‹ Mémoire sur les cucurbitacéesChapitre 11 sur 28 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Action des Poisons végétaux.

L'action de la plupart de ces poisons paroît chez les animaux se porter sur le système nerveux, et détruire la vie en affectant cette partie du corps d'une manière particulière. Les expériences suivantes sont destinées à déterminer Je genre d'action de quelques-uns de ces poisons sur le règne végétal.

En général , dans ces expériences , j'arrachois soigneusement de la terre les haricots que je soumettois à l'action des divers poisons, et j'en introduisois les racines dans un, verre qui contenoit une solution du poison en question. Par cette méthode, j'ai cru pouvoir déterminer l'action directe des poisons d'une manière plus précise que si j'avois laissé la plante en terre. D'ailleurs, je ne pouvois souvent pas me les procurer en quantité assez grande pour que je pusse en éprouver les effets , en arrosant les plantes , lorsque celles-ci étoient en terre.

Je commençai par m'assurer au moyen de plusieurs expériences, que des haricots arrachés de la terre, et introduits par les racines dans de l'eau ordinaire, restaient en trèsbonne santé pendant un espace de six à huit jours, et continuoient à végéter comme si je les avois laissé dans la terre.

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Quelques-uns des poisons dont je rendrai compte, lorsqu'ils sont dissous , même en petite quantité , dans de l'eau, rendent cette eau sensiblement plus visqueuse qu'elle ne 1 est dans son état ordinaire. J'ai cru donc devoir m'assurer , que lorsque les plantes que je soumettois à l'action de ces poisons , venoient à mourir, cette mort n'étoit due nullement à la viscosité du liquide, quoique l'on pût croire que cet état de viscosité eût seul suffi pour détruire la plante , en obstruant peu à peu les pores des racines.

J'ai déterminé ce fait, en introduisant des plantes de haricots dans de l'eau contenant une solution de gomme arabique en quantité suffisante pour rendre cette eau plus visqueuse qu'elle ne l'est devenue dans aucun cas par la dissolution des substances dont je me suis servi dans le cours de ces expériences. Ces haricots sont restés vivans et ont conservé leur fraîcheur pendant un espace de Cinq à six jours (1).

Je vais à présent décrire l'action de quelques-uns des poisons végétaux sur les plantes.

De l'Opium.

Le 10 Mai , à 9 heures du matin , une plante de haricot fut introduite par sa racine dans une solution de cinq à six grains d'opium dans une once d'eau (2). Déjà le soir les feuilles commencèrent à se pencher. Le lendemain,

(1) Les plantes mouroient cependant plutôt , si l'on ajoutoitplus de dix grains de gomme arabique , pour chaque once d'eau.

(2) Après avoir dissout le poison , je passai toujours la solution à travers du "papier Joseph , de manière à 1« rendre la moins visqueuse possible.

au milieu du jour, je trouvai la plante complètement morte ; les feuilles étoient fanées sans changement de couleur. Je remis la plante dans de l'eau pure, mais je ne pus pas réussir à la faire revivre.

L'extrait aqueux de morelle agit sur les plantes précisément comme l'opium : seulement son action est un peu moins rapide que celle de ce dernier poison.

M. Julio, ayant placé des branches chargées de rieurs du Mesembranthemum barbât uni , les unes dans des vases pleins d'eau pure, d'autres dans des vases pleins d'eau mêlée avec une petite dose d'opium dissout dans le sue gastrique du corneille , s'est aperçu que les fleurs de la branche placée dans l'eau qui contenoit de l'opium , s epanouissoient plus tôt le matin et se fermoient plus tard le soir que celles qui étoient attachées à la branche placée dans de l'eau pure. Il en conclut, que certaines substances agissent comme stimulans sur les végétaux.

De la Noix Vomique.

Le 9 Mai, à 9 heures du matin, une plante de haricot fut introduite par sa racine dans une solution de 5 grains de l'extrait aqueux de noix vomique dans une once d'eau- Au bout dune heure, la plante commença à avoir lair malade. A une heure , les feuilles n'avoient point changé de couleur, mais tous les pétioles ou petites branches auxquels elles étoient attachées, étoient courbés , et pour ainsi dire, rompus par le milieu, de manière à se fléchir de haut en bas. Ce phénomène m a prouvé que le poison avoifc

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bien pénétré dans l'intérieur de la plante ; car une autre plante de même espèce que j'avois arrachée de la terre à 9 heures, et que je n'avois introduite dans aucun liquide, commençoit aussi à se faner au bout de trois ou quatre s.heures 3 mais dans ce cas , c'étoit les feuilles seules qui étoient affectées, et point du tout les pétioles, lesquels étoient restés parfaitement tendus. Le soir du même jour, la plante empoisonnée fut morte.

J'ai essayé de déterminer l'action de la noix vomique introduite dans la tige d'un lilas qui avoit près d'un pouce en diamètre.

Le i5 Juillet, j'y fis une fente d'un pouce et demi de longueur, et pénétrant jusqu'à la moelle. J'insérai dans la fente environ i5 grains de l'extrait aqueux de noix vomique que j'avois préalablement délayé dans quelques gouttes d'eau. Je rapprochai alors les portions fendues de la tige , et je les attachai fortement dans leur position naturelle avec des liens d'osier.

Le 28 Juillet , les feuilles des deux grandes branches de l'arbre les plus voisines de la partie de la tige où le poison avoit été inséré, ont commencé à se sécher. Le 3 Août, ces deux branches étoient tout-à-fait sèches. Les autres branches ont fini par se sécher dans le courant de l'automne (1).

(1) De la même manière , j'ai applique à divers arbres plusieurs des poisons dont j'examinerai les effets dans la suite de ce mémoire. Ces arbros n'ont pas paru affectés avant l'époque ordinaire de la chute des feuilles ; et au moment actuel (21 Février), la saison est trop peu avancée pour que l'on puisse juger du résultat de l'expérience»

L'opium et la noix vomique produisent tous les deux la mort des animaux en agissant sur le système nerveux : suivant M. Orfila, l'opium paroît agir spécialement sur le cerveau, et la noix vomique sur la moelle épinière.

Des Semekces du Coculus Menispermis.

Une plante de haricot fut introduite par la racine dans un vase contenant une solution de dix grains de l'extrait aqueux des semences du Coculus menlspermis dans deux onces d'eau. Peu demomens après l'introduction des racines de la plante dans le liquide, il y eut une crispation légère de l'extrémité des deux feuilles les plus voisines de la tige. Dans chacune, l'extrémité se replia sur la surface supérieure de la feuille. J'essayai de déplier les feuilles crispées , mais je m'aperçus qu'elles tenoient fortement à leur nouvelle position, et qu'elles y revenoient de suite, si je les déroulois.

Au bout de quelques heures, les feuilles voisines delà partie inférieure de la tige changèrent de position, de manière que depuis le sommet du pétiole, elles se plièrent de haut en bas, prenant une position telle que l'extrémité supérieure des feuilles setrouvoit plus directement penchée vers la terre qu'elle ne l'étuit auparavant. Les feuilles se roidirent clans cette position, et y restèrent pendant quelques heures, la reprenant si on les en dérangeoit. Au bout d'un certain temps elles commencèrent à devenir flasques. Eniin, au bout de 24 heures depuis le commencement de

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l'expérience, la plante entière étoit morte ; tous les pétioles étoient courbés par le milieu, et toutes les feuilles étoient fanées.

Ce genre de poison , lorsqu'il est administré aux animaux , paroît agir le plus souvent sur la moelle épinière, en produisant le tétanos et bientôt la mort.

De l'Acide prussique.

i.rc Expérience.

Le 12 Mai, à 8 heures du matin, une plante de haricot fut introduite par sa racine dans de l'acide prussique. Il n'y eut point de crispation des feuilles , comme dans le cas de quelques-uns des poisons précédens j mais les pétioles commencèrent à se courber par le milieu et les feuilles à se pencher au bout de deux ou trois heures , comme dans le cas de l'opium. Au bout de douze heures, la plante n'avoit plus de vie j tous les pétioles étoient comme brisés et fléchis de haut en bas par le milieu.

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