IV. Transplantation et émigration des Zott au
TEMPS DE riSLAM.
Les premières invasions des Arabes dans le Sind échouèrent en partie par la résistance des Maïd et des Qîqân Q, mais il paraît que ces tribus ont bientôt compris la supériorité des nouveaux envahisseurs. Lorsque les Musulmans entreprirent la première expédition sérieuse, au commence-
1) Abu’l-Mahâsin, I, 571'.
2) Belâdh. 433.
3) Ib. 432 et suiv.
ment du huitième siècle, sous le khalifat de Walîd I, ils trouvèrent dans les Zott et les Maïd des auxiliaires au lieu d’ennemis. L’armée à la tête de laquelle al-Haddjâdj, le gouverneur de l’Iraq, envoya son neveu Mohammed ibn al-Qâsim dans la vallée de l’Indus, n’était pas grande ^), mais fut renforcée bientôt par quelques milliers de Zott^). Mais comme c’étaient des alliés peu sûrs, on résolut d’en déporter un grand nombre. Cette déportation rendrait en même temps un autre service. Tout comme TEuphrate, le Tigre avait formé de vastes marais dans la riche province de Kaskar, entre Wâsit et Basra. Pour défricher et pour faire valoir ces terres, on ne pouvait trouver des gens plus habiles que ces Sindiens, accoutumés à vivre dans les pays marécageux situés sur les rives de l’Indus, et les buffles, qui constituaient le fonds de leur bétail, sont les seuls bestiaux qui se plaisent à vivre dans les marais et y prospèrent ^). Au dire de Belâdhori, p. 375, ce n’étaient pas seulement des Zott, mais aussi beaucoup d’autres Sindiens qu’on transporta avec leurs familles et leurs troupeaux. Comme la colonie portait le nom des Zott, j’admis autrefois que ceux-ci en formaient la majorité. Mais j’oubliai que déjà alors le nom de Zott était devenu un nom générique pour tous ceux qui étaient originaires de la vallée de rindus.
Cette déportation a dû avoir lieu vers 710. Car nous lisons que Walîd I, qui mourut en 714, fit transporter une partie de ces Zott avec leurs buffles à Antioche et al-
1) Belâdh. 436.
2) Belâdh. 438, Elliot, History of India, I, 161 et 187, 435.
3) Voyez p. e. Petermann, Reisen, II, 423, Brockhaus sous Büffel.
Maççîça. Les récits qui nous en restent ’) nous donnent en même temps une idée de l’importance de cette déportation, Abou No'^mân d’Antioche raconte: »Le chemin entre Antioche et al-Maççîça (l’ancienne Mopsuestia) était autrefois infesté par les bêtes fauves, et souvent les voyageurs furent attaqués par des lions. Les habitants ayant adressé des plaintes au khalife al-Walîd, fils d’Abdalmelik, celui-ci leur envoya 4000 buffles mâles et femelles, par lesquels Dieu leur vint en aide”. On sait que le buffle attaque le lion et le chasse. Damîri I, p. 207: »Le buffle est un animal fort et intrépide, et en même temps peureux ; pour se sauver d’une piqûre de mouche, il s’abrite dans l’eau, mais le lion a peur de lui” ^). Abou Norman poursuit: » Mohammed ihn al-Qâsim le Thaqifite, gouverneur du Sind au nom d’al-Haddjâdj, avait envoyé plusieurs milliers de buffles, dont al-ïïaddjâdj expédia 4000 à al-Walîd en Syrie, et dont il plaça le reste dans les marais de Kaskar. Lorsqu’après la mort de Yazîd ibn al-Mohallab (en 720), les possessions des Mohallabites furent confisquées, on y trouva aussi 4000 buffles sur les bords du Tigre et en Kaskar. Yazîd II les envoya avec les familles de Zott chargées de les garder à al-Maççîça, ce qui fit monter le capital de bestiaux importés à 8000. Pendant les désordres du temps de Merwân II, le dernier khalife omayade, les habitants d’Antioche et de Qinnasrîn s’emparèrent d’un grand nombre de ces buffles. Mais al-Mançour, le second khalife abbaside, les fit restituer à al-Maççîça, (ville qu’al-Mançour fit restaurer et à laquelle il donna le
]) Belâdh. 162, 166, 168, 376.
2) Comp. aussi Qazwîni ed. Wüstenfeld I, 383.
nom d’al-Mançoura '). Les buffles qu’on trouve actuellement à Antioche et à Bouqa descendent de ceux que les Zott' (transportés par Moâwia et al-Walid 1) avaient amenés”. Masoudi raconte que la façon d’atteler les buffles sur la frontière de Syrie et dans la province d’Antioche est la même que celle qu’on pratique dans le Sind, confirmant par là l’authenticité de ce qui précède.
La première colonie de Zott établie par Moâwia dans la Syrie septentrionale avait été suivie d’une seconde sous al- Walîd I, d’une troisième sous Yazîd IL Comme la colonie principale restait à Kaskar, nous pouvons conclure que le nombre des Sindiens transportés par Mohammed ibn al- Qâsim a été très considérable. Ce n’est qu’après environ un siècle que les historiens reparlent de cette colonie. Belâdhori^) raconte: »Les Zott, établis par al-Haddjâdj en Kaskar, s’emparèrent de la Batîha (le pays marécageux entre Wâsit et Basra) et s’y multiplièrent. Puis ils furent renforcés par des esclaves fugitifs, par des clients de la tribu de Bâhila ^), par des serfs de Mohammed ibn Solaïmân ibn Alî (le prince abbaside qui avait été gouverneur de Basra, mort en 789^) et par d’autres, ce qui les rendit assez audacieux pour intercepter le commerce (litt. le chemin) et pour refuser ouvertement d’obéir au gouvernement. Jusqu’alors ils s’étaient
1) Edrîsî, trad. par Jaabert, I, 162; cf. Ibn al-Fakîb 112, 1. 19, Yaqoubî dans la Bibl. Geogr. VII, 238 1. 5.
2) Moroudj ed. Barbier de Meynard, III, 28 et suiv. Comp. sur les buffles des Tsiganes une note de M. Bataillard citée par Mac Ritchie, The Gypsies of India, p. 215 et suiv.
4) Tribu mal famée: v. Ibn Khallik. trad. par de Slane II, 618 et suiv.
5) Tab. III, 607.
bornés à mendier et à profiter de la négligence de l’équipage des barques pour voler. La situation devint telle que sous le kbalifat d’al-Mamoun le commerce entre Basra et Bagdad était interrompu, les bateliers n’osant plus traverser les parages occupés par les Zott”. Le désordre du pays pendant la guerre civile entre al-Emîn et al-Mamoun suffit bien à expliquer l’audace ci'oissante des voleurs de grand chemin, mais non pas la résistance bien organisée et forte que les Zott firent encore plusieurs années après contre les troupes du khalife. Heureusement, Masoudi dans son Tanbih nous donne la solution du problème. Parmi les victoires d’al-Motacim il compte » l’expulsion des Zott qui occupaient les marais de Basra, le territoire en deçà de Basra et le pays situé entre cette ville et Wâsit, et qui, dans ces régions, infestaient les chemins et commettaient une quantité de meurtres. C’était une population nombreuse, qui, chassée de l’Inde par la disette, était venue s’établir là. Ils avaient envahi le pays de Kerman, puis le Fars, la province de l’Ahwâz (le Khouzistân) et enfin s’étaient établis en maîtres dans ces parages; ils y étaient devenus très puissants et leur valeur militaire était considérable”.
Ce renseignement est de la plus haute importance. Masoudi ne semble rien savoir de la colonisation ancienne du temps d’al-Haddjâdj, de même qu’il ignorait la première transportation des Zott avec leurs buffles à la frontière syrienne, du temps d’al-Walîd 1. Nous pouvons en inférer que cette colonie était pour peu dans ce déploiement de forces des Zott. Il n’est pas même certain que tous ces
1) Trad. par Carra de Vaux p. 455.
éleveurs de buffles aient pris part à l’insurrection des Zott. Car quoique les historiens affirment qu’après la capitulation, vers la fin de 834, tous les Zott furent transportés, on trouvait encore des Zott, pâtres de buffles, dans les marais de Kaskar au temps d’Ibn Rosteh ’). Mais il semble probable que l’existence de cette colonie attira les Sindiens vers rirâq. Il se peut que ceux-ci n’aient formé qu’une partie des émigrés et qu’une autre partie se soit dirigée vers le nord-ouest et ait passée par l’Adherbaïdjân en Arménie. Nous verrons bientôt que les Zott de l’Iraq étaient bien au courant de ce qui se passait dans ce pays.
Nous ne savons pas au juste à quelle époque se place l’occupation du pays de Kaskar dont parle Masoudi, mais cela a dû avoir lieu quelques années au moins avant 820. Car dans cette année (205 de l’Hégire) al-Mamoun confia la
conduite de la guerre contre les Zott à Hsa ibn Yazîd al- Djaloudi, qui fut remplacé l’année suivante par Daoud ibn Mânidjour ^), Si nous prenions à la lettre les paroles d’Ibn al-Fakîh disant que les Zott, avant d’avoir été soumis par al-Motaçim, avaient bravé » khalife après khalife”, il faudrait reculer l’arrivée des Sindiens émigrés de plusieurs années.
Les généraux d’al-Mamoun n’eurent pas le moindre succès, au grand préjudice du prestige du khalifat. Lorsqu’en 824 Mamoun mit à la grâce de Naçr ibn Shabath, chef arabe qui s’était déclaré indépendant au temps de la guerre civile.
1) Bibl. Geogr. VU, 95 1. 9. Selon un article dans le Machriq (v. ci-dessous) V, p, 1032 on trouve encore actuellement dans la province de Basra soixante-dix familles de Tsiganes, portant le nom ancien de Zott.
2) Tab. III, 1041 et suiv.
la condition humiliante qu’il viendrait faire acte de soumission en personne, celui-ci s’écria; » Ose-t-il me proposer cela? lui qui n’est pas capable de subjuguer quatre cent grenouilles qui s’ébattent sous ses ailes mêmes, croit-il pouvoir vaincre l’élite des Arabes?” Il entendait par là, comme le chroniqueur le remarque ^), les Zott, dont le nombre cependant était beaucoup plus considérable.
La situation s’aggrava à tel point qu’un des premiers soucis d’al-Motacim, après son avènement au khalifat et son retour à Bagdad, fut d’y mettre fin coûte que coûte. Il était plus que temps, car la communication de la capitale avec Basra était interrompue, de sorte que l’alimentation de Bagdad en soutirait, au grand détriment de l’autorité du khalife. Tabari nous a conservé un poème satirique arabe, composé par un poète des Zott, dont voici la traduction :
O habitants de Bagdad, mourez! que votre chagrin dure longtemps, causé par votre désir ardent des dattes barni et sohriz !
C’est nous qui vous avons défaits, après vous avoir contraints de vous battre avec nous en yase campagne; c’est nous qui vous avons poussés devant nous comme une troupe de faibles. C’est que vous n’avez pas été reconnaissants envers Dieu pour tout ce qu’il vous avait donné et que vous n’avez pas répondu à ses bienfaits en l’bonorant.
Invoquez maintenant le secours des esclaves, fils des fondateurs de votre dynastie, de Yâzamân, de Baldj, de Touz,
1) Tat. III, 1069 1. 7.
2j III, 1169 et suiv.
de Sbinâs, d’Afshîa, de Faradj, qui sont parés de soie et d’or, vêtus en camolian chinois, aux larges manches '), portant des armes attachés à des ceintures de mousseline précieuse. L’acier indien, manié par les Banou Babilla et les descendants de Faïrouz, leur fendra le crâne.
Nous sommes les cavaliers des juments noires dont les museaux et les flancs sont ornés de coquillages ^), qui, soumis à nos ordres, loi’sque nous voulons les faire courir, déploient sur l’eau des ailes couleur d’ébène.
Nous vous prendrons à la chasse, soit aux trébuchets, soit au vol en vous poursuivant, comme on prend les oiseaux des ravins par les faucons.
Faire la guerre aux Zott, osez l’avouer, c’est tout autre chose que de manger du pain trempé de bouillon et de vider des gobelets.
C’est nous qui avons abreuvé la guerre de son propre lait (le sang), et s'il est nécessaire, nous ne reculerons pas devant un combat dans l’eau même.
Nous vous souffletterons de sorte que le seigneur du Trône en prendra courage et que le seigneur de Tîz s’en réjouira. Versez donc des larmes pour vos dattes (Dieu fasse pleurer vos yeux!) chaque jour des sacrifices (le 10 Dhou’l-hiddja), chaque fête de rupture du jeûne (après le jeûne de Ramadhân) et chaque jour de nouvel an.
Babilla est le nom d’une concubine sindienne d’al-Mohallab, mère de ses fils al-Mofaddhal et Abdalmelik, qu’on
1) Traduction très libre.
2) On aimait à orner les navires, spécialement la proue, de coquillages et de verroterie; voyez le Gloss, sur Tab. p. DLIII.
appelait d’après elle les fils de Babilla ’). Il n’est pas invraisemblable que des descendants d’al-Mofaddhal se soient réfugiés chez les Sindiens de la tribu de leur aïeule, après le massacre des Mohallabites à Kandâbîl (Gandavra) eu 720 (102 de l’Hég.) ^), et que c’est à ceux-ci et aux Persan^ d’origine noble, les fils de Faïrouz, que les Siudiens émigrés devaient leur organisation militaire. D’après Tabari, p. 1168 1. 1, le prince des Zott s’appelait Mohammed ibn Othmân, ce qui rend vraisemblable qu’il était d’origine arabe. Le seigneur de Tîz est le Maharadja du Mokrâu ^), le seigneur du Trône est Bâbek, le prince alors tout-puissant de l’Adherbaïdjan et de l’Arménie orientale, reconnu comme chef par tous les Khorramites D) dont le but était de bouleverser l’empire des Arabes et d’abolir l’Islam. Il est bien intéressant de voir par le poème cité que les Zott de Kaskar étaient eu communication avec Bâbek, ce qui nous fait soupçonner qu’une partie des émigrés s’étaient rendus vers ses états. Le gouvernement du khalife ne l’ignorait pas. Immédiatement après la soumission des Zott, toutes les forces de l’empire se tournent contre Bâbek et en même temps contre les pirates siudiens.
Une anecdote communiquée par Djâhiz nous donne une idée de la peur que les Zott inspiraient aux Bagdadiens. Le courtisan Mohammed ibn al-Djahm al-Barmaki raconte qu’il passa un long temps d’angoisse plein de terreur, sans parler, de sorte qu’il eu eut un embarras de la langue.
L’état des choses ne souffrait donc plus aucun délai.
1) Tab. II, 11-11 et suiv., 1164, 1210. 2) Comp. Tab. II, 1413 1. 9.
3) Istakhri 177 1. 9 et suiv. 4) Comp. Tab. III, 1165.
5) Bayân I, 18, 1. 5 a f. et suiv., Mobarrad, 237 1. 2, 364 1. 5.
Al-Motacim, immédiatement après sa rentrée à Bagdad, expédia Ahmed ibn Sa'^îd al-Bâhilî, un descendant du célèbre conquéi'ant Qotaïba, contre les Zott, mais il fut repoussé ^). Alors, en 834 (Djomâda II de 219), le général ‘^Odjaïf ibn “^Anbasa fut investi de pouvoirs absolus pour une guerre à outrance. On établit une série de postes entre Bagdad et le camp de ‘^Odjaïf, afin que le khalife pût avoir des nouvelles de jour en jour et faire expédier au général tout ce dont il aurait besoin. Mais la guerre contre ces habitants de marais n’était guère facile. Une fois seulement ^Odjaïf réussit à les forcer à livrer bataille. A cette occasion 300 Zott furent tués et 500 faits prisonniers et décapités^). Le chroniqueur ne nous dit rien des pertes des troupes impériales. A cette exception près, il n’y eut que des escarmouches dans lesquelles les soldats du khalife avaient ordinairement le dessous.
La tactique de ‘^Odjaïf était d’intercepter toute communication des Zott avec le dehors en bouchant les canaux qui conduisaient aux marais de Kaskar ®). Il employa à ces travaux, selon Barhebraeus ^), des prisonniers égyptiens qui étaient accoutumés à opérer dans l’eau et à construire des bâtardaux. Ce ne fut que sept®) mois plus tard qu’il en vint à
1) Yaqoubi ed. Houtsma II, 576.
2) Peut-être après avoir été crucifiés. Car il n’est pas improbable qu’il faille placer ici le vers du poète Di'bil (Mobarrad 457, 1. 14 et suiv.), dans lequel il dépeint la vue de quatre-vingt-dix Zott crucifiés sur le bord de la rivière, c’est-à-dire du Tigre.
3) Belâdh. 375, Tab. III, 1167.
4) P. 153 du texte syrien. M. l’Abbé Chabot a eu la bonté de copier pour moi le passage correspondant de la chronique de Michel le Syrien (p. 528). Barhebraeus n’a fait que le copier à peu près mot à mot.
5) Il faut changer du texte de Tab. en .
bout. Dans les derniers jours de 834 les Zott offrirent leur soumission, à la condition d’avoir la vie sauve et de garder leurs biens, et le général accepta.
A Bagdad la joie fut grande. Le khalife fit donner à chaque soldat de '^Odjaïf une gratification de deux dénares comme récompense, et ordonna que tous les Zott seraient conduits à la capitale pour être exhibés au peuple. 'Odjaïfles fit compter et trouva que leur nombre était de 27,000, dont 12,000 capables de porter les armes’). Au premier mois de 835 l’entrée solennelle des Zott à Bagdad eut lieu. Ils étaient vêtus de leur costume national, et firent leur entrée avec leur musique, sur un très grand nombre de bateaux, pendant que les Bagdadiens occupaient les deux rives du Tigre, et que le khalife lui-même assistait au spectacle dans son yacht. On répéta cette exhibition les deux jours suivants. Ensuite Bisbr ibn al-Samaïda' fut chargé de les conduire à Khâniqîn, à 32 parasanges au N. E. de Bagdad sur la route du Khorâsân. Selon Tabaiû, ils furent transportés de là à ‘^Aïnzarba (Anazarba) sur la frontière septentrionale de la Syrie. Yaqoubi dit qu’ils furent relégués à Khâniqîn. Je crois que nous devons nous eu tenir au rapport de Belâdhori, qui dit qu’une partie resta à Khâniqîn et que les autres furent transportés à “^Ainzarba et autres places frontières. Comparez ce que dit Masoudi dans son Tanhîh*): »Motacim leur donna pour demeure le pays de Khâniqîn et de Djaloula sur la route du Khorâsân, et celui de ‘^Aïn-
1) Tab. III, 1168, Abu’l-Wahâsin I, 653.
4) Trad. de Carra de Vaux p. 455. Je me suis permis d’y faire une légère correction.
zarba aux frontières syriennes”. Ce dernier auteur ajoute: » C’est depuis ce temps qu’il y a des buffles en Syrie; on ne les y connaissait pas auparavant; l’on dit aussi que les buffles qui se trouvent sur les frontières et les rivages de la Syrie, provenaient de ceux que la famille de Mohallab possédait dans la région de Basra, des Batâih (marais babyloniens) et des Tofouf (rivages occidentales de l’Euphrate en Babylonie); Yazîd ibn al-Mohallab ayant été tué, Yazîd ibn Abdalmelik ibn Merwân (Yazîd II) transporta de nombreux troupeaux de ces animaux en Syrie”.
Nous ne pouvons dire avec certitude dans quelle condition les Zott furent installés à '"Aïnzarba et ailleurs, mais ce n’était certainement pas dans celle de citoyens libres. Car Wâqidi ') et, d’après lui, Belâdhori ajoutent au récit de la déportation à 'Aïnzarba ces mots: »Et les habitants tiraient beaucoup de profit d’eux”. Il se peut qu’à Khâniqîn ou les ait employés pour les travaux de la mine de naphte, mais les historiens ne disent pas un seul mot sur cette fraction des Zott déportés. Quant aux autres, Tabari nous apprend qu’eu 855 les Roum (les Byzantins) envahirent '^Aïnzarba, s’emparèrent de tous les Zott qui s’y trouvaient et les emmenèrent en captivité avec leurs femmes, enfants, buffles et bœufs.
Voilà la première bande de Tsiganes dont nous savons qu’elle entra dans l’empire byzantin. Il se peut que déjà
1) Chez Yaqout III, 761 1. 21 et suiv.
2) P. 171. Ibn as-Shihna dans sa description d’Aleppo, MS. de Leide 1444, f. 74 r. cite les paroles de Belâdhori, et y ajoute ; «je dis, les Zott sont une peuplade indienne”. V. aussi Tab. III, 1169, 1. 1 et suiv.
auparavant des Zott des déportations du temps des Omayades y eussent pénétré par petites troupes, et que, plus tard, leur nombre ait été renforcé par des infiltrations de Zott syriens. Car il est bien certain qu’un grand nombre de ces gens restèrent en Syrie, Mais ce dont les livres ne nous apprennent rien, et ce qui pourtant est mis hors de doute par les recherches de Miklosich, c’est qu’une grande partie des Tsiganes a dû venir en Asie Mineure par l’Arménie, puisque la langue de tous les Tsiganes grecs et européens contient un nombre assez considérable de mots empruntés à l’arménien. Il se peut que déjà lors de Téraigration du commencement du neuvième siècle dont nous avons traité plus haut, une partie des Sindiens se soit dirigée vers l’Adherbaïdjân, mais il est très probable que les Zott établis à Khâniqîn et Djaloula se sont peu à peu répandus dans ce pays et puis en Arménie. Aucun des géographes arabes ne fait mention de la présence de Zott à Khâniqîn, et leur silence, joint au résultat obtenu par Miklosich, donne quelque probabilité à cette conjecture.
Après la soumission des Zott de Kaskar, le khalife mit fin aux déprédations des pirates sindiens qui sur leurs hawâridj (barques) infestaient les bords de la mer persane, même les environs de Basra, au dire de Masoudi dans son Tanbî/i^), et qui avaient occupé même l’ile de Socotra*). Ibn al-Faqîh en parle aussi ^), mais dans son texte le mot de hawâridj a été corrompu. Selon lui, le général qui acheva cette conquête portait le nom d’Omar ibn al-Fadhl as-Shirâzi.
1) P. 355, 1. 4 et suiv. du texte.
2) Masoudi, Morotidj, III, 37.
J’ai conjecturé, dans une note au pied du texte, que c’est une faute pour Mohammed ibn al-Fadhl. Car Belâdhori, p. 44G 1. 9, dit que Mohammed ibn al-Fadhl ibn Mâhân, avec une flotte de soixante-dix hâridja, fit une expédition contre les Maïd et qu’il en tua un grand nombre. Il n’est pas improbable que Tîz, le port de mer du Mokrân, était le chef-lieu de ces pirates. En même temps ^Imrân ibn Mousa dirigea une expédition contre les Qîqân et ensuite contre les Maïd, dont il tua plusieurs, et flt payer aux Zott la capitation. Belâdhori, qui donne beaucoup de détails sur ces expéditions, raconte le fait curieux que 'Imrân ordonna aux Zott que chacun d’eux, lorsqu’il se présenterait devant lui, amenât un chien, ajoutant que le prix d’un chien s’éleva par cette mesure à cinquante dirhems. Reinaud ’) demande si l’intention de l’émir était de diminuer le nombre des chiens. Cela me semble peu vraisemblable. J’y vois plutôt une mesure pour appauvrir ces gens en faveur du fisc. Du reste, tout cela est resté sans résultat. Il y eut des dissensions entre les chefs arabes et bientôt les Zott et les Maïd étaient redevenus ce qu’ils étaient auparavant: des voisins importuns pour les habitants du Sind. Tels les trouva Masoudi, qui en 915 visita le pays *), tels les décrivent un peu plus tard Istakhri et Ibn Hauqal.