergie. Au lieu de nous en tenir aux dépuratifs , qui peut-être n’ont jamais obtenu une guérison du lupus , ou à l’emploi des topiques externes d’une action trop faible ; nous avons songé à désorganiser immédiatement l’ulcère esthioménique , à détruire par un puissant caustique sa superficie afin de changer sa manière d’être. Le résultat heureux que nous avons obtenu a démontré que nous avions saisi le traitement le plus convenable. Ï1 n’est guère nécessaire d’ajouter qu’avec la guérison de l’ulcère malin a été encore obtenue la cessation de la rougeur quasi-érysipélateuse des parties cutanées avoisinantes. La disparition de l’ulcère devait , en effet , être suivie de celle de la fluxion morbide qu’il entretenait.
Nous allons donner ci-après la relation d’une troisième observation de lupus , bien autrement étendu que ceux dont nous venons de tracer l’histoire. Ce fait nous démontre puissamment encore combien , pour se fier aux traitements internes , on risque de perdre un temps précieux pendant lequel le mal fait des progrès irréparables , et combien , au contraire , est puissant et efficace un traitement local et actif bien dirigé.