QUATRIEME OBSERVATION
Blennorrhagie traitée sans mercure. — Un an après , céphalalgie très-violente suivie d'une syphilide papuleuse générale.
Pessnt, âgéde trente-trois ans, commissionnaire, né en Savoie, d'une bonne constitution, prit, à l'âge de trentedeux ans, une blennorrhagie avec une fille de son pays ; elle dura trois mois, et fut traitée par la tisane d'orge et de réglisse, et coupée avec un mélange de cubèbe et de copahu. Un au après, au commencement d'octobre i832, le malade fut pris de fièvre avec toux, douleur de côté, soif et anorexie. Quinze jours après, une céphalalgie violente vint se joindre à ces symptômes. Vers le 8 novembre, des papules se montrèrent d'abord sur le dos, puis à la face, surtout autour du nez. Le malade entra à l'hôpital le 26 novembre iSSa , dans l'étal suivant : la céphalalgie, loin d'avoir cessé au moment de l'éruption, est plus forte que jamais, surtout la nuit; le corps entier, mais surtout la face, sont couverts de papules arrondies saillantes, tantôt éparses , tantôt réunies en groupes, formant des plaques de la grandeur d'une pièce de vingt sous. En moyenne elles ont la grandeur d'une lentille ; leur couleur est un rouge cuivré sur les papules du corps, qui, dans les plus anciennes, passe au jaune, et offre nne leiule plus foncée chez celles qui siègent sur la face. Au ^ont on observe quelques tubercules delà grosseur d'un
pois ; quelques autres sont épars sur le derme chevelu qui est sensible au loucher pendant la nuit. Les fonctions générales du malade s'accomplissent régulièrement.
Le 2 décembre, le malade fut mis à l'usage de la décoction de gayac et des pilules de proto-iodure de mercure. Au bout de dix-huit jours , la céphalalgie n'était plus qu'une pesanteur de tête incommode , bornée à la région frontale, le derme chevelu avait perdu sa sensibilité au toucher. Les papules de la face s'étaient affaissées au point d'être de niveau avec la peau environnante, en même temps elles avaient pâli : celles du corps étaient remplacées par de petites dépressions semblables à celles qu'on observe après la variole. Le traitement fut encore continué pendant un mois au bont duquel le malade sortit de l'hôpilal.
CINQUiiiME OBSERVATION.
Syphilide tubercalo-pustuleuse à la suite de tous le» symptômes primitifs et de traitements mercuriels antérieurs.
Le sujet de cette observation est un homme gros et trapu, âgé de quorante-sepl ans, etexerçaht la profession de marchand de vin. Son intelligence est très-obtuse, et sa mémoire peu ûdèle. Il a eu une première gonorrhée (dont il ne peut fixer ni l'époque ni la durée; une seconde à l'âge de trente ans , qu'il prit avec une fille publique ; elle dura six semaines , et fut traitée par des tisanes , le rob de Laffecteur , et une gelée que je soupçonne pouvoir être la mixture brésilienne. Deux ou trois ans après troisième écoulement accompagné de chancres sur la
frerg«, qui dura encore six semaines, el fut Irailé par la liqueur de Van-Swielen. Le malade a un souvenir vague d'un quatrième écoulement; mais il ne saurait rien préciser, au milieu de celte succession rapide des symptômes syphilitiques variés. Néanmoins il rapporte cette blennorrha^ic à l'âge de trente-six outjuaranle ans. Enfin, il y a deux ans, il eut un cinquième écoulement c jntracté avec une fille, et pour lequel un apothicaire lui administra une poudre blanche. Il en prit pendant trois semaines, et de plus quatre pilules tous les jours. Au bout d'un mois, la chaude pisse était guérie, sauf un léger suintement et des démangeaisons aux fesses, qui durèrent jusq u'à l'apparition de la syphilide actuelle. Il y a six mois, le malade but de la décoction de bois sudorifiques, et prit des pilules dont la composition lui est inconnue. Néanmoins il vit paraître, deux mois après le commencement du traitement, un chancre de la grandeur d'une pièce de dix sous , qui a laissé une cicatrice blanche et indurée. Avant d'entrer dans l'hôpital, il avait encore bu six flacons de salsepareille. En un mot, cet homme, affecté de nouveaux symptômes avant que les anciens fussent dissipés, faisant des traitements incomplets et irrationnels, interrompus par des écarts de régime , n'a jamais, de son propre aveu, su s'astreindre h un genre dévie régulier, ni prendre pendant quelques semaines le même médicament pour arriver à une guérison solide.
La syphilide actuelle date du commencement de septembre; elle fut précédée de douleurs dans les tibia, et aux articulations du coude et du poignet ; ces douleurs étaient plus fortes la nuit que le jour, et précédèrent une éruption de tubercule? rouges , qui parurent en même
«temps sur toutes les parties du corps et pour lesquelles il prit des bains simples.
État présent (20 novembre i833) : les douleurs ostéocopes ont diminué , elles n'existent plus que dans les coudes et dans les poignets. Sur tout le sinciput, dans les cheveux et S la partie supérieure du front , on remarque des croûtes éparses, de la grandeur d'une lentille, conve.ves, jaunâtres, épaisses d'une ligne. Au sommet du front, elles forment une plaque à peu près circulaire, de la grandeur d'une pièce de six francs; les points où les croûtes sont tombées laissent à découvert une peau d'une teinte rouge cuivrée. Dans le sourcil droit, longue plaque elliptique d'un rouge obscur, un peu saillante, offrant quelques débris de croûtes jaunâtres et sèches. Le dos est couvert en entier de larges plaques dont la forme et la disposition imitent celles des palmes d'un châle. Les plus grandes sont de la largeur des deux mains, les plus petites de celle d'une pièce de cinq francs. Leur fond est d'un rouge obscur ; la peau , soulevée d'une demi-ligne à une ligne, est recouverte de deux espèces de productions: tantôt de larges squammes blanches ou jaunâtres, minces, sèches, et simulant celles du Psoriasis ou de V Eczéma du derme chevelu; d'autres fois, surtout à la circonférence et servant de bordure aux plaques, de croûtes coniques, pointues , de la grandeur d'une lentille et plus , d'une couleur brune , formées par la superposition de plusieurs couches, ce qui leur donne l'apparence d'une coquille de limaçon. Ces croûtes ont en moyenne une élévation d'une à trois lignes. Si on les enlève, on trouve au-dessous une ulcération superficielle de la peau , ou bien un tubercule rouge et tout-h-fait sec. Quelquefois les croûtes se réu-
>TÙ8senl, cl alors elles forment des groupes qui rappellent loiil-h-fait ceux de Vlmpcli^o. Sur chaque bras, cinq, six plaques, quelques-unes de la grandeur de deux pièces de cinq francs, analogues à celles de l'épaule. D'autres, formées par un seul lubercule recouvert d'une squamme légère, rentrent dans les cas de syphilide tuberculeuse discrète. Au coude droit esl une large plaque couverte de squainmes Irès-blanches, très-légères, entourées de quelques croûtes blanchâtres elles-mêmes et superficielles, de manière à simuler le Psoriasis pour des yeux inattentifs. Partie antérieure du tronc : douze, quinze plaques analogues à celles du dos ; membres inférieurs affectés comme les supérieurs, et, pour rendre l'analogie plus complète, il existait en dehors du genou droit un cercle desquammes blanches simulant à s'y méprendre le Lepra viit^aris. A la partie inférieure et interne de la jambe da même côté, qui est variqueuse, ulcère de la grandeur d'un franc, rond, taillé à pic, entouré de peau rouge et indurée; au-dessus est un groupe de pustules qui se sont aussi converties en ulcérations. Point de douleurs ^ démangeaisons très-supportables sur tous les points malades.
Du 20 novembre au )8 décembre, le malade reçut les trois-quarts d'aliments, et on lui administra deux, puis trois, puis quatre pilules de mie de pain par jour, pour satisfaire son imagination ^ la maladie ne présenta pas le moindre amendement.
Le i8 décembre, M. Biett ordonne deux pilules de cyanure basique de mercure, d'i/i6' de grain chacune.
5i décembre. Le malade a déjà pris quarante pilules; point de coliques ni d'envies de vomir, deux selles par
jour, un peu en dévoieuient; sur la poitrine , trois de* croûtes ont acquis, par la superposition des couches, une grosseur énorme : elles font au-dessus de la peau une saillie de quatre lignes au moins; leur plus grand diamètre est de quatre h cinq lignes; elles ressemblent à s'y méprendre h certaines coquilles bivalves qui se rapprochent des huîtres. Les squamuies du dos commencent à se détacher, et les pustules sont moins nombreuses.
i" mars. Le malade a pris deux cent six pilules en cinquante-sept jours; elles sont supprimées à partir du 1 8 février.
Depuis le 18 décembre jusqu'au 3i, le malade n'en éprouva aucun effet. Mais, vers le milieu de janvier, après en avoir pris pendant deux semaines quatre par jour, les gencives se gonflèrent , la mastication des aliments résistants devint douloureuse , il s'établit un peu de salivation et une légère diarrhée; la diminution du nombre des pilules, qui furent réduites pendant une semaine à deux par jour, suffit pour faire disparaître ces accidents. La syphilide est dans l'étal suivant : les squammes et les croûtes sont tombées à peu d'exceptions près, mais les places qu'elles occupaient sont dessinées par de larges taches d'un brun rougeâlre, qui reproduisent exactement leur forme; au milieu de ces taches, on observe une ibule de petites dépressions semblables à celles que laisse la petite vérole, mais dont le fond est plus rosé; cette con~ leur, en se combinant avec la teinte grise des parties plus élevées, produit l'apparence cuivrée qui domine dans l'ensemble. I-*s taches des membres inférieurs sont plus violacées que celles des bras et du Lrone. Aux points sur
lesquels existaient dn grosses pustules, on observe des cicatrices allongées, rouges et saillantes.
En entrant h l'hôpital , le malade avait un léger écoulement blennorrhagique ; cet écoulement persista encore quelque temps , ainsi que les douleurs le long du libia qui ont recommencé depuis quelques jours.
7 mars i834- Quelques pustules recouvertes de croûtes brunes reparaissent au bras droit autour du coude, à la partie moyenne du bras gauche, et sur difFcrenls points isolés du dos.
Après plusieurs éruptions qui se succédaient à des intervalles variables et étaient suivies d'ulcérations, le malade fut mis à l'usage de l'extrait aqueux d'opium , sous l'influence duquel sa guérison s'acheva dans le courant de l'été de i834.