‹ Mémoire sur les anomalies de l'œufChapitre 6 sur 17 · ANOMALIES PRIMITIVES · texte numérisé non relu

ANOMALIES PRIMITIVES

Section I. — Anomalies relatives i* la vésicale germinative.

La vésicule germinative est constituée par une paroi , par un contenu et par un noyau ou nucléole appelé tache germinative (pi. I, flg. 2 a).

L’importance de la vésicule germinative est aujourd’hui parfaite* ment connue, et si son rôle physiologique n’est peut-être pas encore bien déterminé, on sait au moins que c’est d’elle ou de la portion de l'ovule qu’elle occupe que procède le développement embryonnaire.

Lorsque l’œuf possède une cicatricule ou germe, la vésicule germinative est située dans la cicatricule; car ce dernier organe ne se forme jamais que de la portion de l’ovule occupée par la vésicule du germe. Si la vésicule germinative ne se retrouve pas toujours dans la cicatricule, c’est qu’elle peut disparaître à l’époque où celle-ci acquiert son développement complet; mais dans toute cicatricule la vésicule germinative a primordialement existé.

Chez tous les animaux, dans l'ovule normal, la vésicule germinative ou de même la cicatricule est unique.

Les anomalies qui concernent la vésicule du germe peuvent consister : 1° dans son absence; 2° dans quelque changement de sa constitution ; 3° dans sa multiplicité.

1° Lorsque l’œuf a acquis sa maturité, ou bien après la fécondation, la vésicule germinative disparait. Pour constituer une anomalie, l’absence de cette vésicule devrait donc avoir été primordiale, nous n’en connaissons point d’exemple, à moins qu'il n’y ait eu en même temps une anomalie beaucoup plus complexe, à savoir : l’absence même du viteilus.

2° Les anomalies signalées jusqu'aujourd’hui, et qui se rapportent à la constitution de la vésicule germinative, ne concernent

que le nucléole, c’est-à-dire la tache germinative. On sait que chez les mammifères cette tache est toujours unique; or Wagner a signalé quelques faits qui dérogent à cette loi :

Daus l'œuf d'une lapine, Wagner a figuré deux taches germinatives, à côté l’une de l’autre, sur une vésicule d’ailleurs normale; dans un autre œuf du même animal, il a représenté un amas de six taches contiguës, toutes sphériques, et dont chacune égale presque en grosseur la tache normale; daus un œuf de surmulot, il a représenté la vésicule avec deux taches; enfin, il a donné la figure de la vésicule germinative d’une brebis qui offre une tache entourée d’un anneau, et en outre plusieurs taches claires semblables à des anneaux (l).

Depuis Wagner, aucun physiologiste n’a publié de cas semblables, et, d’un autre côté, le rôle de la tache germinative dans le développement ultérieur de l’ovule est tout à fait inconnu; en sorte que nous nous bornerons à une simple mention de ces faits.

3° L’anomalie la plus intéressante peut-être pour le physiologiste est celle qui consiste en la présence de plusieurs vésicules germinatives dans un vitellus unique.

L’existence de cette anomalie de l’œuf est établie par l’observation du fait même ou par l’observation de faits qui l’impliquent. Ceux-ci sont la présence sur un vitellus de deux embryons ou de deux cicatricules distinctes, car la vésicule germinative étant, en quelque sorte, le centre du développement embryonnaire, plusieurs embryons distincts impliquent nécessairement l’existence primordiale de plusieurs vésicules germinatives, et, d’un autre côté, la cicatricule se constituant toujours autour de la vésicule germinative, l’œuf qui possède plusieurs cicatricules possède, ou bien a possédé primordialement, plusieurs vésicules germinatives. D’après ces considérations, nous nous proposons donc de rapprocher et de confondre dans une même étude, au point de vue de l’anomalie qui nous occupe, les cas dans lesquels l’œuf, renfermant un vitellus unique, possède soit plusieurs vésicules germinatives, soit plusieurs cicatricules, soit plusieurs embryons distincts.

(I) Encyclopédie anatomique, t. VIII, p. 15 et 544.

Du rapprochement, de la comparaison et de l'appréciation des divers cas, il ressortira, je pense, ce fait, encore contesté par plusieurs physiologistes, que la duplicité chez les animaux vertébrés, c’est-à-dire la monstruosité composée, doit souvent son origine au vice de conformation de l’œuf, qui consiste dans l’existence primordiale de deux vésicules germinatives en un même vitellus.

Afin de rendre plus complète l’étude de l’anomalie qui nous occupe, nous rapporterons, en outre de3 faits dans lesquels deux embryons situés sur un seul vitellus, mais étant partiellement unis, leur développement par deux germes primitivement distincts n’est pas de soimême évident ; toutefois la place que nous donnons ici à ces faits sera justifiée dans la suite; on verra qu’il n’y a pas lieu d’admettre pour les deux embryons partiellement unis, un mode de formation autre que pour les deux embryons libres sur le même vitellus, et qu’il n’y a entre ces deux cas qu’une différence de degrés.

A. — Deux vésicules germinatives distinctes.

Premier fait. — Laurent, œuf de la limace grise.

I. — Dans ses recherches sur les monstruosités doubles, Laurent s’exprime ainsi : « En étudiant l’œuf pris dans l'ovaire de la Umax agrestis, nous avons trouvé de temps en temps, mais rarement, quelques vitellus des œufs ovariens qui renfermaient deux germes, ou mieux deux vésicules du germe. Du moment où nous avons pu distinguer nettement deux vésicules du germe dans un même vitellus ou œuf ovarien, nous aurions voulu pouvoir suivre le sort de cet œuf ovarien, mais l’œuf et l’animal sur lequel on l’observe étant toujours sacrifiés, il devint évident pour nous que nous ne pourrions jamais parvenir, par l’observation directe, à l’origine première d’une monstruosité double provenant à nos yeux d’un œuf ovarien à double vésicule du germe... (I). »

Deuxième fait. — Coste, œuf de lapin (pl. I, fig. 12) .

II. — M. Coste a donné la ligure d’un œuf de lapine qui renfermait deux vésicules germinatives. Par l’action du compresseur, ces deux vésicules étaient sorties intactes de l'ovule déchiré (21.

(1) Laurent, Essai sur les monstruosités doubles, in Annales franç. et ktrang. d’anat. et de puYsioL., t. III, p. 217. Paris, 1839.

(2) Coste, Etudes orologiques four servir à l'histoire de l’œuf dans l'ovaire, et de la vésicule germinative, in Ann franç. et étr. d’anat. et de puysiol., t. 11, p. 225, pl. V, fig. 3, 3’, 3", Paris, 183S.

Troisième fait. — Allen Thomson, œuf de chat.

III. — M. Allen Thomson rapporte un fait analogue en ces termes : « Personne, non plus que moi. n’a découvert deux vésicules germinatives dans un vitellus avant la fécondation. Une observation de ce genre serait du plus haut intérêt. Une fois j’ai pensé avoir rencontré un exemple de cette particularité dans l’œuf ovarien du citât; mais je crains qu’il n’y ait eu quelque erreur dans l’observation, et que les vésicules germinatives de deux ovules rapprochés qui étaient en même temps sur le champ du microscope, ne se soient accidentellement juxtaposés (1). »

B. — Deux cicatricules distinctes.

Premier fait. — Fabrice d'Acqcapendente, œuf de poule.

IV. — Fabrice ab Acquapendente a vu deux germes sur le vitellus d’un œuf de poule ; il mentionne le fait en ces termes : « Eam (cicatriculam) in « magno vitello duplicem aliquando observavimus, alteram alteri satis pro- « pinquam, et alteram altéra minorem.... (2). »

Deuxième fait. — Serres, œuf de poule.

V. — « Chez une poule qui avait pondu des œufs à double jaune, dit M. Serres, j’ai rencontré un ovule double dans le même calice, dont les deux vitellus s’étaient réunis quoique les deux cicatricules rapprochées fussent distinctes (3). »

Troisième fait. — Allen Thomson, œuf de poule.

VI. — « Deux cicatricules, dit M. Allen Thomson, ont été quelquefois observées sur un jaune unique, mais je crois qu’on doit conserver quelque doute de savoir si cette apparence, que j’ai moi-même quelquefois vue, n’est pas trompeuse. Je n’ai du moins jamais observé aucun indice de développement dans l’une et l’autre, et je ne sache pas qu’aucun expérimentateur ait vu dans ces cicatricules un changement qui permît de conclure qu’elles contenaient toutes les deux le germe d’un embryon (4). »

il) Allen Thomson, Remarks tipon the early condition and probable origin of double monsters, in The London and Edinbürgh monthly journal of medical science, 1844, n° VII, p. 58t.

(2) Hieronymi Fabricii ab Acquapendente, De formatione ovi, p. 13, in Opéra omnia, Lngduni Batavorum, 1737.

(3) Principes d'embryogénie, de zoogénie et de tératogénie, par M. Serres, dans Mém. de l’Ac. des sciences, t. XXV, p. 92. Paris, 1860.

(4) Allen Thomson, Mém. cit., p. 579.

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