‹ Mémoire sur les biens des Jésuites en Canada [microforme]Chapitre 3 sur 51 · L'ÉGLISE A LE DROIT DE POSSÉDER · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE A LE DROIT DE POSSÉDER

S1. £rreurs sur le droit de propriété de l'Eglise.

Le droit de propriété de l'Eglise, reconnu en principe et en fait par tout l'univers catholique, ne fut contesté que par quelques hérétiques, des légistes et certains politiques.

Les hérétiques, particulièrement au moyen âge, dans le dessein de renverser le pouvoir temporel du Pape et de flatter la cupidité ou l’ambition des princes, PATES que l'Evangile interdit la propriété à “Eglise et à ses ministres. Mais ils se condamnèrent

| par leurs propres excès et par les conséquences ab-

surdes de leurs principes ; car l’abus qu'ils faisaient des saintes écritures, les entraïnait à dénier tout droit de propriété, non seulement au Pape, aux Evêques et aux Prêtres, mais même à tous les chrétiens.

Des légistes basent leurs chicanes sur l’ancien droit romain qui prétend donner le droit de posséder à l'Eglise, comme à toute corporation civile. Au lieu de le redresser, à l’aide de la justice naturelle, restaurée par le christianisme, les légistes adorent cette législation païenne comme un texte sacré. Ils ne prennent pas garde que si le droit romain a du bon, trop souveut aussi 11 étouffe le droit naturel et lui substitue l'arbitraire. C’est ainsi qu’il a la prétention tyrannique de créer et de transférer la propriété, même de conférer à l’homme le droit d'acheter sa femme et au père celui de vendre sa fille ; comme si le droit de

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propriété dans l'individu et la constitution fondamentale de la famille ne dépendaient que du législateur humain.

Ce matérialisme légal a toujours cours. Selon plu- | sieurs légistes modernes, la loi crée la personnalité morale de l'Eglise ; elle accorde et refuse le pouvoir de

osséder. Elle le refuse en effet, lorsqu'elle confisque es biens d'une corporation religieuse, en lui faisant grâce de la vie ; ou lorsqu'elle frappe de mort la corporation et adjuge à l’Etat les dépouilles de la victime. Tyrannie effroyable, qui substitue la volonté arbitraire de l'homme au droit naturel, à un droit permanent, universel, absolu.

Les politiques rationalistes vont plus directement au but. Pour eux, l'Etat est tour. L'Etat seul représente tous les intérêts publics, tant religieux que civils, l'ordre public, la justice, la moralité publique et sociale. L'Etat, en conséquence, s’arroge à lui seul tout le droit d'approuver ou de désapprouver, d’accepter ou de rejeter les donations faites à l'Eglise, comme celles qui sont faites à un établissement public de son ressort. L’Etat dispose des fondations pieuses et s'inquiète si peu de la volonté des fondateurs, qu'il donne lui-même à ces biens ecclésiastiques une destination toute opposée à celle que les fondateurs avaient en vue. C’est ainsi que l'Etat disposera en faveur d’un enseignement indifférent, irréligieux, hérétique, de fondations créées pour favoriser l’enseignement catholique. Et lorsque l'Etat donne de la sorte l’exemple du socialisme, on s'étonne que le peuple et l’ouvrier se laissent entrainer au communisme.

Ces funestes doctrines règnent surtout parmi les protestants et les gallicans.

Les protestants n'admettent pas que l'Eglise soit une société véritable, complète, indépendante de la société civile, ayant par elle-même le droit de posséder et de se gouverner. [ls la considèrent comme une corporation dans l'Etat, dépendante de l'Etat.

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mais ils la subordonnent à l'Etat dans la possession et l’admiaistration des bisus temporels ; ils la regardent comme tenant de l'Etat le droit de posséder et d’administrer. Ils la mettent sous la tutelle de lEtat dont elle ne peut pas plus s'affranchir, que les mineurs ne peuvent s'affranchir de leurs tuteurs.

Ainsi le Pape et les Evêques, S. Grégoire-le-Grand, S. Léon-le-Grand, $. Ambroise, S. Bernard, Suger, Richelieu, Ximénès ne sont que des mineurs, qui ne savent pas plus se conduire que des jeunes filles sans tuteur ; mais Napoléon III, Duruy, Thiers, Jules Favre, Jules Simon, et autres honorables hommes d'Etat, voilà les tuteurs qui donneront de bons conseils à l'Eglise, la dirigeront et lui apprendront à se bien conduire. Quelques protestants et athées se joindront à eux. Les lois de l'Eglise ne lui suffisent pas pour se gouverner dans la possession et l’administration de ses biens, il faut que les sages du parlement lui ftracent des règles de conduite et veillent à ses intérêts.

Réponses aux protestants et aux galhicans.

Nous répondons aux protestants et aux gallicans : Jésus-Christ en établissant son Eglise lui aurait-il refusé la sagesse et la prudence pour posséder et administrer ses biens, indépendamment du gouvernement ? L’Eglise A pas par elle-même le droit de posséder et d’administrer ses biens chez les peuples fidèles et infidèles ? Son existence dépendrait-elle donc de la volonté des hommes ?

Les princes chrétiens de nos jours, par eux-mêmes, n’ont pas plus le droit d'intervenir dans les affaires de Jésus-Christ et des Apôtres, queles empereurs romains, Néron, Domitien, Trajan, Dioclétien, Julien l’Apostat n’avaient le droit d'intervenir dans les affaires de l'Eglise, et de limiter ou de régler les droits qu’elle avait de posséder ou d’administrer ses biens. C'était un crime en Néron de s'emparer des biens de l'Eglise sous prétexte que c’étaient des biens matériels. C'est

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