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a Quels sont tes symptômes primitifs qui donnent lieu a le plus souvent aux syphilides ? »
Celte question en renferme implicitement une autre, celle desavoir si la blennorrhagie est un symptôme d'infection syphilitique analogue aux chancres en tons points. Jusqu'à Benjamin Bell cette doctrine était universellement adoptée, et elle a été sontenue par des écrivains d'un grand poids. Je me contenterai de citer parmi eux Girtanuer, Hecker, Reich , Pierre Franck, Sœmmering, Fred. Hoffmann et Wan-Swieten , qui dit, p. 697 : • Gonorrhaea materiam reteotam et resorptam ad alia » loca corporis deponi quandoque vel indè patet quod 1 loties lues universalis per corpus uoiversum dispersa , ) oriatur à malâ curatione gonorrhaeae. » Parmi les auteurs modernes, Freteau, qui a écrit spécialement sur ce sujet, et Rayer sont de la même opinion : « Quant aux blennorrhagies non syphilitiques, dit ce dernier auteur (vol. 2, p. 344). je les crois aujourd'hui très-rares. » Ces écrivains se fondent sur ce fait, que l'on a vu très-souvent la même femme donner à l'un une blennorrhagie, à l'antre un chancre , et des symptômes consécutifs succéder aux écoulements comme aux ulcérations.
Benj. Bell émit le premier, en 1 793, l'opinion que le virus blennorrhagique différait du virus syphilitique, parce que lamatière de la blennorrhagie placée entre Iciprépuce et le gland ne produit pas de chancres. Bosquillon, Tode, Callisen, Duncan, Balfour, Ellis, Ehrmann, Lafond, Hernandez, Cockburn adoptèrent celte idée avec la plupart
des chirurgiens militaires anglais, tels que sir James Slac- Gregor, Hennen, Gulhrie, etc.
Il existe encore une troisième opinion, qui pour acquérir un degré de certitude absolue, aurait besoin d'être appuyée sur l'observation directe, mois qui réunit un grand nombre de probabilités en sa faveur, c'est celle de la plupart des médecins modernes , qui aduiettenl des blennorrhagies sypliilitiquos et d'autres qui ne le sont pas (i). Je citerai comme partisans de cette doctrine M. le professeur Lallemand de Montpellier {Bévue médicale, vol. III, p, 2g8), RIM. Bief, Giberl, A. Cullerier, etc. On ne saurait nier en efiet qu'il existe des blennorrhagies syphilitiques, puisqu'il en est qui sont suivies de tous les symptômes consécutifs de la maladie vénérienne. Cependant M. Ricord professe que « le chancre est le seul symptôme caractéristique de la syphilis , qu'il est aussi distinct, aussi spécifique que la variole et le vaccin. Les symptômes secondaires de la vérole snccèdentaux chancres. Lorsque la blennorrhagie a été notée comme antécédent, les muqueuses d'où elle provenait n'ayant pas été examinées, on n'a pas piu savoir s'il n'y avait pas autre chose qu'une blennorrhagie , tandis que toutes les fois que les muqueuses vaginale ou uréthrale ont pu être rlgout-eusement inspectées, jamais nous n'avons vu survenir des symptômes d'infection générnle. » Pour ma part , je
(1) Je né parle pàs des écoulemenis qui ont lieu chez les enfants pendant la dentition (Voy. Rayer, Mémoire st/r les injlamma fions lion virulentes des membranes muqueuses des organes de la gcncralion chez les enfants, 1821), ni des blennorrhées arlliritiquc^, dont Bell , Swediaur , lîarthez, ont publié des exemples. Je parle uniquement de la blennorrhagie qui succède au coït.
crois celle opinion trop aLsoluc. Des blennorrlwtgics simples peuvent être suivies da symptômes consécutifs.
Biell en a rapporté de nombreux exemples. Je crois même que, lorsqu'on n'a pas été témoin des symptômes priniilirs, on pont , par des interrogations mullipliées , s'assurer que le malade n'avait réellement qu'une blennorrhagie. Je donnerai, comme un exemple des cas qui ont entraîné ma conviction, l'observation suivante. Un pharmacien, âgé de vingt-trois ans, prend une blennorrhagie; mais elle le gêne si peu qu'il continue h selivrer à ses occupations ; il va h la chasse, et use même du coït. Alors il survient une orcliilc qui le force à se soigner; la blennorrhagie guérit après avoir duré six mois. Sept ans après, une ulcération paraît à l'ouverture de la narine gauche, une outre à la face interne de la lèvre inférieure ; ces ulcérations s'élendent ; les deux lèvres sont envahies dans toute leur moitié gauche, puis elles guérissent partiellement pour s'ulcérer sur d'autres points ; les ulcérations sont à bords arrondis et coupés à pic; les cicatrices à peau fine, rose et plissée. Le malade , admis dans les salles de M. Biett, guérit en un mois par l'usage du proto ioduredemercure. Dira-t-onque ce malade, à moitié médecin , qui s'examinait lui-même scrupuleusement, ainsi que nous l'avons vu à l'hôpital, avait des chancres sans les v )ir ? Aurait-il pu faire tout ce qu'il a fait s'il en avait eus? Comment supposer d'ailleurs que tous les médecins anciens et modernes se soient accordés à regarderies blennorrhagies comme étant toujours, ou au moins quelquefois vénériennes , si cette affection n'était jamais , comme ledit M. Ricord, suivie de symptômes consécutifs? L'opinion h laquelle j'ai été amené par les faits est
que des blennorrhagics simples peuvent donner lieu 5 des syphilides consécutives (voyez les obs. 4 et g) , mais aussi que la plupart des blennorrhagies ne sont pas syphilitiques. On en sera convaincu en réfléchissant combien cette affection est commune, et combien il est rare que des syphilides lui succèdent. Que de gens qui ont eu plusieurs gonorrhées et jamais de symptômes consécutifs ! J'ai connu des hommes qui contractaienl un écoulement chaque fois qu'ils voyaient une femme pendant qu'elle avait ses règles ou après des excès de vin : ils la revoyaient souvent peu de temps après sans que ni elle, ni eux-mêmes n'aient présenté le moindre symptôme vénérien (i). Au reste, cette question n'est pas encore définitivement résolue. Les chirurgiens militaires qui observent les mêmes hommes pendant long temps sont seuls h même de déterminer le rapport exact qui existe entre les blennorrhagies vénériennes et les urélhrites catarrhales. Encore restera-t-ii toujours quelque doule ; car les symptômes consécutifs peuvent , comme nous le verrons, survenir dans la vieillesse lorsque l'individu n quitté le service militaire depuis long-temps ; et les sceptiques auront toujours la ressource d'appliquer h la grande vérole ce que La Condamine disait de la petite, savoir, que ceux qui n'en étaient point attaqués ne vivaient sans doute pas assez long-temps pour l'attendre.
Ces considérations suffisent pour faire voir que nous
(I) Eisenmann, p. 120, a traité un homme qui fui affecté de blennorrhagie après avoir vu une femme encore vierge. Je pourrais citer beaucoup d'exemples analogues, mais qui ne reposent mallieureusment que sur des présomptions morales.
u avons pas Jù , à l'cxcuiplo de Ileniien et de quelques autres médecins , exclure la gonorrhée du nombre des sympluuies primitifs de la maladie vénérienne.
Les médecins qui admettent des écoulements vénériens ne sont pas d'accord entre eux pour savoir si les svphilides succèdent plus souvent aux chancres ou à la LIennorrhagie.
-M. Albers affirme (p. i5) que, de tous les symptômes, c'est la blennorrhagie qui donne le plus souvent lieu $ des syphilidcs, et que le rapport est comme 3:2.
M. Petit partage l'opinion de M. Albers. Il dit, proposition X : « De tous les symptômes primitifs, celui qui est le plus souvent suivi d'affection constitutionnelle, surtout chez Iti femme, c'est la bleunorrhagie.»
Girtanner, au contraire (vol. I, p. 275), assure que la syphilis reconnaît le plus souvent pour cause des chancres et des bubons, et que ce n'est que fort rarement qu'elle succède à un écoulement.
Swediaur (vol. I, pag. i36) dit : « Les symptômes de la syphilis se manifestent rarement après les blennorrhagies, parce que le virus est délayé,
R. Carmichael professe ( page 79 ) une opinion analogue.
M. Rayer (voî. II , page 345 ) s'exprime ainsi : « Les éruptions cutanées secondaires à la blennorrhagie sont rares. On les observe surtout dans une bien moindre proportion qu'à la suite des ulcères vénériens superficiels et profonds. »
Sur Irenlc-neuf cas de syphilidcs , M. Fricke n'en a observé qu'un seul succédant à une simple blennorrha-
On voit qu'au milieu de ces assertions conlrodicloiies il était difficile de deviner la vérité. Le tableau suivant présente l'analyse de mes soixante observations, et le rapport dans lequel chaque symptôme primitif donne lieu aux syphilidcs.
Tableau présentant le rapport dans lequel chaque symptôme primitif donne lieu aux syphilides.