CINQUIÈME OBSERVATION
Madame la baronne d’A — , d’une forte constitu-
lion , sujette depuis sa jeunesse .à des rougeurs boutonneuses au visage, vint me consulter en juin 1828. Elle avait deux cataractes très-prononcées du genre de celles que les hommes de l’art rapportent à l’opacité de la membrane cristalline. Regardant cette maladie comme beaucoup trop avancée pour qu’elle put céder au traitement dont je fais usage contre les affections cérébrales, je conseillai à cette dame de s’adresser a un habile oculiste, pour se faire opérer. Elle me parut fort affligée de ma réponse , et m’assura qu’elle ne se déciderait jamais à l’opération, lors même qu’elle aurait entièrement perdu la vue. Je consentis alors à faire une tentative par laquelle je ne pouvais compromettre l’état de la malade. Je fis la cautérisation sincipitale au moyen de l’ammoniac; mais madame d’A.... ne voulut point me laisser poser de ventouses scarifiées à la nuque, et j’en fus d’autant plus contrarié, que j’espérais, par ce moyen , m’opposer à toute pléthore de la tête , et combattre avec utilité, quoique un peu tard, l’éruption habituelle de la face. Elle me promit toutefois de se soumettre, dans un autre temps, à l’emploi de ce remède, mais elle me demanda constamment de nouveaux délais , même daùs les momens où il paraissait le plus nécessaire. Or, ce remède est du petit nombre de ceux dont la thérapeutique n’offre point l’équivalent.
Cependant, il ne s’était pas écoulé un mois depuis la formation de la plaie, que la vision parut s améliorer un peu; en même temps, l’opacité des
cristallins diminua sensiblement-, de blanchâtres ils devinrent gris ; c’est ainsi que jugèrent plusieurs médecins qui avaient vu la malade chez moi. Alors je joignis au traitement, l’usage de l’ammoniac en collyre, et de l’électricité voltaïque $ chaque fois que l’un ou l’autre moyens étaient employés, la vision acquérait , pour une bonne partie de la journée, plus de force et de netteté. La malade me disait souvent qu’elle voyait mieux à se conduire, qu’elle distinguait plus facilement les personnes , qu’enfin elle pouvait lire dans un livre imprimé en gros caractères.
Cet état de choses se maintint pendant plus d’un an.
Vers le mois de septembre 1824 5 environ dix-huit mois après le commencement du traitement , il survint à la face et à la tête des symptômes de pléthore contre lesquels la malade ne me permit pas plus qu’auparavant l’usage de la ventouse. Ces symptômes furent imparfaitement combattus par des sangsues au siège. A partir de ce moment , la vision diminua dans l’oeil droit qui avait toujours été le plus faible, et dont le cristallin était resté le plus opaque. Alors je remarquai une zone blanchâtre et transversale placée vers la partie antérieure du cristallin. En peu de jours cette zone devint un cercle.
En novembre 1824- La vision diminua dans 1 œil gauche dont le cristallin me parut acquérir plus d’opacité qu’il n’en avait eu depuis les premiers momens du tx-aitement. Alors je suspendis toute mé-
dication et je recommandai à la malade de se faire opérer quand la chose serait jugéeconvenable. Cette dame m’a fait savoir, depuis, qu’elle avait recouvré complètement la vision de l’oeil droit dont elle s’est fait opérer par M. Roux.