‹ Mémoire sur les Carmathes du Bahraïn et les FatimidesChapitre 31 sur 36 · III. Traîisplantation de Zott avant l’Islam · texte numérisé non relu

III. Traîisplantation de Zott avant l’Islam

Les dix à douze mille Tsiganes qui, sous le règne de Bahram Djour, avaient été expédiés de l’Inde en Perse, n’étaient pas les seuls Sindiens qui fussent transportés loin des bords de l’Indus. Nous trouvons, au temps de la conquête de l’Iraq par les Arabes au septième siècle, dans l’armée persane, des détachements nombreux de Sindiens, qui, lorsque les chances du Roi des rois commencèrent à s’empirer, passèrent du côté des Arabes et embrassèrent l’Islam, à la condition qu’ils conserveraient leur rang et leur solde ^). Ils se joignirent à la tribu de Tamîm et se fixèrent pour la plus grande partie à Basra ^). Ils ne prirent

1) Gi-dessus p. 10. 2) Belâdh. 372 et suiv., 377, Tab. I, 2562 et suiv.

3) Tab. I, 3125 1. 7 et 17, 3134, 3181, Mobarrad, ed. Wright, 82, 1. 16 et suiv.

aucune part à la guerre civile du temps d’Alî et n’assistèrent ni à la bataille du chameau, ni aux journées de Çiffîn, mais dans les guerres de tribus, dans la province de Basra, entre les Tamîm et les Rabf a et Azd confédérés ‘), ils combattirent avec ceux-là, comme nous l’avons vu par les vers cités au 1er chapitre. Les tribus de Wâil et les Abdalqaïs appartiennent aux RabLa, les Mazoun sont les Azd d’Oman domiciliés en Basra. Les Asâwir, nommés à côté des Zott, étaient des cavaliers au service du roi de Perse et peuvent être comparés aux condottieri du moyenâge. Ils semblent s’être recrutés spécialement parmi les Guîlâu et autres peuples des régions caspiennes.

Au Bahraïn en Arabie, il y avait une garnison de Sindiens dans le port de mer d’al-Khatt, comme nous le voyons dans le récit de la révolte des Arabes au temps d’Abou Bekr ~). On les appelle »les Zott et les Zayâbidja”. Ce n’étaient pas seulement des soldats qu’on avait recrutés parmi les prisonniers de guerre du Sind ^), mais on avait transporté des familles entières avec leur bétail sur les bords de l’Euphrate, dans le double but, probablement, de peupler les régions marécageuses et de défendre le pays contre les Bédouins. Nous lisons chez Belâdhori p. 373 que les Sayâbidja avaient été placés, avant l’Islam, sur les côtes de la mer, et que les Zott avec leurs troupeaux occupaient les Tofouf, c’est-à-dire le pays situé entre le désert et le rivage de

1) Comp. Wellhausen, Das arabische Reich und sein Sturz, 130, 253. Le poète 'Arham ibn Abdallah, cité dans le Lisân, assistait aux troubles de Basra en G84 (65 de l’H ).

2) Tab. I, 1961, 1. 4, Aghâni XIV, 46.

3) Belâdh. 375, 1. 6 et suiv.

l’Euphrate en Babylqnie, mais qui doit avoir compris aussi une partie du rivage même. Car un ancien canal de la Batîha, le pays marécageux situé sur l’Euphrate près de Babel, s’appelait encore longtemps après Nahr az-Zott (canal des Zott) ').

Une colonie de Zott était établie au Khouzistân. Il est vrai qu’un géographe postérieur, Dimashqi ^), dit que ces Zott n’y sont venus qu’au temps d’al-Haddjâdj, au commencement du huitième siècle, mais Belâdhori (p, 382 comp. 377) nomme as-Zott, abrégé de Hawmat az-Zott ou Haiyiz az-Zott (territoire des Zott), parmi les lieux qui furent conquis du temps d’Omar. Ce territoire, situé entre Kâmhormouz et Arradjân du côté du Farsistân, conserva ce nom bien longtemps après que les habitants originaux eurent disparu ou eurent cessé d’être reconnus comme des Zott. Je conclus cela du fait que Yaqout appelle le lieu Ratt au lieu de Zatt, en négligeant un point diacritique, quoique le nom de Zatt ou Zott lui fût bien connu. Istakhri et Tbn Hauqal, Bekri, p. 178, 1. 8, décrivent ce district comme grand, populeux et riche. Il n’est pas improbable que le canal et la ville de Hindowân située près de la mer, non loin d’Arradjân, tirent leur nom également d’une colonie de Sindiens ^).

Nous ne savons pas en détail ce que sont devenues ces

1) Yaqout IV, 840 1. 4.

2) Ed. Mehren p. 179, 1. 4 a f. L’auteur, évidemment, n’est pas bien informé. Le texte est corrompu. Au lieu de ü f^^t lire

3) Moqaddasi 422 1. 2, 426 1. 3 et suiv., Yaqout IV, 993; Hoffmann, Auszüge 114 Bëth Hendwâjë.

diverses colonies. La plupart de ces Sindiens se seront sans doute arabisés, et on trouve encore beaucoup plus tard des descendants de Zotti’s qui occupaient un haut rang, comme p. e. Sari ibn al-Hakam, qui en 815 devint gouverneur de l’Egypte^). Seulement, Belâdhori (p. 162 et 376) nous raconte qu’en 669 ou 670 Moâwia fit transporter plusieurs familles de Zott et de Zayâbidja de Basra à Antioche sur l’Oronte et autres places maritimes de la Syrie. Un quartier d’Antioche portait encore au troisième siècle de l’hégire, d’après eux, le nom de Mahallat az-Zott (quartier des Zott), et à Bouqa, une dépendance d’Antioche, résidaient alors encore des Zott qu’on disait descendre de ceux-là.

Je parlerai dans l’Appendice des Sayâbidja, que je crois originaires de Sumatra. Quant au nom de Djat ou Zat, arabisé en Zott, il était connu en Arabie au moins dès les premiers temps de l’Islam, et il continuait à être employé de tous les Sindiens déjà établis en Iraq et en Perse, comme de ceux qui furent transportés de l’Inde plus tard.

Page 1