CHAPITRE DEUXIÈME
EMPLOI DES BIENS DES JÉSUITES DANS LES DIFFÉRENTS PAYS SOIT CATHOLIQUES, SOIT HÉRÉTIQUES, A L'ÉPOQUE DE LA SUPPRESSION DE LA COMPAGNIE. (1)
S1. En ltalie.
Suivant les dispositions du bref de Clément XIV, les biens des Jésuites à Rome et en Italie furent employés en œuvres pies ou religieuses, et leurs colléges, selon l'intention des fondateurs, consacrés à l’éducation. Il existe un bref de Clément XIV du 3 août 1774, où, après avoir fait l'éloge de l’état florissant dans lequel les Jésuites ont laissé le collége et le séminaire
(1). Voyez Note sur les biens des Jésuites après leur suppression.
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romain, il destine ces deux établissements à l’éducation comme auparavant. Mais quand la Compagnie de Jésus fut rétablie solennellement par Pie VII en 1844, alors ce Pape, et depuis, ses successeurs, rendirent, en partie, aux Jésuites, leurs anciennes possessions. Le 7 août 1814, jour où fut publiée la Bulle de restauration de la Compagnie, ‘‘ Solliciiudo omnium ecclesiarum,” en présence de plus de cinquante vieux Jésuites, le cardinal Pacca fit lire un édit du Souverain Pontife qui ordonnait la restitution des capitaux existants des biens de l'Ordre, et des dédommagements pour ceux qui avaient été aliénés. (Ami de la Relig. T. 41, p. 215.) Plus tard Léon XII rendit aux Jésuites le collége romain. (Bref Cum multa 17 Mars 1624.)
Nous voyons donc qu’à Rome, les biens des Jésuites, lors de leur suppression, furent employés en œuvres pies, selon l'intention des donateurs, C’étaient des biens consacrés à Dieu, et ils restèrent consacrés à Dieu. A la restauration de la Compagnie, le Pape les fit, autant que possible, restituer aux Jésuites.
Parmi les princes catholiques, les uns avaient sup-
rimé la Compagnie de Jésus dans leurs Etats, avant e bref de Clément XIV. Ces princes, imbus des doctrines protestantes et gallicanes, s’arrogeaient un droit qui n'appartenait qu'au Souverain Pontife; les autres ne la supprimèrent que conformément au bref d’abolition. Mais les uns et les autres reconnurent que les biens des Jésuites appartenaient, non pas à l’Etat, mais à l'Eglise ; chez les uns et chez les autres, les biens de ces religieux, qui ne pouvaient plus appartenir à la Compagnie supprimée par l'autorité de la puissance ecclésiastique, furent généralement appliqués ou censés appliqués à des œuvres pies, l’éducation, les missions, etc. Bien que ces gouvernements, travaillés par l’impiété, méconnussent les droits de l'Eglise qui seule pouvait validement disposer de ces biens, ils comprenaient cependant que ces biens devaient être employés suivant l'intention des donateurs et qu’il n'était pas permis à l'Etat de les employer à des usages profanes.
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Dans les Etats non catholiques, les biens des Jésuites furent généralement et à peu d’exceptions près dont nous parlerons, abandonnés entre les mains des menibres existants de l’Ordre supprimé. Dans ces Etats non catholiques, les gouvernements n’eurent pas la pensée de déclarer ces biens, biens de l'Etat, et ne se crurent pas autorisés à s'en emparer.
S 2. En Portugal.
Parmi les princes catholiques qui supprimèrent les Jésuites avant la décision de Rome, le roi de Portugal, ou plutôt Pombal, son ministre tout-puissant, sans aucun respect pour les lois divinés, ecclésiastiques et civiles, et même pour les droits les plus saints de l’humanité, s’empara arbitrairement des biens des religieux dépossédés, et tout en affichant de consacrer ces biens de source catholique à des œuvres pies, il en enrichit ses créatures.
Lorsqu'en 1829, don Miguel, alors roi de Portugal, rappela les Jésuites français dans ses Etats, tous les anciens biens des Jésuites étaient pas entre les mains d’autres ordres religieux ou d’ecclésiastiques, ou servaient à l'entretien d'établissements publics d’éducation.
Les nouveaux Jésuites étaient en petit nombre; on leur rendit leur ancienne maison de St. Artoine à Lisbonne, où avaient autrefois habité St. François- Xavier, et les PP. Simon Rodriguez, Louis Gonzalez, De la Camera, Ignace Azévédo, etc., et plus tard, le 9 Janvier 4832, don Miguel signait l’édit qui les remettait en possession de leur ancien collége des arts à Coïmbre. Ils en furent expulsés par un édit de don .Pédro du 24 Mai 1834.
Nous pouvons remarquer que le gouvernement du REA sous l'influence de Pombal, des voltairiens
et des libéraux d’alors, dépouille les Jésuites et dispose de leurs biens. Dès que le gouvernement est franchement catholique, don Miguel, fidèle aux lois de l’Eglise, fait restituer ces biens aux Jésuites.
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liberal et révolutionnaire, s’empresse de les dépouiller de nouveau et de les envoyer en exil. Ce prince se montre fidèle aux principes de la révolution et du li-
béralisme. Nous sont vré S 3. En Espagne. biens e Le Roi d'Espagne, Charles III, dans sa fameuse Let révo pragmatique sanction du 2 Avril 1787, par laquelle Ken pro il supprime les Jésuites dans ses Etats, comme s’il Ils ne avait juridiction sur les Ordres Religieux, statue que À ciété in les biens seront enlevés aux Jésuites, mais sans pré- R ration judice de leurs charges, de l'intention des fondateurs, & l'Etat e et des portions alimentaires des individus, etc; JR droits et plus loin : ‘ quant à l'administration des biens de la Compagnie, et l'application équivalente qui en doit être faite à des œuvres pieuses, je me réserve d'y Ler pourvoir, etc.” les ord Ce prince s’arroge le droit de disnoser des biens de Æ expuls l'Eglise ; cependant sa conscience lui dit que les inien- À let 176 tions des fondateurs doivent être respectées ; il se ‘La réserve d'appliquer ces biens à des œuvres pies, re- nous à connaissant par là que ces biens ne doivent pas avoir volont( une application profane. Ce prince, imbudes prin- & Gompa cipes gallicans, se montre usurpateur des droits de & tilité 5 l'Église et méconnait entièrement ses devoirs de prince Æ des æt catholique. C’est le règne du despotisme et de l’ar- À de se 1 bitraire dans l’Etat à l’égard de l’Egiise. C’est le li- È des col béralisme, la révolution sur le trône. Rét:
Son successeur, Charles IV, revenant aux principes È les Jé: véritables, entra en composition avec le Pape pour À non al l'emploi légitime de ces biens ; et avec le consente- À ticulie ment du Souverain Pontife, une partie en fut aliénée ils fur et appliquée aux œuvres pies, ainsi que le revenu des Not autres biens non aliénés et laissés à la masse. + Jfluenc En 1816, lors du rétablissement des Jésuites en Es- £ S arro, pagne par Ferdinand VII, on appliqua d’abord à l’en- néanr tretien des Pères le revenu des biens restés à la masse, E recon mais bientôt par différents décrets, le roi rendit aux Æ donat Jésuites la propriété de leurs anciennes possessions. & malh(
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fameuse laquelle mme sil tatue que sans préndateurs, us, etc; biens de i en doit erve d’y
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principes ape pour consentet aliénée venu des es en Esrd à l’enla masse, ndit aux sessions.
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La dernière tempête révolutionnaire qui a ensanglanté l'Espagne, a emporté la Compagnie de Jésus avec tous les autres ordres religieux de ia péninsule.
Nous voyonstoujours que lorsque les gouvernements sont vraiment catholiques, ils restituent à l'Eglise ses biens et les respectent ; dès qu'ils deviennent libéraux et révolutionnaires, ils s’en emparent et en disposent, en proclamant que ces biens appartiennent à l'Etat. Ils ne veulent pas reconnaître l'Eglise comme une société indépendante, ils la regardent comme une corporation dépendante de l'Etat, qui tient ses droits de l'Etat et que l'Etat peut par conséquent dépouiller des droits qu'il lui a acoordés.
S 4. À Naples.
Le roi de Naples, qui suivit l'exemple, ou plutôt, les ordres de son père Charles IT, roi d'Espagne, en expulsant les Jésuites, disait dans un édit du 28 Juillet 1768 :
‘La souveraine puissance que nous tenons de Dieu nous ayant permis d'expliquer et de commuer la volonté de ceux qui en laissant leurs biens à la susdite Compagnie de Jésus, ont prétendu les destiner à l’utilité spirituelle de leurs concitoyens, par le moyen des œuvres auxquelles la Compagnie faisait profession de se livrer, nos soins ont établi des écoles publiques, des colléges gratuits, etc.”
Rétablis en Sicile par le même Ferdinand en 1802, les Jésuites rentrèrent dans une partie de leurs biens non aliénés, le gouvernement ou la libéralité des particuliers suppléa le reste. Rétablis à Naples en 1820, ils furent combiés des bienfaits du roi.
Nous voyons le même roi Ferdinand, sous l’influence des principes gallicans et révolutionnaires, s'arroger les droits de l'Eglise et disposer de ses biens; néanmoins tout en usurpant les droits de l'Eglise, il reconnaissait qu’il fallait respecter les intentions des donateurs. Plus tard, éclairé sans doute par les malheurs qui vinrent fondre sur son royaume et sur