Je ne doute pas que le Paradis ne me soit assigné comme
séjour Alors que les autres brûleront dans les feux de la Géhenne *).
1 1 . Mais le décret fatal de Dieu a déterminé notre sort ,
Car c'est le Créateur du monde et des hommes qui £Bdt
mourir et qui fait vivre.
Outre les variantes données dans les notes, Abou 1-Mahàsiu en a une très-importante pour la seconde moitié du deuxième vers. La voici: Det que Gaïvân (Saturne) sera avec lui en conjonction". C'est à ce vers que nous devons surtout nous arrêter quelques instants , parce qu'il nous donne la clef du contraste que forment les mesures vigoureuses des Carmathes avant 320 avec leur affaiblissement après cette année.
Nous savons que déjà du temps des Omayades on faisait usage de livres fatidiques ou sibyllins. C'est ainsi que Haddjâdj reçut , d'un anachorète chrétien , un oracle qui le décida à destituer Tazîd ibn al-Mohallab afin de rompre son influence^). Dans le même oracle on trouve aussi que Walîd I aura pour successeur un homme portant un nom de prophète qui fera de grandes conquêtes. De son côté, le Kitâb aUOyoun'^) rapporte qu'il courait
1) Selon Aboa *l-Mah.; Bèroanî dit: «et il nera content de (mon obéissance relativement k) ce qa^il m''avait ordonné".
2) Ce vers n'est pas dans Abou '1-Mah. Par contre le suivant manque dans Bèrounî.
8) Tabari II, 1138, 1. 6—1139, 1. 2.
4) P. 24 de mon édition dans les Fragmenta hist. aràb.
une prédiction disant que Constantinople serait prise par un khalife ayant le nom d*un prophète. Comme Solaïmân, le successeur de Walîd I, fut le premier khalife qui portât un nom de ce genre (Salomon), il crut que la prédiction le concernait et il entreprit pour ce motif son expédition bien connue contre Constantinople. De même il existait un oracle ^) annonçant que Aïn (initiale d*AIî, Omar, Abdallah etc.) ibn Aïn ibn Aïn tuerait Mîm (initiale de Mohammed, Merwân etc.) ibn Mim ibn Mîm. Abdallah ibn Omar ibn Abdalazîz s^était appliqué à lui-même cette prophétie contre Merwân ibn Mohammed ibn Merwân, le dernier khalife des Omayades; mais, dans la suite, il devint évident que cette prédiction se rapportait à Abdallah ibn Alî ibn Abdallah, qui défit Merwân. Nous connaissons le nom de quelques-uns de ces livres prophétiques. Tabarî nous parle ') de livres de Daniel qu'on lisait en Egypte en 61; mais le plus célèbre est celui qui est intitulé al-Djafr et qu'on attribuait ordinairement à Djafar, arrière- petit-fils de Hosaïn, grand pèi*e de Mohammed ibn Ismâïl, de qui Obaïdallah prétendait descendre. Ce volume renfermait tout ce qui devait arriver aux gens de la maison (les descendants de Mohammed) en général et à quelques individus parmi eux en particulier ^). Hamdânî fait
1) KU. al Oyoun 1. c. p 158.
2) II, 399. 1. 3. En 318 un homme faisait de bonnes affaires avec nn livre attribué à Daniel aoqael il avait su donner an air de vétusté. Le vézir Hosaïn ibn al Cftsim al Carkhî devait sa iplace à une feuille de papier préparée avec beaucoup d*art et insérée dans ce livre V. Ibn al-Âthîr VllI, 169 et suiv. et le passage de Hamadzftnî i. 45 r. dans l'appendice.
8) Ibn Kbaldoun, Prolégomènes, trad. de Slane, II, 214 et soiv. Comp. Gayard, Fragments relatifs à la doctrine des IsmaéUs, p. 116.
xnention d'an livre d'oracles ayant trait au Yémen ^)« Il résulte d'un passage de Tabarî') que, du temps de Motawakkil , on lisait avec ardeur des recueils d'oracles à Bagdad et à la cour. L'un d'eux portait que le dixième khalife serait assassiné dans son appartement, ce qui s'est réalisé pour Motawakkil. Un autre ouvrage trèsrépandu était celui d'Âbou '1-Anbas, qui mourut sous le khalifat de Motawakkil ^). Sans aucun doute , dans ces écrits, les calculs astrologiques jouaient un grand rôle, comme Ibn Ebaldoun le dit positivement de Val-Djafr, Dès les temps les plus reculés on avait admis en Orient un rapport entre les différentes planètes et les différents pays ou nations et déterminé les destinées de tel ou tel peuple d'après la place qu'occupait la planète dans le zodiaque. On avait appliqué le même système aux individus. Il est probable qu'on ne tarda pas non plus à attribuer une grande influence aux conjonctions des planètes. Cependant ce ne fut que depuis le temps de Mamoun , quand l'astronomie fut devenue une science , que l'astrologie fut élevée à la dignité de système scientifique. Elle commença à fleurir surtout dans le troisième sîècle de l'Islam. Nous possédons encore un opuscule du célèbre al-Kindî, écrit vers l'an 255, avec la traduction latine qu'on en fit au moyen-âge d'après l'édition d'Abou Machar^); il a été publié en 1875 avec
1) Millier, Burgen und Schlosser^ I, p. 76. (Sitzungsber. de TAcad. des Sciences à Vienne 1879. T. XCIV, p. 407).
8) Fiàrisi, p. 161 et saiv.; Avioenne chez Mehren, Vues itAvicennâ sur VAairoîogiey Extr. da Moséon, 1885, p. 17.
4) Aboa Macbar est bien connu sons le nom on peu défigaré d'Albomaser.
d'excellents commentaires par mon ami feu 0. Loth , dont la science déplore encore la perte *). Dans ce petit ouvrage, on trouve un calcul des conjonctions des deux planètes malheureuses de Saturne et de Mars dans le signe de l'Ecrevisse, avec une application historique jusqu'à Tan 242 de l'Hégire et, en outre, une explication apocalyptique des conjonctioDS suivantes de 272 (Âbou Machar 271), 303 (A. M. 301) et 333. L'explication de l'an 303 (301) contient une prédiction bien remarquable, celle de la fin de la domination des Âbbasides en Occident, qui avait d'ailleurs été aussi annoncée d'après d'autres calculs ^). J'y reviendrai plus tard. Dans cet écrit, al-Kindî nous donne également un calcul de la durée de la domination des Arabes et la porte à 693 années. Nous devons à Ibn Khaldoun une description claire des conjonctions des deux planètes supérieures de Saturne et de Jupiter s); pour bien la comprendre, il faut savoir que les astrologues divisent le zodiaque en quatre trigones ou triades, celle des signes ignés (le Bélier , le Lion , le Sagittaire) , celle des signes terrestres (le Taureau, la Vierge, le Capricorne), celle des signes aériens (les Gémeaux , la Balance , le Verseau) et celle des signes aqueux (l'Ecrevisse , le Scorpion , les Poissons). La conjonction a lieu tous les vingt ans et change quatre fois de suite dans les signes d'une même triade. Après 240 ans elle passe à la triade suivante, où elle change de nouveau quatre fois dans les trois
D Morgenlartdische Forschungen, p. 261—809. J'en ai parlé dans la 12^vue critiqué 1875, I, p. 293.
2) Hamza Ispah. p. 155.
3) Prolégomènes II, 217 et suiv.
signes, pour passer, toujours après 240 aus, dans la triade subséquente. Après quatre fois deux cent quarante ans, c'est-à-dire neuf cent soixante ans, elle se retrouve donc de nouveau à son point de départ, qui est lepre^ mier signe de la première triade. [On distingue ainsi trois classes de conjonctions: